La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Depuis les seins libérés à l’inspiration nasale le rut monte sans s’occuper de Sisyphe, la pierre est à faire polir
En ces temps précaires remettre sa vie à demain est d’une lâcheté sans pareil, certes l’amour se garde à jamais, mais mettre son corps à jeun de son vivant est le déclarer mort à l’arrondissement
La vague secoue le tronc les fruits tombent
Polyphonie de l’écorce sort de la peau au grain futur du noyau.
Volets clos dans la chambre de l’heure dépassée le coeur a cessé de sonner
seule une odeur de taire remué gerce les sauts du chien derrière la porte du matin
l’usine à marées continue d’embaucher alors qu’on ne trouve plus le sel dans les ingrédients d’une cuisine
Un oiseau de passage signe la fiche d’hôtel sans ouvrir sa valise comme s’il voulait revisiter l’étape en prenant son tant
Il n’existe pas de missel pour dire la messe funèbre d’un trou sur la route intime
plus les mots s’abstiennent plus le beau du parcours se bouscule sans liens d »état-civil
J’ai vécu des grandes douleurs avec des êtres que je n’avais vus que dans mon âme, plus loin que dans mon sang
J’en déduis que le sentiment a des résidences totalement étrangères à son domicile
la peinture m’a fondé l’esprit à cette certitude
par la beauté de ce genre de tristesse qui en découle à l’abri du décorum de cérémonie
très tôt ce matin mon père m’attendait à l’atelier, j’ai peint sa pensée, je vous assure qu’elle courrait comme un enfant qui a envie de connaître sa mère pour découvrir la joie.
Marc Ogeret MAINTENANT QUE LA JEUNESSE Louis Aragon, musique: Lino Leonardi, 1948
Maintenant que la jeunesse S’éteint au carreau bleui Maintenant que la jeunesse Machinale m’a trahi Maintenant que la jeunesse T’en souviens tu souviens-t’en Maintenant que la jeunesse Chante à d’autres le printemps Maintenant que la jeunesse Détourne ses yeux lilas
Maintenant que la jeunesse N’est plus ici n’est plus là Maintenant que la jeunesse Vers d’autres chemins légers Maintenant que la jeunesse Suit un nuage étranger Maintenant que la jeunesse A fui, voleur généreux Me laissant mon droit d’aînesse Et l’argent de mes cheveux
Il fait beau à n’y pas croire Il fait beau comme jamais Quel temps quel temps sans mémoire On ne sait plus comment voir Ni se lever ni s’asseoir Il fait beau comme jamais C’est un temps contre nature Comme le ciel des peintures Comme l’oubli des tortures Il fait beau comme jamais
Frais comme l’eau sous la rame Un temps fort comme une femme Un temps à damner son âme Il fait beau comme jamais Un temps à rire et courir Un temps à ne pas mourir Un temps à craindre le pire Il fait beau comme jamais.
et mange de ma mémoire ce que je n’arrive plus à penser ce que j’ai pu croire
Tu t’es renversée d’un arc de reins de walkyrie
au silence plus sonore qu’un passage de mur du son
Quand le bleu se déchaîne la libération part dans tous les sens
sans que ça trouble le moins du monde les moissons de regains qui en dépit des jambes tiennent ma main-gauche en soc
Ah labour…
Quelque part dans un coin du monde des grands fauves reviennent aux forêts du début, je ne partirai pas sans en avoir tailler ma pirogue
ni m’avoir versé des menthes dans un vert d’ô gazeuse
D’ocres surgissant le cheval aboie et le chien hennie, des tomates grosses comme un cul rougissent sans honte
l’abricotier colle tout autour de ma branche son écorce de velours humide
je vais jouir dans le capiton de ma cellule
Jamais comme depuis longtemps l’en vie de peindre ce besoin de vie ne m’avait coulé des pores, sans doute suis-je cerné par la mort. Ceux que je n’ai pas réussi à quitter bien que partis me rappellent ce type de stigmates qu’on peut sortir du fond de sa poche-restante
Dire que le feu me monte au moment où la canicule se repointe, c’est ma seule angoisse , je voudrai pas être interdit d’atelier sans pouvoir l’exprimer
Entasser mon oeuvre, toile lune contre l’autre, c’est briser la coque de l’indifférence.
J’attrape ce qui reste de conscience par la bretelle
comme si c’était mon l’écrit dernier.et songe..
Niala-Loisobleu
28 Juillet 2022
JE SONGE A CETTE AUTRE ETERNITE – ALICE MACHADO
Je regarde la mer, comme un appel, un cri hors du temps, hallucinant, embrasant ta totalité de l’horizon
Elle est agitée ce soir, écumeuse, bleu noir, gris mauve, jusqu’à cascade d’ émeraude, déchirée par la passion qui s écrasé désespérée sur le sable noyé d écume. Impossible de le pénétrer, même la ville devient incertaine, à peine visible, quelques lueurs de voiliers attachés au port. Une île, je crois, en plein cœur des Cyclades, où même les dieux semblent avoir été oubliés.
Je songe à cette autre éternité, à l’ écriture sur les vagues, pouvant transporter le poids de la pensée sur leur corps aquatique. Ce sont dans ces espaces d’ absence que l encre peut s engouffrer. On peut écrire sur tout sur la vie,le désert et ses tempêtes sur le corps mort du monde et surtout sur le corps mort de l’ amour, blanc et désespéré, dans l’urgence du temps, là où les mots sont interdits . Alors je suis revenue cette nuit bleue rougeâtre doré, encerclée , emmurée dans mon silence tel un fantôme errant une déesse sans nom, qui cherche une porte de secours à sa folie.
J’ attends là , l’ indéchiffrable l’ indécomposable… les mouvements de la mer ? Les forces du vent ? L’illusion de l amour ? L angoisse le spleen baudelairien ? Les brises de mai se font de plus en plus fortes frappant la mer qui est pâle , blanche, chaotique sous les forces des vents contraires, criant à la folie dans le désir inassouvi de notre déraison .
Et je marche dans un bleu électrique déjà perdue dans moolight de Beethoven jusqu’à l’ annonce de l’ Aube effarée , haletante, le long du sable agonisant sur la nudité de la plage blessée…
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