DÉNONCIATION DU CORPS


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DÉNONCIATION DU CORPS

Corps où les doigts, les femmes laissent, blanches, cent empreintes, où le goût du thé longe l’empire de la . jambe, où tu vins, comme un laitier sans cri, sans
nervures, libérer mon jade, mon corsaire.
Nous fûmes ce que nous fûmes.
Ton récit de trains et de roses, je le suivais, neutre et attentif.

Apparut nu celui qui parle, et glissent en moi l’arbre colorié, la haine alanguie, l’étui fourré de menthe; rêve en moi l’encre possessive (et ses fragments, ses
incertitudes, ses continents, ses fracas, ses contemplations mates); je serre ton corps, qu’importe, le vois de la jambe à la jambe, le sais là de tous ses os, de toutes ses
vieilleries, de tous ses organes sans nom, évanouis, essentiels pourtant.

Rompre, et pampre, ou pourpre.
Et pourquoi ce clair-obscur?
Pourquoi ce mouvement de la main qui écrit quand hurle celui qui naît ailleurs?
Et parole.
Et parole enfermée.
Tu bouges dans ta peau sans savoir l’aventure du corps.
Tu viens vers moi.
J’essaye de le croire, de l’écrire, de le dire, de le lire.
Ville enfoncée dans les maisons, dans les carcasses.
Tu casses le sang.
Avide, te voici lépreux sous les bras.
Que disions-nous de celle qui nous enveloppe, nous trompe ?
Fardeau de citrons et de socs, ton corps vers l’hiver déchire les linges oubliés, les turbans tachés de rouille, et le sang se répand sous la peau, plus vite, inondation
nocturne, où le meurtre est vain, où les oiseaux plats filent ventre à terre, comme de folles guillotines.

Avare, tu parles, tu touches toi-même le papier, la peau, l’œil.
Et c’est une lenteur de terre fraîche, de tissu mouillé.
L’obstination mûre des sueurs, le calvaire sec du sang, la jactance insensée des prunelles ; tu tournes vers moi un visage qui n’est pas le tien; les poignets près des cuisses,
les tuiles rouges où des gardiens battent des voleurs…
Dans mon bras, ton poing serre des touffes et des aisselles, des blocs de houille, des seins de neige.
Estaminet sans peuplade ou chambre de chaleur.

Jacques Izoard

L’EPOQUE 2019/47 « LES VILLAGES BLANCS V »


Voici « LES VILLAGES BLANCS V » le quarante-septième de cette nouvelle Epoque 2019 avec BARBARA AUZOU.

C’est un travail à quatre mains , merci d’en tenir compte dans vos commentaires et vos like. 

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  L’EPOQUE 2019/47

« Les Villages Blancs 5 »
Niala
Acrylique s/toile 65×54

 

On a lavé nos cœurs dans la rivière

Tu avais des poissons entre les seins

Qui coulaient de bonheur. J’avais

Le sens de la quête et un goût du bâti certain.

Notre maison serait ouverte sur la mer

Les arbres s’y inviteraient par les fenêtres.

Les versants du relief y seraient adoucis

Et au-dessus de cette innocence retrouvée

Se balanceraient les fruits et les preuves de la vie

À la coupe de nos gestes.

Je crois bien que c’est à l’aube de nos mains

Quand point le premier soleil

Que l’on conçut dans un sourire l’idée

D’un enfant buissonnier

Abeille d’un escalier perpétuel qui sait

Ce qu’aimer veut dire

Et voleur amendé de figues et de raisins.

 

Barbara Auzou

PASSAGE


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PASSAGE

 

La toile éteinte en corps tremblant de l’épopée tapisse la clameur vivante

entre deux rives un tourbillon défie la traversée

Le chemin par la route est plus long mais il ne raccourcit pas l’arrivée.

 

Niala-Loisobleu – 8 Septembre 2019

 

CORPS SOUS LA PEAU, CORSAIRE


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CORPS SOUS LA PEAU, CORSAIRE

Jette les boules de vêtements

(vêtements de
Victor ou d’Arthur)

dans l’eau de pluie, lave

le corps d’un voleur endormi.

La peau sans géographie,

peau pâle, papier sans âme,

peau d’ange sans regard.

Cheminement lent des billes

sur le tambour tendu du cœur.

L’Angine et l’Aéroplane

unissaient leurs destins.

J’étais fille, je touchais

la vie d’un garçon bleu

sous l’abîme et le col.

Jeunesse, passe muscade.

Monsieur, vous n’y arriverez pas,

je suis trop jeune;

il faisait le mort, je posais

mes lèvres, mes rêves

sous sa peau immense,

et la salive du lilas

enrobait nos tumultes,

nos luttes lacérées,

le gel soudain de nos cris.

Me dit-il.
Me murmure-t-elle…
Lilas pointus sous les ponts en chemise.
Chêne vierge sous l’eau de
Meuse.
Et nous bénissions de nos mains nues les sorciers en capuchon, qui geignent, peignent les trottoirs, déchirent les joues des petites filles légères.
Où souffle un feu noir, caresse les grands rats amis, les longs crocodiles de menthe, et tous les véhicules ensablés, les totems anciens qui craquent.

Chambre du conseil: les oiseaux y cherchent le grain, l’eau vive et le sommeil. Étudie leur savoir, leur plumage.
Arrache un seul miroir; la foudre, alors, avec ses chapelets de buis secs, ses couteaux, écartèle un pantin de pleine terre.
La chambre est un grenier de cerises, où l’on fauche à grands coups le sommeil des renards.

Herbes.
Irène.
Spa.
Ciguë.
Et que siffle un sifflement d’eau lisse à l’assaut des talus, des monticules.
Herbes à satiété pour cacher les sosies des voleurs de grands doigts.
Les bouleaux enfarinés ont le cœur très tendre.
La mort meurt toujours.

La langue allonge.
Ou bascule dans les mots.
Aplomb bleu des sarcelles.
Longe le bras très long d’un géant mangeur d’herbes.
Imite aussi le franc parler des oiseaux, des mille oiseaux que l’aube délivre.

Le petit pouce accueille l’empreinte, l’onguent bleu.
La faux coupe l’herbe et le gaucher connaît l’inverse, la récidive, le clos de l’œil qui fixe l’autre moitié du corps.

Vélo rêvé des rouilles, feu troué des manœuvres.
Je visite le dé menu des dents et des phalanges, rompant le corps, l’arbre.
Et la main sur la main cache le pesant lingot, la rivière pétrifiée.

Château d’haleine posé sur le sein d’une fille très belle.
Les joues.
Les jambes.
Tout le corps glisse dans l’arbre creux.
Mais le fourreau serre la langue du bouffon noir.

Que celui qui m’épie

demeure dans le puits

sous la maison creuse !

Peut-il toucher le gel

couvrant le corps entier?

Je l’aime comme on aime

un jardin foudroyé.

Chargement de sabots et d’épées,

cri sourd des cagoules…

Le lierre quitte

les maisons qui s’écroulent

et cherche le cœur secret

de la ville qu’on détruit.

Me touche la voix basse

du gel et de l’absence.

Et je serre contre moi

l’anneau de cheval bleu.

Erre d’île en île.
Toutes les rues du citron, la fraîcheur les capture.
Le voleur volé marche à pas légers de thé.
Nous feuilletons l’album des pâles photos d’antan.
Nous avons cent ans.

Jette un arbre entier dans le puits sec et vide.
Tu verras cent oiseaux faire boule de bleu dans la chambre immobile…
Passe ton chemin, vendeur de clous et de pals !

Écriture en bombance, en folie.
Petits mots battus, penauds.
Petits cris, petits murmures.
Le fil de l’encre éclaire le parloir des paroles.
Et siffle, salive !
Un paquebot échoue dans le juillet des jardins.

Et fourbe avec la poix que l’horloge encense.
Pieux dès le matin quand le linge amoncelle nos rêves hissés très blancs jusqu’au sommet du corps.
Me voici comme obscur avec les taches d’encre d’un sommeil très profond.

Dix mille muscles.
Et l’eau jaillit.
Mémoire s’effondre.
On ne sait dire le sang qui file.
Salive et suc sont belles caresses.
Mais cent mille nerfs lacèrent la peau.

Petit amandier des lèvres, demeure dans mon haleine, donne à chacun de mes mots l’amer désir de mort.
Celui qui court sans rêve touche le cœur des oiseaux, le vent, l’amandier, l’embellie

Œufs hôtes, œufs très ronds, vivez en moi longtemps.
Nous amputons la rivière de son flux le plus dur.
Dans l’herbe très lisse naît le membre immédiat.

 

Jacques Izoard

ENTRE LEURS DRAPS BLANCS 4


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ENTRE LEURS DRAPS BLANCS 4

 

Le soir montre ses épaules nues, les deux bretelles causant comme du minerai s’apprêtant à quitter sa gangue

sur fond rouge

Les murs du clos courent comme des lucioles

le papier-peint lui conte à voix-haute les idées les plus folles de fantasmes tombés en pétales

un peu

beaucoup

passionnément

à la folie

Pas du tout dérangé

Un sang attendu monte au pouls.

 

Niala-Loisobleu – 07/09/19

L’EPOQUE 2019/46 « LES VILLAGES BLANCS IV »


Voici « LES VILLAGES BLANCS IV » le quarante-sixième de cette nouvelle Epoque 2019 avec BARBARA AUZOU.

C’est un travail à quatre mains , merci d’en tenir compte dans vos commentaires et vos like. 

les villages blancs 4

L’EPOQUE 2019/46

« Les Villages Blancs 4 »
Niala
Acrylique s/toile 65×54

 

Il faudra bien encore

Que je te peigne les couleurs

À te rejoindre dans les yeux

Par beau temps et l’enfant

Trop conscient du complot

Les lézards sur les murs

Qui font des ombres démesurées

L’indifférence sur les cœurs et sur les corps

Et puis la chaux posée sur les nuits rudes

Les oiseaux placides nés de mes oiseaux foudroyés

Mes pensées amères emportées à grands coups d’ailes

Vers des villages blancs et nus.

 

Ô ma lucide

Sans détour je te dénude

De tous tes âges

Le pinceau dans la peinture

Tu ne seras pas de celles qui s’habituent

Et déjà tu as moins peur

De ce qui, interdit d’amour,

N’en s’aime que davantage.

 

 

Barbara Auzou

OBLIVION


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OBLIVION

Aux paroles des derniers pas, la glisse en corps, j’enfouis ma voix contre le caillou de ma poche ouverte sur l’horizon

le vélo seul sur la piste invite le cheval pour une reconstitution d’un Vel d’Hiv bannissant la rafle

et la boule se perd dans un noir où s’écrasent les mégots en ronds de fumée

Reste cette odeur de transpiration du dernier tango accrochée aux lames du parquet

La voix de poche converse entre deux danses  sans rien noter au carnet de bal, ton oreille s’est invitée pour se rassurer

Non tu n’as rien de l’oubliée

Le bandonéon te rejoint se coucher, il y a le mouvement du lit que fait la mer en caressant le quai pour garder la conversation ouverte

la mer lâche ses îles comme les bulles de savon destinées à canonner l’apparat du lucre

On voit la maison au creux de l’Arbre à Soie tenir son herbe au matelas de sable

L’ombre s’oublie.

Niala-Loisobleu – 06/09/19

 

 

ENTRE LEURS DRAPS BLANCS 3


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ENTRE LEURS DRAPS BLANCS 3

 

L’oeil en décalage avec l’environnement je vais dedans en laissant voir mon en dehors, la douce torpeur qui me ceint les riens joue piano piano

être un gland apporte des sensations tendres

je regarde l’écureuil sans chercher à lui prendre sa pitance

oui il a tout son temps

la flamme rousse qu’il déplace éveille

Soulevant la brume j’ai trouvé ton soleil enveloppant q m’apercevant que tes seins m’étreignaient pour me protéger du froid matinal

j’ai pas retenu le retour au demi-sommeil

faut dire que t’avais les jambes qui dépassaient pour m’empêcher de sombrer

on a marché jusqu’au marchand de gaz pour prendre une bouteille et comme il n’y avait qu’à traverser la rue on a rentré à la pharmacie. Me voilà équipé pour le mois

Ne gardant que les matins bleus de ta présence j’ai dit quel bon jour….

 

Niala-Loisobleu – 06/09/19