INTROMISSION


INTROMISSION

Au plus charnu de cette cage thoracique

sur le souffle personnel qui n’a pas signé d’allégeance

bien que soumis à

en partage avec la minuscule faune insecte

dans la recherche du papillon, un bleu d’abord puis le jaune

j’ajoute la libellule pour l’émotion qu’elle cause au porte-avion-nénuphar quand elle y repose

et dans tous les ateliers floraux les stations des sens de l’abeille

bien-sûr sans oublier l’oiseau de toutes les couleurs

sinon il manquerait la portée des arbres

pour introduire aux abris la provision de sauvegarde

qui permettra de tenir le siège de l’invasion guerrière de l’agitateur de désamour.

Niala-Loisobleu – 26 Février 2022

Isabelle Aubret – La Source



Isabelle Aubret – La Source

Elle chante au milieu du bois
La source et je me demande
S’il faut croire en cette légende
D’une fille qu’on y trouva
Elle était blonde elle était douce
Elle aimait à se reposer
Dans les bois couchée sur la mousse
Écoutant les oiseaux chanter
Un jour qu’elle allait à la ville
Par le bois où elle passait
Elle vit soudain immobile
Trois hommes qui la regardaient
Trois hommes qui la regardaient
Elle chante au milieu du bois
La source et je me demande
S’il faut croire en cette légende
D’une fille qu’on y trouva
Ils étaient là trois à l’attendre
Trois hommes-loups cette brebis
Elle avait la chair bien trop tendre
Ils avaient bien trop d’appétit
Elle ne savait pas défendre
Le souffle léger de sa vie
Elle tomba sur l’herbe tendre
Comme un oiseau tombe du nid
Comme un oiseau tombe du nid
Elle chante au milieu du bois
La source et je me demande
S’il faut croire en cette légende
D’une fille qu’on y trouva
Quand on la souleva de terre
Comme une grande fleur coupée
Sa robe blanche et la lumière
On aurait dit une mariée
Quand on la souleva de terre
On aurait dit comme un grand lit
Entre les feuilles entre les pierres
Une claire source a jailli
Une claire source a jailli
Elle chante au milieu du bois
La source et je me demande
S’il faut croire en cette légende
D’une fille qu’on y trouva
S’il faut croire en cette légende
D’une fille qu’on y trouva

BALLADE ANEMONE


BALLADE ANEMONE

Si au loin se rapproche un ciel traversé de désirs funestes, viens et pose ton coude sur la table pour que l’anémone dise à ta tête de s’incliner vers elle, ça lui donnera matière à pencher du bon côté

Il nous reste, sans rien mesurer en dehors de l’instant présent, qu’à choisir librement la position qui enfantera le bien-être

Je sais qu’on ne peut pas savoir où et quand la bombe tombera, je me souviens seulement comme durant la dernière oppression, l’amour a gardé l’envie au-dessus de tout dans ses insurrections

Varsovie est-ce que ça te dit quelque chose ?

Niala-Loisobleu – 25 Février 2022

PAR L’ÉTANG QUI COURT


PAR L’ÉTANG QUI COURT

Des murs qui posent un cerne sous l’aire de jeux comme une escarbille dans la fenêtre, en glissant mon levier sous l’éboulis, je soulève de quoi voir au-dessus du JE NOUS

D’un accent comme d’une couleur à l’autre le lien devrait voir en commun le beau sans le vouloir pour lui tout seul

N’arrête rien de l’oiseau qui vole ou du chien qui flaire ils transportent l’un comme l’autre le savoir mystique de là sève dans la tige-mère

Voilà pourquoi j’ai pris un billet pour ta gare avant que le train s’arrête

Niala-Loisobleu – 25 Février 2025

GUERRE PAR ANDRE BRETON


GUERRE PAR ANDRE BRETON

Je regarde la
Bête pendant qu’elle se lèche

Pour mieux se confondre avec tout ce qui l’entoure

Ses yeux couleur de houle

A
Pimproviste sont la mare tirant à elle le linge sale

les détritus
Celle qui arrête toujours l’homme
La mare avec sa petite place de l’Opéra dans le

ventre

Car la phosphorescence est la clé des yeux de la
Bête

Qui se lèche

Et sa langue

Dardée on ne sait à l’avance jamais vers où

Est un carrefour de fournaises

D’en dessous je contemple son palais

Fait de lampes dans des sacs

Et sous la voûte bleu de roi

D’arceaux dédorés en perspective l’un dans l’autre

Pendant que court le souffle fait de la généralisation à l’infini de celui de ces misérables le torse nu qui se produisent sur la place publique avalant des torches à
pétrole dans une aigre pluie de sous

Les pustules de la
Bête resplendissent de ces hécatombes de jeunes gens dont se gorge le
Nombre
Les flancs protégés par les miroitantes écailles que

sont les armées
Bombées dont chacune tourne à la perfection sur sa

charnière
Bien qu’elles dépendent les unes des autres non

moins que les coqs qui s’insultent à l’aurore de

fumier à fumier
On touche au défaut de la conscience pourtant

certains persistent à soutenir que le jour va

naître
La porte j’ai voulu dire la
Bête se lèche sous l’aile
Et l’on voit est-ce de rire se convulser des filous au

fond d’une taverne
Ce mirage dont on avait fait la bonté se raisonne
C’est un gisement de mercure
Cela pourrait bien se laper d’un seul coup
J’ai cru que la
Bête se tournait vers moi j’ai revu

la saleté de l’éclair
Qu’elle est blanche dans ses membranes dans le

délié de ses bois de bouleaux où s’organise le

guet
Dans les cordages de ses vaisseaux a la proue desquels

plonge une femme que les fatigues de l’amour ont

parée d’un loup vert
Fausse alerte la
Bête garde ses griffes en couronne

érectile autour des seins
J’essaie de ne pas trop chanceler quand elle bouge

la queue
Qui est à la fois le carrosse biseauté et le coup de

fouet
Dans l’odeur suffocante de cicindèle

De sa litière souillée de sang noir et d’or vers la lune elle aiguise une de ses cornes à l’arbre enthousiaste du grief

En se lovant avec des langueurs effrayantes

Flattée

La
Bête se lèche le sexe je n’ai rien dit.

André Breton

RECALAGE


RECALAGE

Du vent explosif qui envahit les alentours, les oiseaux se resserrent au cœur de la ramure

Se tenir à l’encre d’eux-mêmes en retendant les amarres est le seul abri dans la mitraille

Du ventre que l’abominable menstrue tord sort le germe de ce qui veille.

Niala-Loisobleu – 25 Février 2022

SE REMPLIR A JAMAIS


SE REMPLIR A JAMAIS

Devant se qui lève de plus mauvais

conduisant

au devant des lots de misères

et au comble du malheur

dans la course au pouvoir personnel

entraînant la mort à grande échelle

l’incertain est plus que jamais à l’entrée du chemin

Aussi je veux te noter sans rien perdre dans mon Carnet de Vie

puis le remplir de tes mots que mes couleurs ont mises à l’ô depuis ta source

Mer céleste tressée d’algues, prairies en archipel, pores de cabotage

vallons d’alpage, où les forêts en broche tiennent les clairières en camées

les derniers animaux sauvages dans nos traces

pour partir en chanté l’un dans l’autre

avec Bertin

Niala-Loisobleu – 24 Février 2022

 Jacques Bertin -Carnet

Il y a beaucoup de morts dans le journal d’hier
Et beaucoup de misère mais partout
Beaucoup de gens qui restent indifférents
Le lendemain tout semble déjà moins grave

Je ne voudrais pas que tu vieillisses trop vite

PUBLICITÉ

Avant que nous ayons eu le temps de nous arrêter
Et de nous dire : nous sommes heureux
Que nous nous regardions encore une fois
Dans le miroir amoureux des sourires
Que je te trouve belle encore une fois
Je veux encore du temps pour offrir
Ton corps aux regards de passage
Gens de passage prenez cette femme
Possédez-la un jour elle ne sera plus rien
Montre-toi nue danse pour eux
Possédez-la qu’elle demeure
Et demeure l’empreinte de ses doigts dans le sol

Je sens maintenant que tout va un peu plus vite
Pourtant nous avons juste trente ans
Je m’arrête et je te regarde
Ai-je assez profité de toi ?
J’arrête le monde et je regarde
Car il est plus que temps aujourd’hui de vivre
Je cherche à écrire de plus en plus simplement Dans le journal d’hier beaucoup de morts
Et puis partout beaucoup de gens indifférents
Nous sommes peu nombreux à veiller
Nous tenons la lampe allumée
Nous repoussons de toutes nos forces le sommeil
Et la lampe nous fait les yeux brillants

Nous tenons la lampe allumée
Nous ne vieillissons pas

Jacques Bertin

N’OUVRE QU’AU TEMPS GO…


N’OUVRE QU’AU TEMPS GO…

Le vent soulève plus de poussières que d’aire pure où se garer

attention le chahut actuel déplace la cinquième colonne comme qui rigole

Le coq doit vérifier la ponte des poules pour enrayer la propagation des couvées d’erreurs

plutôt que de voir la guerre et ses nuisances déborder des frontières la fermeture du gaz peut protéger de la construction des maudites chambres

je me rappelle d’une course aux signatures qui se termina au Vel d’Hiv à cause d’une collaboration abominable

Ce qui se passe actuellement dans la tête de coupables tentations rassemble l’absence de clairvoyance d’une pauvreté d’esprit qui peut aller bien trop loin,

qui parle d’union est à regarder au plus profond du dedans de la véritable intention.

Niala-Loisobleu – 24 Février 2022

CE QUE DIT L’HOMME DE PEINE PAR PAUL ELUARD


CE QUE DIT L’HOMME DE PEINE PAR PAUL ELUARD

Un hiver tout en branches et dur comme un cadavre

Un homme sur un banc dans une rue qui fuit la foule

Et que la solitude comble

Place à l’appareil banal du désespoir

A ses miroirs de plomb

A ses bains de cailloux

A ses statues croupissantes

Place à l’oubli du bien

Aux souvenirs en loques de la vérité

Lumière noire vieil incendie

Aux cheveux perdus dans un labyrinthe

Un homme qui s’est trompé d’étage de porte de clé

Pour mieux connaître pour mieux aimer

Où commence le paysage

A quelle heure

Où donc se termine la femme

Le soir se pose sur la ville

Le soir rejoint le promeneur dans son lit

Le promeneur nu

Moins gourmand d’un sein vierge

Que de l’étoile informe qui nourrit la nuit
Il y a des démolitions plus tristes qu’un sou
Indescriptibles et pourtant le soleil s’en évade en

chantant
Pendant que le ciel danse et fait son miel
Il y a des murs déserts où l’idylle fleurit
Où le plâtre qui se découd
Berce des ombres confondues
Un feu rebelle un feu de veines
Sous la vague unique des lèvres
Prenez les mains voyez les yeux
Prenez d’assaut la vue

Derrière les palais derrière les décombres

Derrière les cheminées et les citernes

Devant l’homme

Sur l’esplanade qui déroule un manteau de poussière

Traîne de fièvre

C’est l’invasion des beaux jours

Une plantation d’épées bleues

Sous des paupières écloses dans la foule des feuilles

C’est la récolte grave du plaisir

La fleur de lin brise les masques

Les visages sont lavés

Par la couleur qui connaît l’étendue

Les jours clairs du passé

Leurs lions en barre et leurs aigles d’eau pure

Leur tonnerre d’orgueil gonflant les heures

Du sang des aubes enchaînées

Tout au travers du ciel

Leur diadème crispé sur la masse d’un seul miroir

D’un seul cœur

Mais plus bas maintenant profondément parmi les

routes abolies
Ce chant qui tient la nuit
Ce chant qui fait le sourd l’aveugle
Qui donne le bras à des fantômes
Cet amour négateur
Qui se débat dans les soucis
Avec des larmes bien trempées
Ce rêve déchiré désemparé tordu ridicule
Cette harmonie en friche
Cette peuplade qui mendie

Parce qu’elle n’a voulu que de l’or

Toute sa vie intacte

Et la perfection de l’amour.

Lumière noire vieil incendie

Aux cheveux perdus dans un labyrinthe

Un homme qui s’est trompé d’étage de porte de clé

Pour mieux connaître pour mieux aimer

Où commence le paysage

A quelle heure

Où donc se termine la femme

Le soir se pose sur la ville

Le soir rejoint le promeneur dans son lit

Le promeneur nu

Moins gourmand d’un sein vierge

Que de l’étoile informe qui nourrit la nuit
Il y a des démolitions plus tristes qu’un sou
Indescriptibles et pourtant le soleil s’en évade en

chantant
Pendant que le ciel danse et fait son miel
Il y a des murs déserts où l’idylle fleurit
Où le plâtre qui se découd
Berce des ombres confondues
Un feu rebelle un feu de veines
Sous la vague unique des lèvres
Prenez les mains voyez les yeux
Prenez d’assaut la vue

Derrière les palais derrière les décombres

Derrière les cheminées et les citernes

Devant l’homme

Sur l’esplanade qui déroule un manteau de poussière

Traîne de fièvre

C’est l’invasion des beaux jours

Une plantation d’épées bleues

Sous des paupières écloses dans la foule des feuilles

C’est la récolte grave du plaisir

La fleur de lin brise les masques

Les visages sont lavés

Par la couleur qui connaît l’étendue

Les jours clairs du passé

Leurs lions en barre et leurs aigles d’eau pure

Leur tonnerre d’orgueil gonflant les heures

Du sang des aubes enchaînées

Tout au travers du ciel

Leur diadème crispé sur la masse d’un seul miroir

D’un seul cœur

Mais plus bas maintenant profondément parmi les

routes abolies
Ce chant qui tient la nuit
Ce chant qui fait le sourd l’aveugle
Qui donne le bras à des fantômes
Cet amour négateur
Qui se débat dans les soucis
Avec des larmes bien trempées
Ce rêve déchiré désemparé tordu ridicule
Cette harmonie en friche
Cette peuplade qui mendie

Parce qu’elle n’a voulu que de l’or

Toute sa vie intacte

Et la perfection de l’amour.

Paul Eluard