La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Maintenant que le monde à sa fin s’achemine Et que je vis parmi les ombres du passé Mon vertige s’arrête aux yeux verts d’une ondine ou dans mon petit coin chez Madame de C.
Mais comment m’esquiver? Mais comment m’effacer? Je crève de ferveur, je sanglote ma vie Vivre de plus en plus dans un monde glacé Jusqu’à n’avoir plus qu’une tombe pour amie?
L’homme cavalier seul sur un cheval sans bride Reprend la navette entre Jésus et Vénus Sous un ciel scintillant de mille feux torrides D’être un homme est-ce donc si triste devenu?
L’image peinte aussi est une poétique Qu’elle vise au reflet d’un rêve intemporel Ou circule au milieu des oliviers tragiques Paysan dont l’humour transcende le trivial?
Toujours la même porte ouverte sur Byzance
La gravité zéro est mon point oméga:
— Donne-moi tout la fleur le fruit et la semence! —
Renaissons sur le sable où nous étions heureux, En marée haute emportant les amoureux ; Gare aux vagues aimables, aux baisers, aux creux : Il viendra bien le jour où nous serons fin vieux. Sur ce même tapis, là, d’autres prétentieux Bâtifoleront en vain, nus, vers d’autres cieux Où se perdent les cris de goélands fielleux ; Un orage viendra, soudainement furieux, Rasant encore l’écume verte au front fiévreux. Y’a qu’à attendre, laisser faire. Oui, c’est mieux.
Ballade « Quand à peine un nuage » – Théophile Gautier
Quand à peine un nuage, Flocon de laine, nage Dans les champs du ciel bleu, Et que la moisson mûre, Sans vagues ni murmure, Dort sous le ciel en feu ;
Quand les couleuvres souples Se promènent par couples Dans les fossés taris ; Quand les grenouilles vertes, Par les roseaux couvertes, Troublent l’air de leurs cris ;
Aux fentes des murailles Quand luisent les écailles Et les yeux du lézard, Et que les taupes fouillent Les prés, où s’agenouillent Les grands bœufs à l’écart,
Qu’il fait bon ne rien faire, Libre de toute affaire, Libre de tous soucis, Et sur la mousse tendre Nonchalamment s’étendre, Ou demeurer assis ;
Et suivre l’araignée, De lumière baignée, Allant au bout d’un fil À la branche d’un chêne Nouer la double chaîne De son réseau subtil,
Ou le duvet qui flotte, Et qu’un souffle ballotte Comme un grand ouragan, Et la fourmi qui passe Dans l’herbe, et se ramasse Des vivres pour un an,
Le papillon frivole, Qui de fleurs en fleurs vole Tel qu’un page galant, Le puceron qui grimpe À l’odorant olympe D’un brin d’herbe tremblant ;
Et puis s’écouter vivre, Et feuilleter un livre, Et rêver au passé En évoquant les ombres, Ou riantes ou sombres, D’un long rêve effacé,
Et battre la campagne, Et bâtir en Espagne De magiques châteaux, Créer un nouveau monde Et jeter à la ronde Pittoresques coteaux,
Vastes amphithéâtres De montagnes bleuâtres, Mers aux lames d’azur, Villes monumentales, Splendeurs orientales, Ciel éclatant et pur,
Jaillissantes cascades, Lumineuses arcades Du palais d’Obéron, Gigantesques portiques, Colonnades antiques, Manoir de vieux baron
Avec sa châtelaine, Qui regarde la plaine Du sommet des donjons, Avec son nain difforme, Son pont-levis énorme, Ses fossés pleins de joncs,
Et sa chapelle grise, Dont l’hirondelle frise Au printemps les vitraux, Ses mille cheminées De corbeaux couronnées, Et ses larges créneaux,
Et sur les hallebardes Et les dagues des gardes Un éclair de soleil, Et dans la forêt sombre Lévriers eu grand nombre Et joyeux appareil,
Chevaliers, damoiselles, Beaux habits, riches selles Et fringants palefrois, Varlets qui sur la hanche Ont un poignard au manche Taillé comme une croix !
Voici le cerf rapide, Et la meute intrépide ! Hallali, hallali ! Les cors bruyants résonnent, Les pieds des chevaux tonnent, Et le cerf affaibli
Sort de l’étang qu’il trouble ; L’ardeur des chiens redouble : Il chancelle, il s’abat. Pauvre cerf ! son corps saigne, La sueur à flots baigne Son flanc meurtri qui bat ;
Son œil plein de sang roule Une larme, qui coule Sans toucher ses vainqueurs ; Ses membres froids s’allongent ; Et dans son col se plongent Les couteaux des piqueurs.
Et lorsque de ce rêve Qui jamais ne s’achève Mon esprit est lassé, J’écoute de la source Arrêtée en sa course Gémir le flot glacé,
Gazouiller la fauvette Et chanter l’alouette Au milieu d’un ciel pur ; Puis je m’endors tranquille Sous l’ondoyant asile De quelque ombrage obscur.
Une épaule adossée au frêne et la planche dans un écriteau de peinture fraîche il se tourne à la manivelle d’un trottoir. Percé de la musique d’un orgue de toutes les barbaries un banc pêche dans le caniveau au bord du départ pour en sortir. Le pavé a joint son accord en cas de barricade à dresser sur le boulevard. Entre le toupet des moineaux et la voracité des pigeons les miettes que le semeur mouline font un trafic incessant.
On ne peut pas voir le vasistas pris derrière les souches du toit.
Dans le silence de la mansarde c’est pourtant là que tout se joue dans le grand livre que personne ne lit. La tête se relève au plafond les yeux enfoncés dans l’idée passe-muraille. Pendant que les seins sont encore chauds, poser les pieds sur le sol froid, conduira aux toilettes à la turque, sur le palier.
Alors les ciseaux de l’imagination commenceront à découper la longue silhouette élancée d’une journée arrangée autrement.
Matisse ouvre le rideau de son théâtre sur une pièce rapportée d’un voyage sur place mais conduisant ailleurs qu’au zoo pour voir les lions manger ce qu’ils chassent. On entend la mer dans l’escalier de service.
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