LE PRISONNIER PAR JACQUES DUPIN


LE PRISONNIER

PAR JACQUES DUPIN

Terre mal étreinte, terre aride.

Je partage avec toi l’eau glacée de la jarre,

l.’air de la grille et le grabat.

Seul le chant insurgé

S’alourdit encore de tes gerbes,

Le chant qui est à soi-même sa faux.

Par une brèche dans le mur,
La rosée d’une seule branche
Nous rendra tout l’espace vivant,

Etoiles,

Si vous tirez à l’autre bout.

Jacques Dupin

VISION DU BOUT DU MÔLE


VISION DU BOUT DU MÔLE

Arrosant toutes les marches d’accès à l’absolu, elle lui apparut dans son intégrale de naissance, frétillante comme le chalut remonté qu’on vide en cale

L’en brun touffu sur son ventre, les hanches en poignées, rien que des protubérances défensives devant et arrière de nature à faire reculer l’intention désobligeante au genre

Comment pourrait-on maltraiter pareille porteuse de peint ? se dit-il avant qu’une grosse vague ne lui balaye la vision et la ramène dans sa triste réalité.

Il se rappela comme il avait été malmené par les copains dans son enfance pour avoir d’aussi inacceptables idées d’égalité

Il comprit qu’avant que ça change il y aurait de tels points à régler avec le concept de base patriarcal sur lequel pas un seul dieu n’avait soulevé d’objections – et ne put s’empêcher bien que mécréant de se dire c’est pareil que pour le montant du salaire de député, quand on le vote à la chambre, non seulement ils siègent tous mais sont unanimes pour l’augmenter bien qu’opposés d’idées- devant quoi il comprit que vieillir n’arrange rien, le côté macho c’est transmissible comme tous virus et malgré toute question de vaccin

Laissant les embruns le faire voir comme il faut, il se jura que celui qu’il prendrait à démolir une femme, il retrouvait la force originelle de lui casser sa gueule à lui et il remonta les marches pour rentrer en ville

Vas y avoir du boulot, se dit-il en voyant combien son point de vue avait peu de points communs avec la raison du fond de l’affaire

Tant pis j’ai l’habitude conclut-il d’avoir l’idée contraire, je dirai tout sans rien cacher !

Niala-Loisobleu – 5 Janvier 2022

CADRÉ PAR MICHEL LEIRIS


CADRÉ PAR MICHEL LEIRIS

Milliers d’yeux milliers de mains autour des quatre sabots

Pieds nus yeux nus

les filles vont à la fontaine qui jamais ne s’érailie

et jamais ne se fêle

cruche

éclatant sous le poids de l’humide lingot

Replis gelés des taupinières

caverne aveugle enrobée de silence

et fraîche

comme ton œil sous ta paupière

et comme ta peau sous ta robe

quand tu te tiens debout devant ton lit

prête à l’intrusion tournoyante des chars

à la blessure des ornières

Milliers de plis milliers de nids

la cave où fermente le vin

la jarre

dur sein pétri d’une argile fraîche et propre

Outre nourrie de silence le taureau s’est quarré sur ses quatre sabots taupe ignare devant le drap nocturne qui l’éventé pelage dru que jamais plus nulle herbe ne caresse

hormis l’acier étroit qui te tuera

tête brune

taureau

penchant déjà sous le fardeau de tout ce sang

mêlé à la neige des yeux à la moiteur des mains

pays strié de limpides ornières

Michel Leiris