QUI QUE QUOI


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QUI QUE QUOI

 

Les tracas ne fleurissent qu’au coeur des coins de délices, pour ne pas infirmer que l’exception n’en veut pas à la règle. Le miroir à peine allumé dans ce matin bouché, où la pluie métronome sur le haut des bretelles, je sortis mon Janus du coffret à couverts.  Logé dans sa ouate, au confort organisé où il n’y a pas de place pour l’improvisation, le bougre mine de rien est allongé. Quand on veut faire semblant. Mais si qu’on se prénomme Janus on est l’un où l’autre, pas les deux en même temps. Le prenant entre le pousse et l’index je le sortis et le mis à poil, pour qu’il dise la vérité avant de lever la main droite. J’avais ôté la Bible de séjour, ça fait trop hôtel qui Trump, dès la table de nuit.

-Alors mon brave, dis-moi tout de ta pensée, est-ce obligatoire de se cacher derrière une assurance de propos avec lesquels on a rien à voir ?

Le miroir eut besoin d’un instant pour que la buée disparaisse, je ne lâchai rien, il se fit apparaître. Je vis tout de suite le nombre incalculable de quiproquos qui donnent un paquet d’occasions au fourbe pour mentir. Analyser demande des moyens au-dessus des capacités du malhonnête, à voir le toupet avec lequel il se défile quand on le prend en flagrant délit. On appelle ça la mauvaise foi.

Profitant de la présence du témoin irrécusable de notre égo, je lui demandai de me dire Dupin. Sa réponse fut tac au tac: à part la prière commune pour le quotidien, perds pas ton temps avec le Jacques, personne en majorité n’y entrave que dalle. Cependant pense que si c’est en liaison directe avec une personne choisie que tu le cites régulièrement, te prives pas. Le poète vivant n’a jamais été perçu de son temps, raison majeure de lui rendre justice. On est assez gavé par Jupiter qui pose des pardons politiciens à droite comme à gauche dans sa France qui s’arrête,

Qui que quoi

Qui que quoi dont d’où
la cantilène expulsée
atteindrait le point
où se peut écrire
sans penser

il casse une lettre
il ébruite trois
la lettre cassée s’endort

quoi relire quoi
merveille
à l’instant de l’air
déchiré

et recommence ou commence
à ouvrir la boucle, à éreinter
la monture

à piaffer de rire
dans la glu du marigot

.Jacques Dupin

 

Avant que la pluie vienne ton soleil arrosait tes cuisses d’un tempérament énergétique. Je gage que ce jour levé pluvieux, rajeunira ce seoir d’un coup. Aussi difficile que ça puisse être c’est dans son contraire exposé que la vérité est à dégager de sa gangue. Nous ne sommes rien que poussière, il est donc indispensable de balayer devant notre porte. Les simagrées ne tiennent pas devant l’armature du fond de chaque chose…

Niala-Loisobleu – 07/10/18

 

MERCI MARTHE


Avec mes grands-parents en Allemagne

MERCI MARTHE

 

Encore  en partie entre la clef et la serrure, je pêne à ouvrir. De ma mémoire assez longue, autant qu’il m’en souvienne je suis pas du genre à coller au dépassement de l’aurore. Quant j’ai dépassé l’aube pour dormir c’était pour m’être à l’aurore mis au lit. Le jour n’a que peu d’heures, les laisser au sommeil relève d’un manque de vouloir faire indiscutable, ça me fait comme si j’étais fuyard à la responsabilité de vivre, de dormir tard le matin. Pourtant aujourd’hui j’ai confirmé ma règle par l’exception. Et le tout en toute conscience d’un danger imminent. Se battre me disait Marthe c’est la première chose que tu dois apprendre. T’étais là ma bonne, ma gardienne, ce matin quand j’ai vu l’urgence de faire stop. Mourir pour des idées, mon Tonton Georges me l’a assez répété ça vaut pas de se tenir en vie. Tiens déjà il a pu se préserver de finir à la plage, qui sait où on aurait brûlé son esprit libertaire ? Quand je vois l’abus que Mai 68 a fait dans le troublement d’esprit d’innocents qui pour n’en avoir rien vécu s’imaginent… Ce que j’ai peint après ça montre le changement qui s’imposait avec des fleurs, de l’amour et de l’action lunaire.

Niala-Loisobleu – 16 Août 2018

  TRAIN DE PLAISIR


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TRAIN DE PLAISIR

Autour de Pâques quand j’étais gamin on nous purgeait. J’en garde un autre souvenir que le lavage des pieds, faut dire que je sors pas d’une tradition de faux-culs. Ceci m’amène à voir en observant le paysage de cette journée, que le printemps c’est devenu qu’un grand magasin. Le bonheur des dames ?  Voilà une question bien libidineuse où autant de pissenlits que de roses se baladent dans un sacré démêloir. Dupin parle de l’herbe des rails. Métaphore puissante qui me traverse au riant express. Dans le compartiment d’une voiture de 1ère, un prince d’Apollinaire,  gamahuche une donzelle à la babasse foraine plus poilue que la femme dite à barbe, pendant qu’un homme d’armes lui transperce le fondement de sa lance. Comme quoi d’une purge à l’autre l’espace se déplace dans le même type de véhicule. Seulement dans tout ce qui est censé s’améliorer par l’assainissement, force m’est donné de constater que plus on avance plus on recule. J’en veux pour exemple: les trains de Guillaume face à la SNCF. Ils avaient un charme qui slavait autrement. Mais ça comme dirait Afflelou, c’était avant, que le Président d’une République basée depuis la loi de 1905 sur la laïcité, fasse du gringue à l’église catholique en lui disant qu’on est injuste à son égard et qu’on va voir à modifier ça.

Niala-Loisobleu – 10 Avril 2018

 

Ombre Aile


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Ombre Aile

Le porte-perruque m’a soudain fait peur, à le voir, il m’a semblé que le paysage où mon esprit divague risquait de se faire chauve, Je joue de plus en plus mon avenir à avancer dans un espace qui réduit au lave âge, me dis-je, Pourtant bien que m’étant posé cette question il y a longtemps, je ne me souviens pas en avoir tenu compte, Quand je peins j’écris, embarqué à bord du pinceau, ce qui ne me passe pas par la tête mais par le cœur, Ebouriffant la raison sans me gratter la tonsure, Bah, on ne marche pas dans l’ombre d’un autre quand sa lumière la valide, C’est dire que l’une boiterait sans l’autre pour se faire réelle, Les heures passées dans ma prime jeunesse à parler de toi mon vieux Sigmund, ont laissé leur empreinte, Avec Lucie, la mère anglaise de mon meilleur ami qui avait laissé son triste mari, industriel pour refonder des études en psychanalyse, on t’a pioché le sujet, Impressionnant ce qui a pu persévérer en moi depuis cette époque, J’ai fréquenté les endroits proscrits par le conventionnel, C’est fou comme le contraire des choses s’y inverse, Ce qui me conduit à dire que lorsque j’écris je me demande si je vais pas encore plus loin en peinture, Je me mouille, Il y toujours la Femme, elle m’accompagne par tout, C’est vrai que le sujet est vaste, En plus il se régénère constamment, Un peu comme mais dans l’autre sens que les hommes-machines qui eux stagnent, Comme quoi on ne peut faire sans complément, L’abus qu’ils font du superflu en raréfiant le Beau, l’intensifie, Le plus bel exemple est donné par la poésie, Quelle compensation, La crise n’y figure qu’au titre de métaphore, Enorme par rapport à la prose du quotidien qui lui, en fait un usage qui fait peur, Vient de passer un son corporel, Vestige d’humain ? J’en ai assez d’échos pour en tirer mieux qu’un espoir verbal, Sous l’appeau il n’y a pas qu’un contraceptif, Rassurant, me disent la pointe dressée de tes seins, Tiens sors la musique de la guitare, Ce temps pourri mérite de revenir au Sud, L’ibère serait moins triste sans tous ces problèmes séparatistes,

Niala-Loisobleu

23/12/17

Le long des Quais 4


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Le long des Quais 4

Que t’as en corps de la colle de nuit aux paupières, voilà que  le rayon comme y disent, qui t’arriverait pour t’offrir la lumière. Merde, ça fait sonnette qui te fout nez à nez avec le couple famélique des Témoins de Jéhovah…

 Pleine Eau
 
 Le cri d’un coq traîne par les rues vides, dans cette chaude après-midi de juin où il n’y a personne.
Le silence, profond comme un grenier à blé abandonné, gorgé de chaleur et de poussière.
Quel désœuvrement sous les voûtes basses de ces tilleuls, sur ces marteaux de portes où baîllent mille gueules de bronze !
Quel après-midi de dimanche distingué, qui fait rêver de gants noirs à crispins de dentelles aux bras des jeunes filles, d’ombrelles sages, de parfums inoffensifs, des
steppes arides du cinq à sept !
Seul un petit nuage, alerte, blanc, — comme le nageur éclatant porté sur l’écume ombre soudain de stupidité la foule plantée sur la plage — couvre de
confusion tout à coup le paysage endormi et fait rêver d’extravagance au fond de l’avenue un arbre qui n’a jamais encore volé.
Julien Gracq

Tu t’ébroues, bon chien, en un clin laisse ton bulbe remettre le crin dans le bon sens. Eureka, les tons apparaissent dans leur intégralité, le suiveur qui n’éclairait que la star s’est pris la pierre de la fronde en pleine poire.

J’aime à mes risques. Voilà ce qui me saute aux yeux. Quand atteint par cette alchimie qui dépasse la sorcellerie, je ne me pose pas la question préalable : Et moi suis-je aimé ? Sacré nuance Bouffi ! Parce qu’il s’agit pas de toujours se croire avoir la plus grosse parce que soi-disant tu s’rais un mec. Non, mais de découvrir qu’en dehors de toi tout peut commencer à exister.

Je vais d’un pas plus clair pouvoir charger les tableaux dans ma voiture. Demain c’est accrochage. Cette expo de par son symbole, du nombre cumulé qui s’arrête, est d’une nouvelle transparence. Un an après, voici le grand curetage en soi, après le retour-départ du fils, pour rentrer dans mon identité.

Niala-Loisobleu – 22 Octobre 2017

 

Pensée Positive


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Pensée Positive

Replanté dans son axe, l’affûtage acère

Le cri du vitrier qui franchit le marais

Il y a dans le vol des oies une expérience à tirer

Sur tout ne pas se jeter dans les pros mots de la semaine

Ce qui fond au soleil ne tient pas davantage au vent et à la pluie.

Niala-Loisobleu – 9 Octobre 2017

 

VIE PRIVEE 35


VIE PRIVEE 35

S’éloigner de l’idée qui ne serait que dans le vent qui vente. Bien qu’en ces dérèglements météorologiques aussi bien qu’ordinaires, le vent est sans nul doute la solution respirable. Ceci suggérant ce qui touche à l’étouffement, je rejoins cette idée dans sa forme métaphorique. Mon petit Séraphin venant m’apporter son concours. Je sors du garrot et de son sens tragique. Ô poésie j’en appelle à ton recours. Désenglue-moi du discours qui en est arrivé à déborder de la page pour nous gaver de fromages. L’oiseleur et sa glu lançant son filet. Respirer qu’on ait la poitrine plate ou bombée c’est un système qui a été induit au départ de la nature puis de l’humanité, avant qu’il ait fallu inventer les Shadocks par désespoir. Que l’élève dans sa majorité, devienne allergique à l’enseignement ne fait que suivre cette tendance à parler pour endormir. Le surréalisme m’a éduqué dans son système à fermeture éclair, conte-indiquant tout lacet qui pourrait étrangler. Le mot doit être ailé, la phrase à hélices et le rythme du chapitre à vapeurs. Sinon bonjour la noyade. On peut quand même pas se faire crever les yeux, châtrer les oreilles et amputer des membres au prétexte qu’il vaut mieux s’abstenir d’entendre comme de dire. Quand je me tais c’est là que je fais l’amour le plus. Je veux pas qu’on me dérange avec un baveux qui prétend changer la justice en étant coupable de ce qu’il accuse.

Niala-Loisobleu – 14 Juin 2017

 

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L’amour quand c’est mis en paquet, ça trompe plus qu’une marque de lessive qui lave toujours plus blanc.


L’amour quand c’est mis en paquet, ça trompe plus qu’une marque de lessive qui lave toujours plus blanc.

Le soleil froid qui se tient là, aujourd’hui, sur la terrasse – en plein sous mes yeux- est de même nature que les matins d’une enfance que, dans un ensemble tragique, un couple d’éleveurs tenta, avec succès de me faire le plus beau possible. Trouver dans les privations, c’est formateur. La preuve, vu qu’après  plus d’années qu’il en faut pour être dégouté, je suis encore à me mettre à l’ouvrage. Discernement oblige, faut pas tomber dans l’erreur du mirage. Ne cultiver que ce qui pousse, pas ce qui rétrograde. Les doigts verts faut voir comme ça attire les mauvaises graines. Elles ont toutes le bon sourire du chien perdu. La philosophie ne s’apprenant que sur le front de ses batailles, il peut arriver qu’avant qu’on est compris la vérité, on se soit avalé plus d’une couleuvre. Comme quoi, venimeux ou pas, le risque du serpent est de tous les jardins, aussi bien d’églises que de terrains vagues. Moi j’suis de la zone. Endroit où se réfugie l’honnêteté morale pour s’isoler du monde déshumanisé. Un coin mal fréquenté. Trop d’amour s’y retrouve avec ses plaies et ses bosses, mais sans avoir le moindre rapport avec les lieux communs de légendes des malheureux ignares qui l’ont toujours pris pour un du.

L’amour quand c’est mis en paquet, ça trompe plus qu’une marque de lessive qui lave toujours plus blanc.

Mon père m’a laissé l’occasion de laver la misère en peinture. Paris m’a fourni la boîte de couleurs. Etonnant, c’est du sale que sort la lumière. Mais le fumier n’a jamais écrasé la fleur, c’est l’homme qui marche dessus. La souffrance devient engrais, pas facile d’expliquer ça  à tout le monde. Mon expérience en ce domaine est sans doute disproportionnée. Je ne rejette rien d’aimer malgré…j’suis le cheval qui croisade sa Muse par tous les temps.

Niala-Loisobleu – 21 Mai 2017

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LE FOUTRE ET LES ORTIES


LE FOUTRE ET LES ORTIES

 

 © Mélanie Talcott ©

Ceci est un large extrait de mon dernier livre Goodbye Gandhi qui, je l’espère, suscitera la curiosité des lecteurs, d’éventuels chroniqueurs et pourquoi pas, d’un éditeur courageux, car il est fort éloigné de ce « feel good » si tendance… Comme son titre l’indique, il se déroule en Inde et aborde des thèmes que l’on contourne, leur préférant cette Incredible India tant vantée par les Tours Operators, la publicité, certains médias et… nos idées lustrées.

Il est disponible actuellement au format numérique (toutes liseuses) sur Amazon.fr et fnac.com

 Mélanie Talcott

Des mouches de chaleur dansent devant ses yeux. Ils dorment en chien de fusil, encastrés les uns dans les autres sur des nattes. Jambes entrouvertes, bras jetés au-dessus de la tête ou mains sagement posées sur le sexe. Parfois leur corps est parcouru de tressaillements désordonnés… Elle se demande à quoi ils peuvent bien rêver et même s’ils rêvent encore à quelque chose tant tous ces millions de vies qui naissent et s’éteignent dans la promiscuité leur dénient une quelconque importance. Ils dorment tous sauf Mani, Leena et peut-être Murga, le genre d’adulte en herbe à ne dormir que d’un œil.  Elle se rappelle sans savoir trop pourquoi, avoir recopié il y a longtemps, façon Ben, sur un tableau noir une citation de Romain Rolland. S’il est un lieu de la terre où aient place tous les rêves des vivants, depuis les premiers jours où l’homme commença les songes de l’existence – c’est l’Inde. Elle se voit encore y ajouter quelques années plus tard cette réflexion qu’elle avait lue ou entendue. L’Inde ? On y reste un mois, on écrit un bouquin. Un an, on n’écrit plus que quelques articles. Au-delà, on n’écrit plus rien. Elle y avait ajouté : on s’y noie.

On ne traverse pas ce foutu pays, il vous traverse et dès qu’on quitte ce gigantesque chaos qui fermente dans ses veines, il redevient un mirage. Ce doit être cela, le mal de l’Inde pour les Blancs, pense-t-elle. Au début, je n’y ai pas prêté attention, absorbée que j’étais par l’invisibilité de ce formidable organisme qui semble posséder une vie propre, sans autre règle que celle, précisément, de ne pas en avoir. Je ne sais pas si j’aurais pu changer le cours des choses. La vie ici semble ne tenir à rien, ni au hasard ni à la fatalité. Le bien et le mal s’entremêlent si intimement que quoique l’on fasse on en éprouve peut-être quelque fierté ou regret, mais finalement jamais de culpabilité. J’en devins amorale avec une aisance désarmante. Passés les premières épouvantes visuelles et olfactives à t’en donner le tournis, on s’habitue relativement vite, ce fut mon cas, à la pouillerie du sous-continent indien et à la dévastation orgiaque de sa chair qui s’affiche à pleines rues dans les corps des miséreux. Les moignons, les sourires édentés, les mouches qui grêlent la peau, les yeux rougis d’alcool, la supplique inscrite au creux de la main tendue, la mort patiente qui attend… D’abord, ça te fout la honte dans le rouge. Ça te chavire la conscience. Ça me donnait envie d’hurler. Petit à petit, ça s’installe doucement dans ta rétine, ça te surprend de moins en moins, ça ne t’émeut plus du tout. Et pourquoi puisque l’Inde elle-même n’est pas compatissante avec les siens ? Jamais. Au début, je me souviens aussi, j’étais drôlement fière d’extirper mes enfants parrainés de cette mouise qui leur collait au karma comme une malédiction. Ils flanquaient de sacrées cornes à ce mantra de traîne-misère. Les premiers mômes, c’est Murugan qui les a trouvés. Qu’est-ce qu’il était beau ! Et malin. Je lui faisais confiance. Comme à la plupart des gens qu’il me présenta. J’avais tort. A cette époque, il existait en Inde autant de choses illégales qu’aujourd’hui, mais on n’y prêtait pas la même attention. Il suffisait d’arroser les véreux à tous les étages pour jouir d’une paix coolement marchandée jusqu’au prochain racket. Murugan était l’un des leurs. Il disait aux parents qu’il emmenait leurs enfants, chez une Blanche, pour les éduquer et il demandait, en général au père qui ne savait pas lire, de signer des documents à l’entête de Children from nowhere, ou encore d’apposer l’empreinte de son pouce. Gamins abandonnés, parents décédés. Le tour était joué. Pour une famille trop collante, il avait la formule prête : ne reviens pas, parce que cela perturbe les enfants. Je n’y ai vu que du feu. Je me consacrais au parrainage. Absolument génial ce système de « tonton d’Amérique » qui permet de subvenir aux besoins basiques d’un enfant du bout du monde pour à peine le prix de deux paquets de lessive ! Les subventions, les parrainages et les dons affluaient de partout. Les roupies se multipliaient, les extorsions aussi. Pas de pots-de-vin, pas de papiers, pas de gamins.

Elle soupire. Mani, Leena et Murga lèvent la tête, attentifs au moindre de ses changements. Mais elle se contente de les dévisager.

A part leur bout de trottoir, que connaissent-ils de l’Inde ? Ont-ils conscience que leur Incredible India te bouffe comme un cancer à la sournoise ? Faire de l’humanitaire ne rapporte pas grand-chose, sinon une satisfaction égoïste qui malheureusement ne dure que le temps des illusions. Impossible de suivre l’inflation galopante des dessous-de-table. Je ne savais jamais ce que demain me réservait. Il suffisait qu’un flic, qu’un fonctionnaire, que n’importe qui avec ses petites et grandes entrées ici ou là vienne exiger son pesant de roupies pour que tout s’arrête. Arroser, arroser encore et encore. Je ne pouvais pas suivre. Mais je ne voulais pas renoncer. Parrainer plusieurs fois le même gosse a été une idée de Murugan. Une entourloupe soft mais vouée à l’échec à court terme. Impossible à gérer un tel fichier !

«  Vous connaissez le patron du restaurant Satya ? dit-elle sans s’adresser en particulier à l’un des enfants. Elle désire juste arrimer sa mémoire à quelque chose de perceptible. Des mots, sa voix ou la leur.

— John l’américain ? »

Son regard part à la dérive, se brouille d’images, s’absente. Leur réponse est sans importance. Elle se souvient. John l’américain. Un géant roux à la peau d’un blanc ivoirin, un colosse aux apparences trompeuses. Une obésité sans mollesse. Une forteresse de chair qu’il s’était peaufiné peut-être par désespoir – l’idée la séduisait, le cynisme l’horrifiait encore – une mélancolie minutieusement escamotée dans son ossature sculptée de ses multiples excès. Un type incroyablement cultivé. Gros buveur, gros mangeur, gros baiseur, bref doté d’un appétit furieux en qui il voyait la proclamation gustative de l’anarchisme rigolard dont il se réclamait. C’était vers lui qu’elle avait été cherchée une solution. Par instinct. Non seulement, il avait la réputation d’aimer les très jeunes garçons, ce qui évacuait entre eux toute possibilité des ambigüités de la séduction, mais aussi celle de posséder une habileté machiavélique à retourner les situations les plus foireuses en sa faveur. Il l’avait écouté sans l’interrompre, lui avait servi un whisky et tendu un joint.

« Fume, ça te détendra. Et pour l’amour du ciel, arrête de chialer, ça ne t’avance à rien et ça me fout les nerfs. Je ne supporte pas les gens qui pleurnichent. Mais bon Dieu, Monique, qu’est-ce que t’imaginais ? Que l’on allait te faire un triomphe pour faire la tournée des Grands Ducs avec tes bidons de lait ?

— Rien. Tout, avait-elle reniflé. Autre chose en tout cas que cette putain d’extorsion incessante.

— Ma puce, j’ai l’avantage ou l’inconvénient, cela dépend du point de vue de chacun, de vivre dans ce pays depuis plus longtemps que toi. Tu y es arrivée avec les illusions béates de ta jeunesse. Moi, avec la guerre du Vietnam aux trousses et un négoce, peu reluisant je te l’accorde, mais ô combien lucratif, celui de la drogue, le même que j’avais à San Francisco, les flics au cul en plus. Comme toi mais pour des raisons très pragmatiques, j’ai fait le Hippie trail jusqu’à Goa. Terminus entre enfer et paradis. Quel trip nudiste ! Rends-toi compte : même moi qui suis un esprit jouisseur, putain, tous ces culs à l’air, tous ces testicules mous, tous ces seins pointés au zénith, toutes ces mamelles en oreilles d’épagneul, ces fesses rebondies ou déprimées, en train de rôtir, de bummer – mendier dans mon vocabulaire – ou de s’enfiler sur la plage, ça finissait par me faire débander. Je ne me voyais pas finir en vétéran déjanté du trimard. J’ai cherché un lieu plus cosy. Pondichéry. Mais comme toi, j’étais persuadé que l’Inde nous offrait l’occasion d’effacer toutes les ardoises de nos conneries, qu’elle incarnait l’Éden de tous nos fantasmes judéo-chrétiens. On s’est fait baiser par Jésus, Krishna, Ravi Sankar, Krishnamurti et tous les Gandhi, l’original et ses photocopies et la Rolls Phantom psychédélique de John Lennon. Ajoute à cela qu’après l’assassinat de Sharon Tate, il est devenu difficile de croire aux petits oiseaux, aux fleurs et aux love-in.

— Quel rapport entre tes choix et le mien ?

— J’y viens. Pas plus que San Francisco, Amsterdam ou Katmandou, l’Inde est un paradis. Dieu et Diable y sont potes et trempent dans les mêmes eaux troubles. Le bien, le mal, je ne t’apprends rien, c’est la même foutaise éternelle. L’un n’existe pas sans l’autre. Ici plus qu’ailleurs, si tu veux parvenir à ton but, sauver quelques mômes de leur dépotoir, tu dois composer avec les deux. L’idée est que si tu es bonne comme la romaine et que tu courtises l’altruisme, il vaut mieux l’oublier tout de suite. Alors un conseil, Monique : si tu veux prospérer dans ce pays, tu n’as pas d’autre choix que d’accepter de te plonger dans son chaos.

— ça signifie ?

— Renverse la vapeur de telle sorte que ceux qui te contrôlent aujourd’hui, dépendent de toi demain. Une créance ouverte sur leur intimité. Celle dont ils subissent, le rouge au front, les turpitudes, mais pour laquelle ils sont tous prêts à se damner.

— Mais de quoi me parles-tu, John ?

— Du foutre, Monique, du foutre. Ne me regarde pas avec cet air d’ahurie. Oui, je sais. Tu as la réputation, la rumeur chez les expatriés est une pathologie endémique, de lutiner les anges plutôt que les hommes, bref d’avoir une sexualité monacale. Ne rougis pas. Il est de notoriété quasi publique que tu es rabougrie comme une figue. Mais bon, tu as investi ta jouissance physique dans le sauvetage du monde, le bien des autres, l’humanitaire. Et sans doute entendre le mot foutre te fait blêmir les ovaires. Je t’explique, ma puce. Là, où l’homme va, le foutre va. Là où le foutre se déplace, l’homme se déplace. Exactement comme les orties. C’est une mauvaise herbe qui lui est indispensable. Il te suffit pour agrandir cette vision de songer au blé. Lui c’est un aristocrate. Pour qu’il croisse et se multiplie, il faut le bichonner artificiellement. L’ortie, elle, elle pousse partout sans, avec ou malgré l’homme, et là où il dépose ses armes. Car l’ortie aime le fer et là où il y a eu des invasions, au nom de je viens vous libérer ou vous convertir à mon Dieu, là où il y a un sabre, un fusil, un tank enterrés, il y a des orties et du foutre. »

Elle pouffe de rire. Son corps tressaute. Elle ne sent que ses poignets, la morsure des cordes et l’urine qui coule en petits jets entre ses cuisses, dégouline le long de ses jambes légèrement fléchies, et forme des petites flaques autour de ses pieds.

A force de me pisser dessus, je vais puer comme un bouc.

«  Tu crois qu’elle pleure ? chuchote Leena.

— Non, pas encore, lui répond à voix basse Mani. C’est trop tôt. Elle doit rembobiner dans sa tête tout ce qu’elle a fait. Moi, si j’étais elle, c’est ce que j’ferai. Quand on nous punit et qu’on se prend une beigne, on chiale, on renifle et on va s’asseoir dans un coin pour se faire oublier.

— Et pis on pense à la bêtise qu’on vient de faire, on se la rejoue dans la tête, on change une chose, puis une autre, même que des fois on se dit que tant qu’à se faire punir, on aurait pu la faire encore mieux, la bêtise, renchérit Leena.

— En tout cas, c’est ce qu’Anniyan aurait voulu qu’on fasse. Donner une autre chance à cette bonne femme, intervint Murga. Moi, je regrette jamais ce que je fais. Y’a toujours une raison. Bonne ou pas, je m’en fous. Mais je ne suis pas certain que la vieille en avait. Je veux dire des bonnes raisons pour faire ce qu’elle nous a fait. »

Elle voit leurs lèvres remuer, leurs corps qui avancent, reculent, s’inclinent. Elle s’en moque, elle est dans son fou rire, le foutre et les orties, dans la voix de John et son plan d’enfer. Une gorgée de whisky, une taffe. Une gorgée de whisky, une taffe.

Alexandre, Patton, Napoléon, les Français à Diên Biên Phu, le front de l’Est, les soldats de sa Gracieuse Majesté et les Américains au Vietnam… Elle les avait tous fait défiler. Une armée d’orties pataugeant martiales et en rangs serrés dans une mer de foutre. Mais elle ne voyait toujours pas où John l’américain voulait l’emmener.

« Ne te vexe pas, John… Cela fait un bon bout de temps que je n’ai pas ri comme ça ! Elle est sacrée bonne, ton herbe !   

— Réveille-toi, Monique. Je suis un homme d’affaires. Outre mon restaurant qui est une référence à Pondi, tant pour ce que l’on y mange que les rencontres que l’on y fait, des dizaines de mioches travaillent pour moi en vendant de la drogue tout le long de la côte de Coromandel, d’Anjugramam au sud jusqu’à Chennai au nord. Alors je te l’affirme, il n’y a pas un business qui ne se fasse ou se conclut sans y  inviter le foutre.

— Tu dis n’importe quoi, John ! A croire que le monde et ses arrangements se règlent à coups de reins et de shoots d’hormones.

— C’est ainsi, ma belle et cela a toujours fonctionné de cette façon ! Partout, à toutes les époques et dans tous les milieux. De la Genèse aux alcôves vaticanes, des intellectuels grecs à la société machiste romaine, des Mayas aux samouraïs au Japon, des cours royales européennes aux Bacha Bazi afghans, des lupanars sans frontière aux monastères, de l’Orient à l’Occident  jusqu’à nos démocraties actuelles, le commerce de la chair masculine et féminine, pubère et impubère, a toujours fait la fortune des Etats et le bonheur dérisoire de bien des corps. Au fil du temps, il s’est ainsi créé une société parallèle, digne des meilleurs polars, secrète et honteuse, maffieuse, des mauvaises herbes nécessaires à nos sociétés et bénie par toutes nos hypocrisies. Une société très importante qui brasse énormément de pognon et fait vivre énormément de gens. Et ce ne sont ni l’humanisme, ni la liberté sexuelle, ni le peace and love qui vont y changer quoique ce soit. Au contraire, cela va peut-être même favoriser son expansion. Tout le monde gueulera comme d’habitude, mais la plupart en profitera et finira par admettre que personne n’y peut rien. Je te parle de sexe, de cul, de baise, de bijoux de famille et de chatte. Tu veux ton indépendance financière, ne dépendre ni des subventions, ni des dons et encore moins des dessous de table ? Tu veux non pas la changer, c’est une utopie, mais donner des outils pour une vie meilleure à des centaines de gamins ? Donne donc à ceux qui ont quelque chose à cacher, la came qui les fait sortir de leur tanière. Tu as vu le nombre de types qui reluquent les petits revendeurs de souvenirs, les morpions en haillons et les fillettes nattées ? Moi-même j’aime les mouflets à l’adolescence à peine entamée et j’ai toujours besoin de chair fraîche pour mon plaisir.

— Mais…

— Il n’y a aucun mais qui tienne, Monique ! Le fric que tu peux ramasser dans ce commerce bilatéral, assouvissement des fantasmes occidentaux contre le corps de crève-la-faim à la sexualité quasi intacte, est inimaginable. Alors deviens Rungis ! Arrête d’être une petite détaillante de viande qui vend du persillé. Si ce n’est pas toi qui le fais, d’autres le feront et il y a fort à parier, n’importe comment. Tu es rationnelle et méthodique. Prends-le comme un business. Tu seras surprise des tapis rouges qui se dérouleront sous tes pieds. Les bakchichs, c’est toi qui les distribueras ! Et dis-toi que tout le pognon dégueulasse que tu gagneras, te permettra d’investir dans des choses chouettes. Comme l’a dit un gars célèbre de chez toi, Danton, un mec qui s’y entendait pour faire rouler les têtes dans le panier : on ne détruit que ce qu’on remplace.

Le monde est presque arrivé à son dernier matin. Là dans les bois, que du muguet qui se les gèle. Ouah, l’emblème du bonheur comment peut-il en corps bander au naturel quand tout est devenu gonflable ? La pt’ite pillule, c’est l’indispensable vie  à gras dans c’te pénurie d’action du gonflement de sang. Pauv’ p’tit brin tes clochettes sont vides…

Oui, si j’apporte cet impressionnant témoignage c’est poussé par l’espoir qu’il contient de par son dire. On nous vend du vent, comme si nous n’étions que des paumés de la nuit sans jour. L’Inde, je connais bien, c’est beau comme sale, ça pue comme c’est les rats d’un cinéma qui baise l’innocence par derrière l’intouchable. Les fumées d’en sang d’une âme de caste qui font rêver que les enfants de riches. Tiens nos candidats y doivent avoir trop fumé, après un si longtemps de programme, tout changer en vue du poteau, ça vous interpelle pas ? Sous la tribune où ils parlent, le sabre, et le tank doivent lever le foutre et le orties de leurs envies de pouvoir.

Niala-Loisobleu – 1er Mai 2017

 

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