Ne les réveillez pas – Gérard Manset


Ne les réveillez pas – Gérard Manset

Ne les réveillez pas
Ils sont dans leur sommeil
Comme de petits œufs
Comme de jeunes abeilles
De simples arbrisseaux
Poussant près des fontaines
D’où naissent toutes les eaux
Toutes les rivières idem
Ne les réveillez pas
Ils sont dans leur sommeil
Un ongle de mica

Et la lèvre vermeil
Tandis qu’au-dessus d’eux
Une forme attentive
Songe aux instants d’avant
Où elle était pareille
Elle était semblable
Rangée sous une table
Haute comme une chaise
Petit meuble bancal
Ne les réveillez pas
Ils sont dans leur sommeil

Ce songe est indolore
Qui conduit là-bas
On en a vu des équipages
S’endormir, s’endormir
S’endormir comme ça

Ne les réveillez pas
Ils sont dans leur sommeil
Comme de petits soldats
Raisins sur une treille
Qu’on ne cueillera pas
Au milieu des vallons
Et des vallées sans nombre
Regardez-les dans l’ombre
De jouets insignifiants
Dans la chambre lilas
Ne les réveillez pas
Ils sont dans leur sommeil
Ce songe est indolore

J’ai refermé la porte
De ce monde-ci
Afin que rien ne sorte
Comme d’un petit enclos
Au flanc d’une colline
Où les choses poussent
Pour se couvrir bientôt
D’une toison rousse
Lorsque l’automne est là
Ne les réveillez pas
Ils sont dans leur sommeil
Ce songe est indolore
Qui conduit là-bas

J’ai refermé la porte
Ne me demandez pas
Si cette chambre existe
Si elle n’existe pas
Comme une place forte
Tandis que j’ai marché
Dans la chambre lilas
Ne les réveillez pas
Le reste est sans objet
Ce songe est indolore

LE TABLEAU DE BUEE


LE TABLEAU DE BUEE

Dans l’aiguille le fil de voix s’enfile au bout des doigts

l’atmosphère s’embue durant l’installation des étals au marché couvert

Dehors c’est la remise des cageots à l’entrée des demains

hier s’est tétin nouveau-né

Du poil reste sur le passage des ras musqués

un chat efflanqué guette les miettes au banc du fromageL

L’espoir a toujours faim d’un passage surélevé pour visiter les étapes du Grand Magasin de la Samaritaine

pendant que la Seine a été déménagée des douves du Louvre, les antiquaires se sont abonnés au musée

Le moment bute sur sa confusion entre l’avant et l’après

difficile, voire inexplicable à justifier le retournement, à moins que ça ouvre une piste sur l’inconnu à l’heure du réallumage des feux

Sous l’arc un vol de grives remonte les chants élysées

Offenbach fanfare

D’un remous du bassin l’arlésienne cache son absence de maillot à l’avenue

Par une fenêtre en terrasse sur la cour, une radio nostalgique évade l’Appel du 18 Juin 40

remontée aux fortes-marées des carreaux-cassés pour ranimer le sel aux marais

La croix de Lorraine en résistance étreint la fenêtre de ses grands bras pugnaces.

Niala-Loisobleu – 14 Juin 2021

Le pèlerin sentinelle de Gabrielle Althen



Le pèlerin sentinelle de Gabrielle Althen

la mer se hérisse de plumes

Enfance , un doigt de vent écrit sur terre !

Et tout cela fait deux jeux pour un salut

Au bout du soir

Proche l’abîme

Le tout s’invente entre des ailes

O colombe , tu chuchotes

Ce bel ordre

Et la neuve symétrie

De deux bleus sobres qui s’absentent!

Gabrielle Althen

SUR DES EAUX CLAIRES


SUR DES EAUX CLAIRES

Le bleu navigue

bien sûr l’oiseau ailé lui

Au débouché de l’arche

Noé

sourit

Du pincement de l’écluse

monte ce cri

un enfant grimpe au-dessus par l’échelle à poissons

C’est le Canal du Soleil qui se donne à coeur joie.

Niala-Loisobleu – 14 Juin 2021

Du Profane au Camino del indio – Atahulpa Yupanqui & Niala


Du Profane au Camino del indio – Atahulpa Yupanqui & Niala

Se cacher habillé ou s’apparaître nu ?

Déformer ou se reconnaître ?

Le profane initiera le choix d’être ou de ne pas

La montagne est fête de sa glissade ou de son escalade…

Niala-Loisobleu – 21 Juin 2021

CAMINO DEL INDIO

Sentier de Colla
Sendero colla

Semer des pierres
Sembrao de piedras

Caminito del Indio
Caminito del indio

Qui rejoint la vallée avec les étoiles
Que junta el valle con las estrellasPetit chemin qui marchait
Caminito que anduvo

Du sud au nord
De sur a norte

Mon ancienne race
Mi raza vieja

Avant dans la montagne
Antes que en la montaña

La pachamama était obscurcie
La pachamama se ensombrecieraChanter sur la colline
Cantando en el cerro

Pleurer dans la rivière
Llorando en el río

Il s’agrandit dans la nuit
Se agranda en la noche

Le chagrin de l’Indien
La pena del indioLe soleil et la lune
El sol y la luna

Et cette chanson à moi
Y este canto mío

Ils ont embrassé tes pierres
Besaron tus piedras

façon indienne
Camino del indioDans la nuit de la montagne
En la noche serrana

La quena pleure sa profonde nostalgie
Llora la quena su honda nostalgia

Et la petite route sait
Y el caminito sabe

Qui est le chola
Quién es la chola

Que l’indien appelle
Que el indio llamaMonte sur la colline
Se levanta en el cerro

La voix douloureuse du baguala
La voz doliente de la baguala

Et la route regrette
Y el camino lamenta

Être à blâmer
Ser el culpable

De la distance
De la distanciaChanter sur la colline
Cantando en el cerro

Pleurer dans la rivière
Llorando en el río

Il s’agrandit dans la nuit
Se agranda en la noche

Le chagrin de l’Indien
La pena del indioLe soleil et la lune
El sol y la luna

Et cette chanson à moi
Y este canto mío

Ils ont embrassé tes pierres
Besaron tus piedras

façon indienne
Camino del indio

Atahualpa Yupanqui

CONTRE LES AFFRES DU TEMPS PAR MARIA ZAKI ET JACQUES HERMAN


CONTRE LES AFFRES DU TEMPS PAR MARIA ZAKI ET JACQUES HERMAN

Le fleuve a grossi
Au point de déborder
Comme un chagrin profond
Qui sans cesse remonte
Les pentes de l’oubli
Et accède à la vie
Que sans cesse il démonte
Et sans cesse reconstruit
(J.H.)

Les plaines du cœur
Supportent son humeur
Impulsive et inconstante
Mais l’œil intérieur
Contemple au loin
Les sommets hors d’atteinte
Et la crête fumante
(M.Z.)

Avant l’heure du trépas
Qui conduit l’être
À l’ultime détachement
(M.Z.)
La lutte âpre souvent
Demeure inachevée
Contre les aléas
Et les affres du temps

Maria Zaki et Jacques Herman
(J.H.)Extrait de:  Les Signes de l’absence (Poésie entrecroisée, Aga-L’Harmattan, 2018)

« Je me sens bien » – Feelin’ Good – Kaz Hawkins


« Je me sens bien » – Feelin’ Good – Kaz Hawkins

Des oiseaux qui volent haut, tu sais ce que je ressens
Soleil dans le ciel, tu sais ce que je ressens La
brise dérive, tu sais ce que je ressens

C’est une nouvelle aube
C’est un nouveau jour
C’est une nouvelle vie pour moi, ouais
C’est une nouvelle aube


C’est un nouveau jour
C’est une nouvelle vie pour moi, ooh
Et je me sens bien

Poisson dans la mer, tu sais ce que je ressens
Rivière libre, tu sais ce que je ressens
Fleur sur l’arbre, tu sais ce que je ressens

C’est un nouveau aube
C’est un nouveau jour
C’est une nouvelle vie pour moi
Et je me sens bien

Libellule dehors au soleil, tu vois ce que je veux dire, tu ne sais pas ?
Les papillons s’amusent tous, tu vois ce que je veux dire
Dors en paix quand le jour est fini, c’est ce que je veux dire
Et ce vieux monde est un nouveau monde
Et un monde audacieux, pour moi

ÊTRE POUR SOIE


Et porter sa couleur sans vanter celle d’un autre qui n’existe que dans une illusion d’optique élaborée par effet de paon

Sans plus s’égarer à secourir les faits trompeurs qui abusent de votre bon cœur

En peinture comme en écriture dire faux est d’un banal coutumier qui ne resiste pas à la lumière

Ce jour de fête des pères manifeste en couleurs primaires la vérité du spectre en ne gardant que le pur pigment en rejetant l’abus

La triche en art est de l’ordre de l’imposture qui se fait boomerang sur le profiteur à rosée

Niala-Loisobleu – 13 Juin 2021