La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Et brûle-moi en vie Il ne peut pas être apprivoisé ou satisfaits Il n’y a pas de pitié Pour ceux qui sont tombés ou pour les faibles L’amour est un vilain mot pour parler
Je ne veux l’aime pas plus Il n’y a rien comme l’homme que j’aimais avant Mais la douleur est réelle confortable Quand tout y a obtenu Les cendres et la fumée, ils ne peuvent pas concurrencer Pas même l’enfer peut prendre la chaleur Je serai glisser hors de mon siège Pour sa flamme
Son amour est comme le feu sur le plancher Il m’a en cours d’exécution pour la porte Mais je serai de retour pour plus rampais De son feu sur le plancher
Il n’a pas d’importance ce que disent ya Vous ne pouvez pas survivre, il n’y a pas moyen Alors ce soir, je vais rester Et jouer avec son feu sur le plancher Voulez-vous jouer avec son feu A l’étage enfant, enfant
Cet amour un peu Ne pas besoin pas de draps de lit ou de satin Rien doux Rien doux ou sucré à boire L’amour est une leçon Vous êtes né pour ne jamais apprendre Et votre âme mendier à brûler
Je ne veux l’aime pas plus Il n’y a rien comme l’homme que j’aimais avant Il y a un panneau au-dessus de la porte Dire sans issue Les cendres et la fumée, ils ne peuvent pas concurrencer Pas même l’enfer peut prendre la chaleur Je serai glisser hors de mon siège Pour sa flamme
Son amour est comme le feu sur le plancher Il m’a en cours d’exécution pour la porte Mais je serai de retour pour plus rampais De son feu sur le plancher Il n’a pas d’importance ce que disent ya Vous ne pouvez pas survivre, il n’y a pas moyen Alors ce soir, je vais rester Et jouer avec son feu sur le plancher Je vais rester Et jouer avec son feu sur le plancher Je vais jouer avec son feu sur le plancher
pour trouver ce peu de terre humaine où sont restées les marques des courses animales passées au travers des pierres. Disséminant ici et là, faines, glands. Ô non, n’ayez crainte je ne vous oublie pas mes paumes de peint, tant d’aiguilles en travaux de lisse du métier en ont tapissé l’odyssée.
Sans autre demande qu’un parlé des lèvres
la nuance insère la teinte de la vibration
au blanc no man’s land d’une virginité
poussant la couleur intérieure à se prononcer
Le silence change de portée
nous amenons nos doigts au coeur de l’herbe à tresser des paniers
La gorge en feu le soleil irradie les vases de verts maraîchins
les lentilles gardent au secret
le temps d’un nuage transbordeur
le ballant désordonné de tes seins
mes lèvres métronomes attrapent la cadence
je ratèle ton ventre de mes dents
pour retenir la senteur de ton creux
L’arbre surgit de temps de poussée
mirliton dépliant sa musique
aux extrémités de ses bras
tranquille
insignifiant
telle cette force qu’aucun pouvoir tramé ne saurait avoir en dû.
Témoignages de mon Univers durant 62 Années qui défilent ici, là, là-bas, au-delà du Monde depuis 1954, sans jamais rechercher par les couloirs des lupanars de la société à putasser pour Plaire.
Vous voyez cette plume ?
Eh bien, c’est une plume…d’ange.
Mais rassurez vous, je ne vous demande pas de me croire, je ne vous le demande plus.
Pourtant, écoutez encore une fois, une dernière fois, mon histoire.
Une nuit, je faisais un rêve désopilant quand je fus réveillé par un frisson de l’air.
J’ouvre les yeux, que vois-je ?
Dans l’obscurité de la chambre, des myriades d’étincelles…Elles s’en allaient rejoindre, par tourbillonnements magnétiques, un point situé devant mon lit.
Rapidement, de l’accumulation de ces flocons aimantés, phosphorescents, un corps se constituait.
Quand les derniers flocons eurent terminé leur course, un ange était là, devant moi, un ange réglementaire avec les grandes ailes de lait.
Comme une flèche d’un carquois, de son épaule il tire une plume, il me la tend et il me dit :
» C’est une plume d’ange. Je te la donne. Montre-la autour de toi.
Qu’un seul humain te croie et ce monde malheureux s’ouvrira au monde de la joie.
Qu’un seul humain te croie avec ta plume d’ange.
Adieu et souviens toi : la foi est plus belle que Dieu. »
Et l’ange disparut laissant la plume entre mes doigts.
Dans le noir, je restai longtemps, illuminé, grelottant d’extase, lissant la plume, la respirant. En ce temps là, je vivais pour les seins somptueux d’une passion néfaste. J’allume, je la réveille : » Mon amour, mon amour, regarde cette plume…C’est une plume d’ange! Oui ! Un ange était là… Il vient de me la donner…Oh ma chérie, tu me sais incapable de mensonge, de plaisanterie scabreuse… Mon amour, mon amour, il faut que tu me croies, et tu vas voir… le monde ! » La belle, le visage obscurci de cheveux, d’araignées de sommeil, me répondit: » Fous moi la paix… Je voudrais dormir…Et cesse de fumer ton satané Népal ! » Elle me tourne le dos et merde !
Au petit matin, parmi les nègres des poubelles et les premiers pigeons, je filai chez mon ami le plus sûr.
Je montrai ma plume à l’Afrique, aux poubelles, et bien sûr, aux pigeons qui me firent des roues, des roucoulements de considération admirative.
Je sonne.
Voici mon ami André.
Posément, avec précision, je vidai mon sac biblique, mon oreiller céleste :
» Tu m’entends bien, André, qu’on me prenne au sérieux et l’humanité tout entière s’arrache de son orbite de malédiction guerroyante et funeste. À dégager ! Finies la souffrance, la sottise. La joie, la lumière débarquent ! »
André se massait pensivement la tempe, il me fit un sourire ému, m’entraîna dans la cuisine et devant un café, m’expliqua que moi, sensible, moi, enclin au mysticisme sauvage, moi devais reconsidérer cette apparition.
Le repos… L’air de la campagne… Avec les oiseaux précisément, les vrais !
Je me retrouvai dans la rue grondante, tenaillant la plume dans ma poche.
Que dire ? Que faire ?
» Monsieur l’agent, regardez, c’est une plume d’ange. »
Il me croit !
Aussitôt les tonitruants troupeaux de bagnoles déjà hargneuses s’aplatissent. Des hommes radieux en sortent, auréolés de leurs volants et s’embrassent en sanglotant.
Soyons sérieux !
Je marchais, je marchais, dévorant les visages. Celui ci ? La petite dame ?
Et soudain l’idée m’envahit, évidente, éclatante… Abandonnons les hommes ! Adressons-nous aux enfants ! Eux seuls savent que la foi est plus belle que Dieu.
Les enfants…Oui, mais lequel ?
Je marchais toujours, je marchais encore. Je ne regardais plus la gueule des passants hagards, mais, en moi, des guirlandes de visages d’enfants, mes chéris, mes féeriques, mes crédules me souriaient.
Je marchais, je volais… Le vent de mes pas feuilletait Paris…Pages de pierres, de bitume, de pavés maintenant.
Ceux de la rue Saint-Vincent… Les escaliers de Montmartre. Je monte, je descends et me fige devant une école, rue du Mont-Cenis.
Quelques femmes attendaient la sortie des gosses. Faussement paternel, j’attends, moi aussi.
Les voilà.
Ils débouchent de la maternelle par fraîches bouffées, par bouillonnements bariolés. Mon regard papillonne de frimousses en minois, quêtant une révélation.
Sur le seuil de l’école, une petite fille s’est arrêtée. Dans la vive lumière d’avril, elle cligne ses petits yeux de jais, un peu bridés, un peu chinois et se les frotte vigoureusement.
Puis elle reprend son cartable orange, tout rebondi de mathématiques modernes.
Alors j’ai suivi la boule brune et bouclée de sa tête, gravissant derrière elle les escaliers de la Butte.
À quelque cent mètres elle pénétra dans un immeuble.
Longtemps, je suis resté là, me caressant les dents avec le bec de ma plume.
Le lendemain je revins à la sortie de l’école et le surlendemain et les jours qui suivirent.
Elle s’appelait Fanny. Mais je ne me décidais pas à l’aborder. Et si je lui faisais peur avec ma bouche sèche, ma sueur sacrée, ma pâleur mortelle, vitale ?
Alors, qu’est-ce que je fais ? Je me tue ? Je l’avale, ma plume ? Je la plante dans le cul somptueux de ma passion néfaste ?
Et puis un jeudi, je me suis dit : je lui dis.
Les poumons du printemps exhalaient leur première haleine de peste paradisiaque.
J’ai précipité mon pas, j’ai tendu ma main vers la tête frisée… Au moment où j’allais l’atteindre, sur ma propre épaule, une pesante main s’est abattue.
Je me retourne, ils étaient deux, ils empestaient le barreau
» Suivez nous « .
Le commissariat.
Vous connaissez les commissariats ?
Les flics qui tapent le carton dans de la gauloise, du sandwich…
Une couche de tabac, une couche de passage à tabac.
Le commissaire était bon enfant, il ne roulait pas les mécaniques, il roulait les r :
» Asseyez vous. Il me semble déjà vous avoir vu quelque part, vous.
Alors comme ça, on suit les petites filles ?
Quitte à passer pour un détraqué, je vais vous expliquer, monsieur, la véritable raison qui m’a fait m’approcher de cette enfant.
Je sors ma plume et j’y vais de mon couplet nocturne et miraculeux.
– Fanny, j’en suis certain, m’aurait cru. Les assassins, les polices, notre séculaire tennis de coups durs, tout ça, c’était fini, envolé !
Voyons l’objet, me dit le commissaire.
D’entre mes doigts tremblants il saisit la plume sainte et la fait techniquement rouler devant un sourcil bonhomme.
– C’est de l’oie, ça… me dit il, je m’y connais, je suis du Périgord
Monsieur, ce n’est pas de l’oie, c’est de l’ange, vous dis je !
Calmez vous ! Calmez vous ! Mais vous avouerez tout de même qu’une telle affirmation exige d’être appuyée par un minimum d’enquête, à défaut de preuve.
Vous allez patienter un instant. On va s’occuper de vous. Gentiment, hein ? Gentiment. »
On s’est occupé de moi, gentiment.
Entre deux électrochocs, je me balade dans le parc de la clinique psychiatrique où l’on m’héberge depuis un mois.
Parmi les divers siphonnés qui s’ébattent ou s’abattent sur les aimables gazons, il est un être qui me fascine. C’est un vieil homme, très beau, il se tient toujours immobile dans une allée du parc devant un cèdre du Liban. Parfois, il étend lentement les bras et semble psalmodier un texte secret, sacré.
J’ai fini par m’approcher de lui, par lui adresser la parole.
Aujourd’hui, nous sommes amis. C’est un type surprenant, un savant, un poète.
Vous dire qu’il sait tout, a tout appris, senti, perçu, percé, c’est peu dire.
De sa barbe massive, un peu verte, aux poils épais et tordus, le verbe sort, calme et fruité, abreuvant un récit où toutes les mystiques, les métaphysiques, les philosophies s’unissent, se rassemblent pour se ressembler dans le puits étoilé de sa mémoire.
Dans ce puits de jouvence intellectuelle, sot, je descends, seau débordant de l’eau fraîche et limpide de l’intelligence alliée à l’amour, je remonte.
Parfois il me contemple en souriant. Des plis de sa robe de bure, il sort des noix, de grosses noix qu’il brise d’un seul coup dans sa paume, crac ! pour me les offrir.
Un jour où il me parle d’ornithologie comparée entre Olivier Messiaen et Charlie Parker, je ne l’écoute plus.
Un grand silence se fait en moi.
Mais cet homme dont l’ange t’a parlé, cet homme introuvable qui peut croire à ta plume, eh bien, oui, c’est lui, il est là, devant toi !
Sans hésiter, je sors la plume.
Les yeux mordorés lancent une étincelle.
Il examine la plume avec une acuité qui me fait frémir de la tête aux pieds.
» Quel magnifique spécimen de plume d’ange vous avez là, mon ami.
Alors vous me croyez ? Vous le savez !
Bien sûr, je vous crois. Le tuyau légèrement cannelé, la nacrure des barbes, on ne peut s’y méprendre.
Je puis même ajouter qu’il s’agit d’une penne d’Angelus Maliciosus.
Mais alors ! Puisqu’il est dit qu’un homme me croyant, le monde est sauvé…
Je vous arrête, ami. Je ne suis pas un homme.
Vous n’êtes pas un homme ?
Nullement, je suis un noyer.
Vous vous êtes noyé ?
Non. Je suis un noyer. L’arbre. Je suis un arbre. «
Il y eut un frisson de l’air.
Se détachant de la cime du grand cèdre, un oiseau est venu se poser sur l’épaule du vieillard et je crus reconnaître, miniaturisé, l’ange malicieux qui m’avait visité.
Tous les trois, l’oiseau, le vieil homme et moi, nous avons ri, nous avons ri longtemps, longtemps…
Le fou rire, quoi !
Claude Nougaro
L’atelier vacillait sur ses jambes. Le tremblement soudain de la lumière arrivant du dehors semait des éclairages nouveaux. Ainsi c’est en perdant la vue que l’on se voit clair. Tel qu’on est pour tous les autres, pire qu’un con, un dangereux prophète. Semeur d’espoir grand disciple de l’illusion qu’une passion a contaminé.
Sur la toile blanche une plume vint se poser là où la signature se pose d’habitude et dans un dernier effort posa le maux fin.
Je rejoignis Claude, l’oiseau et la plume, le vieil homme que je suis ne voyant de l’ange qu’une illusion de plus, sans rire autrement que de l’imbécile que j’ai toujours été.
Février 1938, 11 rue de l’Assomption, Paris : devant la grille d’une maison silencieuse, un homme fragile et vieillissant, s’apprête à rendre les armes. A soixante-sept ans, écrivain et poète célébré, professeur au Collège de France, père de famille modèle et mari aimant, il est le grand personnage de la Troisième République.
Pourtant, en ce soir d’hiver, c’est un homme sans défense qui s’avance pour s’engager dans une bataille qu’il s’était juré de ne plus livrer : celle du cœur.
Jeanne Voilier est la plus terrible des guerrières. Loin des murs tapissés de Renoir et de Degas de l’immeuble animé où Valéry habite depuis trente ans avec son épouse, sa famille élargie, les Manet-Rouart, et leurs enfants, Jeanne a dû lutter seule pour se faire une place. Née de père inconnu et d’une mère comédienne, adoptée par un beau-père qui lui offre un état-civil et une situation, elle s’invente ce nom de Voilier, qui fait partie de son charme mystérieux.
Avocate, éditrice, divorcée et très libre de mœurs, courtisée par les plus grands, elle a pris sa revanche sur ses origines lorsqu’elle rencontre Paul Valéry. Lui aussi a connu d’autres femmes, mais jamais il n’a laissé l’amour briser la forteresse de son esprit ou nuire à sa famille et son écriture. Seulement voilà, devant le corps sculptural et la fraîcheur de Jeanne, il va se laisser emporter par la passion.
C’est l’histoire de leur amour que nous raconte merveilleusement Dominique Bona, biographie d’un couple hors du commun, talentueux, tendre, cruel, traversé par la littérature et par la grande histoire
Est-ce de nuit en corps pris de rêve , où de conviction chronique à regarder que le matin n’est pas un moment ordinaire que je suis toujours au guet d’aurore? Depuis le temps que je me pose la question, il s’avère que je me fous de toute angoisse que ça que ça pourrait renfermer et qu’en réponse j’ai la même joie de me retrouver face à ma perpétuelle capacité à m’étonner. Surtout quand j’aborde le genre où je range le matin.
Le matin est du genre féminin. Entre ou vert rose. Embué d’un souffle minéral fusant au travers d’un végétal strictement issu de flore marine. Il est déjà sur ma langue au premier pied posé à taire. Le réveil ouvre une cérémonie, où les exhalaisons vont prendre un rite sacré. Mécréant intégral, j’ai le sacré jusqu’à la moelle, si bien protégé par l’os, que je carapace uniquement ce qui ignore l’émotion. Et le matin lui est plus que grand ouvert.Remontant immanquablement au virginal de toute vie. Instant du voeu secret, tête-à-tête, introspection, rassemblement des clefs, huilage des serrures puis franchissement du seuil de l’Autre.
Avant la colonisation du jour par tous les moyens d’appropriation du quotidien, il demeure le temps d’un arrêt de Chronos, on a quitté le sol, on lévite. On goûte, on sirote, n’arrachant plus des incisives, savourant enfin les sucs des lambeaux nichés aux gencives, poils ressorts, grain d’une voix de peau, soupir d’un mollet au talon, flux de fragrances…Tout ce que j’ai brouté, en pleine lune des assauts aux tranchées à patauger dans les flaques montre son véritable visage. L’orgasme décomprime et libère l’amour.
Décoiffée, ma ligne de vie tremble à l’empan, nue jusqu’aux nervures de mes ongles, me voici au bord d’un nouveau tableau. Je plonge !
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