COMME LA MER PAR HENRI MICHAUX


COMME LA MER PAR HENRI MICHAUX

Souvent il arrive que je me jette en avant comme la mer sur la plage.
Mais je ne sais encore que faire.
Je me jette en avant, je reviens en arrière, je me jette à nouveau en avant.

Mon élan qui grandit va bientôt trouver forme.
Il le faut.
L’amplitude du mouvement me fait haleter (non des poumons, mais d’une respiration uniquement psychique).

Sera-ce un meurtre?
Sera-ce une onde miséricordieuse sur le
Monde?
On ne sait pas encore.
Mais c’est imminent.

J’attends, oppressé, le déferlement de la vague préparatoire.

Voilà le moment arrivé…

Ça été l’onde de joie, cette fois, l’étalement de bienveillance.

Henri Michaux

RÉALITÉ HAUTURIÈRE


RÉALITÉ HAUTURIÈRE

Ôtées du battant du cœur, les pierres éboulées l’en libérant le passage redonnent l’espace de joie

Tout mensonge se paye au bon moment

J’ai suffisamment de couleurs dans mon inspiration pour barrer l’entrée aux lueurs des bonimenteurs et dire je t’aime à la fleur qui est toujours en bouton dans son parterre…

Niala-Loisobleu — 29 Août 2022

SORTIE DE BAIN


PIERRE BONNARD

SORTIE DE BAIN

La baignoire se laisse aller à chanter dans la descente d’eaux usées, d’un étage à l’autre avant de se répandre dans le caniveau jusqu’à l’embouchure

Le beau a usé de tout l’appareil, sels, anti-âge, pour atteindre le génie en planque dans un des flacons et lui extraire l’étroit voeu

La posture est ouverte au franchissement intime d’une quiétude choisie

Par ce que la fenêtre ne montre tout se lave à show-effroi

La vapeur laisse au corps ses besoins de fantasmes et je dessine sur la buée des seins la route qui du ventre sort au soleil retrouver la pierre qu’il faudra mener au sommet.

Niala-Loisobleu – 28 Août 2022

LE ROYAUME QUI S’ENGLOUTIT PAR HENRI MICHAUX


NIALA

LE ROYAUME QUI S’ENGLOUTIT PAR HENRI MICHAUX

Mon royaume, me dit ce prince, est si fatalement voué à la ruine que, le moment viendra, et qui n’est pas lointain, où un mendiant désespéré n’y voudrait mettre
les pieds.

Sa perte est sûre.
Il y a les ennemis.
Ce n’est pas d’eux que je l’attends.
Ils n’osent y songer.
Cela me sauve, mais ne sauve pas mon royaume, lequel, quoi qu’ils fassent, quoi qu’ils tolèrent, s’engloutit lentement.

C’est ce que plusieurs de nos savants ont dû remarquer également, qui me sont attachés, et qui pour cette raison ne le proclament pas en public et même s’en taisent
totalement, voulant à moi seul confier cette vérité, et je les vois souvent qui viennent vers moi avec des mines trop graves pour de simples compliments de cour, les écarte
donc, interrompant vivement leurs discours par des remerciements ou sur une parole cordiale qui donne congé et ainsi je les renvoie, les yeux encore chargés d’un message qu’ils n’ont
pu délivrer et qui leur perce la tête, la tête et le cœur, je le sais, mais dont je ne veux les délivrer.
Moi non plus, je ne peux m’en délivrer.

Le terrain tout entier de ce pays doit céder et bientôt n’être plus, entraînant ses aveugles habitants.

Henri Michaux

CAiLLOU


CAILLOU

D’un babillage qui traverse en sautillant à la suite de l’oiseau le tracé s’approche du chevalet sans vouloir de promesses. Elles foutent le camp sans scrupule. Voilà la toile reblanchie. L’histoire s’arrête là, point barre. Le rôti peut aller au four. Bon appétit…

Niala-Loisobleu – 29 Août 2022

ESTHETIQUE


ESTHÉTIQUE

Puisque je ne suis bien à rien d’autre Qu’à peindre pour sans que ça change quoi que ce soit à ce monde indifférent remettre une couche sur le dernier offrira de ne pas sécher comme avantage

Niala-Loisobleu – 28 Août 2022

L’HABITANTE ET LE LIEU – JACQUES REDA


PIERRE BONNARD

L’HABITANTE ET LE LIEU

JACQUES REDA

Poéme / Poémes d’Jacques Réda

L’âme semble un couloir où des pas hésitants résonnent,
Mais personne jamais ne vient.
Dehors, l’ombre qui tremble
Dans les encoignures de porte et sous les escaliers,
C’est l’âme encore, quand la nuit fige le long des murs
Les flots d’eau pâle et froide où l’on est heureux de descendre.
Et qui donc parlait de salut ou de perte pour l’âme.
Alors qu’elle est blottie en son frisson et cependant
Toujours plus dénudée au vent qui souffle en ce couloir ?
Qu’elle se cache ou rôde, écoute : elle s’égare, étant
L’habitante et le lieu d’une solitude sans nom.

Jacques Réda

ECHO TU


ÉCHO TU

Les branches reprennent les fruits qu’elles imploraient la veille et la plage reprend la route du retour. Les souvenirs iront sur un moment d’étagères de la vie. On remet les drapeaux sur la rentrée restrictive

A part les fourmis pour qui rien ne varie souvent ce n’est pas l’affaire des femmes.

Niala-Loisobleu – 27 Août 2022

FLEUR EN CREPON


FLEUR EN CREPON

La fenêtre est grande ouverte sur l’horizon

l’oiseau a fait rouler le chevalet dos au vent pour qu’il esquisse l’orbe lui convenant

dans le soleil ou sous l’ondée

le temps est venu de travailler le crépon pour fleurir la tête du lit sans s’éreinter au jardin à planter ses oignons.

Niala-Loisobleu – 26 Août 2022

 Jacques Bertin – File


File, file de tes doigts fébriles
File ton cœur tout enchevêtré
Tu en feras un écheveau
Une boule globale
Puis tu en feras un tricot
Pour l’hiver te tenir chaud

Ainsi vont les enfants sauvages
Craignant demain d’avoir froid
Ils se tricotent des fredaines
Pour se protéger du soleil
Ils se recouvrent d’irréel
Pour se protéger du soleil

Le fameux tricot peut attendre
Ce n’est pas là l’essentiel
C’est dans l’été qui nous ressemble
Quoi qu’on ai dit, quoi qu’on ai fait
Oh, souviens-toi de l’essentiel
De ta peau nue sous le soleil

Je te laisse avec ta quenouille
Tes aiguilles contre l’été
J’ai trop couru maille après maille
Je voulais te déshabiller
Ou m’habiller pareil à toi
J’avais oublié l’essentiel

Je ne suis pas pressé ma belle
Je fume la pipe et le temps
J’attends que tu te déshabilles
Et me donnes tes vêtements
Je te les détricoterai
Quand j’aurai le temps à Noël
Te mettant nue sous l’essentiel
Je te donnerai le soleil