3 réflexions sur “MATIERE A

    • APOTHÉOSE

      A la quête de mes pas

      dans la chaleur du temple mal circonscrit d’une cicatrice

      cette distance qui toujours s’accroît

      la mauvaise herbe de ma lumière

      tout ce que j’ai pu ronger de mur (diaphragme à chaque

      point du jour que fait l’holothurie)

      minute il me tombera des pépites et des nids d’hirondelle il me tombera une vague de crotales et d’escarbilles il me tombera cet étui où je cache ma dent de sagesse

      ce paquet de feuilles qui m’empêche d’entendre dans le

      camouflage féroce de ma sueur indivise

      lorsque l’on gaule des noix dans les champs toujours bleus

      des terres importées par le déluge

      dans un semis de cloaques

      parmi les enfants de chœur de la moraine

      sous les dagues de nacre dont on marque les fronts et les

      cornes de l’éther qui chantent jusqu’aux prunelles

      II en tombera un gâteau de tsé-tsé pour le
      Te-Deum

      une carcasse couchée dans le sable

      une aigle impériale des menottes un collier de verroterie

      il en tombera assez pour faire monter le cours de la
      Tamise

      et un cacatoès pour le pape
      Il en tombera toujours quelque chose un indicateur de police un sacristain un poteau téléphonique un clou de girofle

      Allons-y pour l’oraison d’une poussière de calcédoine pour la feuille morte pour la rive buissonnière d’un sang mal dissout pour les faunes réinventées à la
      mauvaise chandelle du tigre qui brûle tant bien que mal à partir de l’empreinte

      Il en tombera un hareng-saur

      Pourquoi espèce de nom d’un scrupule ne pas faire suer et resuer le temps placide pour qu’il en tombe tous les pots de vin de notre sang sur la terre enfin saoule et la parole bien claire
      son tonnerre

      Aimé Césaire

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