La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Du souffle d’un trottoir du Mékong la blancheur d’ibis parsemés dans le delta contraste avec la noirceur d’un attrait pour le tourisme sexuel et l’approvisionnement facile en denrées illicites
issue des guerres transmissibles du Viet-Nam l’ô croupie frelate la traversée biblique dans l’usage pédophile où le Triangle d’Or a muté
Plus que flottant on en a fait un marché d’outre-noir juteux à partir du blanc le plus pur
Tout ça pour ça comme dit le louche
Au point que j’en arrive à croire que jusqu’à l’imaginaire croire pourrait être plus dangereux qu’une opposition aux vaccins. Pasteur lui-même est pris d’un doute, son anti-rage est bon à revoir
Et pour tant la manière dont l’amour me tord la tripe gagne la moelle épinière à me faire mollir les jambes
Il s’avère que des vertus qui disparaissent la seule qui reste commence à douter d’ailes comme un vertige qui guette
Les herbes du chemin ont la réalité qui manque à la vraie fleurie et bien entretenue
L’imaginaire finit par procréer une réussite consanguine que vos héritiers ignorent jusqu’à l’heure où vous traversez pour l’autre rive, en vous laissant crever au bord du chemin dont ils se sont extirpés sans jeté votre adresse pour la ramasse
Cette relativité le peintre que je suis, l’aura construite pour de vrai en en faisant sa réalité par la poésie qu’il jardine
Aussi je ne me permettrai pas l’injure qu’aujourd’hui les présidents s’octroient
Je n’emmerderai pas les non vaccinés à l’onirisme qui fit les cathédrales au départ
Je vais avec le chien errant dans l’ombre d’un juif qui plane dans un pyjama à rayures et matricule au poignet, avec tolérance limitée au respect de l’autre, pas celle des livres de bonne conduite qui ne s’appliquent qu’aux autres
les yeux dans la lucidité pour faire de quoi survivre.
Je parle pour celui qui a manqué le train – Jacques Bertin
Je parle pour celui qui a manqué le train Et qui reste tout seul sur le quai. Il s’en moque Toulouse-Éternité : soixante années de train Qu’est-ce que c’est que ce ticket qu’on m’a mis dans la main ?
Je parle pour celui qui a manqué le train Il s’en voudrait de s’embarquer dans ce voyage Et de vivre il s’en fout. Sa vie de lui s’éloigne Dans le wagon de joie de vivre des premières et il s’en fout
Ce train sent la sueur, les femmes qui rigolent Les cris d’enfants, la gueule rasée des officiers Le regard suffisant des femmes engrossées Les causes et les drapeaux, le bon marché, la révolte
C’est un matin très gris, très beau d’une province Tu vas dans le silence des étals et des balcons Tu marches dans la rue, tu t’en fous, tu te moques De toi, de tout, de rien, de ta vie qui s’en va
Ce serait chouette de partir tout seul pour un voyage La vie rêvée, la mort qui tremble de parfums Et dans le paradis sans bruit, comme une enfance Où s’en vont les linges de femmes, parait-il
De la graminée folle sans trafic criminel sous-couvert, ce jardin, dernier carré des buttes aux cailles, réunit l’espoir insensé mis en exclusion par le censé-faire du bar à teint des cages à pool
Mon Baltard sans fumée rescapé de Pompidou
Vieux poils d’une Samaritaine où l’on trouve twoo
le voila mon bateau-mouche qui tourne autour de Notre-Dame restaurée à l’identique
comme ce cri de vieux-loup que l’aube sort de la lune seulement revêtu de son rêve
« Je pleure sans raison que je pourrais vous dire, c’est comme une peine qui me traverse, il faut bien que quelqu’un pleure, c’est comme si c’était moi. » M. D.
No te quiero sino porque te quiero y de quererte a no quererte llego y de esperarte cuando no te espero pasa mi corazón del frío al fuego.
Je ne t’aime que parce que je t’aime Et de t’aimer j’en arrive à ne pas t’aimer Et de t’attendre quand je ne t’attends pas, Mon cœur qui était froid s’embrase.
Te quiero sólo porque a ti te quiero, te odio sin fin, y odiándote te ruego, y la medida de mi amor viajero es no verte y amarte como un ciego.
Je t’aime parce que c’est toi que j’aime, c’est tout, Je te hais sans fin, et te haïssant t’implore ; Et la mesure de mon amour vagabond Est, ne te voyant pas, de t’aimer en aveugle.
Tal vez consumirá la luz de enero, su rayo cruel, mi corazón entero, robándome la llave del sosiego.
La lumière de janvier, par son cruel rayon, Consumera peut-être entièrement mon cœur, Me dérobant ainsi la clé de la quiétude.
En esta historia sólo yo me muero y moriré de amor porque te quiero, porque te quiero, amor, a sangre y fuego.
Dans cette histoire moi seul je me meurs Et je mourrai d’amour parce que je t’aime, Parce que je t’aime, amour, et à feu et à sang.
Pablo Neruda (1904-1973). Soneto LXVI, extrait de : Cien sonetos de amor (1959).
Pablo Neruda (1904-1973). Sonnet LXVI, traduit de : Soneto LXVI, extrait de : Cien sonetos de amor (1959), par L. & L.
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Ce sonnet de Pablo Neruda, extrait du recueil Cien sonetos de amor (1959), a été mis en musique par Violeta Parra. Il existe plusieurs enregistrements de la chanson, dont celui d’Isabel Parra — la fille de Violeta —, en 1968, ou celui de Charo Cofré, autre chanteuse chilienne, en 1971.
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Charo Cofré • No te quiero sino por que te quiero. Poème de Pablo Neruda ; Violeta Parra, musique. Charo Cofré, chant, guitare. Extrait de l’album Charo Cofré / Charo Cofré. Chili, Peña de los Parra, ℗ 1971.
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Les Cien sonetos de amor ont été inspirés à Neruda par Matilde Urrutia (1912-1985), sa troisième épouse rencontrée à Santiago en 1946, à qui ils sont dédiés. Pourtant le Sonnet LXVI, « No te quiero sino porque te quiero », a la réputation d’avoir été écrit pour — ou dédié à — Amália Rodrigues.
Cette conjecture est notamment accréditée par l’ethnomusicologue chilien Miguel Ángel Vera Sepúlveda, auteur d’une théorie selon laquelle le fado, le tango (chanté), les rancheras du Mexique et, en règle générale, les types de chanson nés dans les grands ports du Portugal et de l’Amérique latine, ressortiraient à un genre unique qu’il nomme le « Genre portuaire » (« Género portuario ») dans lequel le fado jouerait un rôle de matrice. D’après Vera, Neruda aurait écrit ce sonnet à Paris en 1967, après avoir assisté en compagnie de Matilde Urrutia et de Charo Cofré au récital d’Amália à Bobino. À la fin du concert, les trois seraient allés saluer la chanteuse, Neruda lui faisant part de son intention d’écrire un poème pour elle et se procurant séance tenante stylo et papier, puis, le sonnet achevé, le remettant à sa dédicataire — qui l’aurait ensuite perdu. Perdu il ne l’était pas vraiment, car la prudente Charo Cofré en aurait fait une copie. L’anecdote est relatée par le journal argentin La Nación dans un article daté du 12 octobre 2000, mais on la trouve aussi ailleurs, dans des versions différentes.
Il semble bien qu’il y ait eu une admiration mutuelle entre Neruda et Amália, ainsi qu’en témoigne l’écrivaine Zélia Gattai (1916-2008) — par ailleurs épouse de Jorge Amado :
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En 1958 Jorge [Amado] dirigía una publicación cultural en Río, « Para Todos ». Convidó a Pablo [Neruda] para que diera un recital que ayudaría al periódico, rico en contenidos, pobre en dineros. Fuimos a esperar al compadre en el muelle del puerto, donde desembarcó sonriente: « Acabo de conocer la palabra más bella del idioma portugués: Alfândega. » El recital de Pablo a beneficio de « Para Todos » fue un éxito. Sabiendo que la fadista portuguesa Amália Rodrigues se encontraba en Río, gran admirador de ella, Pablo pidió que la convidáramos. Devota del poeta, Amália oyó sus poemas, al principio reverencial, de rodillas, luego con las manos juntas. Zélia Gattai (1916-2008). Mi amigo y compadre Pablo : Discurso pronunciado el 12.07.2004 en la Academia Brasileña de Letras, inaugurando la exposición de fotografías de Pablo Neruda, organizada por la Fundación Casa de Jorge Amado, Bahía, dans : Nerudiana, n°2, Diciembre 2006. https://www.fundacionneruda.org/documentos/NERUDIANO%2020530.pdf
En 1958, Jorge [Amado] dirigait une publication culturelle à Rio, « Para Todos ». Il invita Pablo [Neruda] à donner un récital afin d’aider le journal, riche en contenu, pauvre en argent. Nous sommes allés attendre notre ami sur le quai du port, où il a débarqué en souriant : « Je viens d’apprendre le plus beau mot de la langue portugaise : alfândega [« douane »] ». Le récital de Pablo au bénéfice de « Para Todos » fut un succès. Sachant que la fadiste portugaise Amália Rodrigues se trouvait à Rio, Pablo, qui en était un grand admirateur, nous a demandé de l’inviter. Elle-même fervente admiratrice du poète, Amália écoutait ses vers, d’abord avec révérence, à genoux, puis les mains jointes.
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Pour autant, j’ai du mal à croire à l’entière véracité de l’anecdote de l’ethnomusicologue chilien — qui connaissait personnellement Amália, il est vrai, et qui a par ailleurs signé la riche notice d’accompagnement du CD Amália de porto em porto (2014), une compilation des chansons en langue espagnole enregistrées par la fadiste. Ne serait-ce qu’en raison de l’incongruité des dates. Par ailleurs en 1967, Amália ne s’est pas produite à Bobino (elle l’avait fait en 1965), mais à l’Olympia. L’histoire est cependant prise au sérieux au Portugal. Le fadiste Rodrigo a enregistré le sonnet en lui donnant la forme d’un fado, prenant soin de spécifier sur la pochette du CD : « poema dedicado a Amália por P. Neruda ». Autre exemple, Gançalo Salgueiro, dont le répertoire a longtemps été constitué essentiellement de reprises de fados d’Amália :
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Gonçalo Salgueiro • No te quiero. Poème de Pablo Neruda ; Miguel Ramos, musique (Fado Alberto). Gonçalo Salgueiro, chant ; Eurico Machado, guitare portugaise ; Pedro Pinhal, guitare ; Paulo Paz, basse acoustique. Captation : Zamora (Espagne), Convento de San Francisco Extraponte, dans le cadre du IV Festival de Fados de Castilla y León, juillet 2006. Vidéo : aucune information.
Renée Claude est morte l’an dernier. Son album d’hommage à l’œuvre de Léo Ferré, On a marché sur l’amour : Renée Claude chante Léo Ferré, paru au Québec en 1994, est une splendeur d’un bout à l’autre.
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Renée Claude (1939-2020) • Y a une étoile. Léo Ferré, paroles & musique. Renée Claude, chant ; Philippe Noireault, piano. Enregistrement : Montréal (Québec), Studio Karisma Audio Post Video & Film, mai-juin 1994. Extrait de l’album On a marché sur l’amour : Renée Claude chante Léo Ferré. Canada, Transit, ℗ 1994.
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Y a une étoile est une chanson de jeunesse de Léo Ferré. Il l’a lui-même enregistrée avec d’autres du même tonneau, en Italie où il résidait, pour son ultime album de studio : Les vieux copains (1990). Il avait alors plus de soixante-dix ans.
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Léo Ferré (1916-1993) • Y a une étoile. Léo Ferré, paroles & musique. Léo Ferré, chant, piano ; Orchestre symphonique de la RAI-Milan [Orchestra sinfonica di Milano della RAI] ; Léo Ferré, orchestrations, arrangements & direction musicale. Enregistrement : Milan (Italie), Studio Regson, en octobre 1988, puis du 11 au 13 juillet 1990. Extrait de l’album Les vieux copains / Léo Ferré. France, EPM, ℗ 1990.
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Salut, ma vieille copine la terre ! T’es fatiguée ? Ben nous aussi ! C’est pas des raisons pour faire des manières, Tant qu’y a le soleil qui fait crédit. Salut, ma vieille copine la terre !
Y a une étoile au-dessus de Paris Qui m’a fait de l’œil la nuit dernière, Ma vieille copine la terre ! Et pendant ce temps-là, tu dormais Enroulée dans les bras de ma mélancolie, Pendant que je déambulais Comme un oiseau blessé dans la nuit si jolie.
Salut, ma vieille copine la terre ! Dans tes jardins y a des soucis Qui font de beaux printemps à la misère Et de jolies fleurs pour les fusils. Salut, ma vieille copine la terre !
Y a une étoile au-dessus de Paris Qui m’a fait de l’œil la nuit dernière, Ma vieille copine la terre ! Et toi pendant ce temps, tu peinais À charrier sur ton dos des continents de misère, Pendant que le soleil se dorait Dans sa maison toute bleue pour se refaire une lumière.
Salut, ma vieille copine la terre ! Y a des diamants qui font leur nid En se fichant pas mal de tes frontières, Qu’il fasse jour, qu’il fasse nuit. Salut, ma vieille copine la terre !
Y a une étoile au-dessus de Paris Qui m’a fait de l’œil la nuit dernière, Ma vieille copine la terre ! Si tu voulais bien en faucher deux ou trois, Ça pourrait faire une drôle de lumière Et mettre au front de la société Des diamants qu’on pourrait tailler à notre manière.
Bonjour ma vieille copine la terre ! Je te salue avec mes mains, Avec ma voix, Avec tout ce que je n’ai pas. Léo Ferré (1916-1993). Y a une étoile
Le banc d’essai lance à l’aventure un ramassage d’espaces
Sabre au clair, Poutine le rempailleur bouchonne sa monture à l’entrée de la charge
Faute de vocabulaire les enfants s’abstiennent de comptines , quelques incontinents couchent par taire, des galéristes à l’affût disent que Pablo serait sur le poing d’être exhumé pour faire une dernière fresque à la mémoire de l’OTAN, j’étais en premiers congés-payés de mes parents à St-Trojan dans l’Île d’Oléron quand Hitler viola la Pologne
A la frontière de la 3ème une moujik militaire traverse mon coeur d’un coup de poignard
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