JE DETOURNE POUR REVENIR


JE DETOURNE POUR REVENIR

Sortis de la ménagerie d’un ambulant volatile, les chevaux viennent flairer la piste, l’appétit de parade réouvert par un M. Loyal connu de longue date

La rue cogne à la porte du Couvent de son tambour de ville pour un retour au Prieuré

Reste à revenir sur l’état actuel qui fixe des conditions en vertu de la crise sanitaire afin d’accepter les contraintes en vertu du vif argent créatif voulant vivre sa reconnaissance

Grande nécessité oblige

Voir le flot sortir de l’amer aux pieds du ber, ébranle l’énergie à lui faire dire oui

On ne peut quitter la scène sans dire « Au revoir »…

Niala-Loisobleu – 12 Janvier 2022

LE TRAIT D’UNION


TRAIT D’UNION

MESSAGERIE : le-peintre-niala@orange.fr

Les yeux droit devant dans sa suite le chemin fait place à tout un changement après les contraintes que cette pandémie lui inflige

Ce qui relevait des attaches un tranchant l’a coupé à jamais

A partir de maintenant il faut retourner au point de départ pour inventer à partir de la base saine restant utilisable

Le peintre ne peut brûler son atelier comme un pêcheur de St-Jacques a le choix de détruire son navire si les suites du Bréxit lui coupent la pêche. L’artiste ne figure sur aucune des dispositions d’aide étatique

L’artiste est le marginal qu’il préfère en matière d’économies

Alors comme le JARDIN DE NIALA est ce qu’il y a de plus vivant et qu’il produit sans polluer faut pas le fermer

Au contraire

Il vous demeure ouvert en trait d’union sans condition

L’atelier c’est une ruche au service de demain et bien ma RESOLUTION.

Niala-Loisobleu – 11 Janvier 2022

Photo Niala

VISION DU BOUT DU MÔLE


VISION DU BOUT DU MÔLE

Arrosant toutes les marches d’accès à l’absolu, elle lui apparut dans son intégrale de naissance, frétillante comme le chalut remonté qu’on vide en cale

L’en brun touffu sur son ventre, les hanches en poignées, rien que des protubérances défensives devant et arrière de nature à faire reculer l’intention désobligeante au genre

Comment pourrait-on maltraiter pareille porteuse de peint ? se dit-il avant qu’une grosse vague ne lui balaye la vision et la ramène dans sa triste réalité.

Il se rappela comme il avait été malmené par les copains dans son enfance pour avoir d’aussi inacceptables idées d’égalité

Il comprit qu’avant que ça change il y aurait de tels points à régler avec le concept de base patriarcal sur lequel pas un seul dieu n’avait soulevé d’objections – et ne put s’empêcher bien que mécréant de se dire c’est pareil que pour le montant du salaire de député, quand on le vote à la chambre, non seulement ils siègent tous mais sont unanimes pour l’augmenter bien qu’opposés d’idées- devant quoi il comprit que vieillir n’arrange rien, le côté macho c’est transmissible comme tous virus et malgré toute question de vaccin

Laissant les embruns le faire voir comme il faut, il se jura que celui qu’il prendrait à démolir une femme, il retrouvait la force originelle de lui casser sa gueule à lui et il remonta les marches pour rentrer en ville

Vas y avoir du boulot, se dit-il en voyant combien son point de vue avait peu de points communs avec la raison du fond de l’affaire

Tant pis j’ai l’habitude conclut-il d’avoir l’idée contraire, je dirai tout sans rien cacher !

Niala-Loisobleu – 5 Janvier 2022

UNE RESPIRATION PROFONDE PAR LOUIS ARAGON


UNE RESPIRATION PROFONDE PAR LOUIS ARAGON

Je change ici de mètre pour dissiper en moi l’amertume
Les choses sont comme elles sont le détail n’est pas l’important
L’homme apprendra c’est sûr à faire à jamais régner le beau temps

Mais ne suis-je pas le maître de mes mots
Qu’est-ce que j’attends
Pour en chasser ce qui n’est pas cet immense bonheur posthume

Il fait un soleil si grand que de tous les côtés aujourd’hui
Le lavis semble tout déteint dans les vents parlés d’un mah-jong
Et la route n’est qu’un bourdon le ciel l’ébranlement d’un gong
Il me plaît que mon vers se mette à la taille des chaises longues
Et le cheval prenne ce pas où son cavalier le réduit

Il me plaît d’entendre un bras d’homme frapper sur le bois ou la pierre

Qui fabrique des pieux peut-être ou c’est quelque chose qu’il cloue

Il me plaît que le chien dans la colline aboie et que la roue
Au fond du chemin bas grince et que les toits soient roux
Que les serres sur les coteaux fassent poudroyer la lumière

Il y a des jarres de couleur au pied des hauts bouquets de joncs
Des palissades que le jour rend aussi roses que le sol

Des demeures négligemment qui tiennent leur pin parasol
Et sur la musique des murs étages do ré mi fa sol
Dans le désordre végétal l’envol gris perle des pigeons

La mer la mer au loin dans les vallons où le regard s’enfonce
Par les sentes là-bas vers des romans qu’on n’aura jamais lus
L’automne a jalonné l’effacement des pas dans les talus
Passants légers amants furtifs que rien ne dénoncera plus
Une fois l’escalier de la maison recouvert par les ronces

Puis par les brumes des monts bleus que perce un regard d’éper-vier

On voit dans le feu blanc se soulever une épaule de glaces
Tout au fond du paysage où la nue et la terre s’enlacent
Et d’ici je contemple l’Alpc et sur mes cheveux ma main passe
Car c’est la saison qu’à l’envers montre ses feuilles l’olivier

Et les platanes avec qui dans les feuilles jouent-ils aux cartes
Est-ce avec vous beaux amoureux sur les bancs assis les premiers
Le froid vers cinq heures qui vient fait-il moins que vous vous aimiez

De quoi peuvent bien vous parler dans l’ombre tout bas les palmiers

Et quels chiffres nous dit la vigne avec ses doigts nus qu’elle écarte

J’ai vu ce couple au déclin du jour je ne sais dans quel quartier
Nous avions fait un détour au-dessus de
Nice avec la voiture
La ville mauve en bas allumait peu à peu ses devantures
Ces enfants se tenaient par la main comme sur une peinture
Histoire de les regarder je me serais arrêté volontiers

Il n’y avait dans ce spectacle rien que de très ordinaire

Ils étaient seuls ils ne se parlaient pas ne bougeaient pas rêvant

Ils écoutaient leur cœur à distance et n’allaient point au-devant

La place était vide autour d’eux il n’y remuait que le vent
Et l’auto n’a pas ralenti
Les phares sur les murs tournèrent

Tout le pêle-mêle de la
Côte et les femmes qui parlent haut
Les motos dans la rue étroite et les œillets chez les fleuristes
Les postes blancs d’essence au bord des routes remplaçant les
Christs

L’agence immobilière avec son triste assortiment lettriste
Dans le va-et-vient le tohu-bohu le boucan le chaos

Les fruits confits et les tea-rooms les autocars les antiquaires

Des gens d’ici des gens d’ailleurs qu’escomptent-ils qu’est-ce qu’ils croient

Ces trop beaux garçons des trottoirs ont l’œil rond des oiseaux de proie

Qu’a fui ce gros homme blafard qu’il ait toujours l’air d’avoir froid

Ô modernes
Robert
Macaire entre
Rotterdam et
Le
Caire

Miramars et
Bellavistas ce langage au goût des putains
Palais
Louis
Quinze
Immeubles peints
Balcons d’azur à colon-nettes

Beau monde où si tout est à vendre à des conditions honnêtes
C’est toujours service compris pour cet univers à sonnettes
Il suffit de deux enfants rencontrés et tout cela s’éteint

S’éteint s’efface et perd avec la nuit son semblant d’insolence
Il ne reste à mes yeux que ce lieu banal que cette avenue
Ce banc près des maisons blanches au soir tombant
Deux inconnus

Il ne reste à mon cœur que l’entrelacs de ces mains ingénues

Ces deux mains nues
II ne reste à ma lèvre enfin que ce silence

Comme une promesse tenue.

Louis Aragon

VAN GOGH – FAUSTO MESOLELLA/STEFANO BENNI



Fous et asiles : camps de concentration, mal-être, répression, liberté
[2015]
Paroles de Stefano Benni
Musique de Fausto Mesolella
Extrait de l’album « Canto Stefano – Fausto Mesolella Canta Stefano Benni »
Le texte de YT.

https://images-na.ssl-images-amazon.co ...

https: //www.concretamentesassuolo.it/w ...
https: //www.plakaty-i-reprodukcje.pl/m ...
https://upload.wikimedia.org/wikipedia ...
https: //www.dutchnews.nl/wpcms/wp-cont ...
https : //m.deon.pl/gfx/deon/pl/defaulta ...

J’ai besoin d’argent pour acheter De
la couleur rouge pour les coquelicots
Pour le soleil ocre et jaune vif
Et un tube d’amour séché Du
bleu pour peindre la nuit
Mais tu es dans les clubs de ceux qui savent que
je t’aime cent fois par jour
Ne jamais
te comprendre ni te saigner n’aime pas aimer ceux qui l’entourent
Tu l’aimes quand il disparaît Tu aimes l’
art, oui j’y crois
Un jour tu achèteras ma peinture
Pour un milliard
J’aurais eu besoin de moins
Pour que tu répondes à mon regard
J’ai marché tout l’été
Parmi les corbeaux de mon abandon
Au milieu d’un grain furieux
Tu m’as envoyé des cartes postales
De quelque endroit célèbre
Avec écrit, je pense à toi Vincent

Dans ma chambre nue
Dans la fièvre et dans la dernière heure
je t’ai attendu tu n’es pas venu
Dans un portrait que j’ai peint
Le bavardage du cœur fané
« Nous nous reverrons bientôt
Nous vous reverrons  » Allez

, viens trop cher
Dans le club de ceux qui disent
je t’aime cent fois par jour
Ne saigne jamais
Achetez un vrai Van Gogh
Soyez un marchand et un expert
Expliquez-moi que je n’aurais pas peint
Tant, si bien
Si Je n’avais pas souffert
Alors prends
mon cher cadavre par le bras
Enlève la poussière de pleurer
Achète un vrai Van Gogh
Et éloigne- toi
Ne dis pas, oh ne dis pas que
nous nous ressemblons

LA TOURNE PAR JACQUES REDA


LA TOURNE PAR JACQUES RÉDA

— après cela (je commence, je commence toujours, mais c’est aussi toujours une suite), après cela j’avais essayé de quitter ma vie. Elle s’était en réalité
déjà séparée de moi, comme une maison rejette ses habitants à l’occasion d’un tremblement de terre. Bien sûr aucune maison ni cette vie ne m’avaient appartenu.
Cependant je restais pris sous les décombres. Il y avait dans cet écrasement encore de la protection et de la chaleur. J’aurais dû me tenir tranquille. Des événements
plus sourds se préparaient dehors. Insensiblement le temps s’était remis en marche dans sa poussière. Moi j’imaginais sans bouger un grand bond par-dessus ce désastre, ma
disparition d’un seul coup sur les rails où fonce une seule étoile déchiquetée. Mais tout s’accomplit à son heure, on décide peu. De nouveau j’entrepris des petits
voyages. Humbles, oui, et parfois de trois quatre kilomètres aux alentours (tous ces hérissons qui séchaient sur le bord de la route, transformés en galettes), puis d’autres
plus considérables mais guère différents pour le fond, renouant prudemment avec mon vieil espoir de le trouver à l’arrivée, l’autre aussitôt reconnu et qui
après un signe de connivence imperceptible (mais vu, compris), s’éloigne et je le suis jusque dans le couloir d’une sordide baraque à un étage où il faut faire vite :
un pas lourd au plafond ébranle des planches, précipite du plâtre, mais j’ai le temps d’apercevoir un vitrail de sureaux qui flambe sur les gravats. Alors il chuchote : C’est
vous ? — C’est moi.

Et nous échangeons ces pronoms comme des passeports volés à l’ambassade, avec les vrais tampons et le bleu brumeux de l’avenir dans chaque page, intact. Puis : les dernières
recommandations, les derniers vœux, l’accolade virile avant de nous perdre, chacun de son côté, dans la végétation déjà ténébreuse des rues. Jamais
rien de ce genre évidemment ne se produisait. Je tombais trop tard ou trop tôt dans d’immenses villes abandonnées. En général trop tard, par l’omnibus dont les
étapes à travers les banlieues divisaient à n’en plus finir la moitié de la moitié d’une distance obstruée par la nuit. Souvent, inexplicablement ou peut-être
à titre d’épreuve, on restait bloqué sur un pont, juste entre la rambarde et le souffle plein d’arrachements d’étincelles violettes des convois de sens inverse qui
cherchaient à nous culbuter, et je ne distinguais plus en bas qu’un remous pauvre aspirant le regard et l’espace avec l’eau du fleuve elle-même au fond du gouffre. Et j’avais peur, un
peu. Mais ne possédant pas de montre j’étais patient, surtout quand au lieu de la lune tirée comme un boulet incandescent par un silo ou une cheminée, luisait comme pour
soi, pour la pluie, l’écheveau des triages qui dans la plus compacte obscurité réfléchissent des bolides en proie sous l’horizon au silence dévastateur de leur vitesse.
Très loin brillait l’angle d’un mur.

Et contre, pour obéir à l’attraction du centre, dans un halo de ces becs de gaz les avenues encore indécises viraient en se prononçant pour l’équilibre, et rameutaient
ce troupeau de l’étendue bâtie vers son foyer. Mais un centre, à vrai dire (ce que moi j’appelais centre depuis qu’on m’avait expulsé du mien), les villes en ont un
rarement. Ou du moins elles le cachent, à la longue elles l’oublient, elles l’ont perdu ; et comment le découvrir sinon par hasard ou par chance ; et si ce que l’on trouve alors n’est
pas un simulacre, on le devine à la trouble douceur de déconvenue où s’étouffe le pressentiment : c’est un simple fragment qu’il faudrait combiner à d’autres (ces
pavés dans une arrière-cour, ces yeux qu’on a croisés et qui semblaient savoir, d’une science aussi ancienne et obtuse que celle des choses), pour obtenir enfin du désordre
apparent qu’on a remué de rue en rue la figure occulte et logique dont les lignes innombrables se recoupent en un seul point. J’explorais des périphéries.

Alerté puis déçu, puis appelé de nouveau comme si un cataclysme n’avait laissé debout que les ruines d’une volonté pareille à une phrase encore claire dans le
mot-à-mot, mais qui faute d’un verbe rétroactif maîtrisant l’émiettement du sens demeure intraduisible, ainsi je comprenais tour à tour la courbe en surplomb d’un
boulevard, du buis dans une impasse, la gaieté d’un sentier ; ailleurs un sous-sol sans maison rempli de cartons et de ferrailles, une façade sans immeuble, des moteurs au milieu d’un
pré ; ensuite un gros pneu dans un saule, deux enfants devant une affiche aux lions désabusés et, de chaque côté d’une usine éventrant par désœuvrement
ses carreaux au soleil puni, des maïs en papier jusqu’à de fulgurantes citernes. Et ensuite encore une rue, des maisons, plus de maisons, des jardins, plus de rue, plus personne, rien
que du ciel comme moi partout présent et partout égaré ; du ciel guettant le ciel sous des buissons, dans la profondeur des fenêtres ; du ciel dévalant au bas d’une
côte où vibrait le bord de l’horizon dans l’herbe comme un fil, puis sautant vers le ciel un instant fixe, vertical, avant de crouler avec la soudaineté d’une intuition nocturne
ou d’une bête. J’étais porté. Mais la loi qui le dirigeait renversait aussi bien le mouvement de cette fuite en spirale, et à certains indices (non, je n’avais jamais faim,
j’étais stimulé par la pluie), encore dans l’hésitation de la lumière qui gonfle sur les derniers chantiers, je savais qu’il me reconduisait vers l’intérieur, dans les
quartiers que la fin du jour saisit d’une puissante hébétude. Là des palais, des musées, des pelouses, des banques, des ministères délimitaient l’aire bientôt
déserte où je pensais que le centre en peine viendrait traîner peut-être avec la nuit. En tout cas je me reposais quand à force de marcher j’avais touché la pointe
anesthésique de la fatigue, et m’abandonnais sur un banc à l’inertie tournoyante de la planète et des corps des millions de dormeurs autour de moi qui veillais dans la cataracte
en suspens de tant de silence. Qu’est-ce que j’ai retenu? Sans grande passion pour l’histoire, observateur médiocre (ou je m’éprends une à une de toutes les briques d’un mur, ces
briques crues des temps qui tiennent juste au creux de la main avec le poids et l’or et la tiédeur d’un petit pain retournant par-delà des siècles à sa farine), seul et
sombre comme illettré dans les accords fondamentaux des musiques que font les langues, mais j’écoutais; confiant en d’absurdes systèmes établis sur les goûts des tabacs
(car une odeur autant qu’un lieu pouvait me livrer le centre — et les poches alors bourrées de dix variétés de cigarettes, les moins chères, celles qui sous de
naïfs emblèmes cosmopolites perpétuent la dérive de journées de chômage et de samedis de bals à tangos), je flottais avec ma fumée et n’en sortais que
comme une fine antenne promenée par la ville elle-même, une lanterne qu’elle portait en rêve au travers de sa propre masse pour en sonder l’énigme et l’épaisseur. Quant
au centre j’en parle, j’en parle, mais après coup. Je suivais une pente. Qu’elle m’ait aspiré jusqu’à lui, et je ne serais pas ici tranquillement à relever encore ses
traces, puisqu’il accordait cela du moins, traces ou signes par l’antenne aussitôt en éclair vers le cerveau pour y cristalliser la distraction en vigilance. Oui, tout cela prompt,
furtif, car si centre il y a, ce n’est rien que ravalement d’une indifférence féroce. Il m’aurait englouti. Par exemple je me souviens d’une porte : elle battait au fond d’un couloir
et j’ai vu beaucoup d’autres portes, mais c’était donc celle-là ; une autre fois, à Bologne, près d’une basilique en agglomérés de lune, un petit théâtre
d’ombre et de linge improvisait pour un buste d’Hermès aux yeux rongés, et c’était ce drame. Puis quand le soleil poussait du front sur les potagers aujourd’hui
défoncés en haut de Belleville; quand cette galerie qui obliquait encore à Prague entre des magasins se transformait en église et, pour finir, en square où des couples
muets déambulaient dans la chaleur, sous la lueur des globes exténuée d’avoir franchi les poussières du songe : c’était là, je ne bougerais plus, bien que ce ne
fût ni le but ni l’étape, mais cette déception en somme réconfortante d’avoir pour un moment trouvé l’enclos dont j’aurais pu, après tant d’heures usées
contre du vent, contre des pierres, devenir pierre et vent à mon tour le génie sans identité qui sous un ciel de glace, les rayons déclinants, allume entre l’inerte et les
yeux obscurcis une étincelle. Alors on connaît sans savoir. On connaît que des êtres passent, et que des événements s’infiltrent. Alors j’ai pénétré
des cœurs, entendu le déclic prémonitoire dans le retrait d’existences vouées à la désolation ou à la sauvagerie. Et de quel droit? Celui qui peut
connaître ainsi, malgré soi qui fracture, l’équité voudrait qu’il assiste ensuite : or lui s’en va. Je repartais, en effet, attiré de nouveau dans les faubourgs par
cette lampe qui de relais en relais au sommet des immeubles révèle et dérobe à la fois l’éclat du centre inaccessible. Et toujours cependant, à voix basse imitant
la mienne, quelqu’un me demandait d’attendre encore, encore un peu, mais il fallait que je m’en aille, amalgamant sans m’en douter quelque chose de ma substance à ces blocs d’inconnu.
Ensemble nous avons produit de l’angoisse et du danger, des lambeaux d’illusion qui puisent à mes dépens dans leur détresse de n’exister qu’à peine une sorte d’énergie.
Car en contrepartie la mienne s’amoindrissait. Et maintenant, comme moi j’avais erré à la recherche du centre, obsédées par l’oubli des mots qu’elles avaient voulu me dire,
que j’avais refusés (et qui étaient le passeport, peut-être, la formule de l’échange avec l’autre et notre délivrance), ces empreintes à moitié vivantes de
mon passage s’étaient mises à rôder. Comment faire pour les aider, et qu’elles me pardonnent ?

Souvent elles apparaissent, consternées au grand jour, sans arrêt, comme à coups de pelle, qui vient les déterrer, mais pour ne pas gêner, pour se donner l’air
hypocrite de tout le monde, elles vont manger une gaufre près de la consigne aux bagages, s’attarder sans motif dans les bazars où elles achètent n’importe quoi d’inutile pour
elles comme une lime à ongles et des savons, des savons. Elles ont honte, je sais, mais c’est ma honte qu’elles endurent, et la honte ou déjà la peur m’empêchaient de les
rejoindre quand j’étais sûr qu’elles m’avaient fait signe à cette façon de brandir là-bas la manche d’un manteau vide, au rideau qui bougeait derrière la vitre
d’un de ces vieux bistros confits dans les relents de la soupe et du pétrole. Je me méfiais. J’aimais mieux écrire des lettres et même les expédier, scrupuleusement
affranchies quoique sans adresse. Tant bien que mal essayant de me justifier. Mais ces explications me jetaient du haut en bas des pages comme dans des rues, et le virage automatique au bout de
la ligne m’abattait avec des pans de phrase entiers dans le brouillard. À cela aussi je renonçai. Puis il y eut une série d’incidents que je ne dois pas rapporter. Je n’osais
plus sortir ni décrocher le téléphone. Enfin, rassemblant mon courage avec ces objets modérés qui nous soutiennent quand nous lâche le reste — un seul livre,
la casquette, la brosse à dents — une fois de plus je résolus de partir. Où j’irais, peu importe. Mais là-bas tout recommencerait peut-être, et déjà
tout recommençait. Un train aux horaires fumeux montait vers la frontière, dans cette zone où les haltes en fin de journée se multiplient. La nuit aussi montait. Sous les
entablements obscurs, des rayons d’intelligence et d’amour touchaient le front des bêtes rencontrées. À chaque arrêt on voyait sourdre la lueur basse et puissante qui dort
au fond des murs. Les regards en étaient protégés par des visières, et les paupières des enfants qui ne cessaient de fumer sur les déblais restaient baissées.
Une averse, toujours devant, brassait dans l’odeur des lilas celle de la fumée et d’essences plus rares dont la vigueur, avec le cristal des appels, signifiait l’extrême altitude. La
gare où l’on s’attardait à présent était exactement semblable aux précédentes, peut-être plus foncée. Mais on avait monté encore, et rien
n’était changé dans l’intensité de camouflage de la lumière. Seule la pluie avait dû basculer vers des ravins ; un souffle par contrecoup achevait de s’épuiser en
gros tremblements de portes. Quelqu’un fit observer que les orages ne passaient jamais la frontière. D’autres phrases prononcées comme en rêvant flottèrent dans le wagon
— puis de nouveau le silence appuyé sur la vibration décroissante des vitres, les craquements des ressorts. Des sommets élevaient sur nous leur braise interminable.
Brusquement j’empoignai mon sac pour descendre, comme sans réfléchir. Le billet servirait plus tard, si je continuais ce voyage.

Personne, d’ailleurs, ne me le réclama. Les employés s’étaient tassés près du fourgon de tête, devant l’interruption du quai parmi des herbes dont luisaient les
tiges encore sensibles sous le vent. Ils formaient un groupe bien dense, bien noir, où de seconde en seconde un geste, qui semblait le dernier, éclatait saisissant comme le poing
plongé dans une eau trop limpide. Je les regardai longtemps. C’était une émeute immobile. J’allais comprendre quand la nuit tomba d’un seul coup. II y avait un hôtel en face
de la gare, juste au coin d’une rue qui allait se perdre vers des sapins. Du portier somnolent sur les pages de son registre, la voix ne me parvint qu’après avoir tâtonné dans
les chambres, cherchant celle où j’irais dormir. Mais j’avais le temps, tout le temps désormais plus lourd et plus stable que la montagne. Alors j’ai raccroché la clé
numéro 9 sur le tableau. J’escaladais maintenant cette rue qui décourage vite les maisons : au niveau des toits ce n’est plus qu’un sentier, après un coude abrupt
précipitant le village. La montagne allait devant moi, claire comme une pensée qui se sait condamnée et qui résiste. Au bord d’un ressaut étroit je me suis adossé
contre sa masse et, tout en bas, dans le train qui prenait la courbe vers la frontière, à trois reprises j’ai vu le compartiment que j’avais laissé vide s’éteindre, se
rallumer. J’ai dit doucement : bon voyage. Trois fois aussi le calme absolu de l’hôtel cette nuit m’a réveillé. Je sens le poids de la montagne. La lumière profonde a
disparu. Mais, sur la place, luit encore tout ce qui peut luire avec modestie et confiance : une étoile, l’anse d’un seau. Je recommence.

Jacques Réda

ARRIVE LA MUSIQUE


ARRIVE LA MUSIQUE

Dans leurs couvertures les pages épluchent le silence idiot avec dans la tête un besoin de rendre justice au sens des choses. Les vases ont le secret du gardiennage. L’odeur reste entre les plis des instants plus facilement que ce que l’on dit de n’importe quoi. La légèreté avec laquelle la grâce se déplace ne dépend pas de son poids, exemple je peux rester sans souffle à la vue d’un sein long et lourd penchant vers le sol alors qu’une poitrine plate au sourcil levé irait jusqu’à me faire hurler en voulant m’aborder. Je sais que c’est mon père qui m’a montré la nuance, ma mère s’en tenant au sens commun à partir du même objet. Avec lui je ne me souviens pas avoir découvert autrement qu’au départ de la couleur. Et plus il faisait noir au point de départ, plus la lumière se développait. De mon enfance à mon adolescence je n’ai eu que bonheur à découvrir. En fait avant de traverser la terre j’avais découvert le monde sans quitter Paris. Rentrer dans l’intérieur des êtres est bien plus vaste qu’un paysage aussi varié d’histoire-géographie puisse être.

Aller chercher l’eau c’est trouver pratiquement tout le reste…

SOURCIER

Ne t’en fais pas si tu ne sais pas où le cours des choses
Les porte, dans quel cimetière de bateaux, quelle assemblée
Vaine, avec les hurlements inutiles du vent édenté
Dans les bras morts et dans les larmes des grééments

Ne t’en fais pas si ta vie la pente déboule
Comme une pelote d’un fil accroché
En dix endroits et qui sera, pauvre naïf, coupé
Partout avant d’être tout à fait même déroulé
Tu seras exsangue, ne t’en fais pas, et sans passé,
Et sans espérance non plus, bien avant la délivrance

Oui, mais les bêtes, avec cet air toujours de se donner
Est-ce qu’elles savent quelque chose ? Ou les moulins
Morts sur les coteaux et qui se déhanchent
Avec l’indifférence aussi des bêtes bousculées
Est-ce qu’ils savent quelque chose ?
Ils vont, dites, sans doute en transhumance
Très loin, dans un paradis qui, bien sûr, est une enfance

Dites, peut-être il y a l’harmonie des vents
Où toute chose prend sa place. Il y a l’harmonie des vents
Il n’y a pas de sentiments perdus qui brûlent pour personne
Des regards qu’on n’a pas croisés ni de cloches en vain qui sonnent

Des mots pour rien
D’avortés gestes de la main
Et le charme des femmes qui jamais dure très loin
Certainement il se transmet, de feu de paille en feu de paille
Ô le courage égaré dans le silence et qu’on mène par la main
Tout cela forme, c’est sûr, en secret, une harmonie
On nous attend au fond d’un parc avec des lambeaux de musique
Tout sert à quelque chose, tout se survit n’est-ce pas ?

De me parler tout seul j’en ai assez, répondez-moi !
Les larmes passent loin toujours par caravanes et on voudrait
Les suivre mais elles ne s’arrêtent jamais

Et c’est alors que j’entendis une voix pleine de sourires qui disait
« Le bonheur est l’algèbre intime des sourciers »

Jacques Bertin

Je me laisse autre année ou pas dans mon genre. Continuer oui mais sans changer le fond voilà et rien d’autre…c’est ma musique.

Niala-Loisobleu – 2 Janvier 2022

LES BAVARDAGES D’UN PEU CAUSEUX 22


LES BAVARDAGES D’UN PEU CAUSEUX 22

Le voici venu le 22

posé au bord des jumelles

devant l’apporte

sans voir pourtant plus loin

Ce qui s’est passé est derrière

un coin d’herbe

pétales de marguerites au bout du conte

Grillon la cheminée

les menthes et leurs fleurs sortiront l’anémone du sel pour l’abeille

au-dessus du Je Nous en m’aime tant que le chien par l’escalier des vertèbres

Le Chemin des Pierres résiste aux pandémies

comme la mer aux traversées stériles.

Niala-Loisobleu – 1er Janvier 2022

VUE PREMIERE


VUE PREMIERE

La forme des gestes, le goût du café, le jour qui flemmarde et dehors le même endroit qu’hier, si ce n’était qu’il est encore enfant ce premier Jour de l’An, tout serait pareil à laveille

Pas de gueule de bois, l’eau coule propre et claire le long du caniveau

Mettre quelque chose dedans ce dernier temps que voilà et faire don aux démunis de son erreur passée pour pas qu’ils en aient encore moins devant eux

J’ai vu comment embrasser plus fort, tenir plus serré dessus et dedans et à part-ça …

Niala-Loisobleu – 1er Janvier 2022