La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Un immense printemps des eaux une débâcle Qui va dans tous les sens s’égare et se confond Reprend sa route on ne sait trop par quel miracle Puis s’arrête à nouveau dans les terrains profonds
Ils coulent de partout ces ruissellements d’hommes Des hauts-plateaux du bas-pays et des névés Il en sourd des marais des fondrières comme Du mâchefer des cours du tuf ou des pavés
Ils charrient avec eux leur terre d’origine Alluvions de la nuit qui s’amasse et croupit L’ardoise et le mica le schiste des ravines Les superstitions l’erreur et l’utopie
Les déchets de la ville ou l’humus des pâtures Alourdissent leur cours de nouveaux sédiments Tout veut les détourner et tout les dénature Tout les capte et les perd Le ciel même leur ment
Ils coulent de partout roulant avec leurs songes Le pêle-mêle ancien des sables et des boues Ils coulent de partout et les plus beaux mensonges De partout débordés n’en viendront pas à bout
Ils coulent de partout dans le bruit des querelles Et des divisions que l’on croit infinies Ils prennent le chemin de la mer naturelle Où l’eau claire à la fin se rassemble et s’unit
Qu’importent les retours les doutes les attentes Les lacis les refus les craintes les faux pas Rien ne peut arrêter ni les herbes flottantes Cette marche à la mer ni les joncs du delta
Qui saura dire un jour l’aimant Cette attirance Dont déjà si longtemps on avait dans l’idée Qu’elle triomphera Dont tu sais par avance Que tu l’as pour destin Qu’il t’y faudra céder
Mais devant ce danger de sève sous l’écorce Cette insurrection du cœur et des pensées Un monde en toi battait le rappel de ses forces Tout un monde saisi d’une peur dépassée
Tout ce que tu portais en toi du fond des âges Ce recommencement d’hier par aujourd’hui Et la règle établie et le pli des usages Et dans les pas anciens les nouveaux reconduits
Ou bien c’était perdant le sens et la mesure
Cet esprit de révolte à qui rien ne suffit
Qui tout comme au château s’en prend à la masure
Échafaudant le paradoxe et le défi
Tu te trompais facilement au tintamarre Que l’ennemi déchaîne avec les mots abstraits T’imaginais briser toi-même tes amarres Et choisir les récifs qui pourtant t’éventraient
La chenille au moment de la métamorphose Ignorant l’aile et l’air médit du firmament Il t’arrivait d’écrire à la hâte des choses Que tu liras plus tard avec étonnement
Peut-être aveuglément naufrageur de toi-même Te voulais-tu fermer tout devenir humain Disant l’impardonnable et faisant du blasphème Une brûlante boue à te jeter demain
Jeune homme à ma semblance ô pâle créature Chenille de moi-même avant d’avoir été Elle a bien fonctionné ta machine à torture Va tu peux t’en vanter toi qui sus l’inventer
Tu n’avais pourtant pas imaginé possible Signalé comme un feu par la fumée du toit A chacun de servir aussi longtemps de cible Pour l’homme que je suis devenu malgré toi
Vois-tu j’ai tout de même pris la grande route Où j’ai souvent eu mal où j’ai souvent crié Où j’ai réglé mon pas pour que ceux qui m’écoutent En scandent la chanson sur le pas ouvrier
Rien ne t’arrête plus quand s’en lève le jour
Le matin pour chacun peut être différent
Une grève un chômage ou le Riff ou la Ruhr
Mais si pour tout de bon tout d’un coup ça vous prend
Si se met à rougir cette aube d’évidence Si l’on entend son cœur battre du même bruit Dans le malheur commun d’une même cadence Dont bat le cœur d’autrui
C’est à la mer enfin la mer qu’il faut qu’on aille Ëclaboussé d’écume et de sel et d’oiseaux Ah c’est l’humanité dans son cri de bataille Qui t’emporte au large des eaux
Même si bien longtemps une fois communiste On va rester pareil au champ mangé d’orties Que c’est faucher en vain quand la racine existe Obscurément dans le Parti
L’essentiel n’est pas ce que traînent de brume Et de confusion les hommes après eux Car le soleil pour nous et devant nous s’allume Il est mon Parti lumineux
Il faudrait que chacun racontât son histoire Comment il est venu comment il varia Comment l’eau devint claire et tous y purent boire Un avenir sans parias
Comment fut le bon grain trié vaille que vaille L’or séparé du sable et les cailloux polis Comment l’événement l’étude et le travail Ont trois fois sarclé nos folies
Comment notre Parti c’est demain face à face Et l’université marchante où se marient Dans le laboratoire énorme de la classe La pratique et la théorie
Et comment le Parti c’est le constant partage Entre les fleurs à naître et les neiges d’antan Et la neuve critique et le vieil héritage Dans leur équilibre constant
Comment c’est avant tout le trésor de science Né du peuple et sans cesse au peuple confronté Qui soude à tout jamais la finale alliance Du rêve et des réalités
Il est le pionnier sous l’essaim des insectes Arrachant les roseaux d’un sol qui se mourait Il est le médecin qui dissipe la secte
Comme une fièvre des marais
L’agronome qui sait si la terre est acide Et quel jour dans les prés faire voler la faux Le pilote enseignant aux matelots qu’il guide La passe et la voile qu’il faut
Dans la guerre que fait au peuple ce qui meurt Il est l’état-major de l’avenir II est Comme sur les sillons le geste du semeur Le stratège de ce qui naît
Entre tous les partis il est seul de sa sorte Qui s’assigne pour but tout remettre à l’endroit En posséder la carte à personne n’apporte Que des devoirs et non des droits
Il est le négateur éclatant du système Qui veut qu’un peuple en soi trouve son pain tout Apprendre organiser se corriger lui-même Voilà voilà sa force à lui
Au sens originel comme au sens militaire Il est lorsqu’il surgit au cœur du campement D’insolence que font les Césars sur nos terres L’éclaireur magnifiquement
C’est en vain qu’on le traque en vain qu’on le bâillonne Il respire le jour au milieu de ses liens Et Danielle ou Péri notre Parti rayonne Le fusiller ne sert de rien
Il est le feu profond qui renaît de ses cendres Il est la vie ailleurs éteinte et qui reprend Le soleil renaissant qu’on vit au soir descendre Car il est le bien conquérant
Il est le bien des travailleurs et non du temple Notre perpétuelle illumination Notre Parti qui joint la parole et l’exemple Aux couleurs de la Nation
De sa bouche ouvrière il ranime les braises Alésia Roncevaux Bouvines ou Valmy Il porte la leçon de Maurice Thorez Parmi les frères ennemis
Il dit la France indépendante quand Kléber Ralliera Jeanne d’Arc et Bertrand Duguesclin Et que l’humanité comme elle se libère
Sans faire aucun peuple orphelin
Il dit le principal à cette heure où les armes Lèvent comme un regain sur le sol allemand Que c’est assez de sang que c’est assez de larmes Qu’aider cela serait dément
Que la grande amitié possible qu’imaginent Deux peuples mitoyens las de s’entretuer N’est pas mise en commun d’hommes et de machines Pour servir à d’autres ruées
Qu’elle ne se pourrait fonder sous la menace Qui fait sur l’orient comme sur le couchant Aux pays d’outre-Oder comme aux coteaux d’Alsace Tourner l’é pee a deux tranchants
Qu’où Liebknecht balaya devant sa propre porte C’est la paix qu’aux Français Grotewohl déclara Non les accords de Bonn qui sur la peste morte Refait le geste de Clara
Mais vous pour qui la France est une marchandise Monnayant l’avenir l’honneur et le passé Vous dont les fins de mois s’arrangent par traîtrise Il vous dit que c’en est assez
Assez mettre à l’encan la robe de la France A la bourse d’Europe entre des maquignons Escompter ses enfants leur force et leurs souffrances Dont Mère avec toi nous saignons
Il dit qu’avec les feux truqués d’une légende On égare un soldat fût-il intelligent Et ses fils ne font pas une nation grande A massacrer chez eux les gens
Que naguère ce fut nous-mêmes qui donnâmes L’exemple que suivront les peuples indomptés Et qu’on ne peut couvrir cette guerre au Viet-Nam Du drapeau de la liberté
Qu’il nous faut un peu plus que des larmes amères Que ça ne suffit pas si notre cœur se fend A voir aux bras des mères d’au delà des mers La mort de leurs petits enfants
Que ça ne suffit pas les regrets et le deuil Et qu’en plus de la honte et du crime et du sang Il y a dans nos ports ces terribles cercueils Qu’une corde lente descend
Il dit que la jeunesse a bien assez à faire Au pays que voici comme un champ passager Que pour trente deniers des Judas ont offert Aux manoeuvres de l’étranger
Il dit qu’il n’est pas vrai que ces gens-là ne viennent Que par amour de nous occuper Orléans Que tous ont leur demeure et le G. I. la sienne Sur l’autre bord de l’Océan
Il dit que devant nous agiter des fantômes Nous menacer du feu qui brûla nos bourreaux Ne saurait de nos murs effacer les Go Home Ni l’exemple de nos héros
Il dit que les Français ne sont pas solitaires Eux qu’on n’a jamais vus se lever en chantant Sans que cela ne fît aussitôt sur la terre Les avalanches d’un printemps
Il dit que nous avons de par le vaste monde Tant d’amis qu’il faudrait plus d’yeux pour les compter Que les astres du ciel et leurs reflets dans l’onde Par une belle nuit d’été
Il dit que le chemin de notre indépendance Mène à la grande paix de tout le genre humain Il dit que cette paix tout à l’heure commence Qui ne connaîtra pas de fin
Qu’il dépend de nous tous que l’histoire culbute Les cycles infernaux du moderne Ixion Et les peuples unis renversent dans leur lutte Le poids des malédictions
Il dit et se sentant maîtres de la nature
Ceux qu’à travers la nuit atteint au loin sa voix
Se mettent à rêver à des choses futures
Comme un rossignol dans les bois
Dans ce rêve où la vie aux vivants est remise Voici l’homme et la femme et les enfants Voici Cette tranquillité de vieillir qu’organise A jamais la démocratie
Et c’est parce qu’ils voient dans le Parti l’image De ces temps sans retour leur crainte et leur courroux Que ceux qui de la mort font leur courant usage Le veulent jeter sous les roues
Mais tuer le Parti cela ne peut plus être A ce point conscient où l’homme est parvenu Sans que la guerre alors ne lui fasse connaître Son atroce visage à nu
Pour tuer le Parti c’est l’homme dans sa chair Que vous atteindriez Monstres aux jours nouveaux Lui faisant étouffer tout ce qui lui est cher Piétiner son propre flambeau
Quoi de ses propres mains il faudrait qu’il déchire Sa croyance en lui-même et ses espoirs anciens Irrémédiablement pour asseoir votre empire Rivant nos fers river les siens
Parce que par vos soins une nuit volcanique Empoisonne la mer où le stronthium pleut Vous croyez prendre au piège un univers panique Où meurt la vie à petit feu
Et comme les bandits perdus à qui ne restent Que les jours de la surenchère et c’est fini Il vous faut ajouter au napalm à la peste L’évangile de Bikini
L’homme ce cauchemar de partout vous enserre Et de partout les feux par vos mains allumés Dans ce monde où partout cherchant des janissaires Vous appelez la croix gammée
Et l’homme s’il respire et l’homme s’il existe C’est donc qu’il vous résiste il doit être abattu Et vous avez raison Vers le ciel communiste Il se tourne quand on le tue
Salut à toi Parti qu’il faut bien qu’on choisisse Quand toute chose est claire et patent le danger 0 puits qui fais la vie et fais à l’oasis Entre tous le pain partagé
Salut à toi qui dis au coureur dans sa course Le message à porter où lui-même s’instruit Salut à toi sagesse à toi fraîcheur des sources Arbre géant de tous les fruits
Salut à toi Parti qui nias la misère Et montras l’homme frère à ses frères armés Parti que les bourreaux en vain martyrisèrent Sans te prendre le grain semé
Salut à toi phénix immortel de nos rêves Salut à toi couleur du cœur force du vin Parfum lorsque le vent du peuple enfin se lève Envahissant la vie enfin
Salut enfant du feu que les flammes enfantent Marin qui pris l’amour de la paix pour sextant Toi monteur-ajusteur des idées triomphantes O capitaine du printemps
Salut à toi Parti ma famille nouvelle Salut à toi Parti mon père désormais J’entre dans ta demeure où la lumière est belle Comme un matin de Premier Mai
Quand tu voudras, bien lentement Par la côte, par cabotage Par l’ancien chemin des douaniers Par l’amplitude des marées Par les degrés de solitude Par la force acquise de l’âge
Reviens, sonne ici, sonne bien Quand tu voudras, lentement, bien Comme j’ai moi-même sonné À ta porte un jour en novembre Sonne, ô ma morte, un soir de cendre À l’avenir et j’ouvrirai
Meurs ta beauté, belle éphémère Et avec toi ton diable aussi Violent, intense et sans merci Et qui tuait l’amour aussi Meurs donc où tu es sur la Terre Puis viens te mettre à ma merci
Moi, je vieillis, furieux de tout Comme collé à sa soupière Un graillon de vieille colère Mon instinct du jeu sans atout M’aura fait te chercher partout Retourner la vie, pierre à pierre
Toi, tu dérives dans ton âme Les soleils morts des galaxies Brûlent des souvenirs rassis D’anciens enthousiasmes de femmes Je les vois ces signaux de flammes Les nuits les portent vers ic
Ainsi, nous voilà très égaux Rapprochant nos mondes rivaux Comme deux bateaux si fantasques Deux passés coulés dans deux vasques Ou bien deux avenirs floués Et la porte que j’ai clouée Peut s’ouvrir sur une bourrasque
Mon Dieu, mon Dieu, cela ne s’éteint pas Toute ma forêt, je suis là qui brûle J’avais pris ce feu pour le crépuscule Je croyais mon cœur à son dernier pas. J’attendais toujours le jour d’être cendre Je lisais vieillir où brise l’osier Je guettais l’instant d’après le brasier J’écoutais le chant des cendres, descendre.
J’étais du couteau, de l’âge égorgé Je portais mes doigts où vivre me saigne Mesurant ainsi la fin de mon règne Le peu qu’il me reste et le rien que j’ai. Mais puisqu’il faut bien que douleur s’achève Parfois j’y prenais mon contentement Pariant sur l’ombre et sur le moment Où la porte ouvrant, déchire le rêve.
Mais j’ai beau vouloir en avoir fini Chercher dans ce corps l’alarme et l’alerte L’absence et la nuit, l’abîme et la perte J’en porte dans moi le profond déni. Il s’y lève un vent qui tient du prodige L’approche de toi qui me fait printemps Je n’ai jamais eu de ma vie autant Même entre tes bras, aujourd’hui vertige. Le souffrir d’aimer flamme perpétue En moi l’incendie étend ses ravages A rien n’a servi, ni le temps, ni l’âge Mon âme, mon âme, où m’entraînes-tu ? Où m’entraînes-tu ?
Entre bruit d’eau et vent debout le rocher sort la tête
pour s’offrir aux embruns plus loin que le nombril
Le repas tire à sa faim
le jeu des oiseaux-marins
Ma Mie
sortons un peu plus loin que le ballet du phare atteint
Ils suivront leur chemin d’un bord à l’autre de leurs rives
Laisse ta robe ici j’emporte pas mon chapeau, là où je tant vole on en aura pas besoin c’est pas malsain de dogme, l’ostensoir de tes seins dégage du brouillard, puis à la baie des anges marri na est absent
C’est Mon Echo et son rocher qui rallient
où l’aqua rit home marche sans palais dans la trace du Grand Fauve.
La main est le berger de l’ombre. L’ombre des mots. L’ombre de rien. Elle rassemble. Une île entre le visible et l’invisible. C’est par là qu’elle touche les morts, qu’elle les caresse et leur parle. Ils posent leur front glacé entre nos doigts. C’est la mémoire des outils, des courbatures. Des gestes vers la terre. Et l’on se surprend à tracer dans l’air des arabesques de semailles, à abattre des arbres de verre. A détourner des rivières muettes. La main sait tout Le mouvement du pain. Les poutres sur l’épaule. Conduire les troupeaux. Cueillir, toucher, ouvrir. Quand trop de lumière aveugle, la main couvre, incline et l’espace se referme. Est-ce la pierre qui a façonné la paume, la rivière, l’arbre? Est-ce le ciel, la montagne ou la crevasse ?
La main a les odeurs du monde en son ventre, elle ruisselle, elle pleure de toutes ses eaux, et les pluies gémissent entre ses doigts. Elle est une jeune fille sortie de l’eau du corps, du bleu liquide de la nuit. Elle embrasse le soleil au plus haut de ses lèvres. Et son rire gicle sur le dos des bêtes. Elle est l’autre côté. Elle connaît le début, la fin. Et pire.
La main hurle debout, quitte le sol, ses nœuds et ses grilles s’enchevêtrent. On entend encore son souffle dans le plus petit mot. Son halètement, ses peurs. Elle est le fruit d’un soupir. Un geste de l’âme vers le corps pour marquer une entente. Un rire sur le dos du monde qui se gratte. Une fête de première fois.
Elle est cette vieille idée sur le visage de Dieu pour raconter à l’homme comment lui-même s’est ouvert en deux.
La main nous console de tout ce sang séparé. Elle s’accouple sans cesse et sa robe rouge couche dans ses coutures la grâce violente des retrouvailles.
Elle est la très vieille mémoire du quatre pattes, terre sous le sexe, ciel sur le dos. Ce qui sans cesse nous bouscule entre le chien et le dieu.
Elle étrangle, elle arrache et dresse tous ses muscles à bâtir le corps qui n’est plus le corps.
Quand les mains frappent l’enfant, elles le tuent deux fois — une fois dans sa chair, une fois dans son âme. Le nouveau venu est au pays des morts. Il doit traverser sa vie avant de l’atteindre comme un voyageur aveugle. Égaré.
La main sèche les larmes quand sont venus les étour-neaux de nos douleurs et qu’ils nous crèvent les yeux jusqu’à les picorer. La main ferme les plaies. Comme A-t-elle retrouvé en son sang les cris, les mots rentrés du corps dans la lumière?
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.