COMME LE MARTIN-PÊCHEUR PREND FEU – PHILIPPE JACOTTET


Jour de novembre, faste, où un martin-pêcheur a pris feu dans les saules. 
 
 
 
Peut-être n’est-il pas plus nécessaire de vivre deux fois que de le revoir une fois disparu ?  
 
 
 
Oiseau ni à chasser, ni à piéger, et qui s’éteint dans la cage des mots.  
 
 
Une seule fois suffirait, pour quoi ? pour dire quoi ?  
Un seul éclair plumeux 
pour vous laisser entendre que la mort n’est pas la mort ?  
 
Chasseur, ne vise pas : cet oiseau n’est pas un gibier. 
Regard, ne vise pas, recueille seulement l’éclair des plumes entre roseaux et saules.  
 
 
 
Alliant dans ses plumes soleil et sommeil.  
 
Tu n’aimes pas les joyaux plus que cela, je m’en souviens. 
Mais un joyau ailé, un joyau avec un cœur ?  
Un éclair farouche et peut-être moqueur, comme certains regards, autrefois ?  
 
 
Le martin-pêcheur flambe dans les saules.  
Il a flambé. 
Et si quelque chose comme cela suffisait pour sortir de la tombe avant même d’y avoir été couché ?  
 
Philippe Jaccottet, Et néanmoins, Gallimard, 2001, pp. 36&37 


 

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