NOTRE JARDIN BLEU 5


 

NOTRE JARDIN BLEU 5

 

Puisque tu me regardes

Tu sais que les ombres qui s’attardent

Ne peuvent rien contre nos plus fiers chevaux

Lancés à l’assaut de la clarté apaisée

Et que le sabot au sablier

Comme des enfants de grand sommeil

Nous sommes partis pour rester

Par le murmure et le reflet

Fidèles aux fruits vermeils

Et à l’eau volage déroutée

De son lit convenu.

 

 

Puisque tu me regardes d’un oeil nu

Comme une fleur retournée sur la fraîcheur de la terre

Tu sais comme la beauté mène l’obscur à la lumière

Et que rien ne peut la déranger

Qu’un coeur martelé d’un savoir obtus

Porté sur des couches de vêtements usés.

 

 

Le jardin bleu a franchi la fenêtre de la chambre

Comme on s’ajuste aux choses de toujours

Et le ventre des collines a revêtu son ambre

Pour enjamber la margelle du jour.

 

 

Comme un grave écho de toi

Attendant son retour

Regarde-moi.

 

 

Barbara Auzou

 

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NOTRE JARDIN BLEU 5
NIALA/2018
Acrylique s/carton toilé 46×38
Encadré

NOTRE JARDIN BLEU 4


NOTRE JARDIN BLEU 4

Et nous nous sommes éveillés

dormant encore sur l’élan

de la liberté des corps

au jardin bleu érigé contre

la ferraille usée

des passagères rencontres

qui laissaient un goût de sang

à nos bouches éprouvées.

J’ai planté mon âme

au coeur de tes rosiers anciens

qui dessinaient les ruelles artisanes

de notre Eternel besogneux;

 tu t’es niché au creux

de l’asile transitoire

que racontait cette histoire

d’eau libre et de feu.

Au bleu pavot du matin,

nous avons mis en dépot dans nos mains

jointes

l’oiseau chaud de nos poumons

nous promettant que son vol n’emprunte

jamais la triste artère du commun.

Barbara Auzou

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Notre Jardin Bleu 4 – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 61×46

NOTRE JARDIN BLEU 3


NOTRE JARDIN BLEU 3

 

Nous avons rangé dans nos poches

la perle corrompue

des saisons et celle du sens de la fête

versée dans l’abus,

la fausse épaisseur

et les clameurs inouïes

lancées vers l’idole d’une heure

promptes à vous faire une vie parfaite.

Nous n’avions pas d’idole mais toute une vie

pour entourer les pierres d’une tendresse particulière

et accrocher comme on aime

nos yeux aux boutons ouverts

de la fleur rescapée de l’indifférent système.

Notre jardin bleu est de ceux où l’on sème

la contemplation muette et le chant de nos oiseaux

résonne de branche en branche

sans se cogner jamais aux couloirs du dimanche

et à ses familiales querelles.

Notre jardin de fortune promet le cadeau

de fruits ronds frissonnant encore de leurs eaux

et nous les déposons aux paumes de la lune jumelle

qui couche son lit à l’ombilical de nos rêves

entre la fraise, la menthe, et le persil.

Il arrive qu’on y croise la nuit

les blanches grand-mères de nos enfances

et on les regarde reprendre leur danse

ravies.

ô Marthe, Louise et Jeanne,

le tilleul frondeur pénètre encore par la fenêtre

pour chaparder la madeleine de vos tisanes.

Barbara Auzou

 

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Notre Jardin Bleu 3 – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 61×46

NOTRE JARDIN BLEU 2


NOTRE JARDIN BLEU 2

Que peut-on pour le monde

sinon nous promettre d’arracher

ce que l’on est à son fantôme froid

et notre cheval clairvoyant est rentré

à l’écurie peiné , boitant, mais droit

par la porte à deux battants

ouverte sur sur ce grand tout aux cendres retombées

sur le végétal à jamais innocent.

Nous resterons silencieux à soutenir notre effacement

par les yeux

par la peau

par ce peu de mots clairs

arrachés à la mâchoire immonde

et la main se souvient et dessine

la saison des corps sous le feu nomade

qui se balance à l’amble de l’abri sédentaire.

Les coqs déboutés de leur faconde et de leur fortune

saluent maintenant comme des métronomes

nos nuits de plumes couchées sur papier de verre.

Notre jardin bleu est un oeuf de lune

dont nous habitons le jaune.

Barbara Auzou

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Notre Jardin Bleu 2 – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 61×50

NOTRE JARDIN BLEU 1


NOTRE JARDIN BLEU 1

 

Au bout de la route franche

qu’on ne foule que de l’âme

sur les courbes de l’unité et de la spontanéité du geste

se trouve un jardin bleu dont la hanche

tremble comme une mariée aux pieds nus

et qui s’émeut de la caresse

d’écume à ses cheveux et de la rondeur

de ses larmes quand le gant de lierre

qu’elle retourne la détrousse dodue

de ses solides trésors d’enfant

tressés sur les mystères

d’un rire innocent.

Les arbres déroulent leurs feuilles au flanc

d’un tendre abri. Que célébrer sinon la vie

et la pensée que l’on existe maintenant

la fleur le sein le fruit en leur juste poids

les mousses de la douceur sur le velours de l’appui?

L’azur croît pour soutenir la lumière

des mains réciproques qui s’enroulent au hasard

saisonnier des moissons à venir.

Des greniers de la peau qui s’étonnent encore

de leur réserve de sel s’échappent des bourgeons de rires

et quelques boutons d’or.

Barbara Auzou

 

 

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Notre jardin bleu 1 – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 61×46

 

LA TABLE A PIERRES A EAU


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LA TABLE A PIERRES A EAU

Roulant le chevalet sur la droite du tapis, je dresse

Une table à Pierres à Eau

L’eau roule

Dessein qui s’anime

Des hanches l’escalier-roulant-vertébral monte et descend les demies-sphères de l’assise

Les tréteaux du théâtre de tes jambes sont plantés

Je vais entrer en scène…

Niala-Loisobleu – 04/09/18

PIERRES D’EAU


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Toile en cours 61×46 – Niala 2018

 

PIERRES D’EAU

Pâte laissée au bord

tes doigts puisent d’eau

la couleur transpire

Bateau-maison d’aisselles

résidence  embouchure

qu’un estuaire confluente

Ces

Pierres

là avancent

nouvelle vision

comme aqua r’ailes en vie d’un épisode en cours

flux val

au 3 de 7 t’ambre d’un an de grâce à part

N-L – 03/09/18

LA MAISON QUI S’APPRÊTE


 

LA MAISON QUI S’APPRÊTE

C’est un chantier silencieux et louable

qui se bâtit en coulisse

et dans la régulière scansion

de la maison qui s’apprête,

bât le pouls en excès raisonnable

et sans malice

sur des viscères au diapason

et au secret de ce qui se projette.

Vecteurs de ventres vierges

à contrer les errances revenues

de leurs prisons successives,

les corps ploient comme des arbres ivres

de soleil aux artères traversées d’expérience.

Au bout de la route effacée

reverdit le terrain de l’enfance

regagné pas à pas sur l’ignorance

à qui l’on a donné un nom.

Et on reste là à écouter

le rouge battement

d’une terre qui donne raison.

Barbara Auzou

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La Maison Qui S’apprête – Niala  –  2018 – Acrylique s/ toile. 61×46

PLEINE EAU


A2-Niala 112 COPIE 2 (2)

PLEINE EAU

Le cri d’un coq traîne par les rues vides, dans cette chaude après-midi de juin où il n’y a personne.
Le silence, profond comme un grenier à blé abandonné, gorgé de chaleur et de poussière.
Quel désœuvrement sous les voûtes basses de ces tilleuls, sur ces marteaux de portes où bâillent mille gueules de bronze !
Quel après-midi de dimanche distingué, qui fait rêver de gants noirs à crispins de dentelles aux bras des jeunes filles, d’ombrelles sages, de parfums inoffensifs, des
steppes arides du cinq à sept !
Seul un petit nuage, alerte, blanc, — comme le nageur éclatant porté sur l’écume ombre soudain de stupidité la foule plantée sur la plage — couvre de
confusion tout à coup le paysage endormi et fait rêver d’extravagance au fond de l’avenue un arbre qui n’a jamais encore volé.

Julien Gracq

 

Illustration: L’Eveil des formes encloses (Auto-portrait) – 1982 – Niala – Huile s/toile 100×81 – Collection Laure Calmette