REQUIEM DE GUERRE (Extrait)


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REQUIEM DE GUERRE (Extrait)

 

Laissez-moi vivre dans l’obscurité. Dis-je aux Dames de Compagnie.

L’obscur !

L’ami de la nuit. Notre bien à tous.

L’obscur c’est ce qui me reste lorsque j’ai payé mon Denier du culte. Il pénètre à mes côtés dans la vaste pièce. Il rompt le temps. Il en fait l’atelier de larges tranches de sommeil.

Participa-t-il et sous quelle forme à ce qui m’est arrivé ? Çà ! Je n’en peux plus de mal respirer, mal de respirer mal en respirant.

S’impose dès lors la nécessité de dire toute la vérité. Je vous demande simplement de laisser vos rêves tenir la place qui leur est due dans la pièce obscure.

Mais il est plus que temps de se mettre d’accord sur le sens que nous lui donnons. Je lui demande : Que faites-vous là ? Êtes-vous simple d’esprit ? L’esprit simple :

Celui qui ne craint pas de vivre dans

ce qui est plus sombre que le noir.

Ainsi je vais dans l’obscur, me répétant ces psaumes que, pour vous,
je viens de composer. Éloignez de moi les pensées du petit jour. C’est peut-être grâce à cela que j’ai pu tordre le coup à ce (ceux) que vous savez.

L’obscur est notre pain quotidien.

C’est la nuit, dans la matière même du rêve, que nous mesurons le mieux son poids de détresse.

/

Ce sont les mots

qui sortent de ma bouche.

Je pourrais dire qu’il

s’agit d’un bruit nocturne

ma nuit est définitivement blanche

tandis que je suis dans la terreur

née de mes cauchemars adultes et de ce qu’ils montrent de moi-même,
enfant

grand’pitié, c’est ce que je vous demande

grand’pitié !

/

Avec ivresse profonde les mots m’ont accueilli.

Il ne suffisait pas seulement de prendre la parole.

mais me tenir avec eux dans les marges du texte

fut désormais possible.

Possible également de montrer à tous

ce qui se cache dans la caverne du langage.

Voyez ô voyez ! Comme les mots tremblent

et geignent ! Orphelins qui dans le noir

cherchent une autre famille

Franck Venaille, Requiem de guerre, Mercure de France, 2017, 112 pages, 11€, pp.41 à 43 et 46

Attention mise en vente le 4 mai 2017

Franck Venaille dans Poezibao :
bio-bibliographiefiche de lecture de Pierre Jean Jouve (JM Place)« Lecture » poétique 10extrait 1fiche de lecture du livre de François Boddaert, Franck Venaille, je revendique tous les droitsextrait 2, note de lecture de Chaos (G. Guillain), extrait 3extrait 4notes sur la poésieça(par JP Dubost), Venaille, Desbordes-Valmore et Rouzeau en poche (par A. Emaz), C’est nous les modernes (par A. Emaz), ext. 5C’est à dire (A. Emaz), ext. 6ext. 7[Note de lecture] Franck Venaille, « La bataille des éperons d’or », par Antoine Emaz

L’Amour est de neige


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L’Amour est de neige

Il se pourrait que sa noirceur soit bien originelle…ce qui expliquerait qu’il neige juste avant qu’il se barre…c’est sale quand ça fond…

Niala-Loisobleu – 1er Mars 2018

 

XXI

En poésie c’est seulement à partir de la communication et de la libre disposition de la totalité des choses entre elles à travers nous que nous nous trouvés engagés et définis, à même d’obtenir notre forme originale et nos propriétés probatoires.

LV

Sans doute appartient-il à cet homme, de fond en comble aux prises avec le Mal dont il connaît le visage vorace et médullaire, de transformer le fait fabuleux en fait historique. Notre conviction inquiète ne doit pas le dénigrer mais l’interroger, nous fervents tueurs d’êtres réels dans la personne successive de notre chimère.
Magie médiate, imposture, il fait encore nuit, j’ai mal, mais tout fonctionne à nouveau.
L’évasion dans son semblable, avec d’immenses perspectives de poésie, sera peut-être un jour possible.

René Char, Partage formel (1945)
Char – dans l’atelier du poète, Quarto Gallimard, 2007

 

 

 

Au dernier Fils


Au dernier Fils

L’issue dérobée
 
Marmonnement profonde route ravinée du soleil

l’un de nous s’appauvrit et nous devance une immense aversion pendulaire le tirant

plus jamais la terre nue, seule à seul, affrontant le langage désert

de son propre puits paludéen le tirant

l’un de nous

que chaque mot torride a saisi

(ne forêt nous précède et nous tient lieu de corps

et modifie les figures et’ dresse

la grille

d’un supplice spacieux

où l’on se regarde mourir avec des forces inépuisables

mourir revenir

à la pensée de son reflux compact

comme s’écrit l’effraction, le soleil toujours au cœur et à l’orée de grands arbres transparents

Nous courûmes

des trombes de soleil

mirent en pièces

jusqu’au fond de nous la barque

la terre un unanime roulement de saveurs s’éloignait

dans la lumière des portes arrachées, trombes

comme si je naissais, éclairs

pour fêter un roi

et toutes les étoiles s’enfonçaient dans la mer

pour dissiper l’illusion

élémentaire, et favoriser le ressac

Sous la frayeur du récit inarticulé

le soleil

la signification de l’octroi

aphasique moyeu

ton règne

depuis que la roue me broie

je le nie

quelle que soit l’odeur putride des quartiers neufs et les instruments de déclin étalés à nos pieds

nous dévorons le mâchefer ce qui s’écrit sans nous en contrebas

l’éraflure et la saveur contiguës et désaccordées

ce qui s’écrit obliquement sournoisement établissant le calme

comme une pyramide sur sa pointe

Sans le soleil, en contrebas

ce qui s’écrit c’est un corps dont le soubresaut, dont le souffle dont les crocs incestueux…

un corps où se creuse la route

de quelle plume trempée

dans les menstrues de quelle monstre

à travers quelle grille

caniculaire

un corps qui s’éboule, éclate et s’agrège autour de sa crampe

à nouveau, et se dresse

faille du ciel effervescent

Ni conscience, ni lieu, ce qui suit,

la fin de quelqu’un, son corps

et dans ce glissement de collines la source

se dérobe. — ne se résout pas

un corps lu avec enjouement sous les vagues le tison, la contre-prophétie cpinglée sur le mur de chaux

ou dans le tiroir un libelle attendant son heure

Mettant à profit ce laps comme en pleine face une pierre franchirons-nous l’intervalle égarant

la césure d’un meurtre

qu’il nous incombe de réitérer sans retard

nous sommes de retour, la nuit tombe, la mer…

bêtes descendues du soleil

comment tenir fermée la cage où leurs ombres s’entre-dévorent

Une branche bat devant le mur blanc

neuve antériorité surgissante parmi les embus de son cri

un grand corps machinal bouge fleuve aux membres séparés à la musculature jaune prisonnière comme des nœuds vieux dans le bois

un enchevêtrement de lettres en filigrane dans ses eaux

Détaché de la nudité balistique

dehors, dedans se rétracte neutre inondé

rasant les murs

de son ombre violente

écriture d’arpenteur pour rejoindre la horde

besogne de bornage et d’illusion autour des foyers qu’elle résorbe

indice, la lèpre du mur avancé, du mur volatil dont nous sommes solidaires

jusqu’au bout, jusqu’aux commissures du brouillard…

retour au signe, à la pierre éqiiidistante

– et le mètre étalon pour un arpent de félicité

Le soleil le dos tourné

une ligne nous absout

ta mort donne le signal : l’évulsion la trajectoire derrière une vitre sanglante et la grande retombée planeuse des éclats emblématiques

débris de soleil sur le remblai

Toi. cru mort, seulement dévoyé vers une cible inverse un chemin de ronde avec la salive sèche du renégat

scrute ta comptabilité stellaire elle atteint l’obscénité

De ce qui hors du temps s’accumule osselets plutôt qu’ossements l’inscription

se retire erre dans la forêt comme une-bête une borne qu’on déplace

restreinte puis scindée

par la banalité d’un mort

sans griefs

et replongée dans son identité violente

pour en resurgir

non moins ruineuse que le texte dilacéré du soleil

Qui ravaude l’aigre tranchée manteau fendu dans sa longueur contre l’accolade

la boue enfante un oiseau

et
Ja conspiration de l’air maternel bien que réprouvé, bien qu’éblouissant

dur horizon rapproché

d’un cristal intelligible il résume le voyage

la piqûre du serpent

a déposé sur nos langues un immense oiseau entravé

Nos mains broyées

par les outils insaisissables

et la lumière s’éloigne de la plaie

nos mains énigmatiques

à force de froisser le plan du temple de I.ouksor

qui bifurque et bourgeonne à chaque dynastie jusqu’à nous

le soleil

au-delà l’insoutenable

entre chaque vertèbre explosant

vivants irréductibles

— et la lumière s’éloigne de la plaie

 

Jacques  Dupin

 

 

Hébété, les yeux plantés aux piques des menteurs

je tends les mains au cimeterre

coupez

mon chemin de croire moignons des arbres

liseré de trahisons répétées

Niala-Loisobleu – 10/09/17

 

 

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Il y a des fils mauvais conducteurs, dit le père


 

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Il y a des fils mauvais conducteurs, dit le père

La hauteur des peut plier – l’arbre à planches – est à franchir par la voie haute. la canopée terrasse. Le mauvais à tout faire a l’escalier de service, souviens-toi et n’oublies jamais que l’Amour est étranger aux mots du ballet sur le sable.

Ne lâche pas le cerf-volant qui t’a toujours voyagé au-dessus de la couche marécageuse où grouillent les reptiles.

Vas à l’estuaire, prendre le vers qui dégourdira la goutte qui crampe aux articulations. Acide urique  comme cartilage sera détruit !

Niala-Loisobleu – 2 Septembre 2017

 

CLAP ! TOURNEZ !


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CLAP ! TOURNEZ !

Tombant sous les fleurs il y eut l’an passé, tout en fête. Que de flagornerie pour enrôler à la meute. Les lêches ont le même processus de camouflage pour rallier en vue d’un but non déclaré. Ignorer que dans l’esprit d’un ou de plusieurs, tu représentes une utilité majeure aidera à mettre en place le scénario , le décor et les acteurs qui feront tourner la caméra, au signal du clap. L’amorçage est parfait. De l’enfant appelant son père, à la Muse énamourée, aux voisins courtisans, auxquels on ajoute une cérémonie quel programme chargé cela fait.

Mais sots que vous êtes le sournois servi par dessein d’une ambition n’a qu’un temps court. L’Amour refuse la tricherie.

Le rond-de-jambe en devînt carrosse. L’année dégoulina d’ambitions toutes plus menteuses les unes que les autres. Au point que le climat en perdit la boussole pour finir par tourner sa veste. Un silence lâche coupant court à toutes explications. Sifflons ce navet, faire avaler une couleuvre en la faisant passer pour une vipère, ne montre que l’usage du faux en toute évidence. Nous resterons en dehors mettant la décision à l’ordre du jour de voter contre.

Niala-Loisobleu – 22 Août 2017

 

L’Ordre du Jour

D’élire domicile au cœur ,de l’entracte, acquiescement et refus obligent qui les creuse. Par l’incorporation du hasard à la chair, j’incarne enlin la transe originelle,
j’accueille la foudre du premier rapt. Je suis le moment d’oubli qui fonde la mémoire. Au cortège des apparences et des merveilles d’offusquer l’inanité de ma conquête,
l’anonymat de mon angoisse. Car, du fond de ce malheur, je suis la foule, l’énorme vigueur aveugle et la plus courte flamme. Je suis ce point de morne et suffocante réflexion, la
projection instantanée d’une errance future et d’un mensonge mort. Chaque brûlure est un passage, une défaite approfondie. Au haut crucial où s’abolit la danse, l’expiation
commence et l’acte nul. Mais de l’opération qu’ils impliquent et renoncent, j’augure ironiquement d’un orgasme définitif.

De ce mal qui s’étire dans la longue saignée des siècles, je suis l’exacte et pure abstraction,

– le nœud d’asphyxie formelle.

Ignorez-moi passionnément!

Jacques Dupin

 


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MOT A MOT 2

Durant des années, le coeur dans une seule pensée  fait, dès le réveil et jusqu’au coucher, le même chemin, en ne voyant que ce qui d’emblée lui a paru bon. Longue promenade un peu sportive, sans en avoir le moindre esprit. D’abord bénéfique, petit à petit le train en ralentit. Pour finir par être de plus en plus lent. La disparition de son leitmotiv lente mais constante en étant la cause. On a pas de raison de se méfier quand on donne, ça tombe sous le sens. Le doute c’est le crabe, quand on sent sa présence c’est déjà trop tard. On ne voyait que ce que l’on pensait être, mais…Les arbres n’étaient plus des arbres, ils étaient devenus une partie d’un décor d’ensemble, chaque chose en place n’ayant aucune réalité, juste des accessoires collant au thème que le coeur ne pouvait imaginer ne pas exister. Quand le mensonge devient le sordide produit d’une lâcheté qui le laisse se développer. L’oedème finit par imploser. La blancheur peut masquer la tare la plus sombre qui soit. Jeu de dupes, vertige d’une paranoïa machiavélique. Bonsoir.

Selon d’autres hiérarchies

A nier le don de soi
le charme des fictions s’exténue…

Albert Ayguesparse

(Mot à mot)

Adieu monstre d’une fanstamagorie pernicieuse, le mal qui t’anime t’appartenant en propre, je te l’abandonne. Il faudra remonter les vagues scélérates, c’est courant en matière de navigation. Chaque odyssée est un passage de soi. Le voyage est une initiation permanente.

Niala-Loisobleu – 8 Avril 2017

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L’Appât Rance


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L’Appât Rance

Ma foi

se fait tirer l’oreille

cette odeur de pourri

blottie dans l’appareil

m’alerte

je n’ai plus confiance

le système électoral français

est manipulé

Niala-Loisobleu -3 Mars 2017

 

Chambre Noire du Rêveur


Chambre Noire du Rêveur

Comme les mots mentis

laissent le miroir sans teint

de la chambre claire

les couleurs

sont sorties opaques

de la transparence

aux draps sales

Niala-Loisobleu – 4 Janvier 2017

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La nuit de décembre

LE POÈTE

Du temps que j’étais écolier,
Je restais un soir à veiller
Dans notre salle solitaire.
Devant ma table vint s’asseoir
Un pauvre enfant vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Son visage était triste et beau :
A la lueur de mon flambeau,
Dans mon livre ouvert il vint lire.
Il pencha son front sur sa main,
Et resta jusqu’au lendemain,
Pensif, avec un doux sourire.

Comme j’allais avoir quinze ans
Je marchais un jour, à pas lents,
Dans un bois, sur une bruyère.
Au pied d’un arbre vint s’asseoir
Un jeune homme vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Je lui demandai mon chemin ;
Il tenait un luth d’une main,
De l’autre un bouquet d’églantine.
Il me fit un salut d’ami,
Et, se détournant à demi,
Me montra du doigt la colline.

A l’âge où l’on croit à l’amour,
J’étais seul dans ma chambre un jour,
Pleurant ma première misère.
Au coin de mon feu vint s’asseoir
Un étranger vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Il était morne et soucieux ;
D’une main il montrait les cieux,
Et de l’autre il tenait un glaive.
De ma peine il semblait souffrir,
Mais il ne poussa qu’un soupir,
Et s’évanouit comme un rêve.

A l’âge où l’on est libertin,
Pour boire un toast en un festin,
Un jour je soulevais mon verre.
En face de moi vint s’asseoir
Un convive vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Il secouait sous son manteau
Un haillon de pourpre en lambeau,
Sur sa tête un myrte stérile.
Son bras maigre cherchait le mien,
Et mon verre, en touchant le sien,
Se brisa dans ma main débile.

Un an après, il était nuit ;
J’étais à genoux près du lit
Où venait de mourir mon père.
Au chevet du lit vint s’asseoir
Un orphelin vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Ses yeux étaient noyés de pleurs ;
Comme les anges de douleurs,
Il était couronné d’épine ;
Son luth à terre était gisant,
Sa pourpre de couleur de sang,
Et son glaive dans sa poitrine.

Je m’en suis si bien souvenu,
Que je l’ai toujours reconnu
A tous les instants de ma vie.
C’est une étrange vision,
Et cependant, ange ou démon,
J’ai vu partout cette ombre amie.

Lorsque plus tard, las de souffrir,
Pour renaître ou pour en finir,
J’ai voulu m’exiler de France ;
Lorsqu’impatient de marcher,
J’ai voulu partir, et chercher
Les vestiges d’une espérance ;

A Pise, au pied de l’Apennin ;
A Cologne, en face du Rhin ;
A Nice, au penchant des vallées ;
A Florence, au fond des palais ;
A Brigues, dans les vieux chalets ;
Au sein des Alpes désolées ;

A Gênes, sous les citronniers ;
A Vevey, sous les verts pommiers ;
Au Havre, devant l’Atlantique ;
A Venise, à l’affreux Lido,
Où vient sur l’herbe d’un tombeau
Mourir la pâle Adriatique ;

Partout où, sous ces vastes cieux,
J’ai lassé mon coeur et mes yeux,
Saignant d’une éternelle plaie ;
Partout où le boiteux Ennui,
Traînant ma fatigue après lui,
M’a promené sur une claie ;

Partout où, sans cesse altéré
De la soif d’un monde ignoré,
J’ai suivi l’ombre de mes songes ;
Partout où, sans avoir vécu,
J’ai revu ce que j’avais vu,
La face humaine et ses mensonges ;

Partout où, le long des chemins,
J’ai posé mon front dans mes mains,
Et sangloté comme une femme ;
Partout où j’ai, comme un mouton,
Qui laisse sa laine au buisson,
Senti se dénuder mon âme ;

Partout où j’ai voulu dormir,
Partout où j’ai voulu mourir,
Partout où j’ai touché la terre,
Sur ma route est venu s’asseoir
Un malheureux vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Qui donc es-tu, toi que dans cette vie
Je vois toujours sur mon chemin ?
Je ne puis croire, à ta mélancolie,
Que tu sois mon mauvais Destin.
Ton doux sourire a trop de patience,
Tes larmes ont trop de pitié.
En te voyant, j’aime la Providence.
Ta douleur même est soeur de ma souffrance ;
Elle ressemble à l’Amitié.

Qui donc es-tu ? – Tu n’es pas mon bon ange,
Jamais tu ne viens m’avertir.
Tu vois mes maux (c’est une chose étrange !)
Et tu me regardes souffrir.
Depuis vingt ans tu marches dans ma voie,
Et je ne saurais t’appeler.
Qui donc es-tu, si c’est Dieu qui t’envoie ?
Tu me souris sans partager ma joie,
Tu me plains sans me consoler !

Ce soir encor je t’ai vu m’apparaître.
C’était par une triste nuit.
L’aile des vents battait à ma fenêtre ;
J’étais seul, courbé sur mon lit.
J’y regardais une place chérie,
Tiède encor d’un baiser brûlant ;
Et je songeais comme la femme oublie,
Et je sentais un lambeau de ma vie
Qui se déchirait lentement.

Je rassemblais des lettres de la veille,
Des cheveux, des débris d’amour.
Tout ce passé me criait à l’oreille
Ses éternels serments d’un jour.
Je contemplais ces reliques sacrées,
Qui me faisaient trembler la main :
Larmes du coeur par le coeur dévorées,
Et que les yeux qui les avaient pleurées
Ne reconnaîtront plus demain !

J’enveloppais dans un morceau de bure
Ces ruines des jours heureux.
Je me disais qu’ici-bas ce qui dure,
C’est une mèche de cheveux.
Comme un plongeur dans une mer profonde,
Je me perdais dans tant d’oubli.
De tous côtés j’y retournais la sonde,
Et je pleurais, seul, loin des yeux du monde,
Mon pauvre amour enseveli.

J’allais poser le sceau de cire noire
Sur ce fragile et cher trésor.
J’allais le rendre, et, n’y pouvant pas croire,
En pleurant j’en doutais encor.
Ah ! faible femme, orgueilleuse insensée,
Malgré toi, tu t’en souviendras !
Pourquoi, grand Dieu ! mentir à sa pensée ?
Pourquoi ces pleurs, cette gorge oppressée,
Ces sanglots, si tu n’aimais pas ?

Oui, tu languis, tu souffres, et tu pleures ;
Mais ta chimère est entre nous.
Eh bien ! adieu ! Vous compterez les heures
Qui me sépareront de vous.
Partez, partez, et dans ce coeur de glace
Emportez l’orgueil satisfait.
Je sens encor le mien jeune et vivace,
Et bien des maux pourront y trouver place
Sur le mal que vous m’avez fait.

Partez, partez ! la Nature immortelle
N’a pas tout voulu vous donner.
Ah ! pauvre enfant, qui voulez être belle,
Et ne savez pas pardonner !
Allez, allez, suivez la destinée ;
Qui vous perd n’a pas tout perdu.
Jetez au vent notre amour consumée ; –
Eternel Dieu ! toi que j’ai tant aimée,
Si tu pars, pourquoi m’aimes-tu ?

Mais tout à coup j’ai vu dans la nuit sombre
Une forme glisser sans bruit.
Sur mon rideau j’ai vu passer une ombre ;
Elle vient s’asseoir sur mon lit.
Qui donc es-tu, morne et pâle visage,
Sombre portrait vêtu de noir ?
Que me veux-tu, triste oiseau de passage ?
Est-ce un vain rêve ? est-ce ma propre image
Que j’aperçois dans ce miroir ?

Qui donc es-tu, spectre de ma jeunesse,
Pèlerin que rien n’a lassé ?
Dis-moi pourquoi je te trouve sans cesse
Assis dans l’ombre où j’ai passé.
Qui donc es-tu, visiteur solitaire,
Hôte assidu de mes douleurs ?
Qu’as-tu donc fait pour me suivre sur terre ?
Qui donc es-tu, qui donc es-tu, mon frère,
Qui n’apparais qu’au jour des pleurs ?

LA VISION

– Ami, notre père est le tien.
Je ne suis ni l’ange gardien,
Ni le mauvais destin des hommes.
Ceux que j’aime, je ne sais pas
De quel côté s’en vont leurs pas
Sur ce peu de fange où nous sommes.

Je ne suis ni dieu ni démon,
Et tu m’as nommé par mon nom
Quand tu m’as appelé ton frère ;
Où tu vas, j’y serai toujours,
Jusques au dernier de tes jours,
Où j’irai m’asseoir sur ta pierre.

Le ciel m’a confié ton coeur.
Quand tu seras dans la douleur,
Viens à moi sans inquiétude.
Je te suivrai sur le chemin ;
Mais je ne puis toucher ta main,
Ami, je suis la Solitude.

Alfred de Musset

J’ai été…seulement voilà c’était avant…


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J’ai été…seulement voilà c’était avant…

 

Ma première rencontre avec toi Léo eut lieu au bas de l’escalier de Castor et J-P , angle rue Bonaparte-place St-G-des-P. Il était très tard dans la nuit, bien tôt matin, instant propice au dosage de rosée, pour touiller délicatement le verre de lune. Moment où les électriques éclairages en sortant le boulanger par le soupirail, excitent par l’odeur du croissant show, annonce de la relève.

Les yeux d’un fou qu’une tignasse d’auguste sort de leurs orbites me frappent en plein cœur, il vient à peine d’ouvrir la bouche, que la rage s’est jetée à travers l’écart de ses dents.

Ce quartier de mon Paname, avait choisi tout seul d’être l’unanime asile des contrebandiers de l’espoir, en plein cœur d’une déroute de caractère, toutes ces années de laissés pour compte, naufragés de l’esprit, apogée du fromage-beurre, une pincée de sel, des tonnes de marché noir, servez horreur miss teint guette, maréchal nous voilà, cris de torture au Cherche-Midi à deux pas, avant le dernier tour au Mont-Valérien. La honte est plus forte que l’absence de scrupules. Au moment où elle est écrasée par le vide, elle tranche vif le nerf de l’espoir qui tient vivant

Ce matin, ces années là me revisitent, un couteau au milieu du dos.

Pas pour faire peur, au contraire pour m’assurer que j’ai eu tort de croire au sincère, que loin de les avoir éradiqués les actes de sombres complots, le temps présent de la déchéance la plus élaborée, la misère de tout et son panel de mascarade d’aide en tous genres d’indifférence, de prospérité promise, n’ont fait qu’acérer les dents au lieu de les limer.

C’était aussi lamentable, les politiques avaient faillis, les opportunistes s’étaient engraissés, la chanson était triste et les chanteurs, toutes proportions gardées, aussi mauvais que tous les tatoués d’aujourd’hui. Soixante-et-onze ans que l’Europe a pas joué à la guerre. Un manque dans l’équilibre naturel de la société humaine. Qui tente désespérément de se combler par des substrats extrémistes prêts à remporter la victoire.

Et dans son coin le lambda qui s’enrôle à la trahison naturelle.

Jusqu’ici j’ai été d’une résistance continue à tous les régimes (de privation). N’ayant eu que l’intime conviction que seul l’Amour signifie la Vie , lui donnant son seul sens valable, étant à m’aime de nous faire-à-part, en tant que nous-même, au sein d’un quotidien se montrant totalement étranger à ce concept.

J’ai été…seulement voilà c’était avant…

Léo, toi tu m’as jamais rien repris, ni fait passer de couleur la justesse de ta vision, la richesse de ton expression, la grandeur de ta présence, aussi, si t’es là ce matin, plus montré, c’est parce que tu m’as téléphoné de dire, que rien n’arrêtera l’incapacité à se refaire de chaque être qui se ment à perpète.

Qu’il s’agisse du premier venu comme d’un Hollande, l’obligation de la ramener d’un Obama, la révolte du désespoir de Kiev, comme du Caire, comme de Tunis et, et , et…Poutine n’a pas peur d’aller au terme de sa froide résolution, il sait lui, que la révolution qui détrône les tsars, en couronnera toujours un autre, jusqu’à ce que la civilisation des Césars fasse place à une autre.Les puissants ont déteint sur les êtres ordinaires, trahir c’est devenu si naturel qu’ils n’ont même plus conscience du parjure.

Léo, je glisse ici, un lien pour donner à ceux qui sont trop nombreux à pas te savoir, apprennent beaucoup de choses. Elles sont immensément porteuses d’espoir. Jacques Layani, est à mon sens, celui qui a su t’écrire dans le texte.

Sera-ce utile ? J’en doute, mais je me serais pas pardonné de pas l’avoir fait.

(Attention il y a là un immense mémoire qui donnera aux courageux, la possibilité de se rendre dans 3 années d’archives pour découvrir des informations complètes)

http://leoferre.hautetfort.com/

Salut Léo mon Ami, chante, chante, chante !!!!

Niala-Loisobleu – 15 Novembre 2016