DEBAL’ARTS – COGNAC JUIN 21


DEBAL’ARTS – COGNAC JUIN 21

Sous un soleil jouant avec un vent rameuteur de nuages, un Dimanche frais a montré le bout du nez du vaste changement qui s’opère en cette période de lâcher-prise de confinement qui se lance dans l’inconnu.

Le lieu est propice et s’est montré judicieux.

Fait principal à remarquer du matin jusqu’au soir les visiteurs n’ont pas cessé d’affluer, guidé par un automatisme collectif de présence d’abord manifesté pour eux-mêmes, mais initié par la manifestation.

Mouvement de foule que l’instinct animal guide, porteur pour la suite par ce qui sera ingéré.

Aussi les contacts qui ont pu émerger ont-ils eus une intensité particulière. J’ai eu cette émotion forte en retrouvant des gens auxquels je suis attaché par mon art, particulièrement par l’existence que j’y mène depuis longtemps.

. Certains s’étant déplacés depuis la Charente limousine pour me rencontrer, je ne les avais pas revus depuis 1984…

J’ai eu beaucoup de satisfaction au cours de cette manifestation, qui s’appuie sur un ressenti de volonté d’action culturelle à l’initiative de la Municipalité. L’éveil qui se manifeste avec des projets concrets, est d’un intérêt qui avait disparu depuis longtemps au plan culturel à Cognac. Pour ce qui touche à Débal’Arts, je suis heureux de remercier Nathalie Sauvaget, qui témoigne là de cette agréable impression créative.

Niala – 7 Juin 2021

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LE BEL ARBRE DE CE JOUR


LE BEL ARBRE DE CE JOUR

Des petits soleils pendus aux branches

j’effeuille la retenue dernière

et en fonce entre

dans l’estuaire

La fête est du chien

que l’oiseau chevauche à cru

DEBAL’ARTS

ce sera jusqu’au seoir avec toi

Niala-Loisobleu – 6 Juin 2021

TOUR – BLAISE CENDRARS


TOUR – BLAISE CENDRARS

1910

Castellamare

Je dînais d’une orange à l’ombre d’un oranger

Quand, tout à coup…

Ce n’était pas l’éruption du
Vésuve

Ce n’était pas le nuage de sauterelles, une des dix plaies

d’Egypte
Ni
Pompéi

Ce n’était pas les cris ressuscites des mastodontes géants
Ce n’était pas la
Trompette annoncée
Ni la grenouille de
Pierre
Brisset
Quand, tout à coup,
Feux
Chocs

Rebondissements

Étincelle des horizons simultanés
Mon sexe

O
Tour
Eiffel!
Je ne t’ai pas chaussée d’or
Je ne t’ai pas fait danser sur les dalles de cristal
Je ne t’ai pas vouée au
Python comme une vierge de
Carthage

Je ne t ai pas revêtue du péplum de la
Grèce

Je ne t ai jamais fait divaguer dans l’enceinte des menhirs

Je ne t ai pas nommée
Tige de
David ni
Bois de la

Croix
Lignum
Crucis

O
Tour
Eiffel
Feu d’artifice géant de l’Exposition
Universelle!

Sur le
Gange

A
Bénarès

Parmi les toupies onanistes des temples hindous

Et les cris colorés des multitudes de l’Orient

Tu te penches, gracieux
Palmier
I

C’est toi qui à l’époque légendaire du peuple hébreu

Confondis la langue des hommes

O
Babel!

Et quelque mille ans plus tard, c’est toi qui retombais en langues de feu sur les
Apôtres rassemblés dans ton église

En pleine mer tu es un mât

Et au
Pôle-Nord

Tu resplendis avec toute la magnificence de l’aurore boréale de ta télégraphie sans fil

Les lianes s’enchevêtrent aux eucalyptus

Et tu flottes, vieux tronc, sur le
Mississipi

Quand

Ta gueule s’ouvre

Et un caïman saisit la cuisse d’un nègre’

En
Europe tu es comme un gibet

(Je voudrais être la tour, pendre à la
Tour
Eiffel!)

Et quand le soleil se couche derrière toi

La tête de
Bonnot roule sous la guillotine

Au cœur de l’Afrique c’est toi qui cours

Girafe

Autruche

Boa

Equateur

Moussons

En
Australie tu as toujours été tabou

Tu es la gaffe que le capitaine
Cook employait pour diriget

son bateau d’aventuriers
O sonde céleste!

Pour le
Simultané
Delaunay, à qui je dédie ce poème,
Tu es le pinceau qu’il trempe dans la lumière

Gong tam-tam
Zanzibar bête de la jungle rayons-X

express bistouri symphonie
Tu es tout
Tour

Dieu antique
Bête moderne
Spectre solaire
Sujet de mon poème
Tour

Tour du monde
Tour en mouvement

Août 1913.

Blaise Cendrars

DEBAL’ARTS A COGNAC


Demain de 9 à 19 heures

Exposition collective dans la rue d’une quarantaine d’artistes-plasticiens

Esplanade Georges Clémenceau

Emplacement du Jeu de Boules de Cognac à côté du Théâtre)

Je vous invite à venir nous rendre visite

Merci et bon soleil à tous…

Niala

ROUX DU BON HEUR


ROUX DU BON HEUR

La découpe des arbres tisse un ciel propre

qu’un long cri d’oiseau

peigne de la raie de paume

à la silhouette des hanches qui t’émerge en phare

Du haut des dunes ton ventre ondule à des seins de plain-pied

L’animal qui traverse les pins de bon matin se sent protégé par la futaie.

Niala-Loisobleu – 5 Mai 2021

EN ÉTAT DE NATURE PAR ANDRÉ VELTER


EN ÉTAT DE NATURE PAR ANDRÉ VELTER

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Dans la vallée de
Gogulcar les norias
Tournent à l’antique avec un bouvier et des bœufs.
Virgile tout attendri contemple ce tableau,
Sourit au temps qui dure et reprend son scooter..

Il vient de loin en loin voir un peu s’il y a
Du bonheur en campagne ou de l’aigreur chez ceux
Qui restent dans les champs à remuer de l’eau,
S’il y a des secrets à ranimer ou taire.

Est-ce un aveuglement que l’harmonie visible?

Les femmes en saris rouges qui ramassent des piments

Ont-elles de la beauté une approche paisible?

Les heures, le labeur, la fatigue, les lourdes charges
Répètent la même pièce où l’on ne sait qui ment
Dans la lumière poudrée d’un Âge d’Or en marge.

André Velter

D’OÙ ET AUX MENTHES


Des pluies qui traversent j’entends le chien qui court

L’haleine chargée de ta gare fluviale

Ton arbre à soie comme l’abeille gardant l’aloi respecté malgré l’embouteillage à part…

Niala-Loisobleu – 4 Mai 2021


PARISTAMBUL PAR JACQUES PRÉVERT

PARISTAMBUL PAR JACQUES PRÉVERT

Pour ceux qui l’aiment

La ville se laisse découvrir

Nue

Pour les autres elle s’habille

elle s’endimanche

elle s’esplanade se monumente s’invalide se basilique

et

instantanément

à la demande

prend la pose plastique

Les artistes sont très contents

le modèle ne s’est pas fait prier

Préconçue

comme une idée

la photo peut se développer

Le cliché est un vrai cliché

Alors apparaît
Paris dans l’ineffable clarté

de la blancheur
Persil

On peut l’emmagasiner

C’est du tout cuit

Mais dans la petite foule des grands reporters

touristiques surgissent encore des vagabonds et des rêveurs

avec leur lanterne sourde

leur orgue de
Barbarie

Ainsi
Karabuda

comme jadis le calife des
Mille et une
Nuits se

promenait dans
Bagdad comme chez lui se promène dans
Paris

Que dire de sa technique

simplement qu’entre sa boîte de
Pandore et lui

c’est une simple question de tact

la machine obéit à l’homme qui obéit à la machine comme l’aveugle obéit à sa canne blanche qui lui

obéit aussi comme le peintre parfois à son pinceau à son crayon à son outil

Et quand la petite machine à raconter la vie

pour son propre compte

raconte cette vie

Karabuda s’en laisse conter par elle

et

comme un ami se laisse guider

par les rêves de son amie

grâce à elle il surprend tous les secrets publics

de la ville éveillée

de la ville endormie

Et le rideau des jours

se lève et se baisse sur cette ville

sur sa vie

sur la vie

Sur la vie caressée éblouie

sifflée et applaudie

par la vie