La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
D’un ciel porteur d’eau, laver la cour jusqu’au point de départ au Couvent, une manière de prendre les voiles en sortant de la Trappe. L’oiseau, regard plongé dans ce qui fait les choses comme les gens, n’en ayant rien mis de côté, peut avancer en sachant qu’il ne peut changer que ce qui le concerne. Sans doute la dernière au bout d’une longue carrière, mérite de faire en sorte d*être à l’image de ce qui fut au point de départ. Une peinture de vie. Vive comme eau-claire, lave volcanique, saut d’oiseau de branche en branche, rotation droite du sillon de cheval, nacre des regards vers le ciel sans en attendre de miracle, cicatrices des mauvais coups et plaie d’amour saine ouverte contre la gangrène du sentiment. Danse Henri, danse pour la joie que tu m’as apprise, je sors l’harmonie cas…
Ça m’donne les bleus De voir que tu m’aimes pus Qu’tu m’aimes pu comme d’l’temps T’en aperçois-tu ? Ça m’donne les bleus De voir que moé non plus J’t’aime pus comme à vingt ans Mais t’en souviens-tu ?Dire que c’tait toé Dans c’temps là Qui courrait après moé Moé j’voulais rien savoir de toé Pis à c’t’heure qu’tu m’as Toute à toé C’est toé qui veux pus d’moé
C’est toé qui veux pus d’moé La vie est donc mal arrangée
Ça m’donne les bleus De voir que tu m’aimes pus Mais va t’en pas , attends… Faut que j’m’habitue
Depuis qu’t’es là Toute ma vie tourne autour de toé Mais prends-toé pas pour c’que t’es pas Si tu t’en vas Fais toé-z’en pas J’m’arrangerai ben sans toé J’m’arrangerai ben sans toé La vie est donc mal arrangée
Ça m’donne les bleus De voir que tu m’aimes pus Si j’m’en vas pas, va t’en… Avant que j’te tue
Quand j’essaye de te r’garder Les yeux dans les yeux T’es là qu’tu m’fais ton air de beu Ben moé, mon vieux Quand t’es comme ça Ça m’met tell’ment, ah! ça m’met tell’ment bleu Qu’j’ai rien qu’le goût d’m’en aller… Mais j’sais pas où m’en aller !
TOMBEAU POUR L’ULTIME SURVIVANT PAR YVES MABIN CHENNEVIÈRE
Lasse de son exil volontaire, de sa mélancolie exclusive, la mémoire libère les mots, les silences et les réticences, les appels, les plaintes et les cris, les sourires et les éclats de rire, les murmures, les indiscrets aveux, les promesses et les engagements, les secrets et les chuchotements, les oublis et les réminiscences, le dédain, les distances gardées, l’oraison et la méditation, le doute et la confiance myope, l’inquiétude, l’angoisse amère, la compassion, l’appel du regard, le geste lent de l’aveugle ému, les larmes muettes de l’enfant seul, l’humiliation du pauvre sans nom, le mutisme du prince exilé, la tristesse du maître éconduit, l’insolence de l’athlète vainqueur, la défaite de l’idole à terre, la colère et les emportements, le refus, l’opposition armée, la vanité des luttes civiles, la déroute du fuyard honteux, le déshonneur du lâche inhabile, l’émotion des éloges tremblants, l’admiration du disciple épris, l’impatience du survivant inquiet, l’adhésion du sceptique assouvi, l’ordinaire expression du médiocre,
Moi je serai putain et moi marchand d’oiseaux Moi je vendrai des chapelets d’oraisons doubles Et moi du chinchilla et moi des haricots Moi je ferai de la politique en eau trouble
Moi je serai bico à Asnières comm’ ça Et moi je serai flic comme le fut mon père Donne-lui donc à boire à c’ bico-là, Pourquoi? Moi je serai le président des pissotières
Moi je serai hôtess’ de l’air moi monte-en-1’air Moi je serai du chiffre aux Affair’s indigènes Moi je mettrai des points sur les « i » moi derrièr’ Les jeunesse(s) en pépées j’irai filer la laine
Moi j’irai à New York apprendre à être con Et reviendrai pour fair’ des cours aux camarades Moi je serai laveur chez Renault et toi donc? Moi je regarde ailleurs une étoile malade…
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.