LE CHEMIN FRUGAL PAR JACQUES DUPIN


LE CHEMIN FRUGAL PAR JACQUES DUPIN

C’est le calme, le chemin frugal,
Le malheur qui n’a plus de nom.
C’est ma soif échancrée :
La sorcellerie, l’ingénuité.

Chassez-moi, suivez-moi.

Mais innombrable et ressemblant,

Tel que je serai.

Déjà les étoiles.

Déjà les cailloux, le torrent…

Chaque pas visible
Est un monde perdu,
Un arbre brûlé.
Chaque pas aveugle
Reconstruit la ville.
A travers nos larmes.
Dans l’air déchiré.

Si l’absence des dieux, leur fumée,

Ce fragment de quartz la contient toute,

Tu dois t’évader.

Mais dans le nombre et la ressemblance,

Blanche écriture tendue

Au-dessus d’un abîme approximatif.

Si la balle d’un mot te touche

Au moment voulu,

Toi, tu prends corps,

Surcroît des orages,

A la place où j’ai disparu.

Et l’indicible instrumental
Monte comme un feu fragile
D’un double corps anéanti
Par la nuit légère
Ou cet autre amour.

C’est le calme, le chemin frugal,
Le malheur qui n’a plus de nom.
C’est ma soif échancrée :
La sorcellerie, l’ingénuité.

Jacques Dupin

CHAMPAGNE – JACQUES HIGELIN


CHAMPAGNE – JACQUES HIGELIN La nuit promet d’être belleCar voici qu’au fond du cielApparaît la lune rousseSaisi d’une sainte frousseTout le commun des mortelsCroit voir le diable à ses troussesValets volages et vulgairesOuvrez mon sarcophageEt vous, pages perversCourrez au cimetièrePrévenez de ma partMes amis nécrophagesQue ce soir, nous sommes attendus dans les marécagesVoici mon messageCauchemards, […]

« LA FRUITIERE » – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/TOILE 73X60


« LA FRUITIERE »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/TOILE 73X60

Aux portes closes des fanes

l’aube ouvre la toile d’un bouquet rose

la licorne

légendaire transport du rêve

transperce de sa corne

le temps de sécheresse pour tirer l’eau à la source

Fenêtre sur le claquemure des lèvres cousues

l’arbre donne du pied

au plus obscur de l’ombre laissée sur l’aride

le fruit se tourne au rai du vitrail

dans sa niche

chapelle

la prière de la Fruitière monte aux branches.

Niala-Loisobleu – 28 Juin 2021

Tanikawa Shuntarô, L’Ignare


Tanikawa Shuntarô, L’Ignare

M’appelez « poète », quelle blague ?

Tanikawa nous parle de son monde dans ce qu’il a d’essentiel ( la vie, la mort, la masturbation, les filles…) Il raconte sans emphase, de la manière la plus plate, la plus vraie, des moments de vie qu’il ne considère pas comme des expériences ou même des choses à retenir : Tout ce que j’ai fait  jusqu’à ce jour /tout ce qu’à l’avenir je voudrais faire / on dirait que je l’ai oublié dans un coin, par mégarde,… Ce langage cru et tellement sincère place tous les événements  sur le même plan : les épais crachats comme le vent nocturne. Tout est empreint du déroulement du temps qui passe où présent et passé se mélangent avec des pointes d’humour contenues parce que c’est d’un sérieux à vivre dont nous entretient l’auteur.

C’est une vie neutre, il n’y a ni attente ni espérance, elle va, discrète. Avons-nous quelque chose à apprendre de ce présent ? Les contacts humains ne conduisent-ils pas à une impasse et la manière de les dépasser n’est-ce pas d’en rire comme d’une comédie burlesque? L’auteur ne raconte que des faits quotidiens qui accumulés convergent vers l’inanité de la vie. Derrière la banalité des événements se cache notre condition humaine : âpre, précaire où le déséquilibre nous guette.

L’absurde a dépassé les mots, il est descendu dans la rue et nous dévisage. Familier, la révolte s’est éteinte. Il reste un peu de voix humaine détachée à travers le vieux poste de radio. Seule vérité contre les fictions, l’écoute du monde même au fond du brouhaha relâché. Toutes les choses du monde flottent, l’auteur ne s’attache à rien, cependant qu’il éprouve la vie et qu’il cherche. Quoi ? Le mince, le ténu qui créent un lien fort entre le monde et l’homme. Plus on progresse dans la lecture du recueil, plus les poèmes se densifient sans rien perdre de leur caractère coutumier.

Au milieu de la lecture de Tanikawa, de connivence, je m’arrête un moment pour caresser mes chats Pirou et Mila. Le poète, non il ne veut pas être appelé poète, l’homme alors  nous rappelle sans cesse au monde, plus il s’en distancie et plus nous nous en rapprochons.

Le lecteur ne peut se raccrocher à aucun élément de la langue pour palper le texte : images-rythmes-rejets-mots-métaphores-sonorités. La traduction est toujours une perte par rapport à la langue d’origine, bien qu’ici, Dominique Palmé nous donne un texte très beau, certainement très proche de celui de l’auteur.

L’avion en papier, ce poème, est un art poétique où le poème ne promet rien / Car il laisse seulement entrevoir.
Quelqu’un vient de lancer un avion en papier de la fenêtre du vingt-huitième ou du vingt-neuvième étage de mon immeuble. Le vent a joué avec lui comme avec n’importe quel morceau de papier.
puis il est allé s’écraser de l’autre coté de la rue, dans le parking du commissariat
mais avant cela il s’était essayé à un vol horizontal où il exprimait toute sa dignité

Le poème part d’un fait divers et glisse lentement vers une abstraction, un concept. La vie essentielle est cette part imperceptible qui gravite autour de nous et qui se propage comme un silence. Tout était présent avant l’apparition de l’homme, il ne fait que s’ajouter à ce qui résonne. Avec les mots, on avait cru saisir le monde. Il ne reste rien, le mutisme l’emporte et fait peur. Les mots ne sont que le décalque de la réalité : insignifiants.

Le but de la poésie serait-ce la non-poésie, ce silence son ultime conquête ? Quand le poète ne revendique pas le nom de poète, si la poésie existe alors, elle brille seule. Serait-ce la disparition élocutoire du poète dont parlait Mallarmé ? La richesse de Tanikawa : un entre deux entre la poésie et le poète, point de vue par lequel le monde est visible et vivable. Sans espoir et sans joie. Il est comme le mont Yôkei, il suffit de le regarder de loin. Les mots sont au point zéro, ni haine ni affectation. Ce qui compte c’est l’usage que ll’homme en fait, celui-ci peut déboucher sur un  génocide. L’auteur vit entre la pression des poèmes à écrire et du sentiment de leur inutilité. Il cherche sa juste place de vie privilégiant la solitude, Ignare au monde.

L’auteur a un souci de la vie et de toute vie, même celle des araignées. Je m’éloigne des hommes et devient calme-calme-calme. C’est plus que l’homme que cherche Tanikawa, là où l’homme meurt, la vie, elle, subsiste.

Tanikawa se veut poète qui échappe à la poésie, à bonne distance, nous dit-il. Le poème échappe au mot, le poème permet de s’oublier c’est-à-dire de se dépasser puisque Quand je reviens vers moi, je ne suis qu’un être vivant, un homme incorrigible.

Source: Recours au poème

BONJOUR EN TÊTE


BONJOUR EN TÊTE

C’est dit

Mains tenant y’a plus qu’à faire

Sortir la tête du seau

L’amour va faire en sorte de remettre les choses à la bonne place.

Niala-Loisobleu -28 Juin 28 Juin 2021

SUR LE MOTIF D’APRES


SUR LE MOTIF D’APRES

Dans les pieds du sable campagne le chevalet

loin derrière le premier cri de l’oiseau-mutant du poisson qui croyait au signe à la craie

histoire de pousse retourné vers le bas

César doutait de ce qui n’était pas lui-même

Un ciel gris débute l’été en présage du probable 4ème en voie à venir d’un soir de plaisir dans les dunes

C’est fou comme le cynisme du comportement m’inspire son contraire

avec la rage au départ de la toile qui, en récupérant le sel de l’évaporation de l’ô, enceintera l’utérus de ma bataille

La mise en boîte nuit comme la cage à l’oiseau, seulement le disc-jokey enfourchera sans scrupule le premier devoir de respect en chutant au sot de la haie

C’est fou comme l’en vie de faire cet enfant autrement, m’habite.

Niala-Loisobleu – 27 Juin 2021

L’Autre Côté de la lune

Arthur H

juste devant moi
Pas à côté
Au sud du Nord


Au nord du Sud
Je la poursuivais
Sans me douter
Qu’elle m’attendait
On the dark side of the moon
On the dark side of the moonJ’ai dû m’écarter
Des chemins tracés
Au sud du Nord
Au nord du Sud
J’avoue j’ai eu peur
Quand je suis passé
De l’autre côté
On the dark side of the moon
On the dark side of the moonComment aurais-je
Pu m’apercevoir
Qu’elle m’attendait
Sur la face cachée
Comment aurais-je
Pu deviner
Qu’elle m’attendait
On the dark side of the moon
On the dark side of the moon
On the dark side of the moon
On the dark side of the moon
On the dark side of the moon
On the dark side of the moon
On the dark side of the moon

QUELS APRES PAR ANDRE BRETON



QUELS APRES PAR ANDRE BRETON



Les armoires bombées de la campagne

Glissent silencieusement sur les rails de lait

C’est l’heure où les filles soulevées par le flot de la nuit

qui roule des carlines
Se raidissent contre la morsure de l’hermine
Dont le cri
Va mouler les pointes de leur gorge

Les événements d’un autre ordre sont

absolument dépourvus d’intérêt

Ne me parlez pas de ce papier mural à

décor de ronces
Qui n’a rien de plus pressé
Que de se lacérer lui-même

Les flammes noires luttent dans la grille avec des

langues d’herbe
Un galop lointain
C’est la charge souterraine sonnée dans le bois de

violette et dans le buis
Toute la chambre se renverse

Le splendide alignement des mesures d’étain s’épuise en une seule qui par surcroît est le vin gris

La cuisse toujours trop tôt dépêchée sur le tableau de craie dans la tourmente de jour

Les gisements d’hommes les lacs de

murmures

La pensée tirant sur son collier de vieilles

niches

Qu’on me laisse une fois pour toutes avec

cela

Les diables-mouches voient dans ces ongles
Les pépins du quartier de pomme de la rosée
Ramené du fond de la vie

Le corps tout en poissons surgit du filet ruisselant
Dans la brousse
De l’air autour du lit

L’argus de la dérive chère les yeux fixes mi-ouverts mi-clos


André Breton
Poitiers, 9 mai 1940.

HIGELIN SYMPHONIQUE ET ARTHUR H – Lettre à la petite amie de l’ennemi public n°1


HIGELIN SYMPHONIQUE ET ARTHUR H

Lettre à la petite amie de l’ennemi public n°1

Oh c’est ok, joue moi ce vieux truc

J’vais te dire j’ai mal au cul et au coeur
Ça fais trois heures que je glande
Dans ce bar d’la rue Delambre
Quand j’serais dehors
J’en aurais fini pour longtemps avec leurs gueules d’enterrements
De croque-morts

Ça fais longtemps que j’roule ma bosse
Les honnêtes gens me cherchent des crosses
J’suis foutu, yeah
À moins qu’tu t’pointes dans ta vieille Rolls
Pour m’emmener voir les baby-dolls a Honolulu

Comprend-moi bien ma petite Lulu
Depuis qu’j’ai toute cette flicaille au cul
Faut qu’j’change d’adresse car dans la presse
Vu le portrait qu’ils m’ont taillé
Y a plus personne pour repasser
Mes chemises

Oh monte le juke-box
Allez bosse
Pas mal, han
Hou
Oh écrase

Cela dit qu’je comprends qu’tu paniques
Vu qu’t’es l’amie d’l’ennemi public numéro un
J’te préviens s’ils t’mettent le grappin dessus
T’as qu’à leur dire qu’tu m’as pas vu, parole de flic
Oh t’énérves pas

Quand tu recevras cette lettre
Je me serais jeté par la fenêtre d’la PJ
À moins qu’je n’finisse au cyanure
Mélangé à d’la confiture de groseille

Avant qu’les justiciers rappliquent
Faut qu’j’te dise où j’ai planqué l’fric
De cet escroc de milliardaire
Pour que tu t’offres à notre amour
Une petite croisière de non-retour
Autour, tout autour de la Terre
Tant pis pour moi, il est trop tard
Pleure pas, j’ai le cafard

Parolier : Jacques Higelin

A EN RIRE…


A EN RIRE..

L’idée de m’aimer davantage m’arrive comme ça

En réparation d’un ensemble incohérent

Ça n’est que justice

Sans gâcher l’humilité. Juste du rééquilibrage. Rien d’autre que se donner envie de rire

Comme je peins de la naissance dans l’angle mort !

Niala-Loisobleu – 27 Juin 2021

Lliegar a viejo – Joan Manuel Serrat


Llegar a viejo – Joan Manuel Serrat

S’ils enlevaient la peur
Si se llevasen el miedo

Et laissez-nous danser
Y nos dejasen lo bailado

Pour affronter le présent
Para enfrentar el presente

S’il arrivait formé
Si se llegase entrenado

Et avec assez d’esprit
Y con ánimos suficientes

Et après avoir tout donné
Y después de darlo todo

Dans la correspondance équitable
En justa correspondencia

Tout a été payé
Todo estuviese pagado

Et la carte de retraité
Y el carné de jubilado

Ouvre toutes les portes
Abriese todas las puertas

Peut-être vieillir
Quizá, llegar a viejo

ce serait plus supportable
Sería más llevadero

Plus confortable
Más confortable

Plus durable
Más duradero

Si hier n’était pas oublié si vite
Si el ayer no se olvidase tan aprisa

S’ils faisaient plus attention où ils marchent
Si tuviesen más cuidado en dónde pisan

Si tu vivais entre amis
Si se viviese entre amigos

Qu’au moins de temps en temps
Que, al menos, de vez en cuando

Passer une balle
Pasasen una pelota

Si fatigue et défaite
Si el cansancio y la derrota

Ils ne savaient pas si amer
No supiesen tan amargo

S’ils mettaient des lumières
Si fuesen poniendo luces

En chemin, comme
En el camino, a medida

Que le cœur se recroqueville
Que el corazón se acobarda

Et les anges gardiens
Y los ángeles de la guarda

Donner des signes de vie
Diesen señales de vida

Peut-être vieillir
Quizá, llegar a viejo

ce serait plus raisonnable
Sería más razonable

Plus paisible
Más apacible

Plus praticable
Más transitableOh, si l’ancienneté était un diplôme
Ay, si la veteranía fuese un grado

Si cette boisson n’était pas devenue orpheline
Si no se llegase huérfano a ese trago

Si j’avais plus d’avantages
Si tuviese más ventajas

Et moins de désagrément
Y menos inconvenientes

Si l’âme était passionnée
Si el alma se apasionase

Le corps était dans un tumulte
El cuerpo se alborotase

Et les jambes répondraient
Y las piernas respondiesenEt du coin du paradis
Y del pedazo de cielo

Réservé, pour quand
Reservado, para cuando

Il est temps de livrer le matériel
Toca entregar el equipo

Distribuer les avances
Repartiesen anticipos

Aux plus nécessiteux
A los más necesitadosPeut-être vieillir
Quizá, llegar a viejo

Ce serait tout progrès
Sería todo un progreso

Une bonne finition
Un buen remate

Une fin avec un baiser
Un final con beso

Au lieu de les coincer dans l’histoire
En lugar de arrinconarlos en la historia

Transformés en fantômes avec mémoire
Convertidos en fantasmas con memoria

S’il ne faisait pas si sombre
Si no estuviese tan oscuro

Au coin de la rue
A la vuelta de la esquina

Ou simplement, si tout
O simplemente, si todos

Comprenons que tout
Entendiésemos que todos

Nous avons un vieil homme sur nous
Llevamos un viejo encima

 :J.m. Serrat