ESSAI D’AUTO-ANALYSE POUR LA PAIX DU POÈMEPAR ALAIN MINOD


ESSAI D’AUTO-ANALYSE POUR LA PAIX DU POÈMEPAR ALAIN MINOD

ESSAI D’AUTO-ANALYSE POUR LA PAIX DU POÈME PAR ALAIN MINOD

Reste toute ta guerre au réquisit de toi
Elle éteint ta lumière et détruit tout ton toit
Nerfs en escarmouche où se tue la sagesse
Se mordent en ta bouche hurlements de tendresse

Or tu meurs mille fois épuisant ta pensée
Quand toujours tu aboies au grand rire qui passe
Et là se défenestre un désir où fait trace
La beauté de l’être perdu : plongée glacée

Puis te bats contre toi te traites en vrai chien
Sans collier et sans loi qu’il faudrait que tu dresses
Bassesse où poète tu perds repère en bien
Passent en ton être tous tes sens qui t’oppressent

C’est la mère éperdue qui fait entendre voix
Pour fils qui s’est rendu à son enfer sans chaînes
Et en rage espère trouver d’elle une voie
En un collier de fer : désir masqué qu’il traîne

Mais comme ta guerre contre ton propre toi
Et contre l’autre : enfer qui en tes liens aboie
Centre en son essence ta maison « vraie prison »
Aux collets de tes sens tu en perds ta raison

Si « libérer l’amour » est retrouver l’essence
Du gamin de toujours dans l’éveil de ses sens
Demeure peur de guerre en ta maison d’enfance
Pays où mère en nerfs exaspère souffrance

Pays où enfants ségrégués jouent vengeance
Te lient à l’arbre et gais te jettent des pierres
Pays où paysans sabrent seigneurs si fiers
Pays où ton père table sur loi en déhiscence

Enfant sans souvenirs d’école et sans amis
Sauf dans le devenir de frères dans les fêtes
L’on chantait « Stille Nacht » pour bercer les têtes
Mère mise en quatre nous prenait pleurs en semis

Plus tard : père pour loi te donnait bien le fouet
A chaque fois où ta voix se sentait flouée
De n’entendre réponse de notre mère en cris
Pour savoir si sa santé lui avait tout pris

Injustice flagrante as connue en collège
Où présence prégnante : un fier dominicain
Te donnait fessées et caresses qui l’allègent
D’un désir bien caché et tout à fait mesquin

Et là tenu pour fou tout enfant qu’il était
Père et autorités du collège en question :
Tu avais regard flou pour ce si fier cité
On te faisait siège pour mauvaise intention

Des psychiatres et tests formulaient bien la chose
L’enfant était bien bête et frisait la folie
Mais tous les comptes faits c’était inventer cause
A la visite de fait : myope étais et sali

Plus tard dans ton âge mère tu interroges
Espérant avis sage – elle point ne déroge
Tu ne fus pas en rage et mal t’en en a bien pris
Fou ? Cause : lunettes – c’est ce que t’as appris
La famille l’atteste : point de gènes de myopes
Âge où l’enfant se teste en voyant ne radote

Tous travaux harassants furent ta découverte
Vu larmes avec sang « Les Illuminations »
En ta treizième année dite sans attention
Mais est-ce suranné de se penser poète

Pendant ce temps d’enfance avoir écrit poèmes
Fut ton grand train d’errance : éveil jeté au vent
Des déménagements – si cela te fit peine
C’est qu’en bel amant tu t’étais fait savant

Et en soixante neuf : le surréalisme
Avec jeunes tout neufs et simples travailleurs
Rencontrés en usine où tu appris rythme heurts
Avec matière qui lime les corps dans la machine

Et la philosophie vint avec l’engagement
Tu le sus : celui qui vainc est celui qui ment
Tant que le neuf ne naît en surface des choses
Mais ce qui est inné ne remplace pas la cause

Depuis quatre-vingt-neuf toute la poésie
Et les jours passants neufs : amour de l’oiseau bleu
Philosophie somnole ? Éveil d’aile en saisie :
Elle teste idées folles du moindre des bigleux

Ton père en hôpital bien avant de mourir
N’a pas été banal et sans plus discourir
A envoyé une dame au devant de son fils
« Vous avez grande âme » puis lui vient sur la piste

Il conforte poète et plus tard gai ajoute
Pianiste en sa fête : n’oublie musique en route
Depuis : tant de combats : paix liberté justice
Fruits de tous les ébats dans l’oppression en lice

Vraie Solitude tranche en Misère où l’on flanche
Aux souvenirs qui scient – mais toute poésie
Contre le mal se penche contre ses avalanches
Qui provoquent folies – tient partage saisi.

Alain Minod