L’IVRE DE COULEURS


L’IVRE DE COULEURS

Ressentir l’impression de s’être fait voyeur

en prenant pour soi des mots écrits pour ailleurs

lève le coeur en bas de l’escalier

Salut l’ivre de couleurs

va falloir que t’ailles cuver ton eau de senteurs

dans ton purgatoire

Sali de dégrisement.

Niala-Loisobleu – 2 Novembre 2021

Barjoland par Paul Personne

Les mots m’laissent tomber n’viennent pas m’voir ce soir
Trahir tout l’dégoût que j’ressens
Les mots complices et durs pour dire le pire
D’autres ont j’té leur vie en les chialant mieux avant
Alors faut qu’j’me chante mon pote t’es là pour causer
Causer pour passer l’temps
Avec l’impression qu’tout sert à rien
Et que d’toute manière
D’main on aura tous foutu le camp

Salut l’Amour qu’est-ce que tu d’viens
Un paquet d’temps qu’jt’avais pas vu
Traîner dans l’coin

Viens j’ter un oeil un peu que j’te montre
Là où j’survis tout c’qui m’entoure
Car depuis tout c’temps tout c’temps qu’tu ronfles
Ca t’concerne plus tout ça, l’Amour
R’garde la-bas y’a Barjo-Land
C’jeu d’massacre est gratuit
Un peu plus loin y’a l’coin où tout le monde
Se dit j’t’aime
Mais où tous les coups sont permis

Alors l’Amour ça t’plaît chez moi
J’t’invite permanent
Mais où tu t’barres comme ça

P’tits mots naïfs pour coeurs minés
Qui s’paument et qu’espèrent toujours
Un soir une étoile et aimer
Tous les jours tous les jours
Pauvre grand mot tu t’vautres t’as plus d’fierté
Si tu savais c’qu’on fait d’toi
A toutes les sauces pour des idées
Pour du fric pour une croix

Alors l’Amour y’en a marre maint’nant
Qu’on en finisse vite ou existe vraiment
On t’attend on t’attend
D’puis trop longtemps.

PAR LA CLOSE


Photo Niala « TOURS DE BREIZH »

PAR LA CLOSE

Du matin sans autre parti pris que celui de la route ouverte, va défiler le paysage dans tous les sens de la pensée

Belle métaphore, ou le chien assis sur la plage-arrière de custode, n’opinera pas bêtement de la tête

il faut laisser le chauffeur regarder à l’avant sans détourner la tête

Apparaît alors la muraille du ventre humain qui a gardé au moins l’esprit de contenant , celui de contenu relevant d’une autre paire de Manche

Pont-levis baissé l’air herse la Motte-Picquet, Grenelle y con pris

Je respire

La muraille montre cuisses ouvertes, un aspect métaphysique pas du tout hors-sujet

C’est autre chose de pénétrer au coeur des pensées, de les suivre dans leurs périples, allant du jovial au pessimisme, de l’amoureux aux frigide, chaud-froid de poulet mis en vitrine d’Amsterdam, puis l’exorcisme de la pensée novatrice, genre histoire de femme qui au départ est née homme, ah la galère. Il y a la parole de celui qui ne profane pas. Plus rare. Debout sur la béquille robotique de l’être femme qui ne se ménage pas. Ah le saint qu’on dévoile chez le fleuriste, si on le cachait, mais le petit-gommerce alors que deviendrait-t-il ?

Allez, trève d’insolence, par la porte ouverte la mer est là qui s’étale et remonte

J’utopise

Putain c’est bon parce qu’en m’affûtant le cortex ça me fait voir sans aigreur inutile, le côté réellement déplorable des traditions civiles d’une société armée pour tuer

Je dirai tout en pensant qu’instruire est le pire ennemi que craignent les exploiteurs

Il reste de tous les monuments construits par l’homme une défense immortelle de sa présence

Niala-Loisobleu – 2 Novembre 2021

Photo Niala « TOURS DE BREIZH »

PÂTRE A MODELER


PÂTRE A MODELER

Un roi lion plus fainéant qu’un monarque de référence se trainait, les pieds dans les savanes, un peu de morgue au né. assis sur sa chaise percée en se disant

« Chui-là je vais me le faire » il faut lui apprendre à faire la courbette

Bruit d’ailes

de la brousse monte une envolée

un oiseau genre albatros

décolle

il fait trois tours au-dessus du fauve et lâche une rafale de fiente en piqué en lui criant:

  • Mon Saigneur, j’ai prêté serment quand j’ai été initié, que jamais plus mon genou se mettrait en terre

Niala-Loisobleu – 2 Novembre 2021

CE MATIN -MICHEL DEGUY


CE MATIN – MICHEL DEGUY

Silence de nuit complète à cinq heures
Janacek en quatuor à son dernier amour
Debussy pour
Chouchou fabrique un gollywooks
J’ai le tome de
Martin sur les genoux

De quoi hier ce lendemain était-il fait
Dont ils ne savaient rien nous le savons
Eux qui furent égaux dans cette nescience
Nous fiers comme des rieuses de veillée
Qui savons cela
Tout cela de plus
A la fin au moins cela qui n’est rien d’autre

Le gros caillou remonte
Dans la nuit tombe et en tombant retombe
Ils en sont à la fin d’aujourd’hui
Nous bien sûr au début de ce jour
Et eux là-bas hier encore à
L.A là
La faucheuse qui n’existe pas plus qu’un dieu
Les fauche eux et euses

Ce qui échappe avec le mot qui échappe ce n’est pas seulement un autre mot mais ce que les mots de la phrase comme des doigts tressent en laissant fuir

Une houle rostrale d’espace pousse

Le spacieux mascaret du vide

Rien qu’inventive expansion de nébuleuses en proue

Mais où donc est passé le temps ?

Des monades

sur la terre comme au ciel

implosent en trous noirs

Le centre est le sommet

Ce point le plus exposé au soleil

Il y a une écaille de la terre partout

À chaque seconde qui est plus proche

Du soleil que toutes les autres

Il y tombe à pic — pour un œil

À ce moment qui passe au zénith et que

Le reflet d’un éclair aveugle

Comme à l’orchestre tour à tour

Un spectateur s’allume

Au réverbère en diamant de la star

Qui lui tape maintenant dans l’œil

Pénélope c’était donc ça

La tapisserie d’un jour

Dont la nuit aura feint l’amnésie

Mailles de biens, d’échappée, de renonces

Faux filées de lecture et ratio de lumière

Elle lègue aux familles régnantes

La joie de ses derniers moments

De chacun on pourra dire

Il avait essayé plusieurs fois de se tuer

Veille à te regarder

pour te faire disparaître

La flèche touche une chose dans la nuit

Qui en devient sa cible
Un sens nous sommes

avides de signes

J’ai tout à me reprocher

dit le poème mot-dit

Car vous n’êtes pas irraprochables

— par l’anneau d’un comme visible ou non —

amis ennemis phases et phrases.

D n’y a jamais que groupes de ressemblances

faisceaux de semblants pour la pensée

qui s’approche du comme-un des mortels

cette anthropomorphose qui pourrait échouer.

Michel Deguy