La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Les dernières roseurs de l’aube se lovent aux rousseurs d’un automne qui met son tapis au métier pour tisser
Les laines s’étirent en se frottant les yeux pour joindre l’étoile du lin en gare
Départ grandes lignes
Au loin les cloches ont mit le baluchon sur les pôles depuis l’origine sans pour autant devenir aphones
Et l’oiseau en migre les alliages aux seins des chemins, sans errance par la foi conservée dans les métamorphoses diverses, bonnes comme mauvaises
L’herbe sauvage dans sa constance tient l’humide fertile dans la barrière de feu qui fractionne, préservant le bouton de la flore jusqu’au silence qui pourra faire éclore le bouquet à offrir en demande
Jusqu’au toit des maisons où le soleil se fait paratonnerre en dernière sentinelle à la porte du bac à sable des enfants.
Le chemin des toiles n’a jamais conté pour moi autre chose que le tant. Combien d’étoiles ? demande un astronome lambda.
Les armoires rient. L’agenda plus terre-à-terre répond comme le canon, un certain temps.
Le soleil fut tellement seul dans l’atelier qu’il porta au fond et à sec dans l’humide inspiration.
Des fleurs, une demande en mariage et la main si chaude qu’un sanglier se permit de traverser La Chaume et d’entrer faire un tour dans mon jardin avant de repartir.
Ce n’est pas éteint, loin de là, parce que dans la couche obscure d’une absence psychique, le corps donne l’impression d’avoir disparu, tant sa lumière falote porte à craindre. Chaque jour disparaissent des individus. Soudain ces gens ne donnent plus de nouvelles. Ils s’évanouissent sans préavis, sans bagages. Comme ça, comme s’ils s’étaient évaporés dans le néant.
Je sais que, pour la plupart, il s’agit de marginaux, de gens vivant de drogue, d’expédients, toujours prêts à se laisser impliquer dans tel ou tel délit, des individus faisant de constants allers-retours avec la prison. Mais il y a aussi ceux qui – drôle de minorité -, à un moment de leur vie, décident de tout quitter. Comme la mère de famille qui sort faire les courses au supermarché et ne revient plus jamais, ou le fils ou le frère qui montent dans un train sans jamais arriver à destination..
Je pense que chacun de nous à un chemin. Un chemin qui nous mène chez nous, vers nos proches, les gens à qui nous sommes les plus liés. D’habitude, c’est toujours le même chemin, on l’apprend dès l’enfance et on le suit pour la vie. Mais il arrive que ce chemin se brise, qu’il reprenne ailleurs. Ou bien, après avoir suivi un parcours sinueux, il revient au point de rupture. Ou encore, il reste comme suspendu.
Mais parfois, il se perd dans l’obscurité.
Je sais que plus de la moitié des gens qui disparaissent reviennent et racontent. une histoire. Certains n’ont rien à raconter, ils reprennent leur vie d’avant. D’autres ont moins de chance, il ne reste plus d’eux qu’un corps muet.Et puis, il y a ceux dont on ne saura jamais rien.
Parmi ceux-là, il y a toujours un enfant.
Un enfant qui un matin, qu’apparemment rien ne distinguait des autres, a tout changé sans que personne, de ses plus proches aux plus éloignés, n’ait pu et ne pourra jamais avoir la sensation véritable de son malheur personnel. Du trou au fond duquel sa vie s’installa ce jour là. Le malheur est unique, il est attaché .à cette unicité de l’être, on peut avoir mal du mal d’un autre, mais ce ne seront que des sensations répercutant une série de nouvelles peines, qui resteront étrangères à l’originale.
Je crois que si je ne cherche jamais à m’apitoyer devant pareille situation, c’est que le naturel élan qui me pousse à privilégier le bonheur, me donne des moyens de réintégrer l’être cassé, en dehors de toute fixation sur la cause.
Fils d’un prêtre et de quelle église Enfant de quelle mère aux ferments apaisés Pour jouets j’ai pris les vases sacrés Multipliant les sacrilèges Il est mort sans déséquilibre Tel un enfant fraîchement baptisé Plus près de sa divinité Que de nous et que de lui-même Je sais le chemin du cimetière Je sais parmi d’autres tombeaux Son blanc tombeau de blanches pierres Je m’y recueille sans pleurer Mais quand l’autre sera prise Toi ma vieille maman moi-même Toi dans mes douleurs et dans mon cœur Moi qui ne suis que toi libéré Toi dont je suis la substance révoltée Toi dont je suis le ferment levé Toi dont ma vie est insinuée Toi ma mère d’hérédité Je serai près de toi dans la tombe Pour que tu n’aies pas froid au néant Je serai ton enfant fidèle maman Tu me pardonneras d’avoir souffert en toi Soufflait l’ouragan de la vie Sifflait l’ouragan de révolte Au berceau de ta renaissance Et tu as joint l’inétendue Un vertige spiralisé Dans l’égarement de l’absolu Masochiste de ta beauté Ton destin fut matraqué Au carrousel du point absurde. Tu es l’enfant spirituel Du rameau le plus douloureux De la tribu occidentale Tu es l’amant le plus charnel En la souche voluptueuse De la tribu orientale Tu es le saint le plus maudit En ascendance incestueuse De la tribu paradoxale.
Décembre 1932
Ridiculement dominicale la cité Etire de paresse prolétarienne La maigre grâce de sa pauvreté. Laid grand maigre fantasque D’une laideur intransigeante Je flâne parmi les manuels. Intrinsèquement je vais Anonyme et non sans orgueil D’aimer ainsi mes frères. Une horreur d’église est là, Briques deux urinoirs la flanquent, Encensoirs de logique pure Moi je suis l’homme d’un clan, Un café bourgeois m’interpelle D’outrecuidance involontaire. O je suis infiniment triste De je ne sais quelle pitié De toute révolte dépouillée.
Décembre 1932
Sans doute nous faudra-t-il mounr Sans un léger espoir Sans avoir rien reçu Ni vaincu ni conquis Sans une ambition Bêtement pur Sans un viol sur la conscience Que Ton tient on ne sait d’où Le bel orgueil D’être seul simple lapidaire A croire par moment Qu’il demande être connu Il n’est cependant pas question Même si nous pouvions le faire De démarquer en nous Le vide et l’absolu. Après tant d’amour donné Même si rien d’autre n’est découvert En notre cœur Que l’approximatif et déroutant critère De l’inquiétude innée Dans le goût du malheur Même si le pacte indissoluble Qu’un jour A dû signer notre enfance confiante Nous le devons payer En lourd tribut de logique dirigée Nous resterons douloureusement fidèles Aux destinées Qui ont partie liée Avec l’âme du monde.
Juin 1934
Le calme qui n’a pas d’armes blanches Le délire qui en sait trop long Le désert perché dans les branches Derrière mon cœur, il y a mon cœur Il y a d’autres sincérités Il y a les cent pas perdus Que je dois réhabiliter Rivages spontanés des mers mortes Mourir pour l’amour de l’amour Il est trop tard pour un rachat.
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