MATRICE – GERARD MANSET


MATRICE – GERARD MANSET

Les enfants du paradis
Sont les enfants sur terre
Alignés comme radis
Contre leur mèreLes enfants du paradis
Sont les enfants sur terre
Aux paupières arrondies
A l’iris délétère

L’iris délétère

Ils sont venus sur terre
Sans rien demander
Comme une pluie d’hiver
Sur une ville inondée

Est-ce pour nous aider
A supporter la peur du noir
Le tremblement de nos mémoires
Le choc de nos machoires?

Renvoyez-nous d’où on vient
D’où on est né d’où on se souvient
Des perles de tendresse
Sanglots de l’ivresse

Renvoyez-nous d’où on vient
Sans le moindre mal vous le savez bien
Qu’on n’a pas vraiment grandi
Le sang nous frappe les tempes

Matrice tu m’as fait
Dans son lit défait
Matrice tu m’as fait
Mal… le mal est fait

Matrice

Renvoyez-nous d’où on vient
Par le même canal le même chemin
De l’éternelle douleur
De la vallée des pleurs

Renvoyez-nous pour notre bien
On n’en veut pas plus on demande rien
Que nager dans le grand liquide
Comme un tétard aux yeux vides

Matrice tu m’as fait
Dans un moule parfait
Matrice tu m’as fait
Mal… le mal est fait

Matrice

Matrice tout compte fait
Tu sais le monde est tout fait
Plus tu vas vers l’infini
Plus tu sais que c’est fini

Matrice tu m’as fait
Mal… le mal est fait
Plus tu vas vers l’infini
Plus tu sais que c’est fini

Matrice…
Matrice…
Matrice…
Matrice tu m’as…
(Ad libitum)

L’OISEAU-QUETZAL AU TEMPS DES POÈTES PAR RENE DEPESTRE


L’OISEAU-QUETZAL AU TEMPS DES POÈTES PAR RENE DEPESTRE

Parti de son vieux pays maya brisé un oiseau-quetzal est descendu dans mon jeu : je suis pour lui le toit d’une petite maison en bois rustique ; je suis une épaule de nègre
habituée à porter des fardeaux qui pèsent plusieurs siècles de solitude ; je suis le poète qui ne se rend pas au cyclone ni aux lubies de
Castro ; je suis le poète qui n’a pas à rougir du feu libre de ses mots ni des roses et des mimosas de son jardin.

Heberto est pour moi le pote de la nuit

de gel à
La
Havane où nous avons ensemble

mesuré l’avancée que le temps des poètes

a gagnée en savoir et imagination

sur un macho dont les matins étaient comptés.

Nous souffrons sous le sabot du cheval-sorcier* : nous ne cédons pas à sa furie ; enfermés tous les deux dans sa cage à tigre du
Bengale nous semons nos chants de justice bien plantée : les voici sortis vainqueurs du gros mot en -isme qui vola un soir les mots et le temps nôtres pour les ajouter au mauvais
temps de l’Histoire !

René Depestre

LA BONNE AIRE


LA BONNE AIRE

A la sieste au bord de la voix

lascive

la source sourd

deux chevaux au flanc

Les hautes-herbes roulent leurs vagues jusqu’à l’escale

que le gallinacé panache à la crête de sa célébration séculaire

L’été s’en pare

Ether Nesles retour d’un appel…

Niala-Loisobleu – 18 Juin 2021

Gallo rojo, gallo negro


Gallo rojo, gallo negro

Quand le coq noir chante
Cuando canta el gallo negro

Est-ce que la journée est finie
Es que ya se acaba el día

Si le coq rouge chantait, un autre coq chanterait
Si cantara el gallo rojo, otro gallo cantaría

Si le coq rouge chantait, un autre coq chanterait
Si cantara el gallo rojo, otro gallo cantaríaSi je mens
Si es que yo miento

Ce chant que je chante
Que el cantar que yo cante

Le vent l’a effacé, oh, oh, oh, quelle déception !
Lo borre el viento, ay, ay, ay ¡qué desencanto!

Si le vent effaçait ce que je chante
Si me borrara el viento lo que yo cantoIls se sont rencontrés dans le sable
Se encontraron en la arena

Les deux coqs face à face
Los dos gallos frente a frente

Le coq noir était gros, mais le rouge était courageux
El gallo negro era grande, pero el rojo era valiente

Le coq noir était gros, mais le rouge était courageux
El gallo negro era grande, pero el rojo era valienteEt si je mens
Y si es que yo miento

COULEURS DU MONDE – GABRIELLE ALTHEN


COULEURS DU MONDE – GABRIELLE ALTHEN









 
I
 
Fleur sèche et collée sur la vallée
L’allégresse à côté du pardon
Et tous deux étrangers à nos yeux
Il me semblait voir diminuer la beauté
Tel paysage est maison forte
Et le miracle est habité
Le vent respire
Un jonc écrit
Ce vieux cri mon espoir cesse enfin de s’étirer :
Un vrai carré de liberté !
Je suis là
Dieu regarde
Le papillon est jaune et l’hiver transparent
Et qu’il y faille regarder tant les êtres et les choses
Si ainsi se déplacent les monts
Sur leurs cordes de ciels verts et d’orages ordinaires
 
II
 
Merveille comme une larme qui s’isole
Sur une lame de l’hiver
Le beau geste de pleurer réinventé
La couleur devenue plus amère
Avec ce bleu qui se décharne
Mais comment se tenir sur le fil
Où le ciel baisera la montagne ?
Ce jour ne pleure pas
Le vent brille
La chose est sans contour
Un grand cyprès roussit
Pour que la mort ne soit pas dite absente
Mais les armures sont invisibles
Comme le jour dans le jour
Et le gibier qui court dans la musique

Gabrielle Althen