La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
« Je pleure sans raison que je pourrais vous dire, c’est comme une peine qui me traverse, il faut bien que quelqu’un pleure, c’est comme si c’était moi. » M. D.
No te quiero sino porque te quiero y de quererte a no quererte llego y de esperarte cuando no te espero pasa mi corazón del frío al fuego.
Je ne t’aime que parce que je t’aime Et de t’aimer j’en arrive à ne pas t’aimer Et de t’attendre quand je ne t’attends pas, Mon cœur qui était froid s’embrase.
Te quiero sólo porque a ti te quiero, te odio sin fin, y odiándote te ruego, y la medida de mi amor viajero es no verte y amarte como un ciego.
Je t’aime parce que c’est toi que j’aime, c’est tout, Je te hais sans fin, et te haïssant t’implore ; Et la mesure de mon amour vagabond Est, ne te voyant pas, de t’aimer en aveugle.
Tal vez consumirá la luz de enero, su rayo cruel, mi corazón entero, robándome la llave del sosiego.
La lumière de janvier, par son cruel rayon, Consumera peut-être entièrement mon cœur, Me dérobant ainsi la clé de la quiétude.
En esta historia sólo yo me muero y moriré de amor porque te quiero, porque te quiero, amor, a sangre y fuego.
Dans cette histoire moi seul je me meurs Et je mourrai d’amour parce que je t’aime, Parce que je t’aime, amour, et à feu et à sang.
Pablo Neruda (1904-1973). Soneto LXVI, extrait de : Cien sonetos de amor (1959).
Pablo Neruda (1904-1973). Sonnet LXVI, traduit de : Soneto LXVI, extrait de : Cien sonetos de amor (1959), par L. & L.
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Ce sonnet de Pablo Neruda, extrait du recueil Cien sonetos de amor (1959), a été mis en musique par Violeta Parra. Il existe plusieurs enregistrements de la chanson, dont celui d’Isabel Parra — la fille de Violeta —, en 1968, ou celui de Charo Cofré, autre chanteuse chilienne, en 1971.
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Charo Cofré • No te quiero sino por que te quiero. Poème de Pablo Neruda ; Violeta Parra, musique. Charo Cofré, chant, guitare. Extrait de l’album Charo Cofré / Charo Cofré. Chili, Peña de los Parra, ℗ 1971.
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Les Cien sonetos de amor ont été inspirés à Neruda par Matilde Urrutia (1912-1985), sa troisième épouse rencontrée à Santiago en 1946, à qui ils sont dédiés. Pourtant le Sonnet LXVI, « No te quiero sino porque te quiero », a la réputation d’avoir été écrit pour — ou dédié à — Amália Rodrigues.
Cette conjecture est notamment accréditée par l’ethnomusicologue chilien Miguel Ángel Vera Sepúlveda, auteur d’une théorie selon laquelle le fado, le tango (chanté), les rancheras du Mexique et, en règle générale, les types de chanson nés dans les grands ports du Portugal et de l’Amérique latine, ressortiraient à un genre unique qu’il nomme le « Genre portuaire » (« Género portuario ») dans lequel le fado jouerait un rôle de matrice. D’après Vera, Neruda aurait écrit ce sonnet à Paris en 1967, après avoir assisté en compagnie de Matilde Urrutia et de Charo Cofré au récital d’Amália à Bobino. À la fin du concert, les trois seraient allés saluer la chanteuse, Neruda lui faisant part de son intention d’écrire un poème pour elle et se procurant séance tenante stylo et papier, puis, le sonnet achevé, le remettant à sa dédicataire — qui l’aurait ensuite perdu. Perdu il ne l’était pas vraiment, car la prudente Charo Cofré en aurait fait une copie. L’anecdote est relatée par le journal argentin La Nación dans un article daté du 12 octobre 2000, mais on la trouve aussi ailleurs, dans des versions différentes.
Il semble bien qu’il y ait eu une admiration mutuelle entre Neruda et Amália, ainsi qu’en témoigne l’écrivaine Zélia Gattai (1916-2008) — par ailleurs épouse de Jorge Amado :
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En 1958 Jorge [Amado] dirigía una publicación cultural en Río, « Para Todos ». Convidó a Pablo [Neruda] para que diera un recital que ayudaría al periódico, rico en contenidos, pobre en dineros. Fuimos a esperar al compadre en el muelle del puerto, donde desembarcó sonriente: « Acabo de conocer la palabra más bella del idioma portugués: Alfândega. » El recital de Pablo a beneficio de « Para Todos » fue un éxito. Sabiendo que la fadista portuguesa Amália Rodrigues se encontraba en Río, gran admirador de ella, Pablo pidió que la convidáramos. Devota del poeta, Amália oyó sus poemas, al principio reverencial, de rodillas, luego con las manos juntas. Zélia Gattai (1916-2008). Mi amigo y compadre Pablo : Discurso pronunciado el 12.07.2004 en la Academia Brasileña de Letras, inaugurando la exposición de fotografías de Pablo Neruda, organizada por la Fundación Casa de Jorge Amado, Bahía, dans : Nerudiana, n°2, Diciembre 2006. https://www.fundacionneruda.org/documentos/NERUDIANO%2020530.pdf
En 1958, Jorge [Amado] dirigait une publication culturelle à Rio, « Para Todos ». Il invita Pablo [Neruda] à donner un récital afin d’aider le journal, riche en contenu, pauvre en argent. Nous sommes allés attendre notre ami sur le quai du port, où il a débarqué en souriant : « Je viens d’apprendre le plus beau mot de la langue portugaise : alfândega [« douane »] ». Le récital de Pablo au bénéfice de « Para Todos » fut un succès. Sachant que la fadiste portugaise Amália Rodrigues se trouvait à Rio, Pablo, qui en était un grand admirateur, nous a demandé de l’inviter. Elle-même fervente admiratrice du poète, Amália écoutait ses vers, d’abord avec révérence, à genoux, puis les mains jointes.
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Pour autant, j’ai du mal à croire à l’entière véracité de l’anecdote de l’ethnomusicologue chilien — qui connaissait personnellement Amália, il est vrai, et qui a par ailleurs signé la riche notice d’accompagnement du CD Amália de porto em porto (2014), une compilation des chansons en langue espagnole enregistrées par la fadiste. Ne serait-ce qu’en raison de l’incongruité des dates. Par ailleurs en 1967, Amália ne s’est pas produite à Bobino (elle l’avait fait en 1965), mais à l’Olympia. L’histoire est cependant prise au sérieux au Portugal. Le fadiste Rodrigo a enregistré le sonnet en lui donnant la forme d’un fado, prenant soin de spécifier sur la pochette du CD : « poema dedicado a Amália por P. Neruda ». Autre exemple, Gançalo Salgueiro, dont le répertoire a longtemps été constitué essentiellement de reprises de fados d’Amália :
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Gonçalo Salgueiro • No te quiero. Poème de Pablo Neruda ; Miguel Ramos, musique (Fado Alberto). Gonçalo Salgueiro, chant ; Eurico Machado, guitare portugaise ; Pedro Pinhal, guitare ; Paulo Paz, basse acoustique. Captation : Zamora (Espagne), Convento de San Francisco Extraponte, dans le cadre du IV Festival de Fados de Castilla y León, juillet 2006. Vidéo : aucune information.
« Allumez le feu » chantait la Voix de son Maître en duo avec son chien, le temps de quelques bassins décidée à plus se raser, il appareille
Manche à air orientée façon drakkar, les rhunes de la ville sorties du boulevard du crime, la porteuse de pains et les deux orphelines prirent l’amer
Ah calanques mezzo soprano votre tessiture centrale axent dans le cap
La réunion d’une diversité d’algues enrichit la soupe de quelques fleurs penchées dans les fougères, roux au gré des blonds-vénitiens, Place St-Marc le biset roucoule en escadrille , que ça se gondole au plaisir des dames sans faire chier Dreyfus pour plainte de grincement de violes
L’amour courtois émoi
chantonne Guenièvre à travers le moucharabieh qui la sépare du front de mer
Taire ! Taire ! Taire !
Lacoste en vue tire son petit-crocodile par l’aqueux, nous ne décrirons pas de misère au thérapeute, rien que du bonheur sur canapé.
Tenue dans les sangles de ton odeur de paille, la chaleur de ta peau tient assez de bois pour m’énivrer de mousses forestières au trempé du seoir de cet automne
Derrière nos yeux les valises accueillent les initiatives les plus osées
Et puis cette touffe de chrysanthèmes japonais traversant mon esprit par ton petit-pont de Giverny prouve à elle seule combien pour moi l’heure conte pour quelque chose
Les planches où j’écris à ton propos finissant par devenir bavardes en s’emparant de la lanterne pour passer au changement de lune
Je ne voudrai pas partir sans te l’avoir dit, voila c’est chose fête
Renée Claude est morte l’an dernier. Son album d’hommage à l’œuvre de Léo Ferré, On a marché sur l’amour : Renée Claude chante Léo Ferré, paru au Québec en 1994, est une splendeur d’un bout à l’autre.
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Renée Claude (1939-2020) • Y a une étoile. Léo Ferré, paroles & musique. Renée Claude, chant ; Philippe Noireault, piano. Enregistrement : Montréal (Québec), Studio Karisma Audio Post Video & Film, mai-juin 1994. Extrait de l’album On a marché sur l’amour : Renée Claude chante Léo Ferré. Canada, Transit, ℗ 1994.
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Y a une étoile est une chanson de jeunesse de Léo Ferré. Il l’a lui-même enregistrée avec d’autres du même tonneau, en Italie où il résidait, pour son ultime album de studio : Les vieux copains (1990). Il avait alors plus de soixante-dix ans.
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Léo Ferré (1916-1993) • Y a une étoile. Léo Ferré, paroles & musique. Léo Ferré, chant, piano ; Orchestre symphonique de la RAI-Milan [Orchestra sinfonica di Milano della RAI] ; Léo Ferré, orchestrations, arrangements & direction musicale. Enregistrement : Milan (Italie), Studio Regson, en octobre 1988, puis du 11 au 13 juillet 1990. Extrait de l’album Les vieux copains / Léo Ferré. France, EPM, ℗ 1990.
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Salut, ma vieille copine la terre ! T’es fatiguée ? Ben nous aussi ! C’est pas des raisons pour faire des manières, Tant qu’y a le soleil qui fait crédit. Salut, ma vieille copine la terre !
Y a une étoile au-dessus de Paris Qui m’a fait de l’œil la nuit dernière, Ma vieille copine la terre ! Et pendant ce temps-là, tu dormais Enroulée dans les bras de ma mélancolie, Pendant que je déambulais Comme un oiseau blessé dans la nuit si jolie.
Salut, ma vieille copine la terre ! Dans tes jardins y a des soucis Qui font de beaux printemps à la misère Et de jolies fleurs pour les fusils. Salut, ma vieille copine la terre !
Y a une étoile au-dessus de Paris Qui m’a fait de l’œil la nuit dernière, Ma vieille copine la terre ! Et toi pendant ce temps, tu peinais À charrier sur ton dos des continents de misère, Pendant que le soleil se dorait Dans sa maison toute bleue pour se refaire une lumière.
Salut, ma vieille copine la terre ! Y a des diamants qui font leur nid En se fichant pas mal de tes frontières, Qu’il fasse jour, qu’il fasse nuit. Salut, ma vieille copine la terre !
Y a une étoile au-dessus de Paris Qui m’a fait de l’œil la nuit dernière, Ma vieille copine la terre ! Si tu voulais bien en faucher deux ou trois, Ça pourrait faire une drôle de lumière Et mettre au front de la société Des diamants qu’on pourrait tailler à notre manière.
Bonjour ma vieille copine la terre ! Je te salue avec mes mains, Avec ma voix, Avec tout ce que je n’ai pas. Léo Ferré (1916-1993). Y a une étoile
Pause l’haleine sur la pierre où le lézard bronze, il manque au souffle de ce jour, cette couleur d’airain qui statue. Un silence sur la palette permettra à la martre de fouiner dans la couleur du grenier. La froideur laiteuse des paresses de la lumière enroue la création au point de tenir le chevalet enroué. Sur le fenestron de l’atelier la plante du pied fait sa randonnée au bras du vent.
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