J’ai d’Encre 3
Toi petite maison
nid de branche
mon village blanc
aux yeux fenêtres
accroché
au chemin bleu
J’encre en Toi
calligraphique
chambre d’Amour
nervure de mes feuilles
deux lignes de vie
en part à l’aile…
Niala-Loisobleu – 11 Janvier 2017

Toi petite maison
nid de branche
mon village blanc
aux yeux fenêtres
accroché
au chemin bleu
J’encre en Toi
calligraphique
chambre d’Amour
nervure de mes feuilles
deux lignes de vie
en part à l’aile…
Niala-Loisobleu – 11 Janvier 2017


Chambres
Un bras autour de toi
Le second sur mes yeux
L’un t’empêche de fuir
L’autre maintient mes songes
Ce lieu fermé de nous
Soudain si je m’éveille
Du sommeil des voleurs
La nuit noire m’y noie
Tout m’est plus que mémoire
À ce moment d’oubli
Dans la forêt du lit
Tout n’est plus que murmure
Et notre tragédie
Au long jeu de dormir
À demi-mots amers
L’obscurité la dit
Absente mon absente
Si faussement que j’ai
Dans mes bras étrangers
Comme une image peinte
Absente mon absente
Si faussement plongée
En mes bras étrangers
Comme une image feinte
J’ai des yeux pour pleurer
Quelle que soit la chambre
Les plafonds s’y ressemblent
Pour être malheureux
Ailleurs sans doute ailleurs
Aussi bien qu’où je suis
Oreille à tous les bruits
Qui braillent le malheur
Au grand vent dans un port
Comme un amant quitté
Au bout de la jetée
Espère et désespère
Et les barques à sec
La grève à marée basse
Et là-bas de mer lasse
Échoués les varechs
[…]
Aragon, Les Chambres, Poème du temps qui ne passe pas,
Éditeurs Français Réunis, 1969, p. 25-27 , repris dans
Œuvres poétiques complètes, II, p. 1097-1098.
J’appelle poésie cet envers du temps, ces ténèbres aux yeux grands ouverts, ce domaine passionnel où je me perds, ce soleil nocturne, ce chant maudit aussi bien qui se meurt dans ma gorge où sonne à la volée les cloches de provocation… J’appelle poésie cette dénégation du jour, où les mots disent aussi bien le contraire de ce qu’ils disent que la proclamation de l’interdit, l’aventure du sens ou du non-sens, ô paroles d’égarement qui êtes l’autre jour, la lumière noire des siècles, les yeux aveuglés d’en avoir tant vu, les oreilles percées à force d’entendre, les bras brisés d’avoir étreint de fureur ou d’amour le fuyant univers des songes, les fantômes du hasard dans leurs linceuls déchirés, l’imaginaire beauté pareille à l’eau pure des sources perdues…
J’appelle poésie la peur qui prend ton corps tout entier à l’aube frémissante du jouir… Par exemple.
l’amour l’amour l’amour l’amour l’amour
[…]
Aragon, J’appelle poésie cet envers du temps, dans Œuvres poétiques complètes, II, édition publiée sous la direction d’Olivier Barbarant, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2007, p. 1407.
Les premières mouettes annoncent l’entrée en gare
Le battement des traverses scande déjà moins
Au milieu du drap
Sans consignes nous serons libérés du poids des valises
Lest tombé
C’est une valse
De tourbillonner au bout de la ficelle du cerf-volant
Dans la traversée des nuages du laid
Nous y sommes
Je ne suis plus que ta forme
Moulée à ton empreinte
En corps-à-corps avec les chiens sans l’hallali
Au contrôle des billets nos composts auront fait leur fruit…
Niala-Loisobleu – 3 Janvier 2017


Le jeu
Ils ne se regardaient pas. Dans la pénombre partagée ils étaient sérieux et silencieux.
Il lui avait pris la main gauche et lui enlevait et lui remettait la bague d’ivoire et la bague d’argent.
Ensuite il lui prit la main droite et lui enleva et lui remit les deux bagues d’argent et la bague en or avec des pierres dures.
Elle tendait successivement les mains.
Cela dura un temps. Ils entrelacèrent à mesure les doigts et joignirent les paumes.
Ils agissaient avec une lente délicatesse, comme s’ils craignaient de se tromper.
Ils ne savaient pas que ce jeu était nécessaire pour qu’une certaine chose ait lieu, dans l’avenir, dans une certaine région.
Jorge Luis Borges

Sur le déluge de voeux du à la tradition de passage, après m’être déclaré rébarbatif sur l’usage qui en est fait, je me dois de préciser le fond de ma pensée. Le rite est naturel puisqu’il remonte à l’origine humaine. Les hommes en découvrant et en commençant à comprendre le système planétaire ressentirent un besoin naturel d’en marquer les étapes. Leur célébration païenne s’inscrivit donc naturellement dans la tradition avant de devenir plus tard un rite dans les religions qui ne pouvaient les contourner.
Je ne suis donc en rien hostile au voeu. Je lui appartiens en tant qu’être humain.
L’évolution de notre civilisation m’a fait dire combien je plaçais tout mon espoir dans la Poésie. L’occasion du passage en 2017 me fournit l’occasion d’y revenir. Aussi ai-je pris Hugo, le socle indiscutable pour poser ma thèse. Au point que je souscris, mécréant, à l’analyse qui suit « La fonction du poète ». Remplaçant la présence de Dieu par ma foi laïque qui possède le même pouvoir en l’élargissant.
A vous toutes et à vous tous, qui lirez ce billet jusqu’au bout, je dis merci. Merci, d’avoir accepté mes vrais voeux puisque telle est ma libre intention en signe d’amour universel.
Niala-Loisobleu – 1er Janvier 2017
Victor Hugo
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Analyse
Dans la Préface des « Voix Intérieures« , Hugo avait déjà parlé de la «fonction sérieuse» du poète, de sa mission civilisatrice. L’idée s’affirme et se précise ici : sans descendre dans l’arène politique, le poète doit guider les peuples ; il est l’annonciateur de l’avenir, inspiré par l’éternelle vérité, et ne saurait sans trahir sa mission se limiter à la poésie pure. Cette conviction caractérise la tendance dominante du romantisme après 1830, mais elle est aussi tout à fait personnelle à Hugo chez qui elle ira s’amplifiant ; dès cette date, quelques formules frappantes (v. 21, 32) révèlent sa conception du poète mage, du poète voyant.
Ce poème liminaire donne à tout le recueil son sens, son écho profond. Hugo y affirme que le poète est différent des autres êtres, qu’il est l’homme des utopies, le rêveur sacré, l’homme de l’avenir. Sa fonction est sociale : prêtre des temps nouveaux, il doit servir, être un intermédiaire entre Dieu et les êtres. Le penseur qui se mutile n’est qu’un inutile chanteur retranché dans l’individualisme : l’image de l’automutilation montre donc que l’utilité est intrinsèque à sa nature.
La solennité de ce texte didactique repose sur une structure très régulière, fondée sur de nombreuses reprises. On remarque une volonté de généralisation, l’insistance dans les définitions, les nombreuses exclamations laudatives, les impératifs, apostrophes et injonctions aux peuples.
– Au début, le poète répond à un interlocuteur qui lui conseille d’abandonner l’action politique : «Va dans les bois ! va sur les plages !… Dans les champs tout vibre et soupirre. La nature est la grande lyre. Le poète est l’archet divin !»
Dans le premier dizain, marqué par les trois verbes : «retourne», «prend ses sandales», «s’en va», Hugo condamne la démission des poètes par trois imprécations en anaphore («Malheur», «Malheur», «Honte») enchaînées dans une gradation ternaire. Les images qui évoquent la défection à laquelle le poète se refuse sont à apprécier.
Les oppositions « frère » / « désert », « sandales » / « scandales » sont renforcées par la rime riche et la paronymie
Le poète est un élu de Dieu, le poème commençant par « Dieu le veut » et se terminant par « mène à Dieu », Dieu étant l’origine et la fin. « Pareil aux prophètes » (à rapprocher des “Mages” [“Les contemplations”, VI, 23]), il « voit » là où les autres « végètent », il « inscrit » « ce que la foule n’entend pas » : fortes oppositions.
Dieu parle à voix basse à son âme.
Des anaphores insistent : « Lui seul a le front éclairé », « Lui seul distingue ». Cette mise en valeur du front peut être illustrée par les caricatures donnant à Hugo un large front.
Le comportement du poète peut être comparé à celui du Christ avec « ses rêves toujours pleins d’amour ». Il montre de la constance et du courage malgré les obstacles : « qu’on l’insulte ou qu’on le loue » qu’importe !
« Il plaint ses contempteurs frivoles », montrant ainsi une acceptation de l’adversité.
« Les épines » peuvent être vues comme celles du Christ : les références sont nombeuses à la souffrance, au martyre enduré.
À la fin du texte, le poète acquiert une stature quasi divine : « À tous d’en haut il la dévoile ».
Le poète agit donc pour tous : « Ville et désert, Louvre et chaumière, / Et les plaines et les hauteurs ». « Louvre et chaumière » / « plaines et hauteurs » sont des métonymies incluses dans un chiasme qui efface l’opposition.
Ancré dans le présent, le poète est le pont entre le passé et l’avenir.
La force du texte se maifeste par des images mêlant temps, germination, lumière surgissant de l’ombre.
Les difficultés qu’impose le temps présent est marqué au début de chacun des trois premiers dizains : « temps contraires », « les haines et les scandales », « des jours impies », « quand les peuples végètent », « dans votre nuit », « dans vos ruines »
Le poète a la mission de recueillir le passé, d’où l’image de la récolte : « Marche courbé dans vos ruines / ramassant la tradition. » L’anadiplose « De la tradition féconde / Sort » est un lien stylistique qui établit un lien temporel). Avec «Qui prend le passé pour racine», Hugo affirme une fidélité à la tradition qui devrait être propre à rassurer ceux qui craindraient de voir en lui un révolutionnaire.
Le poète annonce un avenir de lumière : « A pour feuillage l’avenir ». C’est qu’il est « l’homme des utopies / Les pieds ici, les yeux ailleurs ». Il cultive le rêve : « Ses rêves toujours pleins d’amour » – « le rêveur sacré ».
La tâche est difficile : s’il a le don de voyance, il lui est nécessaire de scruter « les ombres des choses qui seront un jour » – « des temps futurs perçant les ombres ».
On remarque l’image végétale de la germination : « en leurs flancs sombres le germe qui n’est pas éclos »
Le but du poète est de « faire flamboyer l’avenir », illumination sur un fond d’ombre.
Les hyperboles et les accumulation dans le dernier dizain traduisent la réussite de la mission sacrée : « Il rayonne ! » – « Il jette sa flamme » – « fait resplendir » – « merveilleuse clarté » – « inonde de sa lumière ».
À partir de «Peuples ! écoutez le poète !», commence la conclusion : Hugo s’adresse directement au public.
La fin qui fait de la poésie « l’étoile» est mystique : elle rappelle l’étoile qui guida bergers et rois mages vers l’étable de Bethléem. Vigny aussi a dit du poète : «Il lit dans les astres la route que nous montre le doigt du Seigneur». (« Chatterton« ).
Ce texte qui est didactique possède une force intérieure, une puissance évocatrice, par la profusion des images souvent religieuses.
Hugo privilégie dans la fonction du poète la communion avec les autres et avec leurs souffrances, leurs problèmes. Il confie au poète la mission d’orienter l’Histoire, de guider vers la lumière, vers le progrès.
André Durand
Le temps c’est la secousse en continu du plat se mettant en fusion. Sismique émotion, organique et viscérale matières dont je suis nanti. Moi, l’artiste, le parfait androgyne. En possession des deux sexes, capable d’engendrer et d’enfanter.
Suprême faculté, dont la principale manifestation produit une sensibilité d’écorché-vif.
Depuis plus de huit décennies, je tiens la même conduite : rester authentique en toutes manifestations d’humanité. Dire ce que ça peut-être de souffrances serait y déroger, compte-tenu de la noblesse du Bonheur sur lequel ça repose.
2016 s’achève, 2017 est entré en salle de travail.
Ce dernier tableau représente hier, aujourd’hui et demain. Rien n’a été simple. La joie y côtoie l’atroce, l’amour s’y épanouit au centre de tombes.
La Vie y domine.
Je finis en commençant. Ainsi soit-il. Une nouvelle série saute en selle !
L’Année à venir sera sans aucun doute pleine de rebondissements. Le drame, la douleur, la peine, le processus de décadence de notre civilisation seront omniprésents. Nous le vivrons selon ce que nous sommes à m’aime de créer NOTRE BONHEUR A NOUS, là où ça pêche.
Je vous souhaite de vous rendre de l’autre côté du calendrier en vainqueurs.
C’est ce que pour ma part je ferais.
Aimer est de notre responsabilité. On peut d’autant s’y atteler que le terrain est chaotique. Mon Coeur, crois-moi je ne faillirais pas !
Niala-Loisobleu – 28 Décembre 2016
Atelier et Murmures 1 – 2016 – Niala – Acrylique s/toile 60×60
Trop longtemps. La germination peut prendre un rythme pachydermique. La taille, comme toujours, demeurant proportionnelle à l’évènement-dès lors qu’on ne fait rien anormalement-cette fois, elle a bien tenu sa dimension secrète. L’argument avancé fut un mystérieux froid créant un état inhospitalier de l’atelier. En fait après cette nuit de blancheur freudienne, m’est apparue la véritable raison qui m’a bouté hors, des semaines durant.Et soudain la Lumière. La page blanche s’est auto-asphyxiée…
Un pan après l’autre les murs se déchirent l’un après l’autre. Tout démonter, marquer chaque pièce, devenir son archéologue.
Cette année parvenue à son terme. Le chariot du grand couloir et son seuil et son coulis de valise. La grande Carte. Une femme. La mienne. Bon Anniversaire. Souris, t’es filmé, fait trois p’tits-tours et fous l’camp de tes enfants. On entend des bruits métalliques, rails qui perforent la poitrine, chocs frontaux. Peur aux trousses.Nuit glaciale, que de chiens pleurent. Puis du rouge tribunal avec le noir sentence, scandent la marche funèbre.
Mon road-movie, Magicien d’Oz qu’as-tu fait, te v’là aux 4OO Coups, Godard par défaut au Cinéma Paradiso
Tout se rembobine, ça vient copier-coller à remonter trois mousses que taire. Cliquetis, lui c’était qui, elle ses yeux m’échappent ou bien c’est moi qui refuserait de regarder. Oriente bien le rétro, t’as pas de caméra de recul. Gare.Que de serpents, ça grouille partout. Il faut sauter. J’envoie la voiture en cascade dans la clôture et en laisse deux sur l’bord de la route. Abandonnés à leur choix.
Absolu je te veux, Absolu je t’aurais.
Passent les ânées, les poubelles devant derrière, mon vélo, un autre soleil ? Oui l’Amour dit Bon Jour.
Vous avez bien dit authentique ?
Pantalon, chemise et sous-vêtements arrêtez-vous. C’est le dernier seuil. Allez à poil !
Le temps est décomposé en plusieurs jets de dés du subjonctif au conditionnel passé et présent. Merde que le futur fasse pas chier, on a besoin d’élan pour le tant présent. Mais ça fait combien de foyers à garnir, de kilomètres à séparer, de lits à bassiner entre cité, campagne, mer, montagne, cabane, chalet,mas c’est la gamme de l’ardoise-chaume-tuiles…
Le cheval est là, il n’est jamais sorti du sillon. Juste une panne de récoltes et un grenier vide qui se les gèle. Un quotidien enrhumé qui se balade en tenue d’été comme si rien n’avait changé. On vole à mains-basses, pas de branche en branche. On escroque, on tyrannise, l’imposture est un must. Le grand N° s’approche.
T’as d’beaux yeux tu sais mon Coeur, ça au moins c’est pas du grand-guignol. C’est ton âme nue, qui se cache de rien. Elle montre sa souffrance comme son bien-être. Sans ignorer la distorsion entre les deux.Non rien n’est fini, tout est en continuité de recommencement.
L’espoir en nudité avec du poil autour on a besoin de rien d’autre, c’est le Tout.
Niala-Loisobleu – 28 Décembre 2016

Etat d’avancement du tableau au 27 Décembre 2016 au soir.
Gardées aux lèvres
quelques vagues de ta langue
me tiennent au coeur de tes yeux fermés…
Niala-Loisobleu – 27 Décembre 2016


Noël scintille dans l’arbre aux rêves
Un enfant regarde le monde
Et le monde le regarde fixement
Sans ciller
Sans honte
Les malheureux sont plus nombreux que les guirlandes
Et il est des vies qui ne sont pas des cadeaux
Alors l’enfant ferme les yeux du monde
Il voit
Un autre monde derrière les dunes du rêve
Il s’imagine que les hommes sont humains
Il s’imagine que la terre est une toupie
Il s’imagine que la guerre est en déroute
Que la paix a mis son manteau d’amour
Il s’imagine
Un monde qui sourit au bonheur
Il s’imagine
Que le rêve pond d’autres rêves
Il faut y croire
Il faut rêver avec lui
Le rêve est la plainte du bonheur
Et le vrai métier des consciences qui montent la garde
Dans la plus belle des utopies
La sueur du rêve efface la crasse du monde
Ernest Pepin (Faugas/Lamentin – 24 décembre 2011)

Ciel vide
un matin tremble
Ses mots écrits
coulent comme il se doigts
sur le carreau
en buée…
Niala-Loisobleu – 26 Décembre 2016

Je pense aux holothuries angoissantes qui souvent nous entouraient à l’approche de l’aube
quand tes pieds plus chauds que des nids
flambaient dans la nuit
d’une lumière bleue et pailletée
Je pense à ton corps faisant du lit le ciel et les montagnes suprêmes de la seule réalité
avec ses vallons et ses ombres
avec l’humidité et les marbres et l’eau noire reflétant toutes les étoiles
dans chaque œil
Ton sourire n’était-il pas le bois retentissant de mon enfance
n’étais-tu pas la source
la pierre pour des siècles choisie pour appuyer ma tête ?
Je pense ton visage
immobile braise d’où partent la voie lactée
et ce chagrin immense qui me rend plus fou qu’un lustre de toute beauté balancé dans la mer
Intraitable à ton souvenir la voix humaine m’est odieuse
toujours la rumeur végétale de tes mots m’isole dans la nuit totale
où tu brilles d’une noirceur plus noire que la nuit
Toute idée de noir est faible pour exprimer le long ululement du noir sur noir éclatant ardemment
Je n’oublierai pas
Mais qui parle d’oubli
dans la prison où ton absence me laisse
dans la solitude où ce poème m’abandonne
dans l’exil où chaque heure me trouve
Je ne me réveillerai plus
Je ne résisterai plus à l’assaut des grandes vagues
venant du paysage heureux que tu habites
Resté dehors sous le froid nocturne je me promène
sur cette planche haut placée d’où l’on tombe net
Raidi sous l’effroi de rêves successifs et agité dans le vent
d’années de songe
averti de ce qui finit par se trouver mort
au seuil des châteaux désertés
au lieu et à l’heure dits mais introuvables
aux plaines fertiles du paroxysme
et de l’unique but
ce nom naguère adoré
je mets toute mon adresse à l’épeler
suivant ses transformations hallucinatoires
Tantôt une épée traverse de part en part un fauve
ou bien une colombe ensanglantée tombe à mes pieds
devenus rocher de corail support d’épaves
d’oiseaux carnivores
Un cri répété dans chaque théâtre vide à l’heure du spectacle
inénarrable
Un fil d’eau dansant devant le rideau de velours rouge
aux flammes de la rampe
Disparus les bancs du parterre
j’amasse des trésors de bois mort et de feuilles vivaces en argent corrosif
On ne se contente plus d’applaudir on hurle
mille familles momifiées rendant ignoble le passage d’un écureuil
Cher décor où je voyais s’équilibrer une pluie fine se dirigeant rapide sur l’hermine
d’une pelisse abandonnée dans la chaleur d’un feu d’aube
voulant adresser ses doléances au roi
ainsi moi j’ouvre toute grande la fenêtre sur les nuages vides
réclamant aux ténèbres d’inonder ma face
d’en effacer l’encre indélébile
l’horreur du songe
à travers les cours abandonnées aux pâles végétations maniaques
Vainement je demande au feu la soif
vainement je blesse les murailles
au loin tombent les rideaux précaires de l’oubli
à bout de forces
devant le paysage tordu dans la tempête
1942
Cesar Moro (poète péruvien – 1903-1956)
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