Entre la vitre et le bois


Entre la vitre et le bois

Ces images que le mastic garde et celles que j’apporte depuis la crémone d’une évasion gagnée

Sans savoir pour combien de temps l’odeur restera par-dessus l’image de la fleur imprimée sur les draps

Du rêve qui vient du rêve qui va des animaux faméliques sautent les lacets de la route de montagne pour voler à pieds nus dans l’espace absolu de la mer

où tout se met en flottage joue contre la plage

l’oreille au sable pour deviner l’heure à laquelle la lune sera à marée

Le chien-assis sur le bord du toit garde le souvenir de toi dans la cretonne de sa mansarde

Et sur l’arêtier un oiseau a écrit sur des feuilles restées cousues par la sève au branchu des veillées devant le feu d’une guitare

Tout ça pour que le vent balance la lumière d’une sorte d’espérance entre la vitre et le bois

en sachant pour quoi la transparence favorise ton corps de sa lingerie

Niala-Loisobleu – 10 Février 2022

L’avions qui passe


L’avions qui passe

On peut traverser le grand bassin à sec, ils l’ont vidé hier pour nettoyer les carpes du muet en gardant le cinéma

C’est la dernière version de l’Etang Moderne de Charlot illustrée par Pablo Auladell

La Mancha se démouline, comme partout ailleurs

c’est le vain qui prend du degré sans que le Maître de Chais n’ait retrouvé de quoi monter à cheval en gardant le goût pour l’engrain au crottin

Alors il se fouille à la recherche du tant perdu

Si bien que les Ministres de la Culture et son comparse de l’Education ne Proust plus que par lui

« Drône d’époque » peut-on lire sur la banderole de l’avions qui passe en lâchant sur internet ses petites vertus en aube de première communiante

Sans bruit la nuit tombe.

Niala-Loisobleu – 10 Février 2022

Pablo Auladell

Nationalité : Espagne
Né(e) à : Alicante , 1972
Biographie :

Pablo Auladell est né à Alicante en 1972. Autodidacte, il travaille comme illustrateur (notamment des contes de Grimm et d’Andersen) et auteur de bandes dessinées, notamment pour les éditions Sinsentido, Anaya et Ponent. En 2008, son album Soy mi sueño, sur scénario de Felipe Hernandez Cava, a été très remarqué. La Torre blanca (La Tour blanche) avait reçu le prix de la révélation au Salon de Barcelone en 2006, tout en étant également nominé dans les catégories « meilleure œuvre » et « meilleur dessin ». La version que nous traduisons correspond à la deuxième édition revue et augmentée. Son unique livre en français à ce jour est Le Rêve de Pablo, publié par La Joie de Lire.
dessinateur atypique, il publie « Le Paradis perdu » d’après l’oeuvre de John Milton et au ski « le cuirassé Potemkine ».

JEAN FERRAT – EPILOGUE


JEAN FERRAT – EPILOGUE

La vie aura passé comme un grand château triste que tous les vents traversent
Les courants d’air claquent les portes et pourtant aucune chambre n’est fermée
Il s’y assied des inconnus pauvres et las qui sait pourquoi certains armés
Les herbes ont poussé dans les fossés si bien qu’on n’en peut plus baisser la herse

Quand j’étais jeune on me racontait que bientôt viendrait la victoire des anges
Ah comme j’y ai cru comme j’y ai cru puis voilà que je suis devenu vieux
Le temps des jeunes gens leur est une mèche toujours retombant dans les yeux
Et ce qu’il en reste aux vieillards est trop lourd et trop court que pour eux le vent change

J’écrirai ces vers à bras grands ouverts qu’on sente mon coeur quatre fois y battre
Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant
Je suis le faucheur ivre de faucher qu’on voit dévaster sa vie et son champ
Et tout haletant du temps qu’il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre

Je vois tout ce que vous avez devant vous de malheur de sang de lassitude
Vous n’aurez rien appris de nos illusions rien de nos faux pas compris
Nous ne vous aurons à rien servi vous devrez à votre tour payer le prix
Je vois se plier votre épaule A votre front je vois le pli des habitudes

Bien sûr bien sûr vous me direz que c’est toujours comme cela mais justement
Songez à tous ceux qui mirent leurs doigts vivants leurs mains de chair dans l’engrenage
Pour que cela change et songez à ceux qui ne discutaient même pas leur cage
Est-ce qu’on peut avoir le droit au désespoir le droit de s’arrêter un moment

J’écrirai ces vers à bras grands ouverts qu’on sente mon coeur quatre fois y battre
Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant
Je suis le faucheur ivre de faucher qu’on voit dévaster sa vie et son champ
Et tout haletant du temps qu’il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre

Songez qu’on arrête jamais de se battre et qu’avoir vaincu n’est trois fois rien
Et que tout est remis en cause du moment que l’homme de l’homme est comptable
Nous avons vu faire de grandes choses mais il y en eut d’épouvantables
Car il n’est pas toujours facile de savoir où est le mal où est le bien

Et vienne un jour quand vous aurez sur vous le soleil insensé de la victoire
Rappelez-vous que nous avons aussi connu cela que d’autres sont montés
Arracher le drapeau de servitude à l’Acropole et qu’on les a jetés
Eux et leur gloire encore haletants dans la fosse commune de l’histoire

J’écrirai ces vers à bras grands ouverts qu’on sente mon coeur quatre fois y battre
Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant
Je suis le faucheur ivre de faucher qu’on voit dévaster sa vie et son champ
Et tout haletant du temps qu’il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre

Je ne dis pas cela pour démoraliser Il faut regarder le néant
En face pour savoir en triompher Le chant n’est pas moins beau quand il décline
Il faut savoir ailleurs l’entendre qui renaît comme l’écho dans les collines
Nous ne sommes pas seuls au monde à chanter et le drame est l’ensemble des chants

Le drame il faut savoir y tenir sa partie et même qu’une voix se taise
Sachez-le toujours le choeur profond reprend la phrase interrompue
Du moment que jusqu’au bout de lui-même Le chanteur a fait ce qu’il a pu
Qu’importe si chemin faisant vous allez m’abandonner comme une hypothèse

J’écrirai ces vers à bras grands ouverts qu’on sente mon coeur quatre fois y battre
Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant
Je suis le faucheur ivre de faucher qu’on voit dévaster sa vie et son champ
Et tout haletant du temps qu’il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre

Jean Ferrat

ECHOGRAPHIE


ECHOGRAPHIE

Contre la fenêtre du couloir capter ce bruit que les traverses rendre significatif

Au premier poste d’eau stopper la machine pour la rafraîchir sans rien toucher de la mémoire

et au mouvement qui remue les feuilles du tapis d’automne au levé de rideau printanier suivre la direction où l’oiseau s’est tourné sans la moindre question.

Niala-Loisobleu- 10 Février 2022

LES OISEAUX DEGUISES – JEAN FERRAT / LOUIS ARAGON


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Les oiseaux déguisés

Jean Ferrat / Louis Aragon

Poète : Louis Aragon (1897-1982)

Recueil : Les Adieux et autres poèmes (1982).

Tous ceux qui parlent des merveilles
Leurs fables cachent des sanglots
Et les couleurs de leur oreille
Toujours à des plaintes pareilles
Donnent leurs larmes pour de l’eau

Le peintre assis devant sa toile
A-t-il jamais peint ce qu’il voit
Ce qu’il voit son histoire voile
Et ses ténèbres sont étoiles
Comme chanter change la voix

Ses secrets partout qu’il expose
Ce sont des oiseaux déguisés
Son regard embellit les choses
Et les gens prennent pour des roses
La douleur dont il est brisé

Ma vie au loin mon étrangère
Ce que je fus je l’ai quitté
Et les teintes d’aimer changèrent
Comme roussit dans les fougères
Le songe d’une nuit d’été

Automne automne long automne
Comme le cri du vitrier
De rue en rue et je chantonne
Un air dont lentement s’étonne
Celui qui ne sait plus prier.

Louis Aragon.

« LE CREUX DU LIT » – NIALA 2022 – ACRYLIQUE SOUS/VERRE 40X50


« LE CREUX DU LIT »

NIALA 2022

ACRYLIQUE SOUS/VERRE 40X50

Tirant l’aiguille et les paumes à l’embrassé de leurs petites oreilles

mon peint persistant reboise la respiration étouffée

devenu maritime

il mouette à la recherche de l’île par le chemin des toiles

L’amour irréfragable à la crète des vagues remonte en mascaret à la source d’où tu coules

Draps chiffonnés de sel par la langue de ce petit cône que mes doigts de vent pointent pour seul phare,

et consacrent dragon du mont poursuivant les maudits naufrageurs.

Niala-Loisobleu – 9 Février 2022

D’un marché sur l’eau


Reconversion d’un marché sur l’eau

Du souffle d’un trottoir du Mékong la blancheur d’ibis parsemés dans le delta contraste avec la noirceur d’un attrait pour le tourisme sexuel et l’approvisionnement facile en denrées illicites

issue des guerres transmissibles du Viet-Nam l’ô croupie frelate la traversée biblique dans l’usage pédophile où le Triangle d’Or a muté

Plus que flottant on en a fait un marché d’outre-noir juteux à partir du blanc le plus pur

Tout ça pour ça comme dit le louche

Au point que j’en arrive à croire que jusqu’à l’imaginaire croire pourrait être plus dangereux qu’une opposition aux vaccins. Pasteur lui-même est pris d’un doute, son anti-rage est bon à revoir

Et pour tant la manière dont l’amour me tord la tripe gagne la moelle épinière à me faire mollir les jambes

Il s’avère que des vertus qui disparaissent la seule qui reste commence à douter d’ailes comme un vertige qui guette

Mon d’yeux dites-moi que faire.

Niala-Loisobleu – 9 Février 2022

Sílvia Pérez Cruz • Todas las madres del mundo



« Je pleure sans raison que je pourrais vous dire, c’est comme une peine qui me traverse, il faut bien que quelqu’un pleure, c’est comme si c’était moi. » M. D.

Sílvia Pérez Cruz • Todas las madres del mundo

23 DÉCEMBRE 2020

tags: Farsa (género imposible)Josep (film)Miguel HernándezSílvia Pérez CruzTodas las madres del mundo

Farsa (género imposible) [« Farce (genre impossible) »] est le dernier album de Sílvia Pérez Cruz, l’étincelante Catalane. C’est l’un de ses meilleurs. Prévu pour le printemps de cette exécrable année 2020, finalement publié en octobre, il est composé de travaux réalisés en liaison avec des œuvres tierces, de genres différents : cinéma, film documentaire, ballet, théâtre. On y retrouve par exemple Mañana, composée sur un poème d’Ana Maria Moix pour le film Ana María Moix, passió per la paraulaPlumita et les chansons du film La noche de 12 años d’Álvaro Brechner (2018) auquel elle participait en outre en tant qu’actrice, ou encore un extrait du ballet Grito pelao, dans lequel elle se produisait avec la danseuse de flamenco Rocío Molina.

On y entend aussi cette chanson, Todas las madres del mundo (« Toutes les mères du monde »), composée sur le poème Guerra (« Guerre ») de Miguel Hernández (1910-1942) pour le film d’animation Josep d’Aurel (France, 2020) où elle prête sa voix au personnage de Frida Kahlo.

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Sílvia Pérez Cruz • Todas las madres del mundo. Miguel Hernández, paroles ; Sílvia Pérez Cruz, musique. Les paroles sont extraites du poème Guerra de Miguel Hernández, avec quelques modifications.
Sílvia Pérez Cruz, chant, guitare ; Mario Mas, luth espagnol ; Javier Mas, archiluth ; Carlos Montfort, violon ; Marina Sala, accordéon.
Extrait de la bande originale du film d’animation Josep (France, 2020). Aurel, réalisation ; Jean-Louis Milesi, scénario.
Extrait de l’album Farsa (género imposible) / Sílvia Pérez Cruz. Espagne, ℗ 2020.

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Todas las madres del mundo,
ocultan el vientre, tiemblan,
y quisieran retirarse,
a virginidades ciegas,
el origen solitario
y el pasado sin herencia.
Pálida, sobrecogida
la fecundidad [virginidad] se queda.
El mar tiene sed y tiene
sed de ser agua la tierra.

Toutes les mères du monde
cachent leur ventre, tremblent,
et voudraient retourner
à des virginités aveugles,
au commencement solitaire
et au passé sans héritage.
La fécondité [virginité] demeure
Dans la pâleur et dans l’effroi.
La mer a soif et
La terre a soif de devenir eau.

La sangre enarbola el cuerpo,
precipita la cabeza
y busca un hueco, una herida
por donde lanzarse afuera.

Le sang hisse le corps,
précipite la tête
et cherche un creux, une blessure
D’où fuser au-dehors.

La sangre recorre el mundo
enjaulada, insatisfecha.
Las flores se desvanecen
devoradas por la hierba.

Mis en cage, insatisfait
Le sang parcourt le monde.
Les fleurs se fanent,
Dévorées par l’herbe.

El corazón se revuelve,
se atorbellina, revienta.
Arroja contra los ojos
súbitas espumas negras.

Le cœur se retourne,
tourbillonne, éclate.
Il jette contre les yeux
De soudaines écumes noires.

Ansias de matar invaden
el fondo de la azucena.
Acoplarse con metales
todos los cuerpos anhelan:
desposarse, poseerse
de una terrible manera.

Des envies de tuer prennent possession
Du coeur du lis.
Tous les corps aspirent à
S’accoupler avec des métaux :
Avec eux se marier, se posséder
d’une manière terrible.

El mar tiene sed y tiene
sed de ser agua la tierra.

La mer a soif et
La terre a soif d’être eau.

Después, el silencio, mudo
de algodón, blanco de vendas,
cárdeno de cirugía,
mutilado de tristeza.
El silencio. Y el laurel
en un rincón de osamentas.
Y un tambor enamorado,
como un vientre tenso, suena
detrás del innumerable
muerto que jamás se aleja.

Et puis, le silence, muet
de coton, blanc de bandages
Bleu de blouses de chirurgiens,
mutilé de tristesse.
Le silence. Et le laurier
dans un coin parmi les ossements.
Et un tambour amoureux,
comme un ventre tendu, bat
derrière l’innombrable
homme mort qui jamais ne s’éloigne.
Miguel Hernández (1910-1942). Todas las madres del mundo, adaptation par Sílvia Pérez Cruz du poème Guerra, extrait de Cancionero y romancero de ausencias (1938-1941).Miguel Hernández (1910-1942). Toutes les mères du monde, trad. par L. & L. de Todas las madres del mundo, adaptation par Sílvia Pérez Cruz du poème Guerra, extrait de Cancionero y romancero de ausencias (1938-1941).

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A LA TRAÎNE


A LA TRAÎNE

Dans le verrou d’un silence de gorge le soir en cherchant le sommeil a senti bailler l’heure d’un creux d’exotisme

Le canot à plat sur le bas de la marée comptait les moutons au bout du pré salé en guettant la venue du geste espéré

Le veilleur de nuit était le seul a dormir sur sa ronde.

Niala-Loisobleu -9 Février 2022

POUR RENOUER PAR RENE CHAR


POUR RENOUER PAR RENE CHAR

Nous nous sommes soudain trop approchés de quelque chose dont on nous tenait à une distance mystérieusement favorable et mesurée.
Depuis lors, c’est le rangement.
Notre appui-tête a disparu.

Il est insupportable de se sentir part solidaire et impuissante d’une beauté en train de mourir par la faute d’autrui.
Solidaire dans sa poitrine et impuissant dans le mouvement de son esprit.

Si ce que je te montre et ce que je te donne te semblent moindres que ce que je te cache, ma balance est pauvre, ma glane est sans vertu.

Tu es reposoir d’obscurité sur ma face trop offerte, poème.
Ma splendeur et ma souffrance se sont glissées entre les deux.

Jeter bas l’existence laidement accumulée et retrouver le regard qui l’aima assez à son début pour en étaler le fondement.
Ce qui me reste à vivre est dans cet assaut, dans ce frisson.

René Char