JACQUES BERTIN – LE GRENIER


JACQUES BERTIN -LE GRENIER

Dans le grand grenier de mon âmeJ’étouffe très discrètementJe respire mais j’ai la bouchePleine de toiles d’araignéesJe fais de grands pas immobilesJe crie mais je ne m’entends pasIl y fait une chaleur moiteDans un bric-à-brac indécentJ’y vois des bons dieux à crinièresSortir des cartons à chapeauxMes amis révolutionnairesCourent en rond le cul à l’airSur le vélo de mes dimanchesVient un épicier à pomponPuis une femme un peu trop vieilleLe ventre blanc et les bas noirsS’écroule dans les étagèresSur les genoux d’un sénateurEn robe de mariée ma mèrePleure en silence dans un coinEntre des gravures de modeEt les napperons des chrétiensPapa tient les cordons du poêleEt les genoux du généralLes goupillons de la moraleEt ceux de la révolutionContre une fille au torse nuLe jupon très bas sur les hanchesQui voudrait m’apporter à boireEt qu’on traque dans les bouquinsJ’arrive enfin à la fenêtreMais quand je vais sortir au jourJe meurs coincé dans la photoFigé dans un sourire immenseJuste à côté du temps qui passeEt qui me fait un grand « Salut ! »

JUSTE UN PEU DE MON JARDIN


JUSTE UN PEU DE MON JARDIN

Sur le lapidaire des jours les pierres meulent suivant les assauts d’un quotidien en dérive. Ce passage en dehors de la stupidité des manettes, comporte pour moi le miroir de l’année dernière avec son contenu d’images de Jacqueline qui allait au devant du dernier départ. Il fait grand soleil et une chaleur haute aujourd’hui. Mon docteur vient de me dire qu’il me sentait en bonne santé dans ma peinture. C’est vrai que je suis un peintre d’atelier. Heureusement que j’ai toujours refusé de peindre sur le motif. La Montagne Ste-Victoire dans la défaite du présent ça ne pourrait donner un Paul Cézanne. Qui se souvient de la saveur des pommes à présent ?

Ce qui me court dans les battements du coeur, ressemble au bateau pas encore mis à l’eau, qu’on profile non sur l’état de la mer, mais sur la quantité de sel qu’on lui demandera de pouvoir embarquer.

Il me semble qu’à moins d’avoir un coefficient de poésie plus grand que le QI, il y a toujours eu du mal à surmonter la bêtise et ses maux, au cours des siècles.

Ce paysage ne m’importe pas de le signer. Ne pas laisser sécher ma peinture me semble plus nécessaire à mon moral. Aussi un peu de mon jardin, est beaucoup de l’amour qui n’existe pas.

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Niala-Loisobleu.

12 Avril 2024

L’OMBRE DU RÊVE


L’OMBRE DU RÊVE

A l’accoudoir d’un carrefour

entre feu rouge et feu vert

le frein à main accélère

Quelques campaniles donnent un air d’écluse

avant que le niveau ne redescende

Sur la voie de la poterne un train s’essouffle dans la montée

avant que la température se stabilise

ce sera chaud-froid au plat du jour

Mes doigts gourds paralysent l’atelier

derrière la toile blanche délarguée du mât.

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Niala-Loisobleu.

12 Avril 2024