RECALAGE


RECALAGE

Du vent explosif qui envahit les alentours, les oiseaux se resserrent au cœur de la ramure

Se tenir à l’encre d’eux-mêmes en retendant les amarres est le seul abri dans la mitraille

Du ventre que l’abominable menstrue tord sort le germe de ce qui veille.

Niala-Loisobleu – 25 Février 2022

SE REMPLIR A JAMAIS


SE REMPLIR A JAMAIS

Devant se qui lève de plus mauvais

conduisant

au devant des lots de misères

et au comble du malheur

dans la course au pouvoir personnel

entraînant la mort à grande échelle

l’incertain est plus que jamais à l’entrée du chemin

Aussi je veux te noter sans rien perdre dans mon Carnet de Vie

puis le remplir de tes mots que mes couleurs ont mises à l’ô depuis ta source

Mer céleste tressée d’algues, prairies en archipel, pores de cabotage

vallons d’alpage, où les forêts en broche tiennent les clairières en camées

les derniers animaux sauvages dans nos traces

pour partir en chanté l’un dans l’autre

avec Bertin

Niala-Loisobleu – 24 Février 2022

 Jacques Bertin -Carnet

Il y a beaucoup de morts dans le journal d’hier
Et beaucoup de misère mais partout
Beaucoup de gens qui restent indifférents
Le lendemain tout semble déjà moins grave

Je ne voudrais pas que tu vieillisses trop vite

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Avant que nous ayons eu le temps de nous arrêter
Et de nous dire : nous sommes heureux
Que nous nous regardions encore une fois
Dans le miroir amoureux des sourires
Que je te trouve belle encore une fois
Je veux encore du temps pour offrir
Ton corps aux regards de passage
Gens de passage prenez cette femme
Possédez-la un jour elle ne sera plus rien
Montre-toi nue danse pour eux
Possédez-la qu’elle demeure
Et demeure l’empreinte de ses doigts dans le sol

Je sens maintenant que tout va un peu plus vite
Pourtant nous avons juste trente ans
Je m’arrête et je te regarde
Ai-je assez profité de toi ?
J’arrête le monde et je regarde
Car il est plus que temps aujourd’hui de vivre
Je cherche à écrire de plus en plus simplement Dans le journal d’hier beaucoup de morts
Et puis partout beaucoup de gens indifférents
Nous sommes peu nombreux à veiller
Nous tenons la lampe allumée
Nous repoussons de toutes nos forces le sommeil
Et la lampe nous fait les yeux brillants

Nous tenons la lampe allumée
Nous ne vieillissons pas

Jacques Bertin

JAUGE D’EVENT


JAUGE D’EVENT

Dans la trajectoire du laitier

avant que ta main se soit séparée de la tartine

et que tes seins au plus lourd de leurs balancements aient toucher taire

je me saisis des derniers mots que tu viens d’écrire pour mesurer l’esprit de ton encre

Niala-Loisobleu – 23 Février 2022

A BORD D’UNE PAGE


A BORD D’UNE PAGE

Le fracas du voisin cloisonné le tant qu’elle a à mettre sur sa page réapparait

Voilà le décroisé de ses jambes quand elle sent ma main entrain de vouloir venir

J’ai renversé le pupitre avec l’encrier pour la débarrasser des heures perdues et la sortir de la marge

du coup sa blues noire est là par taire, sans boutons grande ouverte

Dans ce jeu l’imaginaire peut construire sans ressentir de point de côté dans son ventre

Plus besoin de se couvrir la tête, le chat peau peut miauler.

Niala-Loisobleu – 22 Février 2022

L’ECHARPE – CORA VAUCAIRE/MAURICE FANON


L’ECHARPE – CORA VAUCAIRE/MAURICE FANON

Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Ce souvenir de soie
Qui se souvient de nous
Ce n’est pas qu’il fasse froid
Le fond de l’air est doux

C’est qu’encore une fois
J’ai voulu comme un fou
Me souvenir de toi
De tes doigts sur mon cou
Me souvenir de nous
Quand on se disait « vous »

Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Ce sourire de soie
Qui sourit comme nous
Souriions autrefois
Quand on se disait « vous »

En regardant l’soir
Tomber sur nos genoux
C’est qu’encore une fois
J’ai voulu revoir
Comment tombe le soir
Quand on s’aime à genoux

Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Ce soupir de soie
Qui soupire après nous
Ce n’est pas pour que tu voies
Comme je m’ennuie sans toi

C’est qu’il y a toujours
L’empreinte, sur mon cou
L’empreinte de tes doigts
De tes doigts qui se nouent
L’empreinte de ce jour
Où les doigts se dénouent

Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Cette écharpe de soie
Que tu portais chez nous
Ce n’est pas pour que tu voies
Comme je m’ennuie sans toi
Ce n’est pas qu’il fasse froid
Le fond de l’air est doux

En corps assez de chaleur à tirer de la pâleur du présent


En corps assez de chaleur a tirer de la pâleur du présent

Du ciel qui se tire comme un rideau qui voudrait plus se regarder de face

vite ne pas laisser s’enfuir ce qui motive

voilà c’est ça suivre ta voix

comme une douceur qui se bretelle à tes seins

sur un fond de papier viennent tes mots que je peins

ce penchant d’anémone qui te retient à table

Dans la glace

j’ai vu Henri ramener du soleil en remontant la poubelle.

Niala-Loisobleu – 21 Février 2022

POÉSIE QUOTIDIENNE PAR MICHEL DEGUY


POÉSIE QUOTIDIENNE PAR MICHEL DEGUY

Poésie entremetteuse, qui concilie le nouveau monde et les nouveaux venus, qui présente aux villes anciennes les yeux nouveaux qui ne reconnaîtraient rien, elle est la jeune
institutrice qui guide les enfants aux lieux étranges et reculés, redoutables, de leur temps, pour qu’ils ne restent pas muets. Elle réinstaure un bon voisinage entre le
siècle, que transforment les ingénieurs illettrés, et ses habitants, pour que même imprévu il demeure habitable, si le poète l’a défrayé,
dédicacé — Poésie passerelle.

Ou poésie nostalgique, écarquillée vers le présent en ruines, amie des cimetières ; car peut-être n’est-il plus possible d’unir le neuf à l’ancien ? Attention
à la poésie socialiste, avec ses tramways et ses pylônes électriques, si à-la-traîne, si putain, qui s’essouffle et peut à peine suivre.

Son office, en tout cas, irremplaçable : rassembler le jour, lier les différences de ma journée pour en tisser le sens commun. Comme les sens transmettent à la centrale
psychique l’approche bigarrée des choses, de même et profondément il convient que soient liées en un sens-commun les surprises décousues que réservent les heures,
les gratifications improvisées du matin et du soir, flocons différents des instants, caresse des lisières aux flancs du train ; que soit prise dans le texte, sensée dans
l’unique roman, l’invraisemblable, l’excessive averse des signes, pour que trépassent le moins de choses possible. S’il n’y avait qu’en la causalité que ce qui est pût trouver un
sens, le déchet serait monstrueux ; si la seule science pouvait fonder une communauté, je serais toujours, et toujours plus, et a tout instant, bien seul avec ma coquille de bruit.
Mais fureteuse, butineuse, comparante, œuvrante, sémaphorique, la poésie veille au sens ; elle transmue la contingence en vérité, la mosaïque du perçu en
dessin. Sans le remue-ménage poétique, je serais pareil à un homme dont l’ouïe et la vue ne seraient pas réunies à un même monde : un fou.

Le phénomène, ça n’est pas si simple ; avant le poème, il n’y a pas encore de phénomène.

Michel Deguy

DEPUIS L’EMBARCADERE


DEPUIS L’EMBARCADERE

Des traversées qui rampent durant la nuit vont, . lamparo allumé, trémaille aux mains et aiguilles qui pêchent à la traîne des heures le désir de remonter l’amour absolu, ouïes en pleine énergie

Comme dans une odyssée de pis commença la vallée d’un Nil à soie, sauvage , qui muta le papillon en fleur pour installer l’Abeille

Marche initiatique où le feu, l’eau et l’air feulent comme le tigre de PI

la rencontre de ces deux expressions d’Art n’a pas eu dès le départ de visée commerciale

rien que la puissance attractive d’un sentiment recherchant sa symbiose pour combattre la fureur d’éléments mis à disposition de garnissage du catalogue de toutes les atrocités humaines

Les mesures du temporel se sont dissoutes dans l’intemporel de l’histoire à compte d’hauteur étalant ses bornes en inégales distances

Et l’embarcadère maintenu ferme sur ses pilotis est là au pied du phare qui dépêche ses appareillages

transport d’anémones d’une mer à l’autre, en provenance de ses jardins

Niala-Loisobleu – 21 Février 2022

ALIGNE DE VIE


ALIGNE DE VIE

Courbe droite en plage

où dans l’évent

se recueille le rose des tamaris

et la ligne au plus lointain de flottaison

que du sel en demeure sur la table

bon à relever de son poivre

le fade d’averses malvenues en ses herbes

Le couteau et la palette

aux sangs mêlés des poignets

L’outre-mer

franchit l’étoc de son poitrail d’oiseau

Niala-Loisobleu .

20 Février 2022

SIMPLEMENT (REPRISE FAITE EXPRES)


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SIMPLEMENT (REPRISE FAITE EXPRES)

Ses mains nageant à l’encre

coude posé à juste titre

pour caler sa poitrine dans la toile

Elle dépasse le cadre du concept banal

sur les planches de botanique

Niala-Loisobleu – 20/02/20