MAUVAIS SIGNE ?


MAUVAIS SIGNE ?

Au bord de l’eau, tournant la tête à la rivière

il s’exclut du miroir

L’alouette qui chante met l’accent sur la déconvenue

Cette chaleur écrasante brûle de lave

Un échassier des Landes au-dessus des moutons, traverse du regard l’interdictio de se baigner

Gare à la baïne en embuscade au plus innocent de la plage

Rose comme lune être ne corrige en dioptrie que dans le choix des montures

Il rêve de monter un cheval qui serait de cette couleur pour finir le tour des Tours.

Niala-Loisobleu – 11 Juin 2021

LE MEUBLE PAR CHARLES CROS


Georges Braque and the Cubist Still Life, 1928–1945

LE MEUBLE PAR CHARLES CROS

A
Madame
Mauté de
Fleurville.

Il m’a fallu avoir le regard bien rapide, l’oreille bien fine, l’attention bien aiguisée,

Pour découvrir le mystère du meuble, pour pénétrer derrière les perspectives de marqueterie, pour atteindre le monde imaginaire à travers les petites glaces.

Mais j’ai enfin entrevu la fête clandestine, j’ai entendu les menuets minuscules, j’ai surpris les intrigues compliquées qui se trament dans le meuble.

On ouvre les battants, on voit comme un salon pour des insectes, on remarque les carrelages blancs, bruns et noirs en perspective exagérée.

Une glace au milieu, une glace à droite, une glace à gauche, comme les portes dans les comédies symétriques.
En vérité ces glaces sont des portes ouvertes sur l’imaginaire.

Mais une solitude évidemment inaccoutumée, une propreté dont on cherche le but en ce salon où il n’y a personne, un luxe sans raison pour un intérieur où ne
régnerait que la nuit.

On est dupe de cela, on se dit « c’est un meuble et voilà tout, » on pense qu’il n’y a rien derrière les glaces que le reflet de ce qui leur est présenté.

Insinuations qui viennent de quelque part, mensonges soufflés à notre raison par une politique voulue, ignorances où nous tiennent certains intérêts que je n’ai pas
à définir.

Pourtant je n’y veux plus mettre de prudence, je me moque de ce qui peut en arriver, je n’ai pas souci des rancunes fantastiques.

Quand le meuble est fermé, quand l’oreille des importuns est bouchée par le sommeil ou remplie des bruits extérieurs, quand la pensée des hommes s’appesantit sur quelque
objet positif,

Alors d’étranges scènes se passent dans le salon du meuble; quelques personnages de taille et d’aspect insolites sortent des petites glaces; certains groupes, éclairés par
des lueurs vagues, s’agitent en ces perspectives exagérées.

Des profondeurs de la marqueterie, de derrière les colonnades simulées, du fond des couloirs postiches ménagés dans le revers des battants,

S’avancent, en toilettes surannées, avec une démarche frétillante et pour une fête d’almanach extraterrestre,

Des élégants d’une époque de rêve, des jeunes filles cherchant un établissement en cette société de reflets et enfin les vieux parents, diplomates ventrus et
douairières couperosées.

Sur le mur de bois poli, accrochées on ne sait comment, les girandoles s’allument.
Au milieu de la salle, pendu au plafond qui n’existe pas, resplendit un lustre surchargé de bougies roses, grosses et longues comme des cornes de limaçons.
Dans des cheminées imprévues, des feux flambent comme des vers luisants.

Qui a mis là ces fauteuils, profonds comme des coques de noisettes et disposés en cercle, ces tables surchargées de rafraîchissements immatériels ou d’enjeux
microscopiques, ces rideaux somptueux — et lourds comme des toiles d’araignée?

Mais le bal commence.
L’orchestre, qu’on croirait composé de hannetons, jette ses notes, pétillements et sifflements imperceptibles.
Les jeunes gens se donnent la main et se font des révérences.

Peut-être même quelques baisers d’amour fictif s’échangent à la dérobée, des sourires sans idée se dissimulent sous les éventails en ailes de mouche, des
fleurs fanées dans les corsages sont demandées et données en signe d’indifférence réciproque.

Combien cela dure-t-il?
Quelles causeries s’élèvent dans ces fêtes?
Où va ce monde sans substance, après la soirée?

On ne sait pas.

Puisque, si l’on ouvre le meuble, les lumières et les feux s’éteignent: les invités, élégants, coquettes et vieux parents disparaissent pêle-mêle, sans souci
de leur dignité, dans les glaces, couloirs et colonnades; les fauteuils, les tables et les rideaux s’évaporent.

Et le salon reste vide, silencieux et propre;

Aussi tout le monde le dit « c’est un meuble de marqueterie et voilà tout, » sans se douter qu’aussitôt le regard détourné.

De petits visages narquois se hasardent à sortir des glaces symétriques, de derrière les colonnes incrustées, du fond des couloirs postiches.

Et il faut un œil particulièrement exercé, minutieux et rapide, pour les surprendre quand ils s’éloignent en ces perspectives exagérées, lorsqu’ils se
réfugient dans les profondeurs imaginaires des petites glaces, à l’instant où ils rentrent dans les cachettes irréelles du bois poli.

Charles Cros

A TON PIED AJOUTE L’AUTRE


A TON PIED AJOUTE L’AUTRE

Pour revenir de l’oiseau au poisson primitif

et nage

en brillant d’écailles

Ouïes-Ouïes

Niala-Loisobleu – 10 Juin 2021

Don’t Slip Away

Kaz Hawkins

Quand tu marches seul sur cette route
When you walk this road alone

Tu dois t’accrocher à toi
You gotta hold on to your own

Et sois toi-même
And be yourself

Trouvez qui vous voulez être
Find who you wanna be

Quand tu te tiens face à face
When you’re standing face to face

Regarder dans le miroir avec son espace mort
Looking in the mirror with it’s dead space

Tenez-vous bien
Just hold on tight

Ce n’est pas qui tu es vraiment
It’s not who you really are

Tu es quelque part, quelque part au fond de toi
You’re somewhere, somewhere deep inside

Et je sais que tu t’accroches à ta vie
And I know, you’re hanging on for your life

Oui je ne sais que trop bien
Yes I know only too well

Ton combat pour t’en sortir
Your fight to get by

Alors ne t’esquive pas
So don’t slip away

Ne t’esquive pas
Don’t slip away

Pourquoi?
Why?

Tu es la raison pour laquelle
You’re the reason whyToute cette obscurité que tu ressens
All this darkness that you feel

Voler la lumière comme un voleur d’éclairs
Stealing light like a lightening thief

Et s’enfuir
And running away

Et partir seul d’ici
And leaving here alone

C’est le moment de se souvenir quand
This is the time to remember when

Vous vous êtes déjà senti comme un humain parmi vos amis
You once felt like a human among your friends

Il y a toujours l’un de nous
There’s always one of us

Pour porter ton fardeau à travers
To carry your burden throughNous croyons que vous êtes quelque part, quelque part au fond de nous
We believe you’re somewhere, somewhere deep inside

Et nous savons que tu te bats pour ta vie
And we know, you’re fighting for your life

Oui nous ne savons que trop bien
Yes we know only too well

Ton combat pour t’en sortir
Your fight to get by

Alors ne t’esquive pas
So don’t slip away

Ne t’esquive pas
Don’t slip away

Pourquoi?
Why?

Tu es la raison pour laquelle
You’re the reason whyNe t’esquive pas
Don’t slip away

Pourquoi?
Why?

Tu es la raison pour laquelle
You’re the reason whyNe t’esquive pas
Don’t slip away

Pourquoi?
Why?

Tu es la raison pour laquelle
You’re the reason why

Source : Musixmatch

A MON FRERE, MARCELLO COMITINI


A MON FRERE, MARCELLO COMITINI

Qu’ô qu’une désolation ne t’éther nu

Marcello

Ainsi je suis d’oulipo

malicieux écureuil à tête d’aiguille

sur la voie d’un céleste qu’on voit pas

mais qui roule sa Poule

tel un Robert malicieux

A la vie refaite en bleu de Pierrot

aldente

pour resucrer la fraise avant de la goûter

hors de sa Comédie

Restons aux claires ostréicoles afin de laver le sel des algues vertes de la vie

Je t’embrasse comme un Frère…

Alain

J’APPELLE ROBERT


J’APPELLE ROBERT

Arrivé à quai, essoufflé à force de chercher à rejoindre la voie hôte

en corps tremblant

je me vois penché à la surface de la rivière

Narcisse dans ses eaux

d’un même cri appelant Robert le Joker de l’animateur

en demandant au cygne de me rendre

ma place au lit

Robert balance entre deux

c’est du lourd déclare l’oiseau

et finit par passer la tête à la bretelle

tout sourire

s’avance aux demains.

Niala-Loisobleu – 10 Juin 2021

CONFIDENCES D’UN CONDAMNÉ PAR JACQUES PRÉVERT


CONFIDENCES D’UN CONDAMNÉ PAR JACQUES PRÉVERT

Pourquoi on m’a coupé la tête?

Je peux bien le dire maintenant, tout s’efface avec le temps.

C’était si simple, vraiment.

J’étais allé passer la soirée chez des amis mais il y avait beaucoup de monde et je m’ennuyais.
A cette époque j’étais un peu triste et j’avais facilement mal à la tête.

Cette atmosphère de fête m’irritait et me fatiguait.
Je pris congé.
La maîtresse de maison me prévint que la minuterie était détraquée et que l’ascenseur était en panne lui aussi.


Je peux vous faire un peu de lumière, attendez.


De la lumière, vous plaisantez, lui dis-je, je suis

comme les chats, moi, je vois clair la nuit.


Vous entendez, dit-elle à ses amis, il est comme les

chats, c’est merveilleux, il voit clair la nuit.
Pourquoi avais-je dit cela, une façon de parler, une

phrase polie et qui se voulait spirituelle, dégagée.
Je commençais à descendre péniblement les premières

marches de l’escalier et les petites barres de cuivre du tapis faisaient un bruit curieux sous mes pas qui glissaient.

J’étais dans une si noire obscurité que j’eus d’abord envie de remonter et d’appeler.

Je fouillais d’abord mes poches, mais vainement, pas d’allumettes.

Je m’assis et réfléchis, à quoi, je ne sais plus, j’attendais peut-être que quelqu’un vînt à mon secours sans, bien entendu, savoir ou deviner que j’avais besoin
d’aide.

Me relevant péniblement et ne trouvant pas la rampe, je me heurtais violemment contre un mur et me mis à saigner du nez.

Cherchant dans mes poches un mouchoir, je mis enfin la main sur une boîte d’allumettes avec, fort malencontreusement, une seule allumette dedans.

Je rallumai avec d’infinies précautions et, cherchant une nouvelle fois la rampe, j’aperçus d’abord dans un miroir, sur le palier de l’étage où je m’étais
arrêté, mon visage couvert de sang.

Et ce fut à nouveau l’obscurité.

Je me trouvais de plus en plus désemparé.

Soudain, étendant au hasard, à tâtons, la main, je touchai un serpent qui se mit à glisser.

Charmante soirée.

Ce serpent, c’était tout simplement la rampe que par bonheur j’avais retrouvée et qui rampait doucement sous ma main qui venait d’essuyer mon visage si stupidement
ensanglanté.

Je me mis alors à rire : j’étais sauvé.

Et comme je descendais allègrement mais prudemment, je fus tout à coup renversé par quelqu’un ou quelque chose qui, à toute vitesse, lui ou elle aussi, descendait en
même temps qu’une petite flamme, sans aucun doute celle d’un briquet.

Me relevant encore une fois, je marchai à nouveau dans le noir, mes deux mains devant moi.

Ces deux mains rencontrèrent le mur et le mur céda…

Ce n’était pas le mur mais une porte entrouverte.

Soudain de la musique et de la lumière venant des étages supérieurs !

Sans aucun doute des invités qui, à leur tour, descendaient et que la maîtresse de maison accompagnait, un flambeau à la main.

Vraiment, je ne savais où me mettre et ce n’était pas une façon de parler; aussi, profitant de cette porte pour me dissimuler, je pénétrai plus avant, quand tout à
coup, dans la lumière qui grandissait, je découvris un corps étendu à mes pieds.

C’était le corps d’Antoinette.

Elle était là, couchée, les yeux ouverts, la gorge aussi.

Antoinette avec qui j’avais vécu si longtemps et qui, le mois dernier, m’avait abandonné.

Antoinette que j’avais suppliée, que j’avais même menacée.

Je ne pus retenir un cri.

De terreur, ce cri et de stupeur aussi.

La maîtresse de maison, les invités se précipitent, des portes s’ouvrent, d’autres lumières bientôt se mêlent à la leur, portées par d’autres locataires
déshabillés, terrorisés et blêmes.

Beaucoup de temps déjà s’était écoulé depuis que j’avais pris congé et j’étais là, muet et couvert de sang, hagard comme dans les pires histoires.

Près du oorps de mon amie perdue et — en quel état — retrouvée, sur le parquet, une lame luisait comme un morceau de lune dans un ciel étoile.

Dans chaque main tremblante une lumière bougeait.

Présence inexplicable ou bien trop expliquée.

Vous voyez d’ici le procès : le pourvoi rejeté, le petit verre, le crucifix à embrasser et encore comme une lune, le couperet d’acier.

Que voulez-vous, mettez-vous à ma place.
Que pouvais-je dire, que pouvais-je raconter?
J’avais passé un trop mauvais quart d’heure dans les mornes ténèbres de ce noir escalier et j’avais eu la folle imprudence d’affirmer : je vois clair la nuit, moi, je suis comme
les chats.

Qui m’aurait cru alors et sans me rire au nez ?

Oui, j’en suis sûr, on m’aurait ri au nez pendant de longues, de trop longues années à mon gré.

J’ai préféré me taire plutôt que d’être ridiculisé.

Jacques Prévert

Surviving – Kaz Hawkins


Surviving – Kaz Hawkins

Tant de gens disent de se taire
So many say keep quiet

Tant de gens pensent qu’ils savent
So many think they know

Tant de gens passent inaperçus
So many go unnoticed

Tellement de gens ne grandissent jamais
So many never grow

Se réveiller chaque jour avec quelque chose
To wake each day with something

Pour se réveiller chaque jour avec toi
To wake each day with you

Se réveille dans la peur de l’amour
Is waking up in fear of love

Pour tout ce que tu pouvais faire
For all that you could doMais je survis sans toi
But I’m surviving without you

Je survis toute ma vie à travers
I’m surviving my whole life throughSurvivant d’une douleur
Survivor of a pain

Survivant d’un faux amour
Survivor of a false love

Un humain d’un monde étouffé
A human of a hushed up world

Survivant d’un tort
Survivor of a wrong

Survivre n’est pas pour toi pour
Surviving isn’t for you for

C’est moi qui mène le combat
It’s me who fights the fight

Alors un jour j’espère que tu souffriras
So one day I hope you’ll suffer

Pour mon souffle tu as tenu si fort
For my breath you held so tightje survis sans toi
I’m surviving without you

Je survis toute ma vie à travers
I’m surviving my whole life throughJe survis oh sans toi
I’m surviving oh without you

Je survis oh oui toute ma vie à travers
I’m surviving oh yes my whole life through

je survis sans toi
I’m surviving without you

Je survis toute ma vie à travers
I’m surviving my whole life through

Mais je suis purifié de toutes tes actions maintenant
But I’m cleansed of all your deeds now

Je sais que tu ne sauras jamais
I know you’ll never know

Alors juste pour prévenir les autres
So just to warn the others

C’est à mon tour de dire et de montrer
It’s my time to tell and show

La cavalière indemne de Gabrielle Althen


La cavalière indemne de Gabrielle Althen


L’ISOLE

Le ciel sans offre jette son mur de maison nue devant ton front. En contrebas s’agitent des nœuds d’oiseaux labiles et la charité des hommes qui glisse sur leurs mains d’échange. Le paysage que tu as tant aimé s’est déversé ailleurs où s’achève le pain et les paroles à saisir au vol sur la sinuosité vive des lèvres.

Et toi, pauvre de toi, qui te sens si souvent fils d’une maison vide, et qui t’es tu, jusqu’à ce que l’absence de messages d’un ciel lavé de ses figures ne délimite plus le temps, tu ne sais si tu pourras longtemps habiter plus haut parce que ton âme, que tu voulais retenir, à demeurer trop silencieuse s’est gonflée de son bruit naturel et de tonnerre, et que nous nous plaignons de supporter très mal ce rapt d’ententes et d’horizons.

Gabrielle Althen