ADAGIO


HENRI LEBASQUE

ADAGIO

Une pelletée de terre

vient dans ce qui voile sans prévenir

le chien court boire jusqu’à la mare

des marguerites ondulent dans les hautes herbes

ta longue robe est si blanche que je pense à ta peau mate

voilà des lumières qui s’avancent pour percer les ténèbres malvenues

ces enfants qui arrivent me rappellent qu’on grandit à écouter en restant à table

ce n’est plus la même musique qui traversait les vitraux jusqu’aux chapiteaux

dans la marée basse j’ai descendu mon coeur plus haut que la ceinture

le sel des pierres s’est réuni dans la coquille autour du corail de St-Jacques

alors j’ai fermé mes mains autour de tes seins

comme pour boire l’espoir de la troisième dimension …

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Niala-Loisobleu.

13 Janvier 2024

PARALLELE ISTHME


JAN WIEGERS

PARALLELE ISTHME

Toute cette poussière et un chemin qui a perdu mes jambes

Voilà bien l’image d’un faux-bois

Que l’intacte beauté se refuse à reconnaître

Et moi

Vagabond couvert d’une naturelle pigmentation

Comme bien d’autres

J’ai sous l’écorce la même sève qui ne demande qu’à circuler librement

La lune est grosse

Il faut la laisser accoucher de son naturel

Sur ses draps froissés par le vent qui l’a roulé d’un flanc de la colline à l’autre

Elle a maculé les rayures de cotonnade

Du ru de son ventre alpage

Ouvert à tous les passages de l’étoile de son berger

Laissant les brins de son gazon

En quête de myosotis se laisser faire des tresses

Pour tremper le rivage des muscs apportés par la marée montante

Et ne plus voir que la course du ciel

La nuque au coussin d’un nuage atterri

Tirer l’aiguille dans la dentelle des branches

Sous la jupe des feuilles

Pendant qu’à lever la voile au mas des oliviers

Cette double envolée de colombes

Dégrafe la cage du poitrail

D’une seule respiration

Sautant entre les cordes des talons frappant le sol

L’échine violoncelle

Âme grande ouverte aux râles de l’archet

Du m’aime ancestral cri

Qui fendit la gangue au triangle de la poésie

A porter au plus loin le fruit du noyau

Par l’intime poussée créatrice

rendant enfin mes pieds conformes à ma clef de sol

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Niala-Loisobleu.

13 Janvier 2024

UN PONT MIS SUR LA RAVINE


UN PONT MIS SUR LA RAVINE

La musique de la rue passe à l’abordage du trottoir, laissant les vitrines en rade pour assoir l’accordéon sans sébile

Les rengaines bien gardées dans leurs étuis, la voix peut s’éclaicir sous le réverbère de l’aube interpellée

Une chanson d’amour pour te vêtir, Ma, et rien d’autre que ta nature, voilà de quoi t’attribuer le rôle de Muse sans attendre que tu approuves étant donné que se taire ne veux pas dire y être opposé

Quand les planches se mettent à trembler, je ne peux m’empêcher de ressentir que leur réaction est vivante par rapport à celles des bières sans houblon

Je disais hier à mon docteur, je vis sans que mon âge me freine, manquer des jambes et d’un oeil ne modifie pas plus la motivation du saut que l’évaluation des sentiments.

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Niala-Loisobleu.

13 Janvier 2024