
CREUSE-LE TON TUNNEL
Tapes aux bords
saoul marin
d’une triste escale
et sors
Attraper la parole de l’air à pleins vers…
Niala-Loisobleu – 12 Octobre 2022

CREUSE-LE TON TUNNEL
Tapes aux bords
saoul marin
d’une triste escale
et sors
Attraper la parole de l’air à pleins vers…
Niala-Loisobleu – 12 Octobre 2022

Blason de coups sur le corps brisé des songes
matin premier des neiges
aujourd’hui très informe quand tous feux éteints s’éboulent les paysages sur les bancs de sable les plus lointains les sirènes des bateaux-phares sifflent depuis deux
nuits
Paul
ELUARD est mort
toi qui fus le dit de l’innocence
qui rendis science aux sources
étendard de la fragile graine dans les combats
du vent plus forte que le hasard
ELUARD
ni tu ne gis
ni tu n’accèdes à terre plus pure
que de ces paupières
que de ces simples gens
que de ces larmes
dans lesquelles écartant
les plus fines herbes du brouillard
tu te promènes très clair
ressoudant les mains croisant des routes
récusant la parole violette des naufrageurs de l’aube grimpés sur le soleil
Il est quand même par trop saisissant de t’entendre
remonter la grande rosace du temps
on ne t’a jamais vu si net et proche
que dans cette effervescence
du pain de la neige qui lève quand une échéance autorise
dans le fin fond fumant de l’engrais de l’orage
un abîme de silex
ELUARD
cavalier des yeux des hommes pour qui luit
véridique le point d’eau à brouter du mirage
doux sévère intègre dur
quand de proche en proche tu mettais pied à terre
pour surprendre confondus
la mort de l’impossible et le mot du printemps
Capitaine de la bonté du pain
il a passé sous les ciels combattant
de sa voix traversée de la fleur inflexible du fléau méridien
et son pas des grands-routes
panifiant l’avenir
d’un tremblement de monstres vomi par les narines
insiste que dans l’oreillette gauche de chaque prisonnier
s’enflamment
d’un même cœur
tout le bois mort du monde et la forêt qui chante
Ecoute
déchiffreur sous tes paupières tu ne fais jamais nuit ayant pour mieux voir jour et nuit jeté aux feux-croisés des remous du pavé le faux feu que chasse le sacre des
pierreries
Arpenteur mesureur du plus large horizon guetteur sous les caves d’un feu sous les évents sur les mers grises salueur des plus subtils flocons
ô temps par ta langue opulent
à cette heure l’eau brille l’homme comme l’eau des prairies brillera
le voilà qui vers lui siffle la docilité d’une saison feuillue
Regarde basilic
le briseur de regards aujourd’hui te regarde
qu’un soir impur de banquises dans ses doigts réchauffa
comme le secret de l’été
Raison
quelles surprises
de racines t’enlaceront
ce soir ou le torrent
descendrais-tu déjà
l’autre face du partage une surdité épaissit en vain la veille sans miracle de ses yeux crevés le roc sort ses oiseaux
ô meute capricorne
les mots leurs pouls battent on les sait fabuleux allaités hors temps par une main volière les paroles tombées
ramassées les saisons pliées arrondies comme des portes saisons saisons pour lui cochères
ELUARD
pour conserver ton corps
grimpeur de nul rituel
sur le jade de tes propres mots que l’on t’étende simple
conjuré par la chaleur de la vie triomphante selon la bouche operculée de ton silence et l’amnistie haute des coquillages
Aimé Césaire

RETENTION
Mis entre les murs
émoi
se gardent le tant
d’un clin d’oeil
qu’on plisse au-dessus du genou.
Niala-Loisobleu – 12 Octobre 2022

DANS LA TRACE DE L’ONGLE
Du jasmin ramassé au grattage du mur à la pensée suintant d’une aisselle, tombent les traits que l’ongle a laissé dans les pattes du sable
Le bruit des vagues étroitement lié à celui du vent colle aux quais où les filets sont ravaudés
Môle d’embarquement pour le large
Première marche pour le phare
L’anneau soulève la marée et la tire de l’étal
La pierre encore à sec a bougé à la réception du crabe et l’odeur saline passe sa langue sur les tombes du cimetière marin où l’église est en radoub
C’est le matin que les cormorans inscrivent au livre de bord
Je sors le vélo de la cabane, me dirige dans l’anse, gratte le sable à la ramasse de coquillages
Un chant sort de l’harmonium au coeur de la forêt, vient s’asseoir autour de la légende et serre un enfant contre sa poitrine en ouvrant les tiroirs.
Niala-Loisobleu – 12 Octobre 2022

La petite herbe des mots
par
James Sacré
On peut croire qu’un souvenir
Creuse la couleur du mot bleu, à force
Il en reste plus rien, du bleu ;
Et du souvenir pas plus.
Qu’est-ce qu’on raconte ?« »Une ancienne cour que l’enfance a fermée
Si t’ouvres le portail
Quelques mots reviendront, pas grand-chose.
La couleur d’autrefois c’est pareil qu’aujourd’hui, presque :
De la tôle toute neuve, mais quand même
Encore du vieux bois qui pourrit.« »Un mur s’est éboulé
C’est comme des mots (mais tombés d’où ?)
La douceur du ciel continue son bleu
On dirait qu’on peut rêver
A travers les choses défaites, les trous du poème.
James Sacré

PAR
JACQUES GOURVENNEC
La danse des sirènes est réglée sur minuit.
J’ai troqué mon réveil contre un air arlequin.
Des matins en tignasses et le chat qui s’ennuie.
Quelques roses quand même et le vers* à la main.
Dans ma cave je crie des chants de Martinique.
Un voyage englouti aux effluves salins.
Je suis là mon coco ! Implorant des tropiques.
Barricadé dans l’os ; un vieux pull marin.
Je connais quelques routes et des voix* maritimes.
Des escales sans îles où le temps ne vient pas.
Quelques boys en lady où des ventres s’arriment.
Dans des claques asiatiques, à leur sexe bomba.
J’ai tangué des dérives où la mer était Corse.
Échangé mon whisky contre un blues africain.
L’aube embrumée des leurres où le triste s’amorce.
Dans des ports anonymes où prient des assassins.
J’ai gueulé comme font tous les cons d’Amérique.
Vive moi et les femmes, Viva la libertad.
Dans mon dos pleure encor un mataf hystérique.
Un indien bretonnant, une plume de moi.
On m’a dit que Ferré, musiquait d’encensoirs.
Que Brassens et que Brel, éventaient du bidon.
Que Verlaine et Rimbaud, mitonnaient de l’oignon.
Que Baud’laire urinait, sur d’illustres trottoirs.
Les deux pieds d’un fauteuil dans deux croissants de lune
J’ai des rêves à bascule en voyage immobile
Des chemins de rousseur, des forêts, des musiques
Et les pas d’un oiseau dans un livre d’étoiles
J’ai le temps des lumières au pluriel de l’âme
La voix rauque d’un chant au parnasse inclassable
La promesse d’aimer dans les yeux d’une femme
La parole facile au sourire d’avril.
J’ai le chant d’un bateau rescapé de la brume
Le registre des flots, le fracas de la pluie
Un silence à mon blues, aux nuits blanches et qui jazz
La tendresse exilée, d’une mer infinie
J’ai le sort d’un ruisseau qu’une larme a fait naître
Les relents de criées d’un vieux loup sans la mer
Un pêcheur à sa ligne en eau trouble de l’âge
Des marées des rumeurs remontées dans un vers
J’ai la gueule d’un chien et la dent littéraire
Ou d’un chat, ça dépend, d’une hauteur de mur
Du chapeau de la dame et des draps à défaire
Dans un lit d’écriture
L’illusion dans le vrai, des formules du triste
Des chagrins poétiques où se hissent des voiles
Un piano malheureux, des mémoires d’artistes
L’harmonie au clavier d’un passant sur la toile
Jusque là j’ai tout bon, j’ai la rime et le style.
On dirait du Wagner emprunté à Cubas.
Par dessus les chansons métalliques où défilent.
Des millions de badauds tricotant ma rumba.
J’ai le vers migrateur, mi-poète si tu veux.
Les yeux clos je connais ! Je l’ai bu mon histoire !
Enivré d’un dimanche et la rime en croco.
Plein d’amour à ranger tout au fond d’un tiroir.
Vers*-Voix* bon orthographe
Extrait de:
poète sale type
Jacques Gourvennec
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