La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
La poésie dans la poussée des reins me donne la joie de vivre que ton soleil éclaire. Je l’ai dans la pierre, tenant de Vénus toute la rime de croire et d’espérer
Aragon, à qui je prête ma voix, te le dis
Je vais ce matin me recueillir au Couvent de toute ma ferveur personnelle.
Bonjour Ma…
Niala-Loisobleu – 27 Juillet 2021
ELSA ENTEE DANS LE POÈMEPAR LOUIS ARAGON
Entre assieds-toi soleil et qu’à tes pieds se couche Le lion des fureurs qui sortait de ma bouche
Que je n’entende plus qu’en moi ce cœur dompté Assieds-toi c’est le soir et souris c’est l’été
Musique de ma vie ô mon parfum ma femme Empare-toi de moi jusqu’au profond de l’âme
Entre dans mon poème unique passion Qu’il soit uniquement ta respiration
Immobile sans toi désert de ton absence
Qu’il prenne enfin de toi son sens et sa puissance
Il sera ce frémissement de ta venue
Le bonheur de mon bras touché de ta main nue
Il sera comme à l’aube un lieu de long labour Quand l’hiver se dissipe et l’herbe sort au jour
Entre amour c’est ici l’effrayante forêt
Où la nuit ne tient pas du ciel ses yeux secrets
Entre dans mon poème où les mots qui t’accueillent Ont le pa^pitement obscur et doux des feuilles
Où t’entourent la fuite et l’ombre des oiseaux Et le cheminement invisible des eaux
Tout t’appartient Je suis tout entier ton domaine Ma mémoire est à toi Toi seule t’y promènes
Toi seule vas foulant mes sentiers effacés Mes songes et mes cerfs t’y regardent passer
Tu marches sur les fleurs d’enfer de mon Ardenne Mon enfance t’y suit comme un lointain éden
Une brume de moi bleuit au haut des monts Où le cheval Bayard porta les fils Aymon
Ô mes enchantements dissipés ô marelle Des mares d’autrefois ô miroirs sous la grêle
Viens-t’en dans cette chasse énorme qui fut moi Ainsi que Montessor entre Meuse et Semoy
Prends le couvert des bois où quand s’en vint Pétrarque Toute biche était Laure et des mains tombait l’arc
Parmi les chênes nains dont la tête dit non Si le vent se souvient des rouvres d’Avignon
Du jardin que les murs de tous côtés endiguent Où l’ombre a la senteur violente des figues
Mais déjà c’est ta lèvre et ce couple c’est nous C’est toi le clair de lune où je tombe à genoux
Et la terrasse y tremble et la pierre se trouble Étoiles dans ma nuit ma violette double
Ce sont tes yeux ouverts sur les temps désunis Jusque dans mon sommeil Eisa mon insomnie
II
Il est sept heures dix une tasse de menthe À côté de la pendule en cuir refroidit
Je suis seul au matin dont les cendres dormantes Blanchissent sans pouvoir oublier l’incendie
Je parle à haute voix le langage des vers Comme si je faisais l’essai de ma folie
D’où me vient-il ce goût puéril et pervers D’où me viennent les mots que je lie et délie
Qu’est-ce que ce plaisir morose et monotone Ce passe-temps verbal et qui donc s’y complaît
C’est bien moi je m’entends m’interromps et m’étonne Et de mes doigts mentaux tombent les osselets
C’est un jour machinal aujourd’hui qui se lève
Je n’attends que le temps dans la chambre où je suis
Le temps s’arrête en moi comme un sang qui fait grève Et je deviens pour moi comme un mot qui me fuit
III
Comme avec le soleil l’arbre immobile engage Dans le tourner du jour un discours de rameaux Mes bras vers toi se font invention des mots Quand je te touche enfin je comprends le langage
J’ai peur d’être un miroir où tout s’évanouit Toute ma chair vers toi crie un enfantement Paroles de mes mains métaphoriquement Vers l’autre vous frayez une route inouïe
Comment faire tomber cette feinte couleur Des vocables fixés aux lèvres des humains Ce qui deux fois se dit insulte au lendemain Et tout ce rouge mis se fane avec les fleurs
La vie en mouvement quels doigts l’ont-ils saisie Quel lexique y a-t-il pour le vent et le sable Il faut substituer 6 cœur inconnaissable À l’ancien alphabet le radar poésie
Je vois sans yeux je suis une clameur sans bouche Je suis le phare obscur qu’on appelle pensée J’ai fait de mon désir une force insensée Le mystère à mes pieds terre à terre se couche
Je ne compare pas les choses Je démens Leurs rapports J’établis d’autres lois de nature J’ouvre sans la toucher la porte et m’aventure Où rien n’obéit plus qu’à mon commandement
Tout d’un coup je comprends la chose qui m’habite Et qui n’est qu’une forme étrange de raison Une physique de l’amour de Toi Disons Mieux Une possession sans fin ni limite
Oui je suis possédé de toi Si les enfants Le rire et les cailloux me chassent peu m’importe Qu’on m’arrache le cœur et que le sang me sorte C’est toi mon être encore où mon être se fend
Oui possédé de toi jusqu’au fil de ma trame De part en part de fond en comble possédé Mort je n’éveillerai jamais que ton idée Car ma poussière aura le parfum de ton âme
Je te donne la flamme et la cendre du feu Je te donne le chant dément qui me traverse
Je te donne le vent tantôt qui me disperse Je te donne le ciel qui fait nos veines bleues
O pauvreté de moi qui m’en viens faux Roi Mage Te porter des présents misérables et vains Et comme sa couleur le verre doit au vin Je m’onivre en peignant ma vie à ton image
Je vais formant des vers plus forts que les baisers Je vis comme un marin dans l’écume des proues Éclaboussé du chant de la mer à la roue Réinventant le jour dans les vagues brisées
Ce qui de moi s’arrache au-delà de moi-même Cet appel résumant ce que je suis Ce cri Par quoi les hommes font l’aveu du plaisir pris Cotte façon que j’ai de dire que je t’aime
Et de dire cela seulement sans jamais Desserrer un instant ma volonté d’étreinte Sans remarquer le temps les étoiles éteintes Et de dire je t’aime ainsi que je t’aimais
Voilà voilà pourquoi je suis né ma victoire Rien rien ne pourra plus faire qu’elle ne fût Même sans bras sans tôte et debout sur son fût De pierre et Samothrace au loin morte à l’Histoire.
Les nuages n’ont que la fraîcheur profitable à la tâche du jour
le point qui émerge donne à ses chaînes le crochet d’amarrage
Encore retenir la joie pour tenir la fatigue pour croquer la pomme dans l’arbre…
Niala-Loisobleu – 26 Juillet 2021
LA POMME
Une pomme accrochée au pommier distingue l’espace qui a mûri dans l’argent des aiguilles. J’étais turbulente, peu commune, plongée dans de confuses méditations. Je mordais des pommes, je croquais d’esquisses informes et je devenais femme d’Occident.
J’étais entre eux, j’étais eux, comme une falaise rognée par la mer, et ce que soufflaient les vents était des poutres. Même quand je souriais.
Quand tu voudras, bien lentement Par la côte, par cabotage Par l’ancien chemin des douaniers Par l’amplitude des marées Par les degrés de solitude Par la force acquise de l’âge
Reviens, sonne ici, sonne bien Quand tu voudras, lentement, bien Comme j’ai moi-même sonné À ta porte un jour en novembre Sonne, ô ma morte, un soir de cendre À l’avenir et j’ouvrirai
Meurs ta beauté, belle éphémère Et avec toi ton diable aussi Violent, intense et sans merci Et qui tuait l’amour aussi Meurs donc où tu es sur la Terre Puis viens te mettre à ma merci
Moi, je vieillis, furieux de tout Comme collé à sa soupière Un graillon de vieille colère Mon instinct du jeu sans atout M’aura fait te chercher partout Retourner la vie, pierre à pierre
Toi, tu dérives dans ton âme Les soleils morts des galaxies Brûlent des souvenirs rassis D’anciens enthousiasmes de femmes Je les vois ces signaux de flammes Les nuits les portent vers ic
Ainsi, nous voilà très égaux Rapprochant nos mondes rivaux Comme deux bateaux si fantasques Deux passés coulés dans deux vasques Ou bien deux avenirs floués Et la porte que j’ai clouée Peut s’ouvrir sur une bourrasque
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