DU BLEU POUR LA TABLE


DU BLEU POUR LA TABLE

D’un ciel porteur d’eau, laver la cour jusqu’au point de départ au Couvent, une manière de prendre les voiles en sortant de la Trappe. L’oiseau, regard plongé dans ce qui fait les choses comme les gens, n’en ayant rien mis de côté, peut avancer en sachant qu’il ne peut changer que ce qui le concerne. Sans doute la dernière au bout d’une longue carrière, mérite de faire en sorte d*être à l’image de ce qui fut au point de départ. Une peinture de vie. Vive comme eau-claire, lave volcanique, saut d’oiseau de branche en branche, rotation droite du sillon de cheval, nacre des regards vers le ciel sans en attendre de miracle, cicatrices des mauvais coups et plaie d’amour saine ouverte contre la gangrène du sentiment. Danse Henri, danse pour la joie que tu m’as apprise, je sors l’harmonie cas…

Niala-Loisobleu – 24 Juillet 2021

 Ça m’donne les bleus par Diane Dufresne


 Ça m’donne les bleus par Diane Dufresne

Ça m’donne les bleus
De voir que tu m’aimes pus
Qu’tu m’aimes pu comme d’l’temps
T’en aperçois-tu ?
Ça m’donne les bleus
De voir que moé non plus
J’t’aime pus comme à vingt ans
Mais t’en souviens-tu ?Dire que c’tait toé
Dans c’temps là
Qui courrait après moé
Moé j’voulais rien savoir de toé
Pis à c’t’heure qu’tu m’as
Toute à toé
C’est toé qui veux pus d’moé

C’est toé qui veux pus d’moé
La vie est donc mal arrangée

Ça m’donne les bleus
De voir que tu m’aimes pus
Mais va t’en pas , attends…
Faut que j’m’habitue

Depuis qu’t’es là
Toute ma vie tourne autour de toé
Mais prends-toé pas pour c’que t’es pas
Si tu t’en vas
Fais toé-z’en pas
J’m’arrangerai ben sans toé
J’m’arrangerai ben sans toé
La vie est donc mal arrangée

Ça m’donne les bleus
De voir que tu m’aimes pus
Si j’m’en vas pas, va t’en…
Avant que j’te tue

Quand j’essaye de te r’garder
Les yeux dans les yeux
T’es là qu’tu m’fais ton air de beu
Ben moé, mon vieux
Quand t’es comme ça
Ça m’met tell’ment, ah! ça m’met tell’ment bleu
Qu’j’ai rien qu’le goût d’m’en aller…
Mais j’sais pas où m’en aller !

La vie est donc mal arrangée

Là, sur la présente rayure


Là, sur la présente rayure

Avant que l’orage ferme le passage ouvert des arabesques du papillon bleu

les mots de son conte en couleur

cette mine sanguine qui gonfle le fruit

jusqu’à croire qu’à la nouvelle vague on se filme incognito

en tant d’aime

paix d’halo…

Niala- Loisobleu – 23 Juillet 2021

DANS LES DRAPS DE BONCOMPAIN


DANS LES DRAPS DE BONCOMPAIN

Je voudrais être un passeur d’instants parfaits

Peindre c’est fabriquer du silence

Ce que je cherche ce n’est pas le mystère de l’ombre, cest le mystère de la pleine lumière.

Pierre Boncompain

Provençal ce peintre né à Valence peint le plus frais du solaire

des cigales dans la rosée des pierres sèches que les mas aux tuiles rondes hissent en oliveraies

le galop d’un cheval aux seins de l’arène

Les fleurs à peau brune aux crinières des bouches du Rhône

Occitane toujours la Femme pour luminosité

et la saveur du fruit d’été au demeuré.

Niala-Loisobleu – 23 Juillet 2021

TOMBEAU POUR L’ULTIME SURVIVANT PAR YVES MABIN CHENNEVIÈRE


TOMBEAU POUR L’ULTIME SURVIVANT PAR YVES MABIN CHENNEVIÈRE

Lasse de son exil volontaire, de sa mélancolie exclusive, la mémoire libère les mots, les silences et les réticences, les appels, les plaintes et les cris, les sourires et
les éclats de rire, les murmures, les indiscrets aveux, les promesses et les engagements, les secrets et les chuchotements, les oublis et les réminiscences, le dédain, les
distances gardées, l’oraison et la méditation, le doute et la confiance myope, l’inquiétude, l’angoisse amère, la compassion, l’appel du regard, le geste lent de l’aveugle
ému, les larmes muettes de l’enfant seul, l’humiliation du pauvre sans nom, le mutisme du prince exilé, la tristesse du maître éconduit, l’insolence de l’athlète
vainqueur, la défaite de l’idole à terre, la colère et les emportements, le refus, l’opposition armée, la vanité des luttes civiles, la déroute du fuyard honteux,
le déshonneur du lâche inhabile, l’émotion des éloges tremblants, l’admiration du disciple épris, l’impatience du survivant inquiet, l’adhésion du sceptique
assouvi, l’ordinaire expression du médiocre,

la hargne du perdant désigné,

l’ascension du stratège ambitieux,

les lèvres chaudes et les langues douces,

les sexes mâles, les sexes femelles,

les ventres, les épaules offertes,

la hâte, la fuite, la panique,

le message et le déguisement,

la trahison et la désertion,

la guerre, la trêve, la rançon,

le viol, l’oppression, la soumission,

la faiblesse du banal ordinaire,

les épaves et les cadavres nus,

la pitié, la commisération,

la bienveillance et le geste noble,

le deuil et les larmes partagées,

le doute, l’indétermination,

l’inquiétude, la peur, la terreur,

l’acquiescement, le consentement,

l’adoption, le parti pris conscient,

l’avarie et la dévastation,

le cachot, la prison, la torture,

le faux témoin, la preuve factice,

le calcul du juge débonnaire,

l’ambition du magistrat intègre,

le mensonge du prélat sincère,

le crime du retrait paisible,

le mutisme de l’enfant violé,

le dédain du prophète moqué,

l’indifférence du fils bafoué,

la distraction du sage ignoré,

la flétrissure et la perversion,

la négligence et le manquement,

l’aigreur et la fermentation,

la rouille et la décomposition,

le faisandé, le croupissement,

la purulence et la moisissure,

la charogne, le putride cadavre,

l’os décharné, les restes et les cendres,

l’impure pensée du pur exemple,

l’indécence des obscènes injures,

la voix reine du soliste élu,

le jeu vif du virtuose inspiré,

le concept du philosophe hilare,

l’amertume du poète errant,

l’émotion de l’auditeur transi,

la dévotion du disciple ami,

la colère de l’otage oublié,

l’oubli du confident corrompu,

la haine du dévot humilié,

l’intolérance de l’humaniste,

la mollesse de l’évidence aigre,

l’exposé falsifié des vérités premières,

le combat des ennemis fictifs,

le ballet ridicule des lutteurs dans l’ombre,

les héros déterreurs d’artifice,

les combattants anciens aux nostalgies amères,

les veuves aux déplorations codées,

les orphelins en deuil exigeant leurs pensions,

les victimes sevrées de protection,

les blessés survivant à l’opprobre,

les infirmes riant de leurs jambes coupées,

les fervents des idoles utiles,

les doux adorateurs des messages funestes,

les marchands de vaincs illusions,

les négociateurs nés d’armistices falsifiés,

les profiteurs des batailles perdues,

les nécrophiles acteurs des épopées défuntes,

les spectres des confidents de l’ombre,

le survivant ultime aux rêves effacés.

Yves Mabin Chennevière

RÉCRÉATION PAR LÉO FERRÉ


RÉCRÉATION PAR LÉO FERRÉ

Moi je serai putain et moi marchand d’oiseaux
Moi je vendrai des chapelets d’oraisons doubles
Et moi du chinchilla et moi des haricots
Moi je ferai de la politique en eau trouble

Moi je serai bico à
Asnières comm’ ça
Et moi je serai flic comme le fut mon père
Donne-lui donc à boire à c’ bico-là,
Pourquoi?
Moi je serai le président des pissotières

Moi je serai hôtess’ de l’air moi monte-en-1’air
Moi je serai du chiffre aux
Affair’s indigènes
Moi je mettrai des points sur les « i » moi derrièr’
Les jeunesse(s) en pépées j’irai filer la laine

Moi j’irai à
New
York apprendre à être con
Et reviendrai pour fair’ des cours aux camarades
Moi je serai laveur chez
Renault et toi donc?
Moi je regarde ailleurs une étoile malade…

Léo Ferré

CANIVEAUX PARALLELES DEVIANTS


CANIVEAUX PARALLELES DEVIANTS

De la clef du cantonnier jaillit la joie du matin sous mes genoux

Dans cette partie de trottoir le soleil est encore aux jeux de bains des oiseaux

l’ombrelle fermée n’a pas ouvert son langage flatteur autour d’un rien échafaudé par une influenceuse

et le bruit du balai de bouleau qui pousse le vomi de la nuit vénale sent l’eau de toilette

Assis je vois mes camarades rire d’avance aux bouchons qu’ils vont me téléphoner avec les bateaux de papier

Nous décidons de n’avoir jamais l’âge de ceux qui nous entourent de leur éteignoir

Garder le sein sorti des mers pour boire le pré-salé des passages de tropiques

Le petit Jean et Nini embarqués dans le même rire sur la vague scélérate

ce bleu tunisien que Matisse engrange et cloud aux portes des façades blanches

à l’inverse des buses mises par les paysans vosgiens durant mon séjour en exode au cours de la 2ème mondiale

« La Femme » précise le contour de l’ascèse où crayonne ma sensibilité

une autre nudité abolissant l’esprit dominateur actuel

Au poing du combat pour vivre propre

l’idée a disparu

qu’on en arrive à sortir l’étoile jaune pour la mettre au crématoire de la vérité correspondante

Trafic d’enfants, troc d’acides, prostitution de la vertu

Ce ria des marées fait triste caniveau de la Côte Atlantique qui passe au noir sans transition du blanc

Le nautonier n’est pas loin je passe à gué ma foi dans les bottes

fildefériste sur une guitare insoumise au chant veule.

Niala-Loisobleu – 22 Juillet 2021

DEPOLI ACTUEL POUR LA CLARTE D’AUTRE SAISON


DEPOLI ACTUEL

POUR LA CLARTE D’AUTRE SAISON

Des pas restés posés en arrière

l’attente mûrit

souterrainement

à la naissance incitée

au sourd des vagues

la grande toile manifeste des signes de marche

précisant l’idée de fond que les limbes poussent à sortir

Conjointement le grand Fauve s’est tourné au vent

il flaire pour son départ en chasse

en laissant le temps au temps

en réunion des sphères

l’énergie crache des vapeurs du pouls du poignet gauche

amenant le sensible à s’accorder aux mouvements de l’oiseau

l’ouverture tend la peau des percussions en graissant le piston des cuivres dans l’assise

pour un un final ?

Si l’oeuvre peut-être sortie de sa ganse

il y aura ascèse du personnage de « La Femme ».

Niala-Loisobleu – 22 Juillet 2021