La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
L’ouïe restée collée aux chemins que les orages bouent cherche un reste d’herbe au centre du passage des roues. Le reste de branches dans l’arbre est compté pour l’oiseau. Pourtant cette laideur qui pandémie, tout en étouffant, n’arrive pas à se faire élire. Le dos souffre jusqu’aux bas des mollets et les épaules restent dans l’attente de la tête aimée. Quel obscure idée de vouloir dominer la nature
Le sexe pointé du cheval saute la rivière, long comme une envie que l’entêtement frigide n’arrive pas à glisser entre les jambes pour entraver
Un homme et une femme chantent
L’urne s’isole
La garrigue grimpe son thym sans jeter la pierre cathare pour allumer le feu
tT’as pas vu les îles de la Sonde Les poissons volants qui retombent Sur le fond de la barque ronde T’as pas vu les îles de la SondeT’as pas vu les îles de la Sonde Les femmes au sourire de Joconde Comme au premier matin du monde T’as pas vu les îles de la SondeMais tu peux partir quand même Y a des poissons qui t’emmènent Poissons d’argent, poissons volants Poissons de feu, poissons de glace Poissons aux ongles qui cassentTu n’as pas vu les îles de la Sonde Elles t’attendent à l’autre bout du monde Moitié dans l’eau, moitié dans l’ombre Moitié dans l’eau, moitié dans l’ombreMais tu peux partir quand même Y a des poissons qui t’emmènent Poissons d’argent, poissons volants Poissons qui plongent, poissons qui nagent Poissons venus du fond des âgesPoissons aux longues chevelures Dauphins bleus sur fond d’azur
Les enfants du paradis Sont les enfants sur terre Alignés comme radis Contre leur mèreLes enfants du paradis Sont les enfants sur terre Aux paupières arrondies A l’iris délétère
L’iris délétère
Ils sont venus sur terre Sans rien demander Comme une pluie d’hiver Sur une ville inondée
Est-ce pour nous aider A supporter la peur du noir Le tremblement de nos mémoires Le choc de nos machoires?
Renvoyez-nous d’où on vient D’où on est né d’où on se souvient Des perles de tendresse Sanglots de l’ivresse
Renvoyez-nous d’où on vient Sans le moindre mal vous le savez bien Qu’on n’a pas vraiment grandi Le sang nous frappe les tempes
Matrice tu m’as fait Dans son lit défait Matrice tu m’as fait Mal… le mal est fait
Matrice
Renvoyez-nous d’où on vient Par le même canal le même chemin De l’éternelle douleur De la vallée des pleurs
Renvoyez-nous pour notre bien On n’en veut pas plus on demande rien Que nager dans le grand liquide Comme un tétard aux yeux vides
Matrice tu m’as fait Dans un moule parfait Matrice tu m’as fait Mal… le mal est fait
Matrice
Matrice tout compte fait Tu sais le monde est tout fait Plus tu vas vers l’infini Plus tu sais que c’est fini
Matrice tu m’as fait Mal… le mal est fait Plus tu vas vers l’infini Plus tu sais que c’est fini
Matrice… Matrice… Matrice… Matrice tu m’as… (Ad libitum)
L’OISEAU-QUETZAL AU TEMPS DES POÈTES PAR RENE DEPESTRE
Parti de son vieux pays maya brisé un oiseau-quetzal est descendu dans mon jeu : je suis pour lui le toit d’une petite maison en bois rustique ; je suis une épaule de nègre habituée à porter des fardeaux qui pèsent plusieurs siècles de solitude ; je suis le poète qui ne se rend pas au cyclone ni aux lubies de Castro ; je suis le poète qui n’a pas à rougir du feu libre de ses mots ni des roses et des mimosas de son jardin.
Heberto est pour moi le pote de la nuit
de gel à La Havane où nous avons ensemble
mesuré l’avancée que le temps des poètes
a gagnée en savoir et imagination
sur un macho dont les matins étaient comptés.
Nous souffrons sous le sabot du cheval-sorcier* : nous ne cédons pas à sa furie ; enfermés tous les deux dans sa cage à tigre du Bengale nous semons nos chants de justice bien plantée : les voici sortis vainqueurs du gros mot en -isme qui vola un soir les mots et le temps nôtres pour les ajouter au mauvais temps de l’Histoire !
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