Mois : juin 2021
MINE DE RIEN

MINE DE RIEN
Mine de rien et une allure de faux pâtre-grec proposant du fruit rouge d’hameçonnage pour trouver crédit
le bâton n’est pas la canne de Compagnon
on ne peut confondre la mer et la Mère d’une Cayenne qui libère au lieu de faire de vous un forçat d’un ancien bagne
Le camouflage est de mode
comme le temps tout sourit jusqu’à la grimace de l’heure suivante
Il a une gueule d’ange, méfies-toi de l’intelligence artificielle
c’est peut-être un parachutiste hacker qui vient s’approvisionner chez toi…
Niala-Loisobleu – 2 Juin 2021
FROID JAUNE

FROID JAUNE
nous allons nuages parmi les esquimaux
embellir la convalescence de nos pensées botaniques
sous les crépuscules tordus
ordure verdie vibrante
blanc
j’ai rangé mes promesses confiserie hôtelier dans sa boutique
paulownias définitives
l’éloignement se déroule glacial et coupant comme une diligence éloignement pluvieux
adolescent
ailleurs sonore
piéton fiévreux et pourri et
rompu et broderies réparables
je pensais à quelque chose de très scabreux
calendrier automnal dans chaque arbre
mon organe amoureux est bleu je suis mortel monsieur bleubleu
et du cadavre monte un pays étrange
monte monte vers les autres astronomies.
Tristan Tzara
L’HOMME APPROXIMATIF – TRISTAN TZARA

L’HOMME APPROXIMATIF – TRISTAN TZARA
dimanche lourd couvercle sur le bouillonnement du sang
hebdomadaire poids accroupi sur ses muscles
tombé à l’intérieur de soi-même retrouvé
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
sonnez cloches sans raison et nous aussi
nous nous réjouirons au bruit des chaînes
que nous ferons sonner en nous avec les cloches
quel est ce langage qui nous fouette nous sursautons dans la lumière
nos nerfs sont des fouets entre les mains du temps
et le doute vient avec une seule aile incolore
se vissant se comprimant s’écrasant en nous
comme le papier froissé de l’emballage défait
cadeau d’un autre âge aux glissements des poissons d’amertume
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
les yeux des fruits nous regardent attentivement
et toutes nos actions sont contrôlées il n’y a rien de caché
l’eau de la rivière a tant lavé son lit
elle emporte les doux fils des regards qui ont traîné
aux pieds des murs dans les bars léché des vies
alléché les faibles lié des tentations tari des extases
creusé au fond des vieilles variantes
et délié les sources des larmes prisonnières
les sources servies aux quotidiens étouffements
les regards qui prennent avec des mains desséchées
le clair produit du jour ou l’ombrageuse apparition
qui donnent la soucieuse richesse du sourire
vissée comme une fleur à la boutonnière du matin
ceux qui demandent le repos ou la volupté
les touchers d’électriques vibrations les sursauts
les aventures le feu la certitude ou l’esclavage
les regards qui ont rampé le long des discrètes tourmentes
usés les pavés des villes et expié maintes bassesses dans les aumônes
se suivent serrés autour des rubans d’eau
et coulent vers les mers en emportant sur leur passage
les humaines ordures et leurs mirages
l’eau de la rivière a tant lavé son lit
que même la lumière glisse sur l’onde lisse
et tombe au fond avec le lourd éclat des pierres
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
les soucis que nous portons avec nous
qui sont nos vêtements intérieurs
que nous mettons tous les matins
que la nuit défait avec des mains de rêve
ornés d’inutiles rébus métalliques
purifiés dans le bain des paysages circulaires
dans les villes préparées au carnage au sacrifice
près des mers aux balayements de perspectives
sur les montagnes aux inquiètes sévérités
dans les villages aux douloureuses nonchalances
la main pesante sur la tête
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
nous partons avec les départs arrivons avec les arrivées
partons avec les arrivées arrivons quand les autres partent
sans raison un peu secs un peu durs sévères
pain nourriture plus de pain qui accompagne
la chanson savoureuse sur la gamme de la langue
les couleurs déposent leur poids et pensent
et pensent ou crient et restent et se nourrissent
de fruits légers comme la fumée planent
qui pense à la chaleur que tisse la parole
autour de son noyau le rêve qu’on appelle nous
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
nous marchons pour échapper au fourmillement des routes
avec un flacon de paysage une maladie une seule
une seule maladie que nous cultivons la mort
je sais que je porte la mélodie en moi et n’en ai pas peur
je porte la mort et si je meurs c’est la mort
qui me portera dans ses bras imperceptibles
fins et légers comme l’odeur de l’herbe maigre
fins et légers comme le départ sans cause
sans amertume sans dettes sans regret sans
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
pourquoi chercher le bout de la chaîne qui nous relie à la chaîne
sonnez cloches sans raison et nous aussi
nous ferons sonner en nous les verres cassés
les monnaies d’argent mêlées aux fausses monnaies
les débris des fêtes éclatées en rire et en tempête
aux portes desquelles pourraient s’ouvrir les gouffres
les tombes d’air les moulins broyant les os arctiques
ces fêtes qui nous portent les têtes au ciel
et crachent sur nos muscles la nuit du plomb fondu
je parle de qui parle qui parle je suis seul
je ne suis qu’un petit bruit j’ai plusieurs bruit en moi
un bruit glacé froissé au carrefour jeté sur le trottoir humide
aux pieds des hommes pressés courant avec leur morts autour de la mort qui étend ses bras
sur le cadran de l’heure seule vivante au soleil
le souffle obscur de la nuit s’épaissit
et le long des veines chantent les flûtes marines
transposées sur les octaves des couches de diverses existences
les vies se répètent à l’infini jusqu’à la maigreur atomique
et en haut si haut que nous ne pouvons pas voir avec ces vies à côtés que nous ne voyons pas
l’utltra-violet de tant de voies parallèles
celles qui nous aurions pu prendre
celles par lesquelles nous aurions pu ne pas venir au monde
ou en être déjà partis depuis longtemps si longtemps
qu’on aurait oublié et l’époque et la terre qui nous aurait sucé la chair
sels et métaux liquides limpides au fond des puits
je pense à la chaleur que tisse la parole
autour de son noyau le rêve qu’on appelle nous.
Tristan Tzara
René Guy Cadou – « La nuit ! la nuit surtout… »

René Guy Cadou
« La nuit ! la nuit surtout… »
La nuit ! La nuit surtout je ne rêve pas je vois
J’entends je marche au bord du trou
J’entends gronder
Ce sont les pierres qui se détachent des années
La nuit nul ne prend garde
C’est tout un pan de l’avenir qui se lézarde
Et rien ne vivra plus en moi
Comme un moulin qui tourne à vide
L’éternité
De grandes belles filles qui ne sont pas nées
Se donneront pour rien dans les bois
Des hommes que je ne connaîtrai jamais
Battront les cartes sous la lampe un soir de gel
Qu’est-ce que j’aurai gagné à être éternel?
Les lunes et les siècles passeront
Un million d’années ce n’est rien
Mais ne plus avoir ce tremblement de la main
Qui se dispose à cueillir les oeufs dans la haie
Plus d’envie plus d’orgueil tout l’être satisfait
Et toujours la même heure imbécile à la montre
Plus de départs à jeun pour d’obscures rencontres
Je me dresse comme un ressort tout neuf dans mon lit
Je suis debout dans la nuit noire et je m’agrippe
A des lampions à des fantômes pas solides
Où la lucarne ? Je veux fuir ! Où l’écoutille ?
Et je m’attache à cette étoile qui scintille
Comme un silex en pointe dans le flanc
Ivrogne de la vie qui conjugue au présent
Le liseron du jour et le fer de la grille
René Guy Cadou
Le diable et son train
Chez l’auteur, 1949
DE L’ARBRE QUI CONTE COMME ON AIME

DE L’ARBRE QUI CONTE COMME ON AIME
Au centre le patio
Et le chant de la fontaine
A l’origine du monde
Les jarres en savent plus long que le journal du matin
Juste dans l’axe, à la sécante, le cadran solaire
Bras tendu vers le dernier rang de tomettes
Récupère le magistral figuier
Palanquin des envols bien assis
De tous côtés du fruit violacé les larges feuilles crénelées soulagent
La dilatation d’une pulpe au bord de l’éclat
Lourde chair franchissant déjà sans compter la rambarde de la façade-arrière avant que le coq ait bombé la crête d’une suffisance altière le rapprochant des alentours de Tarascon
A deux pas l’âne braie en allongeant ses deux oreilles dans le sens du vent.
Niala-Loisobleu – 1er Juin 2021
LA CARESSE D’AUBE

LA CARESSE D’AUBE
Premier signe de chaleur
l’aube laisse venir l’haleine
aux mains jointes sans prières
autour de la fleur de vie
Les yeux encore endormis bordent le creux du nid
Doucement s’ouvrent les ailes de ce sourire du moi des cerises
le chien et le chat de connivence avec l’arbre à merles.
Niala-Loisobleu – 1er Juin 2021
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