CE REGARD D’EAU


CE REGARD D’EAU

Après l’ombre du méandre, à l’appui des piles de transparence, le pont transborde la réponse dans le cercle du projecteur

Les ronds dans l’eau flèchent la déviation un colibri se tenant en tête

Dans l’ouvrage du castor reste l’alluvion qui manquait.

Niala-Loisobleu – 27 Mars 2022

L’ORANGE PAR FRANCIS PONGE


L’ORANGE PAR FRANCIS PONGE


Comme dans l’éponge il y a dans l’orange une aspiration à reprendre contenance après avoir subi l’épreuve de l’expression. Mais où l’éponge réussit toujours,
l’orange jamais : car ses cellules ont éclaté, ses tissus se sont déchirés. Tandis que l’écorce seule se rétablit mollement dans sa forme grâce à son
élasticité, un liquide d’ambre s’est répandu, accompagné de rafraîchissement, de parfum suaves, certes, — mais souvent aussi de la conscience amère d’une
expulsion prématurée de pépins.

Faut-il prendre parti entre ces deux manières de mal supporter l’oppression? — L’éponge n’est que muscle et se remplit de vent, d’eau propre ou d’eau sale selon : cette
gymnastique est ignoble. L’orange a meilleur goût, mais elle est trop passive, — et ce sacrifice odorant… c’est faire à l’oppresseur trop bon compte vraiment.

Mais ce n’est pas assez avoir dit de l’orange que d’avoir rappelé sa façon particulière de parfumer l’air et de réjouir son bourreau. Il faut mettre l’accent sur la
coloration glorieuse du liquide qui en résulte, et qui, mieux que le jus de citron, oblige le larynx à s’ouvrir largement pour la prononciation du mot comme pour l’ingestion du
liquide, sans aucune moue appréhensive de l’avant-bouche dont il ne fait pas se hérisser les papilles.

Et l’on demeure au reste sans paroles pour avouer l’admiration que mérite l’enveloppe du tendre, fragile et rose ballon ovale dans cet épais tampon-buvard humide dont
l’épidémie extrêmement mince mais très pigmenté, acerbement sapide, est juste assez rugueux pour accrocher dignement la lumière sur la parfaite forme du
fruit.

Mais à la fin d’une trop courte étude, menée aussi rondement que possible, — il faut en venir au pépin. Ce grain, de la forme d’un minuscule citron, offre à
l’extérieur la couleur du bois blanc de citronnier, à l’intérieur un vert de pois ou de germe tendre. C’est en lui que se retrouvent, après l’explosion sensationnelle de la
lanterne vénitienne de saveurs, couleurs et parfums que constitue le ballon fruité lui-même, — la dureté relative et la verdeur (non d’ailleurs entièrement
insipide) du bois, de la branche, de la feuille : somme toute petite quoique avec certitude la raison d’être du fruit.

Francis Ponge

MATIERE SOLAIRE – NIALA 2022 – ACRYLIQUE S/TOILE 72X60


MATIERE SOLAIRE

NIALA 2022

ACRYLIQUE S/TOILE 73X60

Dans le temps passant des campagnes SDF et des hommes avec des femmes dans toutes sortes de naufrages, peu y comprenant quelque chose

La vie est la plus belle chose qui se fait écraser des fois sans même être sortie de chez elle

Evidemment dans ces cas là le temps se couvre de toutes les manières possibles, et pour ça il manque rien

Mais l’oiseau pugnace est pas de ceux qui fonde sans besoin de soleil, quand il sait qu’il ne se trompe pas plus qu’il est trompé, il s’accroche

Voici cette Epoque qui ramène avec des fleurs nouvelles, des piafs de l’année et plus de merde qu’on pouvait attendre l’envie de vivre sacrément regonflée

C’est ainsi que les yeux que je guettais au bout de la jetée me vinrent sur une vague resalée et de la chair de poule autour des paupières quand le peintre a rit comme un imbécile heureux

Le chien noir bien que s’étant blanchi du poil en a pris le courant, il s’est redressé à l’odeur bien connue qui manquait

Voici une matière totalement organique

le sang en carbure

les yeux en disent l’île était une foi

la toile maintient serré le lin d’un bleu à se demander s’il est vrai tant il retourne l’outremer et balafre Janus dans sa trajectoire

Un hé cris de peinture qu’aucun clou ne rouillera de son venin

Niala-Loisobleu – 25 Mars 2022

Peindre à tour de chant


Peindre à tour de chant

D’un premier réflexe, ouvrir la fenêtre, voici revenu le temps des oiseaux

les arbres en manèges en tournent les trilles

L’étendue est si vaste, qu’au moment où les arbres passent dans le ciel, le grand lac de vert courant à la mer remplit ses bateaux

Les boutiques fermées des rues de la ville m’incitent à aller voir dans la grange combien d’oeufs seront dans la paille

Je pense t’emmener sur mon porte-bagage pour que les heures te plaisent au travail que t’aime. Qui plus est, ces heures-là ramènent aux liens qui aiment le partage des envies et la confection émotive

La roche la plus dure peut ainsi être creusée pour la caverne où peindre le durable

Du feu offert par le soleil s’allume le chemin, des fleurs amortissent le bruit des pas et quelque chose de l’odeur de femme égalise les traces de l’ours

Dans le coin d’une nacelle des enfants ont laissé leur ballon

On peut leur dire de nous emporter au-dessus, le vent est de taille à passer les marécages. Laisse-ta porte ouverte le chien est de garde près des abeilles, ça tiendra les heures en dehors du temps cherché par les autres.

Niala-Loisobleu — 25 Mars 2022

BARBARA – CE MATIN LA


Barbara -Ce matin là

J’étais partie ce matin, au bois
Pour toi, mon amour, pour toi
Cueillir les premières fraises des bois
Pour toi, mon amour, pour toi

Je t’avais laissé encore endormi
Au creux du petit jour
Je t’avais laissé encore endormi
Au lit de notre amour

J’ai pris, tu sais, le petit sentier
Que nous prenions quelquefois
Afin de mieux pouvoir nous embrasser
En allant tous les deux au bois

Il y avait des larmes de rosée
Sur les fleurs des jardins
Oh, que j’aime l’odeur du foin coupé
Dans le petit matin

Seule, je me suis promenée au bois
Tant pis pour moi, le loup n’y était pas

Pour que tu puisses, en te réveillant
Me trouver contre toi
J’ai pris le raccourci à travers champs
Et bonjour, me voilà

J’étais partie, ce matin, au bois
Bonjour, mon amour, bonjour
Voici les premières fraises des bois
Pour toi, mon amour, pour toi…

AUTRE EPOQUE


AUTRE EPOQUE

Du roux d’automne le solaire est venu parler de changement d’heur

jaune la mésange bleue a cassé la coque pour naître que printemps

ça y est le cerisier a mis sa moitié au soleil, se coiffant de panama dans tout ce qui s’en suit

quel tant superbe

exceptionnellement à peindre

sur tout le russe recule comme la liberté pousse, rien que du bon comme disait du bonnet en s’éclairant le nom dans le tunnel métropolitain

comment peut-on penser mourir sans se battre comme l’oiseau fait face aux engrais flattant hypocritement la croissance

Le vent plus léger a porté ta robe jusqu’à l’absence de culotte, à tel point que j’m’ai dis et si on faisait des galipettes, le temps s’y prête ?

Alors le soleil à dit d’ac, j’enlève le reste

ce qui donne à voir le bouton se dresser…

Niala-Loisobleu – 24 Mars 2022

LES APPARITIONS DEDAIGNEES (REPRISE)


René Char

LES APPARITIONS DÉDAIGNÉES (REPRISE)

Les civilisations sont des graisses.
L’Histoire échoue,
Dieu faute de
Dieu n’enjambe plus nos murs soupçonneux, l’homme feule à l’oreille de l’homme, le
Temps se fourvoie, la fission est en cours.
Quoi encore ?

La science ne peut fournir à l’homme dévasté qu’un phare aveugle, une arme de détresse, des outils sans légende.
Au plus dément : le sifflet de manœuvres.

Ceux qui ont installé l’éternel compensateur, comme finalité triomphale du temporel, n’étaient que des geôliers de passage.
Ils n’avaient pas surpris la nature tragique, intervallaire, saccageuse, comme en suspens, des humains.

Lumière pourrissante, l’obscurité ne serait pas la pire condition.

Il n’y avait qu’une demi-liberté.
Tel était l’octroi extrême.
Demi-liberté pour l’homme en mouvement.
Demi-liberté pour l’insecte qui dort et attend dans la chrysalide.
Fantôme, tout juste souvenir, la liberté dans l’émeute.
La liberté était au sommet d’une masse d’obéissances dissimulées et de conventions acceptées sous les traits d’un leurre irréprochable.

La liberté se trouve dans le cœur de celui qui n’a cessé de la vouloir, de la rêver, l’a obtenue contre le crime.

René Char

SUR LES LEVRES DES JARRES


SUR LES LEVRES DES JARRES

Le verre brisé des carreaux du marais abandonne son sel à l’eau

passe en fantôme un bateau de guère au moment où par l’écluse d’un espoir sensé tu charges la fleur à se tirer ô vers le soleil en se sortant des lèvres des jarres

des femmes et des enfants rejoignent leur homme pair pour que vive la vie

J’aurai la honte de perdre espoir…

Niala-Loisobleu – 24 Mars 2022

Grès rouges


Grès rouges

Sur la ligne en corps frissonnante, chaudes apparences verticales, l’amour incise son pétroglyphe

conclusion érotique d’un voyage dans l’ocre rouge transversale

Le burin a des cris de femme qui s’offre à la fente de la main d’homme

Sur le sec de roche la rivière installe la blancheur d’ibis de garde

Puis au coude de la veine bleue passe l’anneau brun au doigt de l’hymen

au bout de la pirogue creusée dans l’arbre, l’arc-en-ciel se couche sur la palette en pressions régulières

On n’éteint pas le trottoir tenu à l’ombre dans sa guerre

on le tourne plein soleil pour qu’il garde dans ses ongles l’image éternelle de l’arme nue clef-aire à sortir des ruines.

Niala-Loisobleu – 23 Mars 2022

LES RICOCHETS


LES RICOCHETS

Gardés chauds les plis du drap ont passés la fenêtre pour s’adouber au mouvement vertical des vagues, à la broderie de l’écume où plonge le cormoran

Perspective en premier point sur la toile nue qui attend au chevalet l’attouchement de sa main gauche

Ce silence qui libère le son retenu craque le bois-mort en passant. Ce qui éclot les petites pointes vertes où les feuilles vont dire tout ce que l’automne leur a redonné à croire et appliquer afin de se sentir en accord avec soi-même. Fut un temps où l’on croyait aux maléfices de sorcières éleveuses de reptiles. En fait l’homme c’est l’homme qui aime accuser un autre pour se faire passer pour bon

La tige est droite, si l’anémone penche c’est un effet d’optique pour imiter le sein féminin dans sa grâce.

Niala-Loisobleu – 22 Mars 2022