QU’ANEMONE


QU’ANEMONE

Passée l’heure du levé et pas en corps lavée

penche vers moi depuis la tête et le tronc dans leur magie d’un bon sommeil

sur la scène écrite par Matisse sur la toile

ce flux où les cris des mouettes sont attelées à la femme qui m’entrebaille le cap à fleur ouverte

fortes bouffées prises à la première vague d’iode

au sillage du rose d’écailles que le pouls ouvre

Niala-Loisobleu -20 Juillet 2021

COMMENT L’EAU DEVINT CLAIRE PAR LOUIS ARAGON


Louis Aragon

COMMENT L’EAU DEVINT CLAIRE PAR LOUIS ARAGON

Un immense printemps des eaux une débâcle
Qui va dans tous les sens s’égare et se confond
Reprend sa route on ne sait trop par quel miracle
Puis s’arrête à nouveau dans les terrains profonds

Ils coulent de partout ces ruissellements d’hommes
Des hauts-plateaux du bas-pays et des névés
Il en sourd des marais des fondrières comme
Du mâchefer des cours du tuf ou des pavés

Ils charrient avec eux leur terre d’origine
Alluvions de la nuit qui s’amasse et croupit
L’ardoise et le mica le schiste des ravines
Les superstitions l’erreur et l’utopie

Les déchets de la ville ou l’humus des pâtures
Alourdissent leur cours de nouveaux sédiments
Tout veut les détourner et tout les dénature
Tout les capte et les perd
Le ciel même leur ment

Ils coulent de partout roulant avec leurs songes
Le pêle-mêle ancien des sables et des boues
Ils coulent de partout et les plus beaux mensonges
De partout débordés n’en viendront pas à bout

Ils coulent de partout dans le bruit des querelles
Et des divisions que l’on croit infinies
Ils prennent le chemin de la mer naturelle
Où l’eau claire à la fin se rassemble et s’unit

Qu’importent les retours les doutes les attentes
Les lacis les refus les craintes les faux pas
Rien ne peut arrêter ni les herbes flottantes
Cette marche à la mer ni les joncs du delta

Qui saura dire un jour l’aimant
Cette attirance
Dont déjà si longtemps on avait dans l’idée
Qu’elle triomphera
Dont tu sais par avance
Que tu l’as pour destin
Qu’il t’y faudra céder

Mais devant ce danger de sève sous l’écorce
Cette insurrection du cœur et des pensées
Un monde en toi battait le rappel de ses forces
Tout un monde saisi d’une peur dépassée

Tout ce que tu portais en toi du fond des âges
Ce recommencement d’hier par aujourd’hui
Et la règle établie et le pli des usages
Et dans les pas anciens les nouveaux reconduits

Ou bien c’était perdant le sens et la mesure

Cet esprit de révolte à qui rien ne suffit

Qui tout comme au château s’en prend à la masure

Échafaudant le paradoxe et le défi

Tu te trompais facilement au tintamarre
Que l’ennemi déchaîne avec les mots abstraits
T’imaginais briser toi-même tes amarres
Et choisir les récifs qui pourtant t’éventraient

La chenille au moment de la métamorphose
Ignorant l’aile et l’air médit du firmament
Il t’arrivait d’écrire à la hâte des choses
Que tu liras plus tard avec étonnement

Peut-être aveuglément naufrageur de toi-même
Te voulais-tu fermer tout devenir humain
Disant l’impardonnable et faisant du blasphème
Une brûlante boue à te jeter demain

Jeune homme à ma semblance ô pâle créature
Chenille de moi-même avant d’avoir été
Elle a bien fonctionné ta machine à torture
Va tu peux t’en vanter toi qui sus l’inventer

Tu n’avais pourtant pas imaginé possible
Signalé comme un feu par la fumée du toit
A chacun de servir aussi longtemps de cible
Pour l’homme que je suis devenu malgré toi

Vois-tu j’ai tout de même pris la grande route
Où j’ai souvent eu mal où j’ai souvent crié
Où j’ai réglé mon pas pour que ceux qui m’écoutent
En scandent la chanson sur le pas ouvrier

Rien ne t’arrête plus quand s’en lève le jour

Le matin pour chacun peut être différent

Une grève un chômage ou le
Riff ou la
Ruhr

Mais si pour tout de bon tout d’un coup ça vous prend

Si se met à rougir cette aube d’évidence
Si l’on entend son cœur battre du même bruit
Dans le malheur commun d’une même cadence
Dont bat le cœur d’autrui

C’est à la mer enfin la mer qu’il faut qu’on aille Ëclaboussé d’écume et de sel et d’oiseaux
Ah c’est l’humanité dans son cri de bataille
Qui t’emporte au large des eaux

Même si bien longtemps une fois communiste
On va rester pareil au champ mangé d’orties
Que c’est faucher en vain quand la racine existe
Obscurément dans le
Parti

L’essentiel n’est pas ce que traînent de brume
Et de confusion les hommes après eux
Car le soleil pour nous et devant nous s’allume
Il est mon
Parti lumineux

Il faudrait que chacun racontât son histoire
Comment il est venu comment il varia
Comment l’eau devint claire et tous y purent boire
Un avenir sans parias

Comment fut le bon grain trié vaille que vaille
L’or séparé du sable et les cailloux polis
Comment l’événement l’étude et le travail
Ont trois fois sarclé nos folies

Comment notre
Parti c’est demain face à face
Et l’université marchante où se marient
Dans le laboratoire énorme de la classe
La pratique et la théorie

Et comment le
Parti c’est le constant partage
Entre les fleurs à naître et les neiges d’antan
Et la neuve critique et le vieil héritage
Dans leur équilibre constant

Comment c’est avant tout le trésor de science
Né du peuple et sans cesse au peuple confronté
Qui soude à tout jamais la finale alliance
Du rêve et des réalités

Il est le pionnier sous l’essaim des insectes
Arrachant les roseaux d’un sol qui se mourait
Il est le médecin qui dissipe la secte

Comme une fièvre des marais

L’agronome qui sait si la terre est acide
Et quel jour dans les prés faire voler la faux
Le pilote enseignant aux matelots qu’il guide
La passe et la voile qu’il faut

Dans la guerre que fait au peuple ce qui meurt
Il est l’état-major de l’avenir
II est
Comme sur les sillons le geste du semeur
Le stratège de ce qui naît

Entre tous les partis il est seul de sa sorte
Qui s’assigne pour but tout remettre à l’endroit
En posséder la carte à personne n’apporte
Que des devoirs et non des droits

Il est le négateur éclatant du système
Qui veut qu’un peuple en soi trouve son pain tout
Apprendre organiser se corriger lui-même
Voilà voilà sa force à lui

Au sens originel comme au sens militaire
Il est lorsqu’il surgit au cœur du campement
D’insolence que font les
Césars sur nos terres
L’éclaireur magnifiquement

C’est en vain qu’on le traque en vain qu’on le bâillonne
Il respire le jour au milieu de ses liens
Et
Danielle ou
Péri notre
Parti rayonne
Le fusiller ne sert de rien

Il est le feu profond qui renaît de ses cendres
Il est la vie ailleurs éteinte et qui reprend
Le soleil renaissant qu’on vit au soir descendre
Car il est le bien conquérant

Il est le bien des travailleurs et non du temple
Notre perpétuelle illumination
Notre
Parti qui joint la parole et l’exemple
Aux couleurs de la
Nation

De sa bouche ouvrière il ranime les braises
Alésia
Roncevaux
Bouvines ou
Valmy
Il porte la leçon de
Maurice
Thorez
Parmi les frères ennemis

Il dit la
France indépendante quand
Kléber
Ralliera
Jeanne d’Arc et
Bertrand
Duguesclin
Et que l’humanité comme elle se libère

Sans faire aucun peuple orphelin

Il dit le principal à cette heure où les armes
Lèvent comme un regain sur le sol allemand
Que c’est assez de sang que c’est assez de larmes
Qu’aider cela serait dément

Que la grande amitié possible qu’imaginent
Deux peuples mitoyens las de s’entretuer
N’est pas mise en commun d’hommes et de machines
Pour servir à d’autres ruées

Qu’elle ne se pourrait fonder sous la menace
Qui fait sur l’orient comme sur le couchant
Aux pays d’outre-Oder comme aux coteaux d’Alsace
Tourner l’é pee a deux tranchants

Qu’où
Liebknecht balaya devant sa propre porte
C’est la paix qu’aux
Français
Grotewohl déclara
Non les accords de
Bonn qui sur la peste morte
Refait le geste de
Clara

Mais vous pour qui la
France est une marchandise
Monnayant l’avenir l’honneur et le passé
Vous dont les fins de mois s’arrangent par traîtrise
Il vous dit que c’en est assez

Assez mettre à l’encan la robe de la
France
A la bourse d’Europe entre des maquignons
Escompter ses enfants leur force et leurs souffrances
Dont
Mère avec toi nous saignons

Il dit qu’avec les feux truqués d’une légende
On égare un soldat fût-il intelligent
Et ses fils ne font pas une nation grande
A massacrer chez eux les gens

Que naguère ce fut nous-mêmes qui donnâmes
L’exemple que suivront les peuples indomptés
Et qu’on ne peut couvrir cette guerre au
Viet-Nam
Du drapeau de la liberté

Qu’il nous faut un peu plus que des larmes amères
Que ça ne suffit pas si notre cœur se fend
A voir aux bras des mères d’au delà des mers
La mort de leurs petits enfants

Que ça ne suffit pas les regrets et le deuil
Et qu’en plus de la honte et du crime et du sang
Il y a dans nos ports ces terribles cercueils
Qu’une corde lente descend

Il dit que la jeunesse a bien assez à faire
Au pays que voici comme un champ passager
Que pour trente deniers des
Judas ont offert
Aux manoeuvres de l’étranger

Il dit qu’il n’est pas vrai que ces gens-là ne viennent
Que par amour de nous occuper
Orléans
Que tous ont leur demeure et le
G.
I. la sienne
Sur l’autre bord de l’Océan

Il dit que devant nous agiter des fantômes
Nous menacer du feu qui brûla nos bourreaux
Ne saurait de nos murs effacer les
Go
Home
Ni l’exemple de nos héros

Il dit que les
Français ne sont pas solitaires
Eux qu’on n’a jamais vus se lever en chantant
Sans que cela ne fît aussitôt sur la terre
Les avalanches d’un printemps

Il dit que nous avons de par le vaste monde
Tant d’amis qu’il faudrait plus d’yeux pour les compter
Que les astres du ciel et leurs reflets dans l’onde
Par une belle nuit d’été

Il dit que le chemin de notre indépendance
Mène à la grande paix de tout le genre humain
Il dit que cette paix tout à l’heure commence
Qui ne connaîtra pas de fin

Qu’il dépend de nous tous que l’histoire culbute
Les cycles infernaux du moderne
Ixion
Et les peuples unis renversent dans leur lutte
Le poids des malédictions

Il dit et se sentant maîtres de la nature

Ceux qu’à travers la nuit atteint au loin sa voix

Se mettent à rêver à des choses futures

Comme un rossignol dans les bois

Dans ce rêve où la vie aux vivants est remise
Voici l’homme et la femme et les enfants
Voici
Cette tranquillité de vieillir qu’organise
A jamais la démocratie

Et c’est parce qu’ils voient dans le
Parti l’image
De ces temps sans retour leur crainte et leur courroux
Que ceux qui de la mort font leur courant usage
Le veulent jeter sous les roues

Mais tuer le
Parti cela ne peut plus être
A ce point conscient où l’homme est parvenu
Sans que la guerre alors ne lui fasse connaître
Son atroce visage à nu

Pour tuer le
Parti c’est l’homme dans sa chair
Que vous atteindriez
Monstres aux jours nouveaux
Lui faisant étouffer tout ce qui lui est cher
Piétiner son propre flambeau

Quoi de ses propres mains il faudrait qu’il déchire
Sa croyance en lui-même et ses espoirs anciens
Irrémédiablement pour asseoir votre empire
Rivant nos fers river les siens

Parce que par vos soins une nuit volcanique
Empoisonne la mer où le stronthium pleut
Vous croyez prendre au piège un univers panique
Où meurt la vie à petit feu

Et comme les bandits perdus à qui ne restent
Que les jours de la surenchère et c’est fini
Il vous faut ajouter au napalm à la peste
L’évangile de
Bikini

L’homme ce cauchemar de partout vous enserre
Et de partout les feux par vos mains allumés
Dans ce monde où partout cherchant des janissaires
Vous appelez la croix gammée

Et l’homme s’il respire et l’homme s’il existe
C’est donc qu’il vous résiste il doit être abattu
Et vous avez raison
Vers le ciel communiste
Il se tourne quand on le tue

Salut à toi
Parti qu’il faut bien qu’on choisisse
Quand toute chose est claire et patent le danger 0 puits qui fais la vie et fais à l’oasis
Entre tous le pain partagé

Salut à toi qui dis au coureur dans sa course
Le message à porter où lui-même s’instruit
Salut à toi sagesse à toi fraîcheur des sources
Arbre géant de tous les fruits

Salut à toi
Parti qui nias la misère
Et montras l’homme frère à ses frères armés
Parti que les bourreaux en vain martyrisèrent
Sans te prendre le grain semé

Salut à toi phénix immortel de nos rêves
Salut à toi couleur du cœur force du vin
Parfum lorsque le vent du peuple enfin se lève
Envahissant la vie enfin

Salut enfant du feu que les flammes enfantent
Marin qui pris l’amour de la paix pour sextant
Toi monteur-ajusteur des idées triomphantes
O capitaine du printemps

Salut à toi
Parti ma famille nouvelle
Salut à toi
Parti mon père désormais
J’entre dans ta demeure où la lumière est belle
Comme un matin de
Premier Mai

Louis Aragon

ENTRE LES PIEDS AU LONG DES CUISSES


ENTRE LES PIEDS AU LONG DES CUISSES

Au jardin

tu es venue pêcher du soleil dans les mouvements du chien

l »après-midi s’écoule en d’occitanes pensées

pour que la chaleur des pierres garde son esprit cathare au travers de la garrigue

des vignes de Corbières et des guitares du soir

quand l’accent porte les pas d’une danse ancestrale

Dans les virages des seins qui se font plus lourds

le ventre en colline

laisse le vent prendre son odeur et la dépose aux peaux des tambours

Les pieds décroisent

le chat est mouillé

le martin-pêcheur s’apprête à plonger

le chemin n’a pas perdu ses graviers, la main ne peut s’égarer

La dérive recrache la cabane

avec les pommiers et les vaches au bord du train qui remonte de loin

Niala-Loisobleu – 19 Juillet 2021

Chanson du retour

Jacques Bertin

Quand tu voudras, bien lentement
Par la côte, par cabotage
Par l’ancien chemin des douaniers
Par l’amplitude des marées
Par les degrés de solitude
Par la force acquise de l’âge

Reviens, sonne ici, sonne bien
Quand tu voudras, lentement, bien
Comme j’ai moi-même sonné
À ta porte un jour en novembre
Sonne, ô ma morte, un soir de cendre
À l’avenir et j’ouvrirai

Meurs ta beauté, belle éphémère
Et avec toi ton diable aussi
Violent, intense et sans merci
Et qui tuait l’amour aussi
Meurs donc où tu es sur la Terre
Puis viens te mettre à ma merci

Moi, je vieillis, furieux de tout
Comme collé à sa soupière
Un graillon de vieille colère
Mon instinct du jeu sans atout
M’aura fait te chercher partout
Retourner la vie, pierre à pierre

Toi, tu dérives dans ton âme
Les soleils morts des galaxies
Brûlent des souvenirs rassis
D’anciens enthousiasmes de femmes
Je les vois ces signaux de flammes
Les nuits les portent vers ic

Ainsi, nous voilà très égaux
Rapprochant nos mondes rivaux
Comme deux bateaux si fantasques
Deux passés coulés dans deux vasques
Ou bien deux avenirs floués
Et la porte que j’ai clouée
Peut s’ouvrir sur une bourrasque

RROSE SÉLAVY PAR ROBERT DESNOS


Robert Desnos

RROSE SÉLAVY PAR ROBERT DESNOS

Dans un temple en stuc de pomme le pasteur dis-tillait le suc des psaumes.

.
Rrose
Sélavy demande si les
Fleurs du
Mal ont modulé les mœurs du phalle : qu’en pense
Omphale?

.
Voyageurs, portez des plumes de paon aux filles de
Pampelune.

.
La solution d’un sage est-elle la pollution d’un page?

.
Je vous aime, ô beaux hommes vêtus d’opossum.

Question aux astronomes:

.
Rrose
Sélavy inscrira-t-elle longtemps au cadran des astres le cadastre des ans?


O mon crâne, étoile de nacre qui s’étiole.

.
Au pays de
Rrose
Sélavy on aime les fous et les loups sans foi ni loi

.
Suivrez-vous
Rrose
Sélavy au pays des nombres décimaux où il n’y a décombres ni maux?

zo.
Rrose
Sélavy se demande si la mort des saisons fait tomber un sort sur les maisons.

.
Fassez-moi mon arc berbère, dit le monarque – barbare.

.
Les planètes tonnantes dans le del enrayent les cailles amoureuses des plantes étonnantes aux feuilles d’écaillé cultivées par
Rrose
Sélavy.

.
Rrose
Sélavy connaît bien le marchand du seL

Êpitaphe :

.
Ne tourmentez plus
Rrose
Sélavy, car mon génie est énigme.
Caron ne le déchiflre pas.

.
Perdue sur la mer sans fin,
Rrose
Sélavy mangera-t-elie du fer après avoir mangé ses mains?

.
Aragon recueille in extremis l’âme d’Aramis sur un lit d’estragon.

.
André
Breton ne s’habille pas en mage pour combattre l’image de l’hydre du tonnerre qui brame sur un mode amer.

.
Francis
Picabia l’ami des castors
Fut trop franc d’être un jour picador
A
Cassis en ses habits d’or.

.
Rrose
Sélavy voudrait bien savoir si l’amour, cetie colle à mouches, rend plus dures les molles couches.

.
Pourquoi votre incarnat est-il devenu si terne, petite fille, dans cet internat où votre œil se cerna?

.
Au virage de la course au rivage, voici le secours de
Rrose
Sélavy.

.
Rrose
Sélavy peut revêtir la bure du bagne, elle a une monture qui franchit les montagnes.

.
Rrose
Sélavy décerne la palme sans l’éclat du martyre à
Lakmé bergère en
Beauce figée dans le calme plat du métal appelé beauté.

.
Croyez-vous que
Rrose
Sélavy connaisse ces jeux de fous qui mettent le feu aux joues?

.
Rrose
Sélavy, c’est peut-être aussi ce jeune apache qui de la paume de sa main colle un pain à sa môme.

.
Est-ce que la caresse des putains excuse la paresse des culs teints?

.
Le temps est un aigle agile dans un temple.

.
Qu’arrivera-t-il si
Rrose
Sélavy, un soir de
Noël, s’en va vers le piège de la neige et du pôle?

Ah! meurs, amour!

.
Quel hasard me fera découvrir entre mille l’ami plus fugitif que le lézard?

.
Un prêtre de
Savoie déclare que le déchet des calices est marqué du cachet des délices : met-il de la malice dans ce match entre le ciel et lui?

.
Voici le cratère où le
Missouri prend sa source et la cour de
Sara son mystère.

.
Nomades qui partez vers le nord, ne vous arrêtez pas au port pour vendre vos pommades.

.
Dans le sommeil de
Rrose
Sélavy il y a tu» nain sorti d’un puits qui vient manger son pain, la nuit.

.
Si le silence est d’or,
Rrose
Sélavy abaisse ses cils et s’endort.

.
Debout sur la carène, le poète cherche une rime et croyez-vous que
Rrose
Sélavy soit la reine du crime?

.
Au temps où les caravelles accostaient
La
Havane, les caravanes traversaient-elles
Laval?

Question d’Orient:

.
A
Sainte
Sophie, sur un siège de liège, s’assied la folie.

.
Rrose
Sélavy propose que la pourriture des passions devienne la nourriture des nations.

.
Quelle est donc cette marée sans cause dont l’onde amère inonde l’âme acérée de
Rrose?

.
Benjamin
Péret ne prend jamais qu’un bain par an.

.
Paul Éluard : le poète élu des draps.

Êpitaphe pour
Apollinaire:

.
Pleurez de nénies, géants et génies, au seuil du néant.

.
Amoureux voyageur sur la carte du tendre, pourquoi nourrir vos nuits d’une tarte de cendre?

Martyre de saint
Sébastien:

.
Mieux que ses seins ses bas se tiennent.

.
Rrose
Sélavy a visité l’archipel où la reine
Irène-sur-les-Flots de sa rame de frêne gouverne ses flots.


From
Everest mountain
I am falling dovm to your feet for ever,
Mrs.
Everling.

.
André
Breton serait-il déjà condamné à la tâche de tondre en enfer des chats d’ambre et de jade?


Rrose
Sélavy vous engage à ne pas prendre les verrues des seins pour les vertus des saintes.

.
Rrcse
Sélavy n’est pas persuadée que la culture du moi puisse amener la moiteur du cul.

.
Rrose
Sélavy s’étonne que de la contagion des reliques soit née la religion catholique.

.
Possédé d’un amour sans frein, le prêtre savoyard jette aux rocs son froc pour soulager ses reins.

Devise de
Rrose
Sélavy:

.
Plus que poli pour être honnête
Plus que poète pour être honni

.
Oubliez les paraboles absurdes pour écouter de
Rrose
Sélavy les sourdes paroles.

Epiphanie :

.
Dans la nuit fade les rêves accostent à la rade pour décharger des fèves.

.
Au paradis des diamants les carats sont des amants et la spirale est en cristaL

.
Les pommes de
Rome ont pour les pages la saveur de la rage qu’y imprimèrent les dents des
Mores.

.
Lancez les fusées, les races à faces rusées sont usées!

.
Rrose
Sélavy proclame que le miel de sa cervelle est la merveille qui aigrit le fiel du ciel.

.
Aux agapes de
Rrose
Sélavy on mange du pâté de pape dans une sauce couleur d’agate.

.
Apprenez que la geste célèbre de
Rrose
Sélavy est inscrite dans l’algèbre céleste.

.
Habitants de
Sodome, au feu du ciel préférez le fiel de la queue.

.
Tenez bien la rampe, rois et lois qui descendez à la cave sans lampe.

.
Morts férus de morale, votre tribu attend-elle toujours un tribunal?

.
Rrose
Sélavy affirme que la couleur des nègres est due au tropique du cancer.

.
Beaux corps sur les billards, vous serez peaux sur les corbillards!

.
Du palais des morts les malaises s’en vont par toutes les portes.

.
Rocambole de son cor provoque le carnage, puis carambole du haut d’un roc et s’échappe à la nage.

.
De cirrhose du foie meurt la foi du désir de
Rrose.

.
Amants tuberculeux, ayez des avantages phtisiques.


Rrose
Sélavy au seuil des deux porte le deuil des dieux.

.
Les orages ont pu passer sur
Rrose
Sélavy, c’est sans rage qu’elle atteint l’âge des oranges.

.
Ce que
Baron aime, c’est le bâillon sur l’arme!

.
Les idées de
Morise s’irisent d’un charme démodé.

.
Simone dans le silence provoque le heurt des lances des démones.

.
Les yeux des folles sont sans fard.
Elles naviguent dans des yoles, sur le feu, pendant des yards, pendant des yards.

.
Le mépris des chansons ouvre la prison des méchants.

.
Le plaisir des morts, c’est de moisir à plat.

.
Aimez, gens,
Janine, la fleur d’hémérocalle est si câline.

.
Sur quel pôle la banquise brise-t-elle le bateau des poètes en mille miettes?

.
Rrose
Sélavy sait bien que le démon du remords ne peut mordre le monde.

.
Rrose
Sélavy nous révèle que le râle du monde est la ruse des rois mâles emportés par la ronde de la muse des mois.

Dictionnaire
La
Rrose :

.
Latinité —
Les cinq nations latines.
La
Trinité —
L’émanation des latrines.

.
Nul ne connaîtrait la magie des boules sans la bougie des mâles.

.
Dans un lac d’eau minérale
Rrose
Sélavy a noyé la câline morale.

.
Rrose
Sélavy glisse le cœur de
Jésus dans le jeu des
Crésus.

Conseil aux catholiques :

.
Attendez sagement le jour de la foi où la mort vous fera jouir de la faux.

.
Au fond d’une mine
Rrose
Sélavy prépare la fin du monde.

.
La jolie sœur disait : «
Mon droit d’aînesse pour ton doigt,
Ernest. »

.
Cravan se hâte sur la rive et sa cravate joue dans le vent.

.
Dans le ton rogue de
Vaché il y avait des paroles qui se brisaient comme les vagues sur les rochers.

.
Faites l’Aumône aux riches, puis sculptez dans la roche le simulacre de
Simone.

Question :

.
Cancer mystique, chanteras-tu longtemps ton cantique au mystère?

Réponse :

.
Ignores-tu que ta misère se pare comme une reine de la traîne de ce mystère?

.
La mort dans les flots est-elle le dernier mot des forts?

.
L’acte des sexes est l’axe des sectes.

.
Le suaire et les ténèbres du globe sont plus suaves que la gloire.

.
Frontières qui serpentez sur les cimes, vous n’entourez pas les cimetières abrités par nos fronts.

.
Les caresses de demain nous révéleront-elles le carmin des déesses ?

.
Le parfum des déesses berce la paresse des défunts.

.
La milice des déesses se préoccupe peu des délices de la messe.

.
A son trapèze
Rrose
Sélavy apaise la détresse des déesses.

.
Les vestales de la
Poésie vous prennent-elles pour des vessies, ô
Pétales !

.
Images de l’amour, poissons, vos baisers sans poison me feront-ils baisser les yeux ?

.
Dans le pays de
Rrose
Sélavy les mâles font la guerre sur la mer.
Les femelles ont la gale.

.
A tout miche, pesez
Ricord.

.
Mots, êtes-vous des mythes et pareils aux myrtes des morts?

.
L’argot de
Rrose
Sélavy, n’est-ce pas l’art de transformer en cigognes les cygnes?

.
Les lois de nos désirs sont des dés sans loisir.

lia
Héritiers impatients, conduisez vos ascendants à la chambre des tonnerres.

m.
Je vis où ta vis, voyou dont k visage est le charme des voyages.

.
Phalange des anges, aux angélus préférez les phallus.

.
Connaissez-vous la jolie faune de la folie? —
Elle est jaune.

.
Votre sang charrie-t-il des grelots au gré de vos sanglots?

.
La piété dans le dogme consiste-t-elle à prendre les dogues en pitié?

.
Le char de la chair ira-t-il loin sur ce chemin si long?

.
Qu’en pensent les cocus?

Recette culinaire : plutôt que
Madeleine l’apotro-phage, femmes! imitez la vierge cornivore.

.
Corbeaux qui déchiquetez le flanc des beaux corps, quand éteindrez-vous les flambeaux?

.
Prométhée moi l’amour!

.
O ris cocher des flots!
Auriç, hochet des flots au ricochet des flots.

.
L’espèce des folles aime les fioles et les pièces fausses.

Définition de la poésie pour :

.
Louis
Aragon :
A la margelle des âmes écoutez les gammes jouer à la marelle.

.
Benjamin
Péret :
Le ventre de chair est un centre de vair.

.
Tristan
Tzara :
Quel plus grand outrage à la terre qu’un ouvrage de ! v^^
I ?
Qu’en dis-tu, ver de terre?

.
Max
Emst :
La boule rouge bouge et roule.

.
Max
Morise :
A figue dolente, digue affolante.

.
Georges
Aurie :
La portée des muses, n’est-ce pas la mort duvetée derrière la porte des musées?

.
Philippe
Soupaidt :
Les oies et les zébus sont les rois de ce rébus.

.
Roger
Vitrac :
Il ne faut pas prendre le halo de la lune à l’eau pour le chant « allô » des poètes comme la lune.

.
Georges
Limbour ;
Pour les
Normands le
Nord ment.

.
Francis
Picabia :
Les chiffres de bronze ne sont-ils que des bonzes de chiffes : j’ai tué l’autre prêtre, êtes-vous prête,
Rrose
Sélavy?

.
Marcel
Ducliamp :
Sur le chemin, il y avait un bœuf bleu près d’un banc blanc.
Expliquez-moi la raison des gants blancs, maintenant?

.
G. de
Chirico :
Vingt fois sur le métier remettez votre outrage.

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Quand donc appellerez-vous
Prétéritions,
Paul Éluard, les
Répétitions?

*-
O laps des sens, gage des années aux pensées sans langage.

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Fleuves! portez au
Mont-de-Piété les miettes de pont.


Les joues des fées se brûlent aux feux de joies.

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Le mystère est l’hystérie des mortes sous les orties.

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Dans le silence des cimes,
Rrose
Sélavy regarde en riant la science qui lime.

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Nos peines sont des peignes de givre dans des cheveux ivres.

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Femmes! faux chevaux sous vos cheveux de feu.

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Dites les transes de la confusion et non pas les contusions de la
France.

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De quelle plaine les reines de platine monteront-elles dans nos rétines?

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La peur, c’est une hanche pure sous un granit ingrat.

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Les menteurs et les rhéteurs perdent leurs manches dans le vent rêche quand les regarde
Alan
Ray.

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Si vous avez des peines de cœur, amoureux, n’ayez plus peur de la
Seine.

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A cœur payant un rien vaut cible.

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Plus fait violeur que doux sens.

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Jeux de mots jets mous.

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Aimable souvent est sable mouvant.

Robert Desnos

RESTE DE LUNE SUR LES FLEURS DE LA NUIT


RESTE DE LUNE SUR LES FLEURS DE LA NUIT

La couleur des papillons dans les yeux qui traînent au lit voilà l’odeur que le né de ce matin ne peut repousser

Poussez dit la sage-femme et soufflez, je vois la tête !

Elle m’amuse j’ai plus envie de souffler sur la rousse pour trouver la signification de la flemme que je garde aux jambes

Il va faire chaud à crever, les draps sans être posés à la fenêtre ouverte, dans mon dos sont délicieusement frais

Pas envie de perdre le peu de tant d’un climat extravagant !

Niala-Loisobleu 19 Juillet 2021

LE FEU – ARAGON/ MARC OGERET


LE FEU – ARAGON/ MARC OGERET

Mon Dieu, mon Dieu, cela ne s’éteint pas
Toute ma forêt, je suis là qui brûle
J’avais pris ce feu pour le crépuscule
Je croyais mon cœur à son dernier pas.
J’attendais toujours le jour d’être cendre
Je lisais vieillir où brise l’osier
Je guettais l’instant d’après le brasier
J’écoutais le chant des cendres, descendre.

J’étais du couteau, de l’âge égorgé
Je portais mes doigts où vivre me saigne
Mesurant ainsi la fin de mon règne
Le peu qu’il me reste et le rien que j’ai.
Mais puisqu’il faut bien que douleur s’achève
Parfois j’y prenais mon contentement
Pariant sur l’ombre et sur le moment
Où la porte ouvrant, déchire le rêve.

Mais j’ai beau vouloir en avoir fini
Chercher dans ce corps l’alarme et l’alerte
L’absence et la nuit, l’abîme et la perte
J’en porte dans moi le profond déni.
Il s’y lève un vent qui tient du prodige
L’approche de toi qui me fait printemps
Je n’ai jamais eu de ma vie autant
Même entre tes bras, aujourd’hui vertige.
Le souffrir d’aimer flamme perpétue
En moi l’incendie étend ses ravages
A rien n’a servi, ni le temps, ni l’âge
Mon âme, mon âme, où m’entraînes-tu ?
Où m’entraînes-tu ?

Louis Aragon

SOLEIL OUTRE MER


SOLEIL OUTRE MER

Entre bruit d’eau et vent debout le rocher sort la tête

pour s’offrir aux embruns plus loin que le nombril

Le repas tire à sa faim

le jeu des oiseaux-marins

Ma Mie

sortons un peu plus loin que le ballet du phare atteint

Ils suivront leur chemin d’un bord à l’autre de leurs rives

Laisse ta robe ici j’emporte pas mon chapeau, là où je tant vole on en aura pas besoin c’est pas malsain de dogme, l’ostensoir de tes seins dégage du brouillard, puis à la baie des anges marri na est absent

C’est Mon Echo et son rocher qui rallient

où l’aqua rit home marche sans palais dans la trace du Grand Fauve.

Niala-Loisobleu – 18 Juillet 2021

LA MAIN, EN ÉCRIVANT PAR DOMINIQUE SAMPIERO


LA MAIN, EN ÉCRIVANT PAR DOMINIQUE SAMPIERO

La main est le berger de l’ombre.
L’ombre des mots.
L’ombre de rien.
Elle rassemble.
Une île entre le visible et l’invisible.
C’est par là qu’elle touche les morts, qu’elle les caresse et leur parle.
Ils posent leur front glacé entre nos doigts.
C’est la mémoire des outils, des courbatures.
Des gestes vers la terre.
Et l’on se surprend à tracer dans l’air des arabesques de semailles, à abattre des arbres de verre.
A détourner des rivières muettes.
La main sait tout
Le mouvement du pain.
Les poutres sur l’épaule.
Conduire les troupeaux.
Cueillir, toucher, ouvrir.
Quand trop de lumière aveugle, la main couvre, incline et l’espace se referme.
Est-ce la pierre qui a façonné la paume, la rivière, l’arbre?
Est-ce le ciel, la montagne ou la crevasse ?

La main a les odeurs du monde en son ventre, elle ruisselle, elle pleure de toutes ses eaux, et les pluies gémissent entre ses doigts.
Elle est une jeune fille sortie de l’eau du corps, du bleu liquide de la nuit.
Elle embrasse le soleil au plus haut de ses lèvres.
Et son rire gicle sur le dos des bêtes.
Elle est l’autre côté.
Elle connaît le début, la fin.
Et pire.

La main hurle debout, quitte le sol, ses nœuds et ses grilles s’enchevêtrent.
On entend encore son souffle dans le plus petit mot.
Son halètement, ses peurs.
Elle est le fruit d’un soupir.
Un geste de l’âme vers le corps pour marquer une entente.
Un rire sur le dos du monde qui se gratte.
Une fête de première fois.

Elle est cette vieille idée sur le visage de
Dieu pour raconter à l’homme comment lui-même s’est ouvert en deux.

La main nous console de tout ce sang séparé.
Elle s’accouple sans cesse et sa robe rouge couche dans ses coutures la grâce violente des retrouvailles.

Elle est la très vieille mémoire du quatre pattes, terre sous le sexe, ciel sur le dos.
Ce qui sans cesse nous bouscule entre le chien et le dieu.

Elle étrangle, elle arrache et dresse tous ses muscles à bâtir le corps qui n’est plus le corps.

Quand les mains frappent l’enfant, elles le tuent deux fois — une fois dans sa chair, une fois dans son âme.
Le nouveau venu est au pays des morts.
Il doit traverser sa vie avant de l’atteindre comme un voyageur aveugle. Égaré.

La main sèche les larmes quand sont venus les étour-neaux de nos douleurs et qu’ils nous crèvent les yeux jusqu’à les picorer.
La main ferme les plaies.
Comme
A-t-elle retrouvé en son sang les cris, les mots rentrés du corps dans la lumière?

Dominique Sampiero