La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
« Je pleure sans raison que je pourrais vous dire, c’est comme une peine qui me traverse, il faut bien que quelqu’un pleure, c’est comme si c’était moi. »
Noviembre
17 NOVEMBRE 2022
Cascabel vacío. Tarde desmoronada sobre piras de silencio. Federico García Lorca (1898-1936). Noviembre (1920).
Grelot vide. Soir effondré sur des bûchers de silence.
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Todos los ojos estaban abiertos frente a la soledad despintada por el llanto.
Tous les yeux étaient ouverts face à la solitude décolorée par les larmes.
Tin tan, tin tan.
Tin tan, tin tan.
Los verdes cipreses guardaban su alma arrugada por el viento, y las palabras como guadañas segaban almas de flores.
Les verts cyprès lui gardaient son âme ridée par le vent, et les mots comme des faux coupaient les âmes des fleurs.
Tin tan, tin tan.
Tin tan, tin tan.
El cielo estaba marchito. ¡Oh tarde cautiva por las nubes, esfinge sin ojos! Obeliscos y chimeneas hacían pompas de jabón.
Le ciel était fané. Ô soir, captif des nuages, sphinx aveugle ! Obélisques et cheminées faisaient des bulles de savon.
Tin tan, tin tan.
Tin tan, tin tan.
Los ritmos se curvaban y se curvaba el aire, guerreros de niebla hacían de los árboles catapultas.
Les rythmes se courbaient et se courbait l’air, des guerriers de brume faisaient des arbres des catapultes.
Tin tan, tin tan.
Tin tan, tin tan.
¡Oh tarde, tarde de mi otro beso! Tema lejano de mi sombra, ¡sin rayo de oro! Cascabel vacío. Tarde desmoronada sobre piras de silencio.
Ô soir, soir de mon autre baiser ! Thème lointain de mon ombre, sans un rayon d’or ! Grelot vide. Soir effondré sur des bûchers de silence.
Tin tan, tin tan.
Tin tan, tin tan.
Federico García Lorca (1898-1936). Noviembre (1920). .
Federico García Lorca (1898-1936). Novembre, trad. par L. & L. de Noviembre (1920).
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Leo Brouwer (né en 1939) • Un día de Noviembre. Leo Brouwer, compositeur. Leo Brouwer, guitare. Première publication dana l’album De Bach a los Beatles / Leo Brouwer . Enregistrement : La Havane (Cuba), studios EGREM, 1981. Cuba, ℗ 1981.
J’aurai encore laissé passer l’hiver Sans refaire la charpente mangée aux vers Et ni enfin écrire cette lettre Sur l’amour, sur le vide rongeant l’être
J’aurai aimé mal, très, toutes mes femmes Mal entretenu tous mes feux et flammes Je n’aurai pas vu le mot sous la porte Mais j’aurai hurlé dans des sonos mortes
J’aurai mal parlé pour mes espérances Dépensé tout le bien de mes parents Dans toutes les danses perdu mon pas Fait le coup de poing où il fallait pas
J’aurai convoqué les mots et les dieux Sans retenir l’eau crevant le barrage Ni les poissons d’or sautant dans tes yeux Ni la silhouette avec son bagage
J’aurai attendu longtemps l’aube et l’homme Puis je me serai endormi trop tôt Quand j’étais peut-être l’aube et cet homme J’ai froid dans mon manteau
La nuit se dévide et le soleil fond Et j’aurai laissé courir sur son aire Le beau bateau. Il est échoué sur les hauts-fonds De tes yeux, ton silence, ton désert!
J’aurai laissé mon fils comme un voleur Fuir par la porte étroite sous mon cœur S’en alla chercher une balle au front Mon petit combattant, ma ressemblance…
J’aurai toujours pris la vie de très haut Et sans avoir pas trahi père et mère J’aurai laissé par le carreau cassé entrer l’hiver J’aurai laissé mourir de froid tous mes oiseaux
dans sa légendaire grisaille m’a formé au règne du soleil
et aujourd’hui au bord de l’autre rive, je ne vois en face qu’un acharnement à détruire
Plus que quelques jours pour clore la révolution présente
ou en commencer un autre avec et sans
Les Rois Mages
et leurs chameaux ont perdu la route de la soie depuis lurette en dérivant dans les hypers
Que croire à présent ?
Je ramasse dans mon caniveau le secret de mon enfance sans poudre de perd lin peint-peint
Appareille en oiseau-marin
qui sent l’orage avant qu’il survienne et se niche au coeur de cette fleur étrange qu’est l’amour aussi puante qu’ensorcelante, unique, belle selon qu’on la cultive sans se tromper de taire ô
La terre est un savoir ! D’où les eaux, d’où les rochers jaillissent. La nuit, la plaine et la mer fondent un savoir proche des murs. Et, là, là ! la, solitude aux couleurs de la nudité des choses, Le soleil gravit les collines… Il redescendra dans les champs, Dans les mares, dans l’herbe. Autant de mares, autant de portes Par où le ciel rejoint le chaume… Arbres meurtris, chemins détruits,
La campagne se tait. J’en conjure, en accepte la paix. Le silence Signifie-t-il que les talus… si hauts, face au dieu du Tout, Que les talus, de l’orbe des planètes au labyrinthe des plantes, Ferment sans cesse une prison ayant la forme d’un vallon ? D’un vallon protecteur. Et, grâce à l’humus, à quelque manne Humide, à la richesse de la rosée, au repos déjà solennel Du matin, je me voue à l’espace… À sa beauté je m’inféode Bien avant que les heures ne brillent… Ah ! je mesure à loisir Le petit jour… Sur l’horizon le soleil s’arrondit, s’exalte. La nuit le couronne… Ah ! le soleil nous dicte et nous Vole une réponse ! Alors la pluie, infime, élémentaire, Orne des traces qui m’enchantent, étouffe à présent le fanal Qui, augurai, fatal, à la surface, à l’intérieur des gouttes, Vacille et les épuise… Imagination, quête et création D’un royaume. Et je serre ou je lâche une poignée de brindilles. Je me veux serviteur, gardien, complice et tenant du poème épars Des sens. Serviteur des maisons dans leur sommeil. D’une
grange,
D’une charpente… Un édifice, un creuset… Le ciel pourvoit À notre besoin d’infini… Le temps compose et cohabite Avec les vagues ! Avec les vagues, avec les vagues. Avec Des sentiers que nul ne sonde ! Avec des carrières, des grottes Doucement désertes… Avec de nouveaux rochers sous la voûte
des écueils,
Héros de l’abîme ! Et le jour vient à les surprendre au niveau de
la mousse,
De l’écume. Audacieux, plus qu’audacieux, presque audacieux, Nous les interrogeons
Restons fidèles à la tendresse de la lymphe
Laissons-nous conduire à l’unité des fleurs. Unité abondante. Et
La règle est de croître… Du côté d’une frontière ou d’une ligne
d’îles,
La très chaste et très vénérable et redoutable Vénus Nous domine. À l’aplomb des toits les étoiles clignotent, La nuit s’en empare ! Ah ! me soumettre à la naissance du soleil, À sa plénitude… Avoir le désir d’accompagner pas à pas sa solitude.
Pur, précieux, facile embrasement des bâtiments de l’éther, De maints bassins monumentaux ! Le jour se relance et nous
drosse
Le long d’une plage… JJ vogue. Il abrite un port abrupt. J’en scrute et j’en occupe, en défends la grandeur. Je m’en inspire. J’ordonnerai, je retrouverai, dirai, surgeons, drageons. Surgeons ! détaillerai à souhait les mots d’un éloge des feuilles. Un baume se répand sur la blessure des bois. La lune au bout de
nos doigts
Varie et nous séduit. Nous devinons que le brouillard consume, De la tôle des hangars aux piliers du temple et de la base des
hangars
À la grange, allume et consume un absolu de transparence. Notre lot? Guetter, prudemment, Fépiphanie du feu. Épier le
retour
Du guide obscur… J’oublie, à fouler le sol, je rêve ou j’évoque La bataille des saisons. Je recherchç et m’attribue le butin Que l’automne pille. Et l’hiver le confie au matin. Les mois
commandent
De sauver la sève… Au gré d’une voix, d’un chant parfait. Immobile, immobile et mobile, encore immobile et mobile, Le soleil détecte une route, instaure un paradis de roseaux (dont La pointe nous frôle) et lui dispute la mer. La mer recule, Nous apprend l’orgueil du jusant. Le vent, le tisserand. Hisse une voile, la détisse… Appareillage ou naufrage En guise de message. Attentifs, actifs, sereins, captifs, Il nous échoit de saisir, de choisir la sainte poussière, D’épouser la fortune inégale !
Couverts d’un silence respiratoire que les seins soulèvent, ils suivent la pensée que les comètes promènent au point d’en devancer l’intention sans tirer la réalité par les cheveux
Les chevaux seraient les seuls à n’être pas surpris de voir des zèbres dans leur pacage
Jamais le rêve n’a trahi la signification qui l’accompagne en la générant
Au matin la glace peut refuser d’en voir la vérité
La peur tient trop de place au coin des rues dans ce monde perdu
Nous vivons une insécurité qui ne fait que croître
L’amour est suspecté maintenant comme un arnaqueur
Pauvre petit Eros
Les ogres eux sont reçus sans méfiance en qualité d’influenceurs.
À mercê dum vento brando Bailam rosas nos vergeis E as Marias vão bailando Enquanto vários Manéis Nos armónios vão tocando
À la merci d’une brise légère Les roses dansent dans les jardins Et les Marie dansent Tandis que les Manel Jouent de l’harmonium
A folhagem ressequida Baila envolvida em poeira E com a razão perdida Há quem leve a vida inteira A bailar com a própria vida
Les feuilles desséchées Dansent dans la poussière Et ceux qui perdent la raison Passent leur temps À danser avec leur vie.
Baila o nome de Jesus Em milhões de lábios crentes Em bailado que seduz E as falenas inocentes Bailam á roda da luz
Le nom de Jésus danse Sur les millions de lèvres des croyants Dans un ballet séduisant Et les phalènes innocentes Dansent autour de la lumière
Tudo baila, tudo dança Nosso destino é bailar E até mesmo a doce esperança Dum lindo amor se alcançar De bailar nunca se cansa
Tout danse, tout danse Notre destin est de danser Et même la douce espérance D’atteindre un jour le grand amour Jamais ne se lasse de danser
Henrique Rêgo (1893-1963). Eterno bailado. .
Henrique Rêgo (1893-1963). Éternel ballet, trad. par L. & L. de Eterno bailado.
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Voici une reprise assez récente d’Eterno bailado, captée en 2014 dans le cadre de l’extraordinaire collection A música portuguesa a gostar dela própria. Elle est due à Hélder Moutinho, l’un des frères du fadiste Camané, dans son style très lyrique, un peu à l’italienne, accompagné de deux instrumentistes très connus dans le milieu du Fado de Lisbonne, Ricardo Parreira et Marco Oliveira. L’ensemble est un peu raide.
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Hélder Moutinho | Fado Bailado. Henrique Rêgo, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado bailado). Hélder Moutinho, chant ; Ricardo Parreira, guitare portugaise ; Marco Oliveira, guitare classique. Captation : Lisbonne, Largo da Severa, 2 juillet 2014. Vidéo : Tiago Pereira, réalisation. Portugal, 2014. (A música portuguesa a gostar dela própria ; projecto 1028). ………
Marceneiro avait enregistré cet Eterno bailado en 1959. Cependant il avait déjà utilisé cette même mélodie dans les années 1930 sur un autre poème, Olhos fatais (« Regard fatal »), de sorte que ladite mélodie bénéficie de trois désignations : Fado bailado, la plus fréquente, Fado Olhos fatais, beaucoup plus rare, et Fado Estranha forma de vida, en référence à la création d’Amália Rodrigues.
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