3 réflexions sur “Simone Bartel – Le Bal de Meudon (1960=

  1. 52
    A merveille le passage augural dépasse la plaie
    Faire qu’il ne dépasse pas la mesure
    On ne sait plus rien du soleil quand il fait nuit sur les murs
    Et j’ai dans mes poches des carnets de bal exclusivement héliotropes…

    Aimé par 1 personne

  2. OUÏ DIRE

    Le poète de profil

    Le poète à l’équerre de corps et d’ombre sur les seuils

    Le poète
    Gulliver qui retrace un roncier d’hiver avec

    la pointe de
    Hopkins
    Ou décroît pour accorder l’herbe au zodiaque avec

    compas de
    Gongora
    Génie des contes perses car il refuse l’indifférence

    Il entretient la lymphe bleue dans le réseau des ormes
    Veille zêta epsilon delta d’Orion sur la branche basse Œil triple posé de witch witch witch
    Qui s’envole constellation subtile de corbeaux

    Il est ici pour inventer quelque chose d’aussi beau qu’un mot saxifrage inventé par personne

    S’il cherche un trésor il le trouve

    (Imagine un poisson cherchant un poisson dans l’obscurité des mers…)

    Quand il revient parmi nous dans la transparence

    d’hiver où les choses sont des lignes
    Quand il rouvre le filon des couleurs à ciel ouvert
    Quand il revient sur l’étroite digue hospitalière et

    Et quand poussé aux épaules par
    Comme un transféré
    Il longe la rivière invitée au moulin
    Le coq sa crête de lilas son cri à travers


    L’aveugle

    Il se gante de saule

    Il endosse la rivière

    Et voici tâtonnant

    Sa main prolongée

    S’avance dans un monde étrange
    Il se hâte vers le désert
    Un plateau où la flèche est

    gnomon
    Le vide est sa force
    Le soleil passe comme un anneau

    nuptial
    Entre les arbres généreux il appartient à la déception Émigré que scalpe un âge il travaille pour une absente

    sous ses pieds qui dort quand il se lève
    Pour regagner l’absente de son pays qui veille quand

    il dort
    Le temps est celui qu’il n’a pas de penser à elle

    Il émigrait l’hiver dans les branches pieuses

    L’hiver d’une seule manière multipliée

    — les os les mots l’amplitude les pas les voix l’espace

    occupé les voyages la justice —

    Épiant le visible où les figures muent

    Il émigrait faune serrant un pipeau de veines

    Syrinx étouffée les vaisseaux creux ramassés devant soi

    Où le sang prolonge sa peine
    Le cœur venait contre l’oreille

    On veut le faire roi !

    La clientèle des vents le serre
    Les cris le portent

    Toute voix veut à nouveau se faire entendre
    L’hiver expose lés litiges
    Un groupe de fleurs attend son tour
    Il y a ces écrouelles de lisière
    II y a ces ruines
    Un joug un front de buffle brûlé

    Qui t’a fait ruine?

    La crase des mains apaise droite et gauche

    Une pierre attendit cent mille ans
    II exauce le silex

    Un jouet d’ébonite sur un sillon quoi d’autre

    Car les adunata quittant le rêve atterrissent

    Tout le réel est possible

    Les fables parlent comme des animaux

    Ombre de
    Virgile devenue voix de
    Virgile

    Voix de muse devenue désir et obéissance

    Je te suis écoutant la plainte donnant voix à

    l’enfer fraternel
    Je t’écoute ta voix décapitée

    attentif au silence continue sous le treillis pareil au

    vengeur qui canne la vengeance

    Je reconnais la souffrance grâce aux lieux
    L’herbe ici n’a pas crû
    La bête est restée
    Toi je t’écoute
    Que dis-tu de ta saison?
    Je descends la vallée partageant

    Une feuille
    Remonte vers le village

    Les stères d os rassemblez-les au feu
    Le tort?
    Mais l’homme vous donne la place
    Les oiseaux ont des chemins
    Qu’on relève cette borne
    L’eau qu’elle se dessèche en cette place usurpée
    Dénouez les andouillers des acacias lutteurs
    Retirez doucement le bleu cosmos
    Qui s’est pris aux pals d’hiver

    Les fleuves la perspective

    Les versants le fagot des chemins

    Il guide vers un lit de syllabes

    Le vent est son fouet

    Il favorise la transhumance des terres

    Appelle bruit le grondement des sols

    Longeant l’arc où le ciel

    A centré ses lumières

    Cyprès de paroles alors

    Se dressent et oscillent

    Par ceux qui marchent ici comme dans galerie à ciel ouvert (parois d’ormes piliers de grès sol de terre ciel de ciel) par ceux qui disent

    Voici lisière

    Le monde avait besoin d’être annoncé

    «
    Le royaume est semblable au chemin par exemple

    Extérieur au mur bas du château grillagé

    Le royaume est semblable à ce lieu

    Qui a besoin de parabole pour demeure »

    Un homme las du génitif et las

    De l’histoire du même divisé contre lui-même

    — ô femmes répudiées —
    Portant les faisceaux du savoir
    Mais en forme des faux sur le champ

    Apostrophes sur les tempes

    Près des bêtes tachées qui mourraient jusqu’au bord

    Le vent repasse
    Par des chenaux sans métamorphoses
    Un géomètre le soleil reprend les verticales

    Phares lents d’ombre

    Quel est ton héritage?

    Entre audience et décret le suspens

    Royal comme la dot des
    Phéaciens

    L’accueil à mots couverts de ressemblance errante

    La vengeance son change en manne

    Le remembrement des tropes

    Le baptême des noms après les noms

    O mer limitée!
    Ignorance des ronces!
    Sous les paupières nous nous rapprochons
    Pour parler en secret à son insu à mon insu
    Je prends le masque de la terre sous la peau
    L’herbe envahit mes os

    Barque exaltée en pavois où le corps
    Se vêt de l’impatience qui lui ressemble
    Et sa pensée alors conduite aux entrailles
    Connaît ceci :

    Profond mime du départ

    L’artère émue le bras

    L’os étrave à sillage de sang

    Syntaxe comme
    Varies

    Au laps d’engagement

    Lit de justice entre

    Ce qui monte et ce qui vient

    Psyché double où les entrailles

    Font le tain pour les arbres

    Et pour le sang le phosphore des

    Visage comme il sort des broussailles

    Dédoré végétal

    Paré de lichens laid de terre

    Terrestre un paysage avec jachère

    Du chaume ça pousse

    Ainsi la peau c’est le sol

    Les yeux coulent encaissés
    Passage de l’âme en ce défilé
    Remontant de la perte à fleur d’être
    Fontaines comme à
    Vaucluse
    Inattendus paisibles
    On les voyait passer tout le jour
    Presque sans bruit

    Des maux secrets comme des hauts-fonds
    Nous guérissions sans les connaître
    Parfois au verso des paupières
    Dans les plis de l’aveuglement
    Les veines d’une vierge prévalent

    Et comme il y a rivière il y eut corps à genoux
    Les cailloux affleuraient le derme rapide Éburnéennes apophyses sondant l’eau tendue
    Ou pliée remontent vers la source

    gestes des amants
    Et rythme de leurs feintes
    Portés sur larmes aux longues tiges
    Les amants froids tournent la face à leur chaleur
    Et comme d’un feu l’hiver ils s’éloignent insuffisant

    Ceux que le deuil adoucit
    Vieillards devenus poètes au soleil
    Confiants dans l’hiéroglyphe ici
    Comme d’avoir mâché une herbe
    Qui change l’amitié même

    Fonte en retour pressée de s’infiltrer
    Pareille à la foule des âmes que son grand
    Nombre attarde une par une triée vêtue
    Mais vers le visible où les morts remontent
    Et nous devant la terre dressée attendant
    Ainsi notre tour comme si là-bas pouvait
    Nous absorber la lumière

    Il est divers miroitements

    entre le derme incisé des champs Échange et

    le visage aux couloirs de vent

    Emboîtement les rues s’encombrent comme l’ancien parvis

    car les hommes agencent un gigogne

    Tout se tolère et se juxtapose nombres et hortensias
    Les bleus et verts dans le spectre du jour
    Cependant que du balcon parfaitement mobile
    Véloce l’homme arthropode se penche à travers
    L’âme à facettes sur toutes choses

    L’homme héliotrope
    L’homme anthropoïde

    Voleur mal assuré qui tend sous les arbres son dol
    Homme dans l’âge qui penche sous un seuil

    L’homme peut-être étant

    L’homme peut-être lisant

    En chaque ce qui est ce qu’il est

    Bêtes son bestiaire feuilles son herbiaire jour son diaire

    Jubarte épervier tortue lynx

    Et mangouste il résume

    Son blason ses armes la terre héraldique

    Homme invisible l’homme

    Tâte le vert qui s’interpose

    Il descend quand le ciel le précède

    L’homme demi-sang

    Hissé dans le van terrestre

    Il blesse l’homme

    Il laisse sa momie parler sur son silence

    Fatigue
    Jachère
    Le deuil nous conduit «
    Tout » revenait comme un setter
    Dans les phrases des enfants

    Quand le vent pille le village

    Tordant les cris

    L’oiseau

    S’engouffre dans le soleil

    Tout est ruine

    Et la ruine

    Un contour spirituel

    Soufflet de nuit baguée contre la joue
    Le haut du haut descendit dans les places

    Tout vient nuisible
    Et proche heureusement

    L’arbre éclaire les tempes du ciel
    Le cheval engloutit la source
    La couleur prend sur les animaux
    Laissant l’homme

    Ma vie

    Le mystère du comme

    Puis l’ombre se fait lumière

    Les jours ne sont pas comptés

    Sachons former un convoi de déportés qui chantent

    Arbres à flancs de prières

    Ophélie au flottage du temps

    Assonances guidant un sens vers le lit du poème

    Comment appellerons-nous ce qui donne le ton?
    La poésie comme l’amour risque tout sur des signes

    Les pierres mises aux fers

    Un s’élève dans la maison
    Bruit de femmes déchirant les taies
    Et raies dans l’aquarium des peintres
    En poulpe les veines sur le divan jusqu’à l’anus
    L’eau joviale à côté du sommeil tandis que

    Prévenu par l’âme prise

    II lègue ses derniers moments

    Le cygne dressé
    Recommence à parler
    Poète qui préfère
    Dire comment c’est
    Ronde des choses
    Par les doigts du génitif
    Sorite du poème

    Michel Deguy

    J’aime

Les commentaires sont fermés.