J’AI VU SES YEUX – JACQUES BERTIN


 J’AI VU SES YEUX – JACQUES BERTIN


J’ai vu ses yeux
Un bel étang de femme-saule perdue dans un espace étrange
Le songe lointain des contrées et ses lèvres d’oiseau mouillées
Si bien que du bout de mes doigts j’aurais voulu les essuyer

Comme au matin, une fontaine, son sourire d’enfant comblé
Plus clair que l’infante Isabelle et plus vif qu’un jet d’hirondelles
Que l’oriflamme du matin et le miroir d’une sirène
Le page blond du printemps et l’alauda des mutinés

Est-il permis d’être aussi blonde à en rendre jaloux les blés
De Beauce et de Brie rassemblés au bord du chemin de sa course ?
Et je les entends murmurer que Dieu les a abandonnés
Et moi, Dieu je lui en sais gré pour la beauté qu’il m’a donnée

Vivace comme un fil de anche si le vent lui a ordonné
Ou si le vent l’a ordonné à la tendresse abandonnée
Comme un bouquet d’herbes de rives, humide et tiède sans parler
Humide qui me rend humide, les yeux entre rire et pleurer

Et sa joie à pleines dents blanches c’est Chartres au matin ressuscitée
Naïve et farouche Gavroche, ma farouche avec le menton
Ma naïve avec ses fredaines, ma fleur de neige et d’eau
Mon clown-enfant, ma barbouillée, ma korrigane libérée
Ma blonde enfant, ma tant aimée

Je vais apprendre à me taire, je vais apprendre à écouter
Passer le vent entre ses lèvres et je vais devenir léger
Je vais devenir léger
Et puis de laiteuses tendresses, je vais apprendre à calmer ces craintes d’enfant effrayé
Qui a peur du noir et appelle. Et je vais devenir berger

« FLORE » NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/TOILE 65X54


« FLORE »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/TOILE 65X54

A Flore

Statue !
les orties se font douces
à l’ombre de tes mains.

Une sève à tes pieds
monte à pas de glycine
et ne s’ouvre que mûre
à hauteur de tes lèvres.

Le ciseau qui te fit
n’alla pas jusqu’à l’âme
tant le roc était dur.

Rien n’étonne tes yeux :
ni un vol d’anémones
ni mon rêve amoureux.

Philippe Martineau

A Barbara

Native du soleil

montée à bord de l »oiseau trouvant l’altitude

le vase de ton aisselle rassemble les parfums d’essences florales mêlés aux menthes enivrantes

d’un regard qui parle

et

se montre sans dire un maux.

Niala-Loisobleu

23 Juin 2021

ACTE DES TISSEUSES


ACTE DES TISSEUSES

Alors que les restes de ce jour agité, petit à petit sombraient, ta voix sortant des limbes lâcha les tisseuses à l’ouvrage. Le froid dépliant ses jambes ébroua cette absence due à des circonstances étrangères. La douceur de gorge tenue au lit, dans le palais des seins, belle au bois dormant, en levant l’oeil reconnut l’existence irrépressible de l’âtre non-éteint. Couverte de nappes laiteuses, la Chaume dévoile alors le symbole des mots nocturnes au nu de leur signification. Ce masque ne couvre pas que la bouche et le nez depuis qu’il a mis en place sa retraite imposée

Effondrée comme un vieil immeuble bordelais abandonné, la vie s’est bouchée de la rue et du pouls de son passage continu.

Sans raison profonde autre qu’une blessure fémorale. Le cheval, survivant parmi les débris, allant entre tous les cadavres d’un tant stoppé net.

D’un hennissement extrait à la force d’un restant rénal

l’appel résonna

aux pas étouffés des seins sortis des décombres

Remontant au dernier étage de l’arbre, l’oiseau ouvrit les lucarnes du Toi

redonnant de l’air par la bouche et les bras

chargé de fruits pleins de sang

sortit de tous les pores francs.

Niala-Loisobleu – 23 Juin 2021