JACQUES BERTIN – UN VOYAGE


JACQUES BERTIN

UN VOYAGE

J’ai retrouvé dans la coque la vieille fêlure
L’humidité qui suinte comme l’éternel poison
Et j’ai pleuré, assis la tête contre la cloison
De l’autre côté le moteur battait son chant profond
Celui qui vient de l’enfance
Et dont les basses fréquences
Toujours ont raison

Où tu vas poser ton sac
Fais un lit avec tes larmes
Il flottait dans cet endroit une odeur de goudron et d’urine
Gravé dans le travers de la blessure on distinguait un nom
Une illusion ou un message ou une marque de fabrique
Le monde passait contre les hublots lentement comme un monde
Les façades prétentieuses croulaient dans les angles morts
On voyait des visages de femmes glacées et pensives
Marquant la brume comme d’immatures soleils d’hiver
Je ne sais pourquoi je me bats le bateau me conduit dans l’aube
Ah vers la haute mer, bien sûr, comme chaque matin
Je me retrouve faisant mon méchant trafic dans un port incertain
Il faut payer cash, en devises fortes et avec le sourire
Je ne sais pourquoi je me bats. J’ai pleuré dans la chaleur torride
Le monde est beau ! Les femmes se donnent avec des airs de s’oublier !
Nos victoires sont devant nous qui nous tendent la main !

Où tu vas poser ton sac
Fais un lit avec tes larmes

Jacques Bertin

DES CAILLOUX DE MA POCHE 9


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DES CAILLOUX

DE

MA POCHE 9

Au bord du trottoir, penché sur l’eau qui coule roulent les dernières billes

Et l’arbre dépasse la ligne de flottaison

Ses dernières feuilles jetées à l’écriture de lin

De son bec

L’oiseau

Soulève le couvercle de la boîte de couleurs

Pêle-mêles d’un sépia de Verneuil à l’outremer d’un sein en archipel

Des visages clignotent autour du phare

La barque est plaine

Presse le tube jusqu’aux reins

C’est blanc comme Titane là où le Zinc décolle

A la main

La vie envoie la balle au Jeu de Paume

Mélange de revers

Attrape c’est un coup droit

Une dernière fatigue a débattu

En corps

Les Matinales

Doublent le ralenti des jambes d’une histoire d’amour qui se demande

La vapeur

De bateau à voiles si ça peut finir par déhaler du rail…

Niala-Loisobleu

17 Octobre 2021

« Aux Murs » de Nora Gaspard


Photo Niala « La clématite Barbara »

« Aux Murs » de Nora Gaspard

Tu es là. Tu es toujours là. Je regarde par la fenêtre, et l’eau me raconte toi. Comment tu glisses sur ma peau, les nuits d’étoiles, comment tu rêves et tu oublies, comment le ciel te rend si belle quand il fait nuit.

Tu coules dans mes veines. Tu berces mes nuits. Tu es la maman, caressante au petit matin, et la putain magnifique que je piétine en tous sens, quand je glisse dans tes plis, marquant ton corps de la pointe du talon, insatiable et violente.

Et de s’étreindre sous tes yeux, indécents amants qui provoquent terre entière, entre tes artères mes soubresauts. Et tu regardes, humide, écartelée, silencieuse, ces corps enchevêtrés sous tes violons enflammés, ces élans de passion, ces jouissances écarlates sous la lune indécise. Claquent les peaux nues, entends-tu ? Claquent et rougissent, les joues, les lèvres, les sexes, parfumés de baisers volés.  Lorsque le violon de l’amant court entre mes cuisses, l’archet de chair, la note ultime, quand frappe le marteau sur le do fragile, que mes reins s’échauffent du manque, tu frissonnes aussi. Quand le plaisir approche, gronde au ras du sol, quand la louve souffle et gémit, tu trembles toi aussi. Et que l’homme approche, et que son sexe velours rampe entre mes cuisses moites, quand la vieille maison soudain fricote avec l’envie, tu respires plus vite, tu exhales la terre et mille vies.

Pourtant, tu, sais, je t’aime.  Laisse-moi couler dans tes rivières, être l’oiseau de la fontaine, le bateau infidèle, la femme qui revient toujours dans ton lit. J’aime tes reflets gris et tes gazons maudits. Ma ville, ce soir, vit l’épilepsie des soirs d’ivresse, de doigts humides en sexe d’eau.

Nora Gaspard

RETOMBEES D’ESCALIER


RETOMBEES D’ESCALIER

Je garde le rire de l’enfant descendant la rampe vers le lit d’automne des feuilles qui ne montre qu’un faux aspect de sentiment laissé en surface

Le brasero se prépare aux saveurs de marrons chauds en brûlant les maux d’excuse

A croire en d’yeux la phrase sépare les syllabes avant la chute

Du facteur espérer recevoir est légitime

Il y aurait du brouillard au-dessus de la Loire, j’ai l’étamine prête pour une préparation de peau-au-feu sans excès de glucides et veillerai à la destination du départ d’entrain pour trouver la réponse bien arrivé

Mon premier prochain

donne en second

suffisamment

pour ne pas sombrer dans la mode d’une tendance à l’abandon

vouloir de la couleur sans en déformer le sens porteur.

Niala-Loisobleu – 15 Octobre 2021

TEST POSITIF


TEST POSITIF

Au rythme et dans la règle d’or

l’automne se dispose à passer l’hiver

il a battu des pieds

par une présence jumelle

ah mes petits, vivez

Le ruban est long, en mettre un bout de plus, ne peut que donner aux mots-peints cette existence qui n’attend rien de personne mais sait pouvoir compter sur elle

Alors faire l’amour en étant pas stérile ça tient compte des paramètres de base

Suis trop avisé de ce qu’il n’y a rien à attendre des rejetons qui vous ignorent pour avoir confiance dans la génération de ma main gauche

Donc puisque la prochaine aura lieu en FEVRIER 2022

je m’y colle plus qu’amoureux

L’époque s’étant tournée vers une triste restriction

lui offrir du petit-format devrait trouver une riposte au chinois

Voilà les deux jumeaux conçus

le problème d’édition rencontré en Bretagne étant résolu, on va se contenter d’un aperçu photographique groupé en attendant de faire comme à vent

J’ai le pied chant-pignon, croyez-moi

Niala-Loisobleu – 14 Octobre 2021

« LES MATINALES 1 » – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/VERRE 13X18


« PETITES ANEMONES » – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/VERRE 15X20

ESSAI D’AUTO-ANALYSE POUR LA PAIX DU POÈMEPAR ALAIN MINOD


ESSAI D’AUTO-ANALYSE POUR LA PAIX DU POÈMEPAR ALAIN MINOD

ESSAI D’AUTO-ANALYSE POUR LA PAIX DU POÈME PAR ALAIN MINOD

Reste toute ta guerre au réquisit de toi
Elle éteint ta lumière et détruit tout ton toit
Nerfs en escarmouche où se tue la sagesse
Se mordent en ta bouche hurlements de tendresse

Or tu meurs mille fois épuisant ta pensée
Quand toujours tu aboies au grand rire qui passe
Et là se défenestre un désir où fait trace
La beauté de l’être perdu : plongée glacée

Puis te bats contre toi te traites en vrai chien
Sans collier et sans loi qu’il faudrait que tu dresses
Bassesse où poète tu perds repère en bien
Passent en ton être tous tes sens qui t’oppressent

C’est la mère éperdue qui fait entendre voix
Pour fils qui s’est rendu à son enfer sans chaînes
Et en rage espère trouver d’elle une voie
En un collier de fer : désir masqué qu’il traîne

Mais comme ta guerre contre ton propre toi
Et contre l’autre : enfer qui en tes liens aboie
Centre en son essence ta maison « vraie prison »
Aux collets de tes sens tu en perds ta raison

Si « libérer l’amour » est retrouver l’essence
Du gamin de toujours dans l’éveil de ses sens
Demeure peur de guerre en ta maison d’enfance
Pays où mère en nerfs exaspère souffrance

Pays où enfants ségrégués jouent vengeance
Te lient à l’arbre et gais te jettent des pierres
Pays où paysans sabrent seigneurs si fiers
Pays où ton père table sur loi en déhiscence

Enfant sans souvenirs d’école et sans amis
Sauf dans le devenir de frères dans les fêtes
L’on chantait « Stille Nacht » pour bercer les têtes
Mère mise en quatre nous prenait pleurs en semis

Plus tard : père pour loi te donnait bien le fouet
A chaque fois où ta voix se sentait flouée
De n’entendre réponse de notre mère en cris
Pour savoir si sa santé lui avait tout pris

Injustice flagrante as connue en collège
Où présence prégnante : un fier dominicain
Te donnait fessées et caresses qui l’allègent
D’un désir bien caché et tout à fait mesquin

Et là tenu pour fou tout enfant qu’il était
Père et autorités du collège en question :
Tu avais regard flou pour ce si fier cité
On te faisait siège pour mauvaise intention

Des psychiatres et tests formulaient bien la chose
L’enfant était bien bête et frisait la folie
Mais tous les comptes faits c’était inventer cause
A la visite de fait : myope étais et sali

Plus tard dans ton âge mère tu interroges
Espérant avis sage – elle point ne déroge
Tu ne fus pas en rage et mal t’en en a bien pris
Fou ? Cause : lunettes – c’est ce que t’as appris
La famille l’atteste : point de gènes de myopes
Âge où l’enfant se teste en voyant ne radote

Tous travaux harassants furent ta découverte
Vu larmes avec sang « Les Illuminations »
En ta treizième année dite sans attention
Mais est-ce suranné de se penser poète

Pendant ce temps d’enfance avoir écrit poèmes
Fut ton grand train d’errance : éveil jeté au vent
Des déménagements – si cela te fit peine
C’est qu’en bel amant tu t’étais fait savant

Et en soixante neuf : le surréalisme
Avec jeunes tout neufs et simples travailleurs
Rencontrés en usine où tu appris rythme heurts
Avec matière qui lime les corps dans la machine

Et la philosophie vint avec l’engagement
Tu le sus : celui qui vainc est celui qui ment
Tant que le neuf ne naît en surface des choses
Mais ce qui est inné ne remplace pas la cause

Depuis quatre-vingt-neuf toute la poésie
Et les jours passants neufs : amour de l’oiseau bleu
Philosophie somnole ? Éveil d’aile en saisie :
Elle teste idées folles du moindre des bigleux

Ton père en hôpital bien avant de mourir
N’a pas été banal et sans plus discourir
A envoyé une dame au devant de son fils
« Vous avez grande âme » puis lui vient sur la piste

Il conforte poète et plus tard gai ajoute
Pianiste en sa fête : n’oublie musique en route
Depuis : tant de combats : paix liberté justice
Fruits de tous les ébats dans l’oppression en lice

Vraie Solitude tranche en Misère où l’on flanche
Aux souvenirs qui scient – mais toute poésie
Contre le mal se penche contre ses avalanches
Qui provoquent folies – tient partage saisi.

Alain Minod

JE NE DIRAI PLUS – GILLES VIGNEAULT / JULOS BEAUCARNE


JE NE DIRAI PLUS – GILLES VIGNEAULT / JULOS BEAUCARNE

je ne dirai plus Je vous aime
Je ne dirai plus Pour toujours
Je l’ai tant dit aux alentours
Je l’ai dit à l’Amour lui-même

Je ne dirai plus Je vous aime

je dirai que la mer est haute
Je dirai que le temps est doux
Je dirai que le temps nous ôte
Ce que l’espace aimait de nous
Je vous donnerai des nouvelles
De pays où je n’irai pas
Et ferai pousser sous vos pas
Des fleurs qui porteront des ailes

Je ne dirai plus Je vous aime
Je ne dirai plus Pour toujours
Je l’ai tant dit aux alentours
Je l’ai dit à l’Amour lui-même
Je ne dirai plus Je vous aime

Je dirai que le vent qui tombe
Nous a demandé à coucher
Je dirai comme la colombe
A de la peine à se nicher
Je réparerai des mots rares
Qui serviront à nous nommer
Et serviront à nous aimer
Et qui luiront comme des phares

Je ne dirai plus Je vous aime
Je ne dirai plus Pour toujours
Je l’ai tant dit aux alentours
Je l’ai dit à l’Amour lui-même
Je ne dirai plus Je vous aime

Laisserai parole à l’automne
À son cuivre, à ses oiseaux d’or
L’hiver venu, si je fredonne
Ne mettrai point mes mots dehors
On reconnaîtra des romances
Que j’écrivais en mil neuf cent
Les mots s’en allaient vieillissant
Que la musique recommence

Je ne dirai plus Je vous aime

Gilles Vigneault

DES CAILLOUX DE MA POCHE 5


DES CAILLOUX

DE

MA POCHE

5

Nous n’avons pas reçu d’informations au sujet d’un choc frontal, au contraire la température des couleurs est restée optimale

Les arbres occupés à semer leurs feuilles l’ont même fait en frissonnant

Je me souviens des marques laissées sur le trottoir, tout autour de la fontaine, elles hennissaient d’une crinière à l’égal de l’aqueux. Ce matin un brouillard résiduel ne devrait pas résister au lâcher d’eau du caniveau

Les Frères Ripolin ont échafaudé la façade de chaque côté des grandes fenêtres où l’oiseau niche. La boule de cristal de la rampe de l’escalier principal en tira d’heureuses conclusions. Si l’oiseau peint l’ambiance que tu dégages de sous ta jupe-courte est longue d’espérance. Il n’y a de soleil qu’à l’orée du poil de pinceau. Aujourd’hui ce n’est plus à prouver, nous en avons la certitude

A présent que le rendez-vous du 3° rappel est pris pour le 21, le masque accepte le partage de prévention. Seule la grippe a manifesté son impatience, je lui ai mis ma belle écharpe ramenée de Crozon autour du cou. Elle a fini par accepter d’attendre le mois de Novembre pour me piquer l’anniversaire

Je voudrais que tu saches que les petits que je fais sont bien ressemblants à que tu m’amènes à grandir dans mon ressenti naturel. Je regarde l’état des lieux du monde actuel avec les retouches qui m’importent d’apporter. Avec application pas dans un cadre électoral

La bataille du raille est d’un grotesque qui hélas n’apportera rien de positif dans l’opposition des genres

Au point que le dernier compagnon en a eu marre et a jeté les gants sans que ça change quoi que ce soit. Au contraire les mômes partent de plus en plus en bouillon de moules…

Embrasse-moi comme je cabote tous tes pores.

Niala-Loisobleu – 14 Octobre 2021

BALLADE DE L’ÉTRANGER PAR ANDRÉ VELTER


BALLADE DE L’ÉTRANGER PAR ANDRÉ VELTER

Par quels détours suis revenu?

N’ai pas marché sur l’ombre

ni le déjà vécu

pas cherché l’entrée de la chambre

seulement la sortie

pas retourné langue ni poche

mais lampe dans les yeux,

et c’est le jeu

par l’autre bout des chandelles hors du chemin et sans adieux comme si
Bashô avait écrit des lettres de
Rodez –

Enfermé je m’évade
Par les quatre saisons
La folie est aussi
Ermitage d’illusion…

Par quel enfer suis reparti?

N’ai pas vendu de sel

ni de piège immortel

pas fait charité aux maîtres de vertu

seulement aux infidèles

pas brûlé d’encens de sapèques

mais une prière sans dieu,

et c’est le jeu

par échange des tours ou des reines

des extases ou des cris

comme si
Jean de la
Croix

explorant le
Tibet

arrivait pieds en sang

dans les ruines d’Iwang —

Pour toute la beauté

La nuit effacerai

Jusqu’à rendre aux
Bouddhas

Leurs sourires de terre…

Par quel secret suis d’ailleurs et d’ici?

N’ai pas renié le chant

ni la haute forêt

pas dormi sur la voie des miroirs

seulement sur tas de riz

pas recueilli de pluie

mais du sable ou du feu,

et c’est le jeu

par marche forcée du mystère avec impossibles refrains comme si chacun allait revoir en douce sa
Mongolie —

Printemps à fleur de peau
Sous les sabots d’un cheval…

Ai trop aimé les chansons pour naviguer à contre-écho, dans le poème la ballade est une mélodie au long cours un thé brûlant une vague un cerf-volant ou un
sanglot,

ai trop dérimé la raison pour sombrer à contre-chance, sur les dents les mots sont de souffle et d’orage de corde de cuivre de cuir et peau,

ai trop devancé la moisson pour gémir à contre-manque, sous le sens le tempo est un cœur sans cesse qui bat de proche en proche et dit que l’infini

se danse ou s’exaspère s’affame ou s’abolit et dit que le hasard est un pays qui passe et dit que les ténèbres se lèvent à midi.

Par quel espace suis investi?

N’ai pas choisi le nuage

ni le signe

pas repeint les frissons du décor

seulement la lumière rouge

pas limité le royaume mais l’acte des propriétés,

et c’est le jeu

que porte avec lui l’étranger

jeu de cartes blanches

où ne reste pas même

une marque de doigt –

Les autres nomment ton nom
Voient ton visage
Mais toi jamais
Tu ne te reconnais…