OSSIP MANDELSTAM: UN POEME D’AMOUR


OSSIP MANDELSTAM

UN POEME D’AMOUR

Il est des femmes parentes du sol humide,
Et chacun de leurs pas est comme un grand sanglot :
Escorter les défunts, et ceux qui ressuscitent,
Les accueillir les premières — tel est leur lot.
C’est un crime d’en exiger de la tendresse,
Mais à l’envie de les quitter nul ne succombe.
Ange aujourd’hui, demain ver de la tombe,
Et puis après-demain, simple trace qu’on laisse…
Le pas qui nous porte sera hors de portée.
Immortelles les fleurs. Le ciel demeure entier.
Et ce qui adviendra n’est rien qu’une promesse.

Ossip Mandelstam

4 mai 1937

Où accrocher les peaux ?


Où accrocher les peaux ?

Dans l’opacité d’un ciel qui se déverse

l’eau de pluie cogne pour enfoncer son coing

La verrière du jardin transporte les heures à pas lents

sans lâcher un seul oiseau des branches d’un abri sous les fleurs fruitières

Il me tarde de trouver le passeur pour franchir sans me noyer la passe vers l’atelier

dans ce rien à dire

aquarium-liquide

je pense acheter un camion-citerne pour en finir…

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Niala-Loisobleu.

13 Avril 2023

trouver de quoi mettre


TROUVER DE QUOI METTRE

Le grand vase du jardin se console en accueillant la pluie à domicile, pendant les vacances scolaires en Charente

Tous les moyens sont bons pour pallier à l’absence d’essence ciel et de médecins partis prendre l’air

Qu’on choisisse ou non, tomber malade tombe toujours mal

L’hôpital tait tout bruit de couloir

Et pour l’air ?

– Dîtes à vos poumons d’avancer jusqu’au balcon pour respirer les fleurs…

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Niala-Loisobleu.

13 Avril 2023

A COR DÉFENDANT


A COR DÉFENDANT

La légende de Roncevaux débouche chaque jour du col comme si Roland voulait toujours s’en sortir

Bien des modes ont changé depuis sans qu’à vrai dire on ait connu la fin de l’agonie

Pourtant on a jamais connu la disparition des idées d’aménagement généreux

Mais à présent ça me semble un tantinet différent

On ne ramasse plus les ordures régulièrement…

Niala-Loisobleu.

13 Avril 2023

le palais de la fortune – LETTER PAR PIERRE LE MOYNE


le palais de la fortune

LETTER

PAR

PIERRE LE MOYNE

Dans une île branlante, et de sable mouvant,
Qui suit le cours des flots, et roule au gré du vent,
Il se voit un
Palais, sans règle et sans mesure,
Mais d’une extravagante et bizarre structure,
Dont l’ouvrage subit, sans le secours de l’art,
S’éleva de morceaux assemblés au hasard.

On n’y consulta point le niveau ni l’équerre,
Pour aligner le plan, pour ajuster la pierre;
Et les appartements en tumulte dressés
Sur les pieds du compas n’y furent point tracés.
La boue, en tel endroit, étalée en parade,
Y fait une corniche, y couronne une arcade;
En tel autre le chaume et le plâtre mêlés
S’élèvent sur la porte, au porphyre égalés.
Des bois demi-pourris y régnent sur la face,
D’autres bois vermoulus sur le faîte ont leur place;
Et des marbres de prix, loin des yeux, loin du jour,
Sont laissés sans honneur dans une basse-cour.

La plus grande merveille et la plus étonnante
Est que tout l’édifice a la face changeante;
Et sans autres ressorts que le souffle des vents,
Par des conduits secrets du sable s’élevant,
Il reçoit tous les jours différentes figures,
Mais toutes sans dessein, sans ordre et sans mesures.

Là règne la
Fortune; elle tient là sa cour;
Et de tous les climats que voit l’astre du jour
Les humains à la foule à ce
Palais accourent,
Au travers des écueils et des mers qui l’entourent.

De là, portant les yeux, par un balcon ouvert,
Au dehors balustré d’un jaspe noir et vert,
Je découvre un jardin sans ordre et sans figure,
Où le hasard fait plus que ne fait la nature.

Des arbres qu’on y voit, ou venus, ou plantés,
Les uns chargés de fruit et parés de feuillage

Étendent alentour un agréable ombrage;
Du faîte jusqu’au pied les autres écorchés
En vain lèvent au ciel leurs bras nus et séchés.
Mais les plus enrichis de fruit et de verdure
N’ont ni durable bien, ni durable parure;
Et pour les dépouiller, il ne leur faut souvent,
Quelque élevés qu’ils soient, qu’un coup de mauvais vent.

J’en vis qui, grands jadis, alors couchés à terre,
De leurs troncs noirs encore, et brûlés du tonnerre,
Apprenaient aux passants qu’il règne dans les deux
Un esprit qui partout bat les ambitieux.
Et comme j’admirais qu’une flamme légère,
Qui ne fait qu’ouvrir l’air d’une aile passagère,

Eût assez de vertu pour détruire des corps
Fournis de bras si longs, munis de pieds si forts,
Un soudain tourbillon descendu d’un nuage
Sur un pin qui semblait vouloir braver l’orage
L’enlève en ma présence, et poussant avec bruit
L’écorce et les rameaux, les feuilles et le fruit,
Lui fait en l’abattant, malgré sa lourde masse,
Perdre jusqu’à son ombre, et jusques à sa place.

Enfin, sortant de là, par une fausse issue,
Qui des plus éclairés à peine est aperçue,
J’entrai dans un désert, où d’une et d’autre part
Des rochers escarpés effrayaient le regard.
C’est à cette tragique et pitoyable scène
Qu’aboutissent les jeux de la
Fortune humaine.
Là, de ses vains amants, si chéris autrefois,
Les uns étaient cloués à de funestes bois;
Les autres pourrissaient sur des roches affreuses,
De leur sang, de leurs os, de leurs cendres boueuses ;
Et d’autres se voyaient d’en haut précipités
Et moulus des cailloux qu’on leur avait jetés.
J’en vis qui, depuis peu chassés par la
Fortune,
Errant de jour au hâle, et de nuit à la lune,
Déchirés, demi-nus, affamés, languissants,
Le désespoir au cœur, le trouble dans le sens,
Cherchaient sur les torrents et sur les précipices
Le chemin qui conduit à la fin des supplices,
Et faisaient retentir de pitoyables tons
Le ventre des rochers et le sein des vallons.

Je plaignis leur malheur, je regrettai la peine
Qui suit les prétendants de la grandeur humaine,
Et revins confirmé dans le juste mépris
De tout ce que le monde a mis à si haut prix.

Pierre Le Moyne

PAS UN PLI


PAS UN PLI

Du vent lâché sans réfléchir

rien ne peut se laisser voir ou attraper

ça pousse et retrousse

laissant

les yeux pleins de poussière

Sous l’arbre la table débarrassée n’a même plus de quoi s’asseoir

Aussi pour garder l’atelier sur le pont

par ce temps de merde

mieux vaut le laisser aujourd’hui arrimé derrière les volets…

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Niala-Loisobleu.

12 Avril 2023

INDEX DES TRAVAUX DU VENT PAR ADONIS


INDEX DES TRAVAUX DU VENT

PAR ADONIS

J’ai écrit mon identité
A la face du vent
Et j’ai oublié d’écrire mon nom.Le temps ne s’arrête pas sur l’écriture
Mais il signe avec les doigts de l’eau

Les arbres de mon village sont poètes
Ils trempent leur pied
Dans les encriers du ciel.

Se fatigue le vent
Et le ciel déroule une natte pour s’y étendre.

La mémoire est ton ultime demeure
Mais tu ne peux l’y habiter
Qu’avec un corps devenu lui-même mémoire.

Dans le désert de la langue
L’écriture est une ombre
Où l’on s’y abrite.

Le plus beau tombeau pour un poète
C’est le vide de ses mots.

Peut-être que la lumière
T’induira en erreur
Si cela arrive
Ne craint rien, la faute est au soleil

Adonis

Extrait de: Mémoire du vent Poèmes

JEU DE CUBES


NIALA

JEU DE CUBES

Au coeur de la toile

le grand chapiteau

où je pose mes jardins d’homme

sur le désert du jour

passent les chevaux tirant de la vague

assez d’écume pour me bouchonner de paille

.

Essaim

qui balance

de l’herbe provient la couleur

qui fait les paroles du chant

Je m’en irai par une des fenêtres que j’ai ouverte

chercher cet autre boisseau de folle avoine dans le plus grand silence.

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Niala-Loisobleu.

11 Avril 2023

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Jacques Bertin – Le Voyage

J’ai retrouvé dans la coque la vieille fêlure L’humidité qui suinte comme l’éternel poison Et j’ai pleuré, assis la tête contre la cloison De l’autre côté le moteur battait son chant profond Celui qui vient de l’enfance Et dont les basses fréquences Toujours ont raison Où tu vas poser ton sac Fais un lit avec tes larmes Il flottait dans cet endroit une odeur de goudron et d’urine Gravé dans le travers de la blessure on distinguait un nom Une illusion ou un message ou une marque de fabrique Le monde passait contre les hublots lentement comme un monde Les façades prétentieuses croulaient dans les angles morts On voyait des visages de femmes glacées et pensives Marquant la brume comme d’immatures soleils d’hiver Je ne sais pourquoi je me bats le bateau me conduit dans l’aube Ah vers la haute mer, bien sûr, comme chaque matin Je me retrouve faisant mon méchant trafic dans un port incertain Il faut payer cash, en devises fortes et avec le sourire Je ne sais pourquoi je me bats. J’ai pleuré dans la chaleur torride Le monde est beau ! Les femmes se donnent avec des airs de s’oublier ! Nos victoires sont devant nous qui nous tendent la main ! Où tu vas poser ton sac Fais un lit avec tes larmes

UN ROSE MAUVE DANS LES HAUTES HERBES PAR RAINER MARIA RILKE


UN ROSE MAUVE DANS LES

HAUTES HERBES

PAR RAINER MARIA RILKE

Un rose mauve dans les hautes herbes,
un gris soumis, la vigne alignée …
Mais au-dessus des pentes, la superbe
d’un ciel qui reçoit, d’un ciel princier.
Ardent pays qui noblement s’étage
vers ce grand ciel qui noblement comprend
qu’un dur passé à tout jamais s’engage
à être vigoureux et vigilant.

Rainer Maria Rilke

MIS SUR L’ACCOUDOIR


MIS SUR L’ACCOUDOIR

A défaut de tracé clair à suivre, demander à la pelleteuse de désemblayer, change la direction du sommeil

La bouche des goûts avaloir refoulait d’histoires à dormir debout

Pendant qu’on pose des oeufs dans l’herbe pour les enfants le mauvais chocolat a fait fondre le soleil

ça me rappelle « LA MAUVAISE REPUTATION » de Tonton Georges

Dans les Pâques je me suis lavé les pieds en bon mécréant, d’un reblog d’événements…

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Niala-Loisobleu.

11 Avril 2023