La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Du souffle d’un trottoir du Mékong la blancheur d’ibis parsemés dans le delta contraste avec la noirceur d’un attrait pour le tourisme sexuel et l’approvisionnement facile en denrées illicites
issue des guerres transmissibles du Viet-Nam l’ô croupie frelate la traversée biblique dans l’usage pédophile où le Triangle d’Or a muté
Plus que flottant on en a fait un marché d’outre-noir juteux à partir du blanc le plus pur
Tout ça pour ça comme dit le louche
Au point que j’en arrive à croire que jusqu’à l’imaginaire croire pourrait être plus dangereux qu’une opposition aux vaccins. Pasteur lui-même est pris d’un doute, son anti-rage est bon à revoir
Et pour tant la manière dont l’amour me tord la tripe gagne la moelle épinière à me faire mollir les jambes
Il s’avère que des vertus qui disparaissent la seule qui reste commence à douter d’ailes comme un vertige qui guette
« Je pleure sans raison que je pourrais vous dire, c’est comme une peine qui me traverse, il faut bien que quelqu’un pleure, c’est comme si c’était moi. » M. D.
Farsa (género imposible) [« Farce (genre impossible) »] est le dernier album de Sílvia Pérez Cruz, l’étincelante Catalane. C’est l’un de ses meilleurs. Prévu pour le printemps de cette exécrable année 2020, finalement publié en octobre, il est composé de travaux réalisés en liaison avec des œuvres tierces, de genres différents : cinéma, film documentaire, ballet, théâtre. On y retrouve par exemple Mañana, composée sur un poème d’Ana Maria Moix pour le film Ana María Moix, passió per la paraula, Plumita et les chansons du film La noche de 12 años d’Álvaro Brechner (2018) auquel elle participait en outre en tant qu’actrice, ou encore un extrait du ballet Grito pelao, dans lequel elle se produisait avec la danseuse de flamenco Rocío Molina.
On y entend aussi cette chanson, Todas las madres del mundo (« Toutes les mères du monde »), composée sur le poème Guerra (« Guerre ») de Miguel Hernández (1910-1942) pour le film d’animation Josep d’Aurel (France, 2020) où elle prête sa voix au personnage de Frida Kahlo.
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Sílvia Pérez Cruz • Todas las madres del mundo. Miguel Hernández, paroles ; Sílvia Pérez Cruz, musique. Les paroles sont extraites du poème Guerra de Miguel Hernández, avec quelques modifications. Sílvia Pérez Cruz, chant, guitare ; Mario Mas, luth espagnol ; Javier Mas, archiluth ; Carlos Montfort, violon ; Marina Sala, accordéon. Extrait de la bande originale du film d’animation Josep (France, 2020). Aurel, réalisation ; Jean-Louis Milesi, scénario. Extrait de l’album Farsa (género imposible) / Sílvia Pérez Cruz. Espagne, ℗ 2020.
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Todas las madres del mundo, ocultan el vientre, tiemblan, y quisieran retirarse, a virginidades ciegas, el origen solitario y el pasado sin herencia. Pálida, sobrecogida la fecundidad [virginidad] se queda. El mar tiene sed y tiene sed de ser agua la tierra.
Toutes les mères du monde cachent leur ventre, tremblent, et voudraient retourner à des virginités aveugles, au commencement solitaire et au passé sans héritage. La fécondité [virginité] demeure Dans la pâleur et dans l’effroi. La mer a soif et La terre a soif de devenir eau.
La sangre enarbola el cuerpo, precipita la cabeza y busca un hueco, una herida por donde lanzarse afuera.
Le sang hisse le corps, précipite la tête et cherche un creux, une blessure D’où fuser au-dehors.
La sangre recorre el mundo enjaulada, insatisfecha. Las flores se desvanecen devoradas por la hierba.
Mis en cage, insatisfait Le sang parcourt le monde. Les fleurs se fanent, Dévorées par l’herbe.
El corazón se revuelve, se atorbellina, revienta. Arroja contra los ojos súbitas espumas negras.
Le cœur se retourne, tourbillonne, éclate. Il jette contre les yeux De soudaines écumes noires.
Ansias de matar invaden el fondo de la azucena. Acoplarse con metales todos los cuerpos anhelan: desposarse, poseerse de una terrible manera.
Des envies de tuer prennent possession Du coeur du lis. Tous les corps aspirent à S’accoupler avec des métaux : Avec eux se marier, se posséder d’une manière terrible.
El mar tiene sed y tiene sed de ser agua la tierra.
La mer a soif et La terre a soif d’être eau.
Después, el silencio, mudo de algodón, blanco de vendas, cárdeno de cirugía, mutilado de tristeza. El silencio. Y el laurel en un rincón de osamentas. Y un tambor enamorado, como un vientre tenso, suena detrás del innumerable muerto que jamás se aleja.
Et puis, le silence, muet de coton, blanc de bandages Bleu de blouses de chirurgiens, mutilé de tristesse. Le silence. Et le laurier dans un coin parmi les ossements. Et un tambour amoureux, comme un ventre tendu, bat derrière l’innombrable homme mort qui jamais ne s’éloigne.
Miguel Hernández (1910-1942). Todas las madres del mundo, adaptation par Sílvia Pérez Cruz du poème Guerra, extrait de Cancionero y romancero de ausencias (1938-1941).
Miguel Hernández (1910-1942). Toutes les mères du monde, trad. par L. & L. de Todas las madres del mundo, adaptation par Sílvia Pérez Cruz du poème Guerra, extrait de Cancionero y romancero de ausencias (1938-1941).
Nous nous sommes soudain trop approchés de quelque chose dont on nous tenait à une distance mystérieusement favorable et mesurée. Depuis lors, c’est le rangement. Notre appui-tête a disparu.
Il est insupportable de se sentir part solidaire et impuissante d’une beauté en train de mourir par la faute d’autrui. Solidaire dans sa poitrine et impuissant dans le mouvement de son esprit.
Si ce que je te montre et ce que je te donne te semblent moindres que ce que je te cache, ma balance est pauvre, ma glane est sans vertu.
Tu es reposoir d’obscurité sur ma face trop offerte, poème. Ma splendeur et ma souffrance se sont glissées entre les deux.
Jeter bas l’existence laidement accumulée et retrouver le regard qui l’aima assez à son début pour en étaler le fondement. Ce qui me reste à vivre est dans cet assaut, dans ce frisson.
Les herbes du chemin ont la réalité qui manque à la vraie fleurie et bien entretenue
L’imaginaire finit par procréer une réussite consanguine que vos héritiers ignorent jusqu’à l’heure où vous traversez pour l’autre rive, en vous laissant crever au bord du chemin dont ils se sont extirpés sans jeté votre adresse pour la ramasse
Cette relativité le peintre que je suis, l’aura construite pour de vrai en en faisant sa réalité par la poésie qu’il jardine
Aussi je ne me permettrai pas l’injure qu’aujourd’hui les présidents s’octroient
Je n’emmerderai pas les non vaccinés à l’onirisme qui fit les cathédrales au départ
Je vais avec le chien errant dans l’ombre d’un juif qui plane dans un pyjama à rayures et matricule au poignet, avec tolérance limitée au respect de l’autre, pas celle des livres de bonne conduite qui ne s’appliquent qu’aux autres
les yeux dans la lucidité pour faire de quoi survivre.
Je parle pour celui qui a manqué le train – Jacques Bertin
Je parle pour celui qui a manqué le train Et qui reste tout seul sur le quai. Il s’en moque Toulouse-Éternité : soixante années de train Qu’est-ce que c’est que ce ticket qu’on m’a mis dans la main ?
Je parle pour celui qui a manqué le train Il s’en voudrait de s’embarquer dans ce voyage Et de vivre il s’en fout. Sa vie de lui s’éloigne Dans le wagon de joie de vivre des premières et il s’en fout
Ce train sent la sueur, les femmes qui rigolent Les cris d’enfants, la gueule rasée des officiers Le regard suffisant des femmes engrossées Les causes et les drapeaux, le bon marché, la révolte
C’est un matin très gris, très beau d’une province Tu vas dans le silence des étals et des balcons Tu marches dans la rue, tu t’en fous, tu te moques De toi, de tout, de rien, de ta vie qui s’en va
Ce serait chouette de partir tout seul pour un voyage La vie rêvée, la mort qui tremble de parfums Et dans le paradis sans bruit, comme une enfance Où s’en vont les linges de femmes, parait-il
elle marche de pair à l’essence de l’arbre cachée dans le contenant de l’écorce
derrière le bise-bise de ton trottoir, sur le contoir de ton bistrot, atout dans la manille des joueurs de cartes, Cézanne ouvre-moi
Quand au matin du cantonnier ouvrant l’ô du caniveau, le grand ballet de bouleau entre en Seine et cueille la péniche à convoyer au large de la lumière recherchée, l’Abeille peut remorquer les écluses sont ouvertes
Le Quai des Brumes garde l’atmosphère
Ce rien fait du tout qui s’harmonise aux vouloirs du corps et de l’esprit
Comme Mireille a su mettre des luzernes au petit-chemin, l’émoi d’hiver tient au show du vivant plus sûrement qu’un descriptif d’agence de voyages
Au point d’y croire au chevet d’un arasement des valeurs, sentiment qui rappelle le germe de l’haricot planté dans la peau d’une communale
Si nous n’avons pas le pouvoir d’empêcher les guerres nous avons celui de bercer nos rêves jusqu’à les toiles.
« Allumez le feu » chantait la Voix de son Maître en duo avec son chien, le temps de quelques bassins décidée à plus se raser, il appareille
Manche à air orientée façon drakkar, les rhunes de la ville sorties du boulevard du crime, la porteuse de pains et les deux orphelines prirent l’amer
Ah calanques mezzo soprano votre tessiture centrale axent dans le cap
La réunion d’une diversité d’algues enrichit la soupe de quelques fleurs penchées dans les fougères, roux au gré des blonds-vénitiens, Place St-Marc le biset roucoule en escadrille , que ça se gondole au plaisir des dames sans faire chier Dreyfus pour plainte de grincement de violes
L’amour courtois émoi
chantonne Guenièvre à travers le moucharabieh qui la sépare du front de mer
Taire ! Taire ! Taire !
Lacoste en vue tire son petit-crocodile par l’aqueux, nous ne décrirons pas de misère au thérapeute, rien que du bonheur sur canapé.
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