COMME LES TOILES FILANTES


Photo Niala

COMME LES TOILES FILANTES

Traversée l’échelle aborde le haut du mur

on voit loin sur le panorama que la main qui peint déroule

Oiseaux que la nuit qui lève pose au bassin de toilette de la libido

Le peintre démêle en rase-motte les mauvaises herbes pour dégager les menthes des tisanes

il en restera les indélébiles adhérences, l’idée poulpe distingue la tentacule en résidence du traquenard embusqué sur le parcours

Dans ses jardins Bosch a donné au Marquis de Sade une tolérance philosophale à faire de Venise le hit parade des voyages de noces

L’abbé des anges baptise la soutane retroussée.

Niala-Loisobleu – 3 Février 2022

« Les Pierres de Sel 1 » – Niala 2013 – Acrylique s/toile 81×65 – Collection Privée

« CACHE-CACHE » – NIALA 2022 – ACRYLIQUE SOUS/VERRE 40X50


« CACHE-CACHE »

NIALA 2022

ACRYLIQUE SOUS/VERRE 40X50

(Oeuvre exposée dans l’Atelier  » Le Jardin de Niala

à 16100 Boutiers-St-Trojan)

Conte appuyé contre le tronc

jusqu’au sang

de leur trou on entend rire un couple de lapins

devant un long fleuve tranquille au déjanté des pavés

l’histoire se barricade

dehors il se fait froid pour évider du sureau

pas d’en vie de pipeau

Niala-Loisobleu – 1er Février 2022

NOUVELLES VAGABONDES


Zwiebelblumen in Töpfen unter Zierkirsche (Tulipa ‘Apricot Beauty’, Muscari, Hyacinthus)

NOUVELLES VAGABONDES

Glissant sous les obstacles les pensées restent chaudes du choix intime

dans le geste comme dans la parole

Le moindre mouvement des branches délivre à la fourche de l’estuaire l’effet direct et secondaire

En traversant le jardin l’oiseau a tout dit de lui dans la grande jarre puis s’est posé au fond du ravin pour boire avant de monter cueillir des fruits

Du bouton de la fleur, un parfum d’une voix de femme a commandé un taxi.

Niala-Loisobleu – 31 Janvier 2022

PAR CE BOUT DES DOIGTS


PAR CE BOUT DES DOIGTS

Par ce bout des doigts

qui bouge le nuage hors de la phrase

au diapason de sa vague apparaît l’horizon

Les petites lèvres des mâtines tètent du sépia au noir et blanc

jusqu’à la dernière couleur du temps, l’argentique page après page.

Niala-Loisobleu – 30 Janvier 2022

L’OREILLE DRESSEE SE MET A TABLE


L’OREILLE DRESSEE SE MET A TABLE

C’est au débouché de l’oreille que l’oiseau tira le rideau des feuilles pour ne pas perdre la vue du ciel

La grande caravane du tour de passe-passe précédant l’échappée, venait de passer à grand bruit. Les klaxons , crécelles, trompettes et tambours jonchaient le sol d’une pluie de prospectus invitant à croire aux vertus d’un site de rencontre

A part la Principauté d’Andorre où le produit détaxé peut rester non frauduleux, les lieux qui vantent l’orgasme au-dessus de ce que tu as pu connaître évitent de donner la vitesse réelle des vents qu’ils braquent dès qu’ils dégainent

Le retour au Moyen-Âge que l’évolution préjudiciable causerait à la lucidité en passe de faiblesse fait heureusement tilt et met ses feux de détresse en état de veille pour freiner la vitesse engagée

La lanterne s’allume en avant-garde

La barrière descend comme une herse au fond du jardin, isolant comme un geste de masque l’isoloir des découvertes du cabinet de curiosités

L’oiseau ramène le pouls à cadence de croisière

L’orque senti est gardé comme l’éventualité qu’il faut tenir à distance des bateaux de papier

Les fleurs peuvent alors ressentir bon sans que ça change la pourriture terrestre. L’essence ciel à soi sera sauve. C’est la bonne action faite, sans aller mentir avec un beau chapeau à la grand-messe d’onze heures

La bonne résolution oeuvre.

Niala-Loisobleu – 30 Janvier 2022

LES BAVARDAGES D’UN PEU CAUSEUX 27


LES BAVARDAGES D’UN PEU CAUSEUX 27

A part le brouillard qui règne sur le monde et tout autour de la maison, tout s’éclaircit de plus en plus. Les acariens de l’échange sont partis des mots-quête. Certes il faut faire avec les ignorances numériques pour parvenir au meilleur du repas. Un verre de bord d’ô aide à gagner le canapé du digestif avec un chocolat sans avoir recours à l’intelligence artificielle

Les dernières mises au point avec annulation des Récollets ont permis aux jambes de trouver une excellente nuit de repos qui leur a permis de revoir l’accrochage du côté de La Chaume

Comme vous pouvez le voir sur l’illustration, je m’ai maintenant à gauche du clavier…mon meilleur côté

Bien que le Président ramasse tout ce qui peut lui apporter profit pour se faire réélire, il n’y aura de changement qu’en pire, ce qui fait que de mon côté je travaille davantage pour trouver le bonheur propre à me permettre de vivre en aimant et en partage

Et si je suis très confiant des dispositions prises c’est qu’il s’agit vraiment de retrouver la santé

L’idée de faire une expo pique-nique dans le jardin, l’atelier et La Chaume au printemps, à cet égard est vraiment porteuse

Le pouvoir créatif apporté par la joie que le coeur trouve en partage génère du bleu sans besoin de petites pilules

Comme enfant la purge des vers qu’on nous faisait prendre au printemps lave mieux qu’une promesse menteuse qui empire au lieux de guérir. L’intestin sans transit c’est l’occlusion, disait Marthe, mon ange-gardien.

Niala-Loisobleu – 29 Janvier 2022

Jacques Bertin – Ma vie, mon œuvre lyrics

Je n’ai pas su partir au loin Convoquant les ports et les îles Brisant les lignes du destin Comme un joueur d’osselets malin Bousculant la donne et les villes Je n’ai pas été l’homme-oiseau Régnant sur la côte dalmate Ni Protecteur des pays Baltes Avec son sceptre de roseau Il étend son bras jusqu’à Malte Au Vidame des ponts, à Pise Avant de le tuer comme un chien Il a racheté sept putains Qui viennent manger dans sa main Et l’aiment et qui le lui disent Ses pirogues sont sur l’Ogooué Chargées de son camphre et son miel Le roi du Soudan amadoué Lui paye des plantes d’arbre à sel Avec deux cents chevaux de selle Il conquiert les Pays du Livre Avec quatre cents cavaliers – Mon manteau pourpre les rend ivres : Livre ton âme et ta monnaie Remercie Dieu qui te délivre ! J’ai menti plus qu’on ne peut dire J’ ai vendu des années durant De faux ciboires en fer blanc Disant la messe en allemand Pour de faux moines durs à cuire Piroguiers descendant l’Ogooué Qui donc gémit dans ces barils? – Des âmes d’enfants étouffés Des pierres bleues du dieu Avril Des larmes gemmes pour les îles J’ai sauvé les couvents de Bâle Cernés par les Teutons haineux Ils voulaient la peau des moniales Ces démons se battaient mieux qu’eux – La supérieure fut triviale J’ai parcouru l’ancienne Épire Fuyant l’Europe et ma moitié Suivi d’un mamelück d’empire Et deux femmes qui me battaient – Battez-moi, mon ancienne est pire… D’un ministre l’épouse en fuite Blanche et gra**e et toujours très nue Serait-ce cela qui m’excite : Des ministres la vertu ? Iconoclastie tu m’habites ! orage au ciel chargé Je te soudoie et on se monte Certaines fois le vent se lève Pour la migration des regards « Maîtresse, rentrons, il est tard » – J’aime ce léger désespoir Qui donne son parfum aux rêves Certaines fois je crois en l ‘Homme Tu me convaincs et tu m’absous Par le rire et l’amour. En somme La foi y est cachée dessous Je crois au monde ou c’est tout comme Et tu es toute ma frontière On y pa**e en fraude un baiser Un de plus et la vie entière J’affrête pour appareiller Ma pirogue sur l ‘oreiller

Jacques Bertin

ANNULATION RECOLLETS 2022


ANNULATION RECOLLETS 2022

Puisque le coeur tient

ce n’est pas annuler

c’est juste reconnaître la faiblesse des jambes pour rester debout

Voilà l’heur pour tout

Continuer à peindre seul compte

l’Atelier a toujours secondé pour exposer

Niala-Loisobleu – 28 Janvier 2022

 PRESQUE EN DEHORS DU CIEL, ANCRE ENTRE DEUX MONTAGNES

Presque en dehors du ciel, ancre entre deux montagnes,
le croissant de la lune.
Tournante, errante nuit, terrassière des yeux,

pour compter les étoiles dans la mare, en morceaux.

Elle est la croix de deuil entre mes sourcils, elle fuit.
Forge de métaux bleus, nuits de lutte cachée,
tourne mon coeur, et c’est un volant fou.
Fille venue de loin, apportée de si loin,
son regard est parfois un éclair sous le ciel.
Incessante complainte et tempête tourbillonnant dans sa furie,
au-dessus de mon coeur passe sans t’arrêter.
Détruis, disperse, emporte, ô vent des sépultures, ta racine assoupie.
De l’autre côté d’elle arrache les grands arbres.
Mais toi, épi, question de fumée, fille claire.
La fille née du vent et des feuilles illuminées.
Par-delà les montagnes nocturnes, lis blanc de l’incendie
je ne peux rien dire! De toute chose elle était faite.

Couteau de l’anxiété qui partagea mon coeur
c’est l’heure de cheminer, sur un chemin sans son sourire.
Tempête, fossoyeur des cloches, trouble et nouvel essor de la tourmente,
Pourquoi la toucher, pourquoi l’attrister maintenant.

Ah! suivre le chemin qui s’éloigne de tout,
que ne fermeront pas la mort, l’hiver, l’angoisse
avec leurs yeux ouverts au coeur de la rosée

Pablo Neruda

Luis Eduardo Aute – Prefiero amar


Luis Eduardo Aute – Prefiero amar

mon coeur me dit,
« me dice el corazón,

que je ne suis pas de cette planète,
que no soy de este palneta,

que je suis tombé d’une comète
que caí de algún cometa

hors circulation
fuera de circulación

ou peut-être que c’est un clone
o a caso sea un clon

de quelque chose comme un sauvage
de algo asi como un salvaje

qui articule un langage
que articula algún lenguaje

d’une étrange dimension
de una extraña dimension

pourquoi ça arrive
porque sucedequ’entre la foi et le crime
que entre la fe y la felonía

hérédité et hérésie
la herencia y la herejía

la meute et la meute
la jaura y la jauría

entre mourir ou tuer
entre morir o matar

Je préfère l’amour, l’amour
prefiero amor, amar

Je préfère aimer, je préfère aimer
prefiero amar, prefiero amar

Je préfère l’amour, l’amour
prefiero amor, amarpourrait aussi être
tambien pudiera ser

ça me rend fou
que me este volviendo loco

parce que le oui fou m’a frappé
porque me pegó el sí loco

de la brièveté d’être
de la brevedad del ser

et que vais-je faire
y que le voy a hacer

si une pièce tombe en panne
si me falla alguna pieza

pour croire que la beauté
por creer que la belleza

ne cède pas au pouvoir
no se rinde ante el poder

et ainsi de suite
y asi sucedelaisse entrer la foi…
que entre la fe…et postes à choisir
y puestos a elegir

entre l’or et le parnasse
entre el oro y el parnaso

Je me demande d’être un clown
yo me pido ser payaso

magicien, acrobate ou fakir
mago, acrobata o faquir

ou peut-être un élixir
o acaso un elixir

aux bulles orgiaques
con orgiasticas burbujas

ou le bal des sorcières
o la bola de las brujas

où l’avenir rêve
donde sueña el porvenir

pourquoi ça arrive
porque sucedeEntrez…
que entre…

DE NULLE PART ET PAR TOUT


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REFLETS D’ESTRANS 4

(Remis à marée le 27 Janvier 2022)


J’aurai du mettre l’air en flacon
peut-être que le sel aurait gardé la chanson de marin
sur l’A de l’embarcadère

A l’encre se tend l’orin
les haubans cliquètent
en suivant des yeux
le tourbillon des mouettes
.
Sur les pavés que la pluie fait briller
des sépias sont restés sous les casiers
qu’en sortira-t-il
un corps mort où le n°5 ?

Voilà le coefficient qui monte
jours de grandes marées annoncés
les estrans remonteront la jupe des vagues
jusqu’au haut des cuisses du rivage

A découvert l’enfoui en faisant surface
dira la vraie couleur du fond
sans l’habillage des mots qui dissimulent la vérité
le silence jauge l’exacte profondeur de l’expression orale

La plage étend tout son corps à la rencontre de l’horizon en question…

Niala-Loisobleu
19 Janvier 2015

On est d’ici et nulle part. Tu te souviens Mon Capitaine ? Petit-Frère est-ce pour ça que tu es parti devant avec tes dix-ans de moins ? Un rivage que t’as gardé de côté à l’anneau a du finir par te retenir au mauvais moment que l’amour t’avait fait. L’Homme peut pas vivre sans et il arrive pratiquement jamais à le garder à partir du premier. Faut repartir. Voilà comme quoi je pense que pour assurer faut amarrer sans descendre à quai. La poésie n’en pâtira pas. Comme je disais à Ana, la Philosophe ce matin ce qu’elle dit elle, est la vérité, mais la vérité à dire est pas toujours bonne. Alors on fait appel au poète pour soigner avec des mots menteurs le côté cruel de la vie. Faut qu’on sache prendre soin de nous comme des autres.

Du coup j’ai eu besoin d’une promenade avec toi Mon Capitaine

Dis-moi dans les abysses ça va comment , ça change aussi ?

Si tu remontes faire un tour viens aux Récollets…

Niala-Loisobleu – 27 Janvier 2022

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OURDIR LE BLEU PAR JACQUES IZOARD


OURDIR LE BLEU PAR JACQUES IZOARD

Ourdir le bleu

dont on possède l’ombre ou la clarté.

Les savoyards logent dans la maison croquée.
Comme l’étain.

le cuivre est sourd :

cruches et tabatières

en témoignent.
Passe ton chemin.

porteur de coquilles.

Ensemble de tracés, de clameurs.

Les genoux ont des coussins.

La sombre, en son poivre,

est fagot de sureau,

blancheur mourante.

On ne peut que voir

à petit feu.

On ne peut qu’annoncer

la langue et sa manœuvre.

Nerfs dont on ne sait ni le nom, ni le chemin, ni la rivière fluide, nerfs de laine ou de foin, nerfs, je vous appelle.
Vous longez, silencieux la main, la jambe.
C’est le cœur qui vous tient serré dans sa lumière.

Cri mâle ou parole qu’on jette aux ajoncs !
Souvent, le souvenir.
Souvent, la récolte.
Quinquets et sabots sont dérision.

Grondeur intègre et bleu.
Les plantes et les veines emmêlent tiges et cheveux.
J’arrive au sommet du mont : le clocher dressé, la fièvre.
Opaque devin qui me traîne.
Les pirogues ont des mains papelardes et des éboulis muets.
J’élève l’élève, et la langue, en ce moulin moelleux, fait figue, fait flèche.
Et c’est le démêlé très doux qu’on suppose en la cosse.

Vin chantant.
Toupie.
Lave l’œuf à grande eau.
Bonnet de laine ou grain de blé.
Bon sabot plumé.
Ou orge, ou gorge.
Ou orme assouvi.

Maisons de papier, de foin, où vivent ensemble arbres et mulots, voici vos villes, vos étreintes
La poutre et le carreau ont mille raisons de craquer, de fendre toits et portes.
Au jardin, le linge prend feu pâle, capture en vain papillons ou mains.

Tout est bon : le lierre, les murs gris, le feu franc, les lèvres et les jambes.
Nous irions voler, dès qu’aube tombe, chats et bestiaux, femmes sans langue.
Et je marche à travers les souches mates, les sapins, comme endormi, palpé sous la peau, animal sans ombre.

Le doux appareil frotte le linge contre la main.
Et nous sommes sûres de voir muscles et tendons.
Fallait-il amincir la peau fine et les ongles ?

L’œil sans cloison n’étouffe qu’une clarté sans famille.
Me voilà dans l’épaule.
Me voilà dans le talon qui claque ou qui ronronne.
Partout, les mains dorment, frêles et liquides, dans le geste enfermé d’un dormeur bleu.

Touche toutes les armes

l’orange et la chaux,

la douleur très ronde

où l’œil est un puits,

le genou dodu, la châtaigne.

On verra le pays

vivre dans la querelle

du charbon repu.

L’écureuil poursuit jabots ou crécelles.
Claque un cabaret !
Mon timon noir ameute les filles, les femmes.
En chandail jacquard, je fais le jade, franchis l’éventail du coq et du pou.

Chacun des bras, chacun des doigts.
Y compris la cuisse et le genou, la maison, le papier, l’enclume, et l’odeur ovale des arbres, le lait qu’on avale.
Papiers à grandes jambes dans le ruisseau vert.
Repas de grenouilles.
Jambes courtes du sang, jacquemart bleu d’amblève, amande en langue de chat.
J’allonge en vain le cœur jaune: jambe de bois n’ose.

Bourgeons ronds, menus grains

dont l’œil s’emplit.

Et c’est la pluie

dont nous aimons

les liens, les pattes,

les boules de nerfs.

Déjà, plumes et châtaignes

font rouler l’ombre :

on dirait qu’un soleil

meurt noyé,

qu’un enfant court

dans le parfum des aulnes.

Oubli gelé de la sève très blanche, l’hiver.
C’est ici le lieu, la rotonde.
C’est ici le lieu.
Nul ne se cherche un visage : flots de givre en mon ventre, flots d’étoffe, de graines, ou de grains coupés en deux.
Les enfants font des rondes, avalent des poignards.
Mettront-ils à feu et à rêve le home des voleurs ?

Langue avide vers le couloir que défend la herse aux oiseaux froids.
Déluge emplumé des yeux, dédale de doigts très fins.
Dans la maison ronde, l’arc du borgne, touche le cœur.

Nous vivions de laine,

de crayons de couleur,

d’eau fraîche, d’estampes.

Les fenêtres en papier

n’étaient pas des tambours.

Nous aimions le candi, la cannelle,

les femmes sans bras,

les garçons sans regard.

Muscles doux et volés

sous la peau qui caresse

la peau, qui coupe

le souffle.

Court projet des doigts,

des dents à la carie.

Salve de salive !

Donc, tu vis, tu choisis

la maison détruite,

ses poutres, ses mannequins,

l’empire de la main nue.

Péroné rouge, te voici, long sous le gel, outil de longue taille, cassé deux fois, vers midi.
Enfant de petit doigt, nous aimons ta nage et clamons à cris nus : feu logé ! vaste neige !

J’avoue qu’un ouvrier serre le plus grand talon, conserve un outil bleu le plus longtemps possible.
Vive épreuve, action de neuve envergure, où l’arbre est debout dans la bouche du parleur.

La main laisse à la main la paume et les dix doigts, la femme ou l’étendard.
Viens à moi, fileuse, fille sans recours…
L’épaule gauche est la bosse du deuxième cœur.

Coupe en quatre lèvres et cheveux : l’épingle est visitée, le sabot parle bas, le chemin fait le tour de la chambre et du cœur.

Langue à vendre

ou œil sourd

dans un panier d’aveugle…

Et va la veine

au cœur.

Et dort le dormeur

dans le poing, dans l’oiseau.

Le feu volé, je le donne à ce parleur dans une maison vide, à ce marcheur très doux dans une forêt touffue.
Et je coupe les ciseaux.
Je ne tranche pas le cou de la femme que j’aime.

Connais-tu le figuier?
La clarté sans couture vit dans la bouche.
C’est la femme endormie qu’il faut suivre: la rivière l’assouvit, la très pâle enchantée, muscade en son parfum, l’éveillée sans retour.

Jetais cavalcade ou sel pur dans le chemin des veines, le chameau de l’aiguille ; forêt, je salue tes étais, tes papiers fondus. À mamelon entier, je préfère
demi-sabot, quenouille, ou grenouille dans la bouche: c’est soleil, c’est fracas d’eau nourrie de viviers, de vive nuit, de vin clair qu’on a bu dans les fermes, au fond des puits glacés,
claquant dents et scies; marchez vivants, enfants de laine, dont les yeux sont jouets de cerises, et caressez goupils et filles.
Orée des cheveux.
Orée des mains, des chemises.
Mentirai-je sur les doigts?
Je fuis à courte paille au sommet des maisons.

Carcans et châssis font ténèbres.
Chassent la peau, la neige, et j’essaie de retenir bras d’enfants, chenilles, paupières dans cette chambre où, finalement, tout se joue: le vivre à perte d’œil, le nourrir
en son melon, le grossir en cette potiche gardeuse de billes, de pièces de monnaie, de fragments d’ongles de jade !
Exulte le chant très franciscain.
De l’attente enfiévrée, je sors très pâle et seul, près des ciseaux primaires.
Des masses de foin fondent.
On entend les osselets crisser, les drapeaux coudre leurs couleurs.

Car si je scie le doigt, je scie le feu, la flamme femelle du corbeau: anis, cannelle, pépins, levain, radis, poivre, voilà plus qu’il n’en faut pour survivre en ce cocon
touffu.
Tout fait farine à
Iveldingen.
Je me souviens: j’essuyais les cheveux, les vitres, les carreaux, les verres laissés à terre, que les bafouilleurs avaient oubliés.
Et nos enfants juteux marmonnaient maints embrouillaminis; lève un seul sabot: la houe rouille.
Fourre de papier le mannequin que tu portes sur le dos, tel un nain tatoué, un frelon nu qu’on châtre sous le préau.
Allonge un long membre dans la maison des doigts: lave le va-et-vient qui meurt dans la mort.

Coquin vêtu de vert, je t’embrasse en tes balafres, et te crie: scie les mains et les sabots, et cherche en ton chien les plumes ennuagées.
Viens avec moi: la peau tire les genoux vers les yeux ; je tue le feu, le linge où vit le plat papillon du front, les charbons délavés des veines, les pupilles mates des bambins
qui vont à l’école.
Et je me dresse, et je hurle à la hâte les indistincts mots du pus noir.
Voile, voile l’orage, l’organisation des pas du sable et du bois.
Rêveur chaud que la menthe assouvit, vis ici parmi les encres et les chiffons et les fragments de peau; pulpes, verrières, plantes grasses, émaux n’étoufferont pas la petite
femme dans la savonnette.

Opaque lointain.
Montagne en neige.
Le papier noyé boit les mots où la femme en lèvres fend le cuir dont tu sais les tendons, les mortes frondaisons.
Mirabelles dans des paniers de lin; fleur d’amandier dans l’œil.
De quel époux se séparer?
Je touche outre.
Au-delà des doigts, l’orfraie ou la haie fïleuse et ses chemins poudrés ou pointus, qui vont vers les étangs piles, les miroirs gredins, les puits vengeurs, d’où
sortent des brassées d’enfants minuscules.
Ah!
Sommet de nos centaines de vitres, de nos moleskines, de nos trajets coupés en huit.
Février est un homme court.
Les doigts pendus aimaient les doux vernis d’Isabelle en gris, les cœurs de jade ou de
Jacques.

Ma campagne passe par l’œil dont tu cousais l’étoffe, la blancheur canaille, la prunelle.
Et les cloutiers rêvaient.
Et les dormeurs, appuyés aux échelles, aha-naient.
Fruits duvetés des pommiers, la coque est pleine.
Hors d’ici, voleurs de filles; qui secondera les bras courageux de l’hyène et les efforts du grand cheval bleu?

Pourvu que j’écrive «froidure» ou «demi-sentier» ou «carcasse» ; haute givrée, la voici onglée sous l’œil jeune et je ne sais lui parler,
mangeant les mots qu’elle donne, hurlant «scalpel» , matins ouverts dans une maison, dans un oursin, dans une espagne à l’envers, où le nalôn se sert de mes mots.
Je juge un juste espoir.
Je pends le papier à l’aide d’un croc.
La main prend peur si le fruit rapetisse ou gagne le grenier vrai des filles qu’on engrosse, qu’on veut toucher demain dans la dent, toujours à l’intérieur.

Puisque claques font ténèbres, jeu de peuple en naufrage.
Ouvrier de bonne menthe, je sais que tu m’aimes.
Eclate.
Suis la poutre et saute à travers l’œil glacé de la poule ou fais semblant de l’enivrer, lucide.
Je suis l’odeur de mon odeur, corps déraciné qui naquit de mon ombre, dans la foulée d’un incendie qui marche à pas de sang dans mes membres, et mes vertèbres, et mes
épaules fragiles.

Et voici l’astuce, le terrain mou des yeux, des regards de glu sous la table.
Hésitez, soyez plus noir que l’horloge éventrée dans des jardins engloutis.
Je marche et suis vieillard.
Je marche dans le parleur orange, dans l’oreille immense d’un parc de vitres, où chaque plante sort d’un œuf.
Hurle ou ne hurle, tu verras des maisons sur le flanc, des enfants d’orge, qui viennent voir leur mère dans le ventre de ta mère.

A sombre venue, je lisse la chambre et suis organe de noir massage à travers maints ouvriers les pieds cassés, les moignons bien vivants dans des guêpes et des encriers nus, dont
j’étais le sauveur.
Perpétue la trace et le fol enjeu, damne et cloue, laitier bébé que je tatoue, que je traverse d’une masse argileuse, avec mes aigrefins, mes vautours pointus, mes cadenas
enveloppés de laine. À qui dirai-je que j’écris pour écrire un seul mot qui me tient à jambe?

Arrache à foudre sans demain le glas poilu de l’œil: déjà tu te sers des mâchoires pour avaler l’œuf premier, puis la langue, et des milliers d’amandes, dont le
goût te traverse, hors du toucher rêche.
Prunelles ou baies par tombereaux, assaillez-moi !
Pitié, poux ou arbres de noir rejet, vierges carnages !
Je dirai demain que je pars vers vos étraves, prêt à déchirer les jutes, les ganglions, les estomacs, les tissus somptueux des jaunes d’œuf, dans le dédale sec du
palais d’os que ma main possède.
Et je suis ici dans chaque cri qui coupe en deux la nourriture.
Ave.

Village dont on se sait brisé ou gourmand.
Je lance à bonne vitesse un flacon d’orange et je dors dans le village de mes épaules, dans le village de mes jambes, dans le village de mes yeux, dans le village de mes cheveux, dans
le village de mes ongles que je regarde souvent.
Ongles sans
Pyrénées, sans vains parloirs : êtes-vous là, étiez-vous là sans histoire, quand on me demandait d’entrer dans la prison
Saint-Léonard, poupée bouffie de son ?

Bois à goulée le citron, la neige, le thé.
Je n’écris pas, je mange à poings perdus dans ma vie effilée, fil tendu de l’ongle, où des cerfs lèchent un peu de bon sang pendu.
Je m’insurge à chaque rondeur du corps où mes mains inondent une douleur de grenade, un bon sens évidé: luxe ou taillis, réminiscence, plan d’eau vaine, plan de
verveine à chaque étage.
Au grenier, je nage entre les os norvégiens des enfants.
Je saute et diminue de clarté, car le tambour que j’ai aimé m’engrange et m’endors roulé dans un grain de sel.

Petits souliers mous, je vous aime, puisque je vis à
Halbachermuhle, dans un moulin creux, qui croît le long des aulnes, à
Amblève, où sont mes blancs parents, de longs chemins enroulés dans les jambes.
Quatre caisses de bois craquent, et mon cœur, mon corps allègent le feu qui palpe une dernière fois les hanches des branches, les landaus muets de quelque châtelain
cru.
Navigateur béni, crois-moi, je tiens à courts bras l’orfraie dont les plumes poissent le col ; ma femme plie le linge enneigé, les plies, les soles, dans l’armoire en
noyer.
Incestueux promeneur, mange ton ombre et grave, ce mardi, ton nom et le mien dans le cuir peureux, dans l’écorce mate.
Mille phalènes sont dans les yeux ; les fourmis, dans les jambes, ont des genoux minuscules, et nous économisons notre regard en ne le posant qu’où nos lèvres se posent, sur
le chemin chevelu de
Meyerode.

Glotte où petits oiseaux me font mourir de cris.
Sont, sont ainsi longs doigts de pied ou jouets de couleur pour de nègres oranges.
L’étouffement de la paume a permis le voyage : le voyeur est caché dans la dernière phalange et casse tout : les yeux qu’on gardait pour le bon regard, les pieds bots
empalés.
Ah! juristes sans vérité, que faire?
J’oins les parties de mon corps de liquide douceâtre et de miel et suce enfin arbres et robinets.
Passe, garde à cheval, et ne me crois pas.
Je vis le remous à l’intérieur du cœur et ne suis ici qu’en demi-voyageur.

Bête à bête.
On dit bien qu’on ira battre une panse à pleines mains, cacher dans la fontaine un gigot de velours, voler le cœur gonflé d’un garçon très noir, dont les muscles en
sommeil n’ont pas de nom, n’ont que fièvre sans foudre, ou jardin épais.
Je suis joyeux ; ceci me donne un remontoir de papier, puisque je vais à la campagne faire mûrir les tambours, récolter les rivières ou lécher l’eau pure, compter les
grains moussus, les cerises cerise.

Jacques Izoard