La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
LA SAINTETE DE LA PROBLEMATIQUE LOGIQUE – YANNIS LIVADAS
Langue maternelle La stupeur envers la vie après la mort. Une antiquité dans la vente aux enchères La plus ridicule Réclamée tour à tour par le temps et l’éternité.
Yannis Livadas
Extrait de: Magnat De La Mort [Poèmes courts 1997-2011] (Éditions L’ Harmattan, 2017)
Je change ici de mètre pour dissiper en moi l’amertume Les choses sont comme elles sont le détail n’est pas l’important L’homme apprendra c’est sûr à faire à jamais régner le beau temps
Mais ne suis-je pas le maître de mes mots Qu’est-ce que j’attends Pour en chasser ce qui n’est pas cet immense bonheur posthume
Il fait un soleil si grand que de tous les côtés aujourd’hui Le lavis semble tout déteint dans les vents parlés d’un mah-jong Et la route n’est qu’un bourdon le ciel l’ébranlement d’un gong Il me plaît que mon vers se mette à la taille des chaises longues Et le cheval prenne ce pas où son cavalier le réduit
Il me plaît d’entendre un bras d’homme frapper sur le bois ou la pierre
Qui fabrique des pieux peut-être ou c’est quelque chose qu’il cloue
Il me plaît que le chien dans la colline aboie et que la roue Au fond du chemin bas grince et que les toits soient roux Que les serres sur les coteaux fassent poudroyer la lumière
Il y a des jarres de couleur au pied des hauts bouquets de joncs Des palissades que le jour rend aussi roses que le sol
Des demeures négligemment qui tiennent leur pin parasol Et sur la musique des murs étages do ré mi fa sol Dans le désordre végétal l’envol gris perle des pigeons
La mer la mer au loin dans les vallons où le regard s’enfonce Par les sentes là-bas vers des romans qu’on n’aura jamais lus L’automne a jalonné l’effacement des pas dans les talus Passants légers amants furtifs que rien ne dénoncera plus Une fois l’escalier de la maison recouvert par les ronces
Puis par les brumes des monts bleus que perce un regard d’éper-vier
On voit dans le feu blanc se soulever une épaule de glaces Tout au fond du paysage où la nue et la terre s’enlacent Et d’ici je contemple l’Alpc et sur mes cheveux ma main passe Car c’est la saison qu’à l’envers montre ses feuilles l’olivier
Et les platanes avec qui dans les feuilles jouent-ils aux cartes Est-ce avec vous beaux amoureux sur les bancs assis les premiers Le froid vers cinq heures qui vient fait-il moins que vous vous aimiez
De quoi peuvent bien vous parler dans l’ombre tout bas les palmiers
Et quels chiffres nous dit la vigne avec ses doigts nus qu’elle écarte
J’ai vu ce couple au déclin du jour je ne sais dans quel quartier Nous avions fait un détour au-dessus de Nice avec la voiture La ville mauve en bas allumait peu à peu ses devantures Ces enfants se tenaient par la main comme sur une peinture Histoire de les regarder je me serais arrêté volontiers
Il n’y avait dans ce spectacle rien que de très ordinaire
Ils étaient seuls ils ne se parlaient pas ne bougeaient pas rêvant
Ils écoutaient leur cœur à distance et n’allaient point au-devant
La place était vide autour d’eux il n’y remuait que le vent Et l’auto n’a pas ralenti Les phares sur les murs tournèrent
Tout le pêle-mêle de la Côte et les femmes qui parlent haut Les motos dans la rue étroite et les œillets chez les fleuristes Les postes blancs d’essence au bord des routes remplaçant les Christs
L’agence immobilière avec son triste assortiment lettriste Dans le va-et-vient le tohu-bohu le boucan le chaos
Les fruits confits et les tea-rooms les autocars les antiquaires
Des gens d’ici des gens d’ailleurs qu’escomptent-ils qu’est-ce qu’ils croient
Ces trop beaux garçons des trottoirs ont l’œil rond des oiseaux de proie
Qu’a fui ce gros homme blafard qu’il ait toujours l’air d’avoir froid
Ô modernes Robert Macaire entre Rotterdam et Le Caire
Miramars et Bellavistas ce langage au goût des putains Palais Louis Quinze Immeubles peints Balcons d’azur à colon-nettes
Beau monde où si tout est à vendre à des conditions honnêtes C’est toujours service compris pour cet univers à sonnettes Il suffit de deux enfants rencontrés et tout cela s’éteint
S’éteint s’efface et perd avec la nuit son semblant d’insolence Il ne reste à mes yeux que ce lieu banal que cette avenue Ce banc près des maisons blanches au soir tombant Deux inconnus
Il ne reste à mon cœur que l’entrelacs de ces mains ingénues
Ces deux mains nues II ne reste à ma lèvre enfin que ce silence
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