Accidents de toilette


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Jacques Réda

Accidents de toilette

Dessins d’Anne-Marie Soulcié.

2017 ‒ 96 pages ‒ 14 x 22 cm

(…) petite phénoménologie dont je me suis proposé de tracer une ébauche au sujet du vêtement. Elle peut paraître à l’excès subjective mais, relevant directement d’une expérience particulière, il me semble qu’elle peut apporter une modeste contribution à une étude plus approfondie du phénomène.

L’un des buts de cet ouvrage fut de rendre plus prudents, sans qu’ils en prennent ombrage, tous ceux que des accidents – nommément ceux de toilette (Car le sort est sibyllin comme un sphinx et plus malin et plus vif qu’une belette) – risquent de frapper un jour dans leur chair ou dans leur âme : un lacet qui traîne (on court) pourrait provoquer un drame ; une fermeture éclair bâille ou tout à coup se bloque, et vite on vous trouve l’air d’un personnage équivoque. Mais mon thème englobe aussi, plus largement, il me semble, tout ce qui maintient ensemble, pour le dire en raccourci, l’Univers – qui multiplie les accrocs dans son trajet vers le terme qu’il oublie, comme si l’anomalie, part d’un plus vaste projet, en naissant se corrigeait.

De fil en aiguille, il est question de ce qui nous caparaçonne, de ce que la défroque met à nu ou revêt dans ses incarnations.

  • 700 exemplaires sur vélin / ISBN : 978.2.85194.985.1
    16 euros.
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ÊROS SUSPENDU


ÊROS SUSPENDU

René Char

La nuit avait couvert la moitié de son parcours.
L’amas des cieux allait à cette seconde tenir en entier dans mon regard.
Je te vis, la première et la seule, divine femelle dans les sphères bouleversées.
Je déchirai ta robe d’infini, te ramenai nue sur mon sol.
L’humus mobile de la terre fut partout.

Nous volons, disent tes servantes, dans l’espace cruel, — au chant de ma trompette rouge.

René Char

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LA VIE, L’AMOUR 3


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LA VIE, L’AMOUR 3

De sa lame tirée du feu, le soleil de passage, me relève d’un coup droit  du dessous plissé encore dégoulinant. La pluie n’a pas submergé les rives. C’est ras.

L’innocence de l’enfant-libre va de vent avant

en contour aux baïnes le drapeau vers hisse

Que pourrions-nous demander ? L’indifférence est sourde…est-ce une raison pour nous négliger…si nous sommes.

Il y a bien un chemin dans l’impénétrable à tenter. Résonne, oui mais d’outils. Perce. Sur le dos de cette montagne graniteuse, un arbre s’est trouvé la matrice, l’humus y retient l’humide nécessaire au noyau. Laboure.

 

PRIÈRE D’AMOUR

 Comme cette bonne mère couve ses enfants dans ce vaste nid qui s’amincit aux horizons  lointains

Ses plumes de brume et de ténèbres

ruissellent sur tous les amants du jour mort

et versent dans leurs bouches

ouvertes comme pour aspirer des fantômes

un sommeil ébloui par des couleurs de prisme :

y croissent des espoirs, lourds d’enfantement

aux limites inondées dans la paix

dont les étoiles viennent d’ouvrir les écluses.

Là aussi se dresse la lutte entre le sperme

et le sang…

Adolescents

aux fronts chauds de songes et de dévouements,

aux chairs qui allument l’ombre

de voluptés féroces et qui font monter dans l’air

le goût de mondes nouvellement créés.

La nuit glousse et ses murmures se gonflent de caresses.

De sa main douce d’aïeule elle flatte les souffles qui vivent

chez des visions coupées d’éclairs

chez des visions que déchirent des étreintes d’orages.

La nuit se tait et présente à
Dieu

dans un geste humble la coupe des délires et des extases secrètes.

Et mille cloches déclenchent tout à coup le spasme de son cœur : oasis dans le désert.

Parfois la nuit s’égare dans un soupir comme de l’eau qui glisse dans une entrée de sol : ce sont des vaches ou des chevaux qui agitent leurs têtes somnolentes.

C’est aussi un peu d’air las qui tombe dans des feuillages,

une étoile qui balbutie quelque chose avec une voix de femme.

C’est encore un chant d’oiseau qui s’élance dans le vide et se brise la tête contre un grand pan de silence.

Nudités qui s’enroulent autour de l’amour

et qui cherchent des mots pour éclairer leur sacrifice,

Linceuls crispés où vient s’écrouler

la chute des corps généreux et solitaires,

c’est pour vous que je pleure

parce que bientôt l’aube va fondre

vos supplices si doux,

vos supplices aux yeux troués de soleil.

Lucien Becker

 

Si j’attrape les vertèbres, canal d’énergie, je nourrirai de quoi passer. Ocres et rouges, jaune de Naples, de Pompéi il te reste un Vésuve au corps. Forge.

Niala-Loisobleu – 24 Janvier 2018

 

La Vie, l’Amour 3 – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 81×65

Nous deux encore


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Nous deux encore

Air du feu, tu n’as pas su jouer.
Tu as jeté sur ma maison une toile noire. Qu’est-ce que cet opaque partout ? C’est l’opaque qui a bouché mon ciel. Qu’est-ce que ce silence partout ? C’est le silence qui a fait taire mon chant.

 

L’espoir, il m’eût suffi d’un ruisselet. Mais tu as tout pris. Le son qui vibre m’a été retiré.

 

Tu n’as pas su jouer. Tu as attrapé les cordes. Mais tu n’as pas su jouer. Tu as tout bousillé tout de suite. Tu as cassé le violon. Tu as jeté une flamme sur la peau de soie.
Pour faire un affreux marais de sang.

 

Son bonheur riait dans son âme. Mais c’était tout tromperie. Ça n’a pas fait long rire.

 

Elle était dans un train roulant vers la mer. Elle était dans une fusée filant sur le roc. Elle s’élançait quoiqu’immobile vers le serpent de feu qui allait la consumer. Et fut là tout à coup, saisissant la confiante, tandis qu’elle peignait sa chevelure, contemplant sa félicité dans la glace.
Et lorsqu’elle vit monter cette flamme sur elle, oh…
Dans l’instant la coupe lui a été arrachée. Ses mains n’ont plus rien tenu. Elle a vu qu’on la serrait dans un coin. Elle s’est arrêtée là-dessus comme sur un énorme sujet de méditation à résoudre avant tout. Deux secondes plus tard, deux secondes trop tard, elle fuyait vers la fenêtre, appelant au secours.
Toute la flamme alors l’a entourée.

 

Elle se retrouve dans un lit, dont la souffrance monte jusqu’au ciel, jusqu’au ciel, sans rencontrer de dieu… dont la souffrance descend jusqu’au fond de l’enfer, jusqu’au fond de l’enfer sans rencontrer de démon.
L’hôpital dort. La brûlure éveille. Son corps, comme un parc abandonné..

 

Défenestrée d’elle-même, elle cherche comment rentrer. Le vide où elle godille ne répond pas à ses mouvements.
Lentement, dans la grange, son blé brûle.
Aveugle, à travers le long barrage de souffrance, un mois durant, elle remonte le fleuve de vie, nage atroce.
Patiente, dans l’innommable boursouflé elle retrace ses formes élégantes, elle tisse à nouveau la chemise de sa peau fine. La guérison est là. Demain tombe le dernier pansement. Demain…
Air du sang, tu n’as pas su jouer. Toi non plus, tu n’as pas su. Tu as jeté subitement, stupidement, ton sot petit caillot obstructeur en travers d’une nouvelle aurore.
Dans l’instant elle n’a plus trouvé de place. Il a bien fallu se tourner vers la Mort.
A peine si elle a aperçu la route. Une seconde ouvrit l’abîme. La suivante l’y précipitait.
On est resté hébété de ce côté-ci. On n’a pas eu le temps de dire au revoir. On n’a pas eu le temps d’une promesse.
Elle avait disparu du film de cette terre.
Lou
Lou
Lou, dans le rétroviseur d’un bref instant
Lou, ne me vois-tu pas ?
Lou, le destin d’être ensemble à jamais
dans quoi tu avais tellement foi
Eh bien ?
Tu ne vas pas être comme les autres qui jamais plus ne font signe, englouties dans le silence.
Non, il ne doit pas te suffire à toi d’une mort pour t’enlever ton amour.
Dans la pompe horrible
qui t’espace jusqu’à je ne sais quelle millième dilution
tu cherches encore, tu nous cherches place
Mais j’ai peur
On n’a pas pris assez de précautions
On aurait dû être plus renseigné,
Quelqu’un m’écrit que c’est toi, martyre, qui va veiller sur moi à présent.
Oh ! J’en doute.
Quand je touche ton fluide si délicat
demeuré dans ta chambre et tes objets familiers que je presse dans mes mains
ce fluide ténu qu’il fallait toujours protéger
Oh j’en doute, j’en doute et j’ai peur pour toi,
Impétueuse et fragile, offerte aux catastrophes
Cependant, je vais à des bureaux, à la recherche de certificats gaspillant des moments précieux qu’il faudrait utiliser plutôt entre nous précipitamment tandis que tu grelottes
attendant en ta merveilleuse confiance que je vienne t’aider à te tirer de là, pensant « A coup sûr, il viendra
« il a pu être empêché, mais il ne saurait tarder
« il viendra, je le connais
« il ne va pas me laisser seule
« ce n’est pas possible
« il ne va pas laisser seule, sa pauvre Lou…
Je ne connaissais pas ma vie. Ma vie passait à travers toi. Ça devenait simple, cette grande affaire compliquée. Ça devenait simple, malgré le souci.
Ta faiblesse, j’étais raffermi lorsqu’elle s’appuyait sur moi.
Dis, est-ce qu’on ne se rencontrera vraiment plus jamais ?
Lou, je parle une langue morte, maintenant que je ne te parle plus. Tes grands efforts de liane en moi, tu vois ont abouti. Tu le vois au moins ? Il est vrai, jamais tu ne doutas, toi. Il fallait un aveugle comme moi, il lui fallait du temps, lui, il fallait ta longue maladie, ta beauté, ressurgissant de la maigreur et des fièvres, il fallait cette lumière en toi, cette foi, pour percer enfin le mur de la marotte de son autonomie.
Tard j’ai vu. Tard j’ai su. Tard, j’ai appris « ensemble » qui ne semblait pas être dans ma destinée. Mais non trop tard.
Les années ont été pour nous, pas contre nous.
Nos ombres ont respiré ensemble. Sous nous les eaux du fleuve des événements coulaient presque avec silence.
Nos ombres respiraient ensemble et tout en était recouvert.

 

J’ai eu froid à ton froid. J’ai bu des gorgées de ta peine.
Nous nous perdions dans le lac de nos échanges.
Riche d’un amour immérité, riche qui s’ignorait avec l’inconscience des possédants, j’ai perdu d’être aimé. Ma fortune a fondu en un jour.
Aride, ma vie reprend. Mais je ne me reviens pas. Mon corps demeure en ton corps délicieux et des antennes plumeuses en ma poitrine me font souffrir du vent du retrait. Celle qui n’est plus, prend, et son absence dévoratrice me mange et m’envahit.
J’en suis à regretter les jours de ta souffrance atroce sur le lit d’hôpital, quand j’arrivais par les corridors nauséabonds, traversés de gémissements vers la momie épaisse de ton corps emmailloté et que j’entendais tout à coup émerger comme le « la » de notre alliance, ta voix, douce, musicale, contrôlée, résistant avec fierté à la laideur du désespoir, quand à ton tour tu entendais mon pas, et que tu murmurais, délivrée « Ah tu es là ».
Je posais ma main sur ton genou, par-dessus la couverture souillée et tout alors disparaissait, la puanteur, l’horrible indécence du corps traité comme une barrique ou comme un égout, par des étrangers affairés et soucieux, tout glissait en arrière, laissant nos deux fluides, à travers les pansements, se retrouver, se joindre, se mêler dans un étourdissement du cœur, au comble du malheur, au comble de la douceur.
Les infirmières, l’interne souriaient ; tes yeux pleins de foi éteignaient ceux des autres.
Celui qui est seul, se tourne le soir vers le mur, pour te parler. Il sait ce qui t’animait. Il vient partager la journée. Il a observé avec tes yeux. Il a entendu avec tes oreilles.
Toujours il a des choses pour toi.
Ne me répondras-tu pas un jour ?
Mais peut-être ta personne est devenue comme un air de temps de neige, qui entre par la fenêtre, qu’on referme, pris de frissons ou d’un malaise avant-coureur de drame, comme il m’est arrivé il y a quelques semaines. Le froid s’appliqua soudain sur mes épaules je me couvris précipitamment et me détournai quand c’était toi peut-être et la plus chaude que tu pouvais te rendre, espérant être bien accueillie ; toi, si lucide, tu ne pouvais plus t’exprimer autrement. Qui sait si en ce moment même, tu n’attends pas, anxieuse, que je comprenne enfin, et que je vienne, loin de la vie où tu n’es plus, me joindre à toi, pauvrement, pauvrement certes, sans moyens mais nous deux encore, nous deux… »

Henti Michaux (1948 ; La vie dans les plis, Editions Gallimard)

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Les Gens Qui Doutent 


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Les Gens Qui Doutent 

J’aime Les Gens Qui Doutent
Les gens qui trop écoutent
Leur coeur se balancer
J’aime les gens qui disent
Et qui se contredisent
Et sans se dénoncerJ’aime les gens qui tremblent
Que parfois ils ne semblent
Capables de juger
J’aime les gens qui passent
Moitié dans leurs godasses
Et moitié à côtéJ’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons

J’aime ceux qui paniquent
Ceux qui sont pas logiques
Enfin, pas comme il faut,
Ceux qui, avec leurs chaînes,
Pour pas que ça nous gêne
Font un bruit de grelot

Ceux qui n’auront pas honte
De n’être au bout du compte
Que des ratés du coeur
Pour n’avoir pas su dire
« Délivrez-nous du pire
Et gardez le meilleur »

J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons

J’aime les gens qui n’osent
S’approprier les choses
Encore moins les gens
Ceux qui veulent bien n’être
Qu’une simple fenêtre
Pour les yeux des enfants

Ceux qui sans oriflamme,
Les daltoniens de l’âme,
Ignorent les couleurs
Ceux qui sont assez poires
Pour que jamais l’Histoire
Leur rende les honneurs

J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons

J’aime Les Gens Qui Doutent
Et voudraient qu’on leur foute
La paix de temps en temps
Et qu’on ne les malmène
Jamais quand ils promènent
Leurs automnes au printemps

Qu’on leur dise que l’âme
Fait de plus belles flammes
Que tous ces tristes culs
Et qu’on les remercie
Qu’on leur dise, on leur crie
« Merci d’avoir vécu

Merci pour la tendresse
Et tant pis pour vos fesses
Qui ont fait ce qu’elles ont pu ».

Anne Sylvestre

Femmes sur la Plage – Constellation


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 Femmes sur la Plage – Constellation

Le sable dit au liège : «

Comme le lit de sa plus belle nuit je moule ses formes qui suspendent en leur centre la navette de la mer.
Je la flatte comme un chat, à la démembrer vers tous ses pôles.
Je la tourne vers l’ambre, d’où fusent en tous sens les
Broadways électriques.
Je la prends comme la balle au bond, je l’étends sur un fil. j’évapore jusqu’à la dernière bulle ses lingeries et, de ses membres jetés, je lui fais faire la roue de la
seule ivresse d’être. »
Et le liège dit au sable : «
Je suis la palette de son grain, je creuse le même vertige à la caresse.
Je l’abîme et je la sublime, ainsi les yeux mi-clos jusqu’à l’effigie de la déité immémoriale au long du sillage des pierres levées et je vaux ce que pour son
amant, la première fois qu’elle s’abandonne, elle pèse dans ses bras. »

 André Breton
Illustration Peinture sans titre – Dora Maar
https://www.youtube.com/watch?v=1B2tXs8CX6I
Comme un pirate revenu à Vallières, le jour me débarque en arrière. C’est matin à St-Georges-de-Didonne, avant que je ne fasse le Ras d’Eau à Royan avec le précieux coquillage emporté dans mes bagages. Beaucoup sont depuis morts, mais ceux qui s’en souviennent  n’ont pas quitté la chaleur du sable. Il est un autre jour, Paris s’endort, les boulangers vont pouvoir dormir. Du sable de l’estuaire un piano monte.  Les chemins de vélo sont toujours une surprise. Breton a tout dit: « Je suis la palette de mon grain ». Mon Coeur ta caresse est à marée. D’écume j’ai les yeux qui Boris de tes seins. Un voleur de bicyclette en 2017 a perturbé la voix de la cabane, mais ce n’est pas en dissimulant le phare que l’on éteint la lumière. Les allumettes traversent ma mémoire intacte. Pas besoin de les gratter. Ce que l’on aime se mène à terme. C’est vrai que je suis de ces hommes capables d’enfanter. Mon bonheur est d’être jardinier.
Niala-Loisobleu – 7 Janvier 2018
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Et maintenant aux fesses


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 Et maintenant aux fesses

 

« Et maintenant, aux Fesses !
Je veux que tu confesses,
Muse, ces miens trésors
Pour quels — et tu t’y fies —
Je donnerais cent vies
Et, riche, tous mes ors
Avec un tas d’encors.
Mais avant la cantate
Que mes âme et prostate
Et mon sang en arrêt
Vont dire à la louange
De son cher Cul que l’ange.,
O déchu ! saluerait,
Puis il l’adorerait,
Posons de lentes lèvres
Sur les délices mièvres
Du dessous des genoux,
Souple papier de Chine,
Fins tendons, ligne fine
Des veines sans nul pouls
Sensible, il est si doux ! »

Paul Verlaine

https://culturebox.francetvinfo.fr/arts/expos/et-maintenant-aux-fesses-la-face-erotique-des-poemes-de-paul-verlaine-155779

J’AI L’OEIL COLLE A L’OREILLE DE L’ARBRE THEÂTRE UNIQUE


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J’AI L’OEIL COLLE A L’OREILLE

DE L’ARBRE THEÂTRE UNIQUE

 

« Ce que le public te reproche, cultive-le, c’est toi ».
Jean Cocteau

Un soir divers
en plein été pas sorti d’hiver
je m’interroge

L’arbre est bien là
il frissonne
un vent d’encre quelque part
défile
bleu
atone
tapis
recroquevillé
quelque silence poignardé à l’écorce des mots de parole
par une main de papier-mâché
aux ongles piqués à la machine infernale

Parade

serait-il imaginable
puisque impossible
de trouver
un
M. Loyal ?

Le sais-tu toi Jean Cocteau
à moins que…

Pablo d’un âne sorte l’Abreuvoir
par l’aqueux de la crèche

Et nous le peigne
méconnaissable

Retour à la case départ

Satie met le cheval au piano
et coule la Seine préface
Guillaume

Ballet Moderne

« Etonne-moi !»

Ballet Moderne

Encore une fois

me revoici plongé au cœur des Ballets Russes
Serge de Diaghilev pointe à corps défendant
l’ombre d’un goulag dans mes fantasmes récurrents
la Paix
creusant sa propre tranchée à la saignée des chemins de frise de la gorge

J’ai les doigts à danser dans la buée des larmes
détachés du bras, en contre-allée de l’estuaire à l’estran
Bien d’une résonance sourde regimbant le rivage embusqué
derrière le blindage des ouies
comme la peau-morte des peintures qui s’écaillent aux portes de la nuit
en battant des nageoires au large du néant
refusant au comptoir des sucriers de boire la facilité
dans un dernier vers aspiré par les pieds de nez

Déchirer la nuit
détricoter la côte de mailles
armure factice de brouillard
dans la lice d’un tournoi d’un présent courtois
dérivant de tables rondes en rondes de nuit
autour du spectre d’un graal
qui se consume dans l’extinction d’un soleil déchiré de mon retour de croisade

Cracher ce verdâtre glaire à la gueule des automates clonés agitant le ballet mécanique d’un Monde Moderne qui s’essouffle en pédalant dans un rêve pétrifié. A remonter le temps à contresens d’une humanité désarticulée conditionnée en kit, que d’ultimes soubresauts d’éoliennes tentent d’héliporter aux bornes des sept merveilles du Monde à bord du spatial vaisseau baptisé Atlantide.

Des majorettes obèses, la cuisse coincée entre deux tartines, remontent un hamburger après l’autre, la Parade dans le crash des acrobates du bug d’une impossible imitation de cour des miracles signée Botero.

Tu es là, sève en corps battante, que j’ente sans frapper à la fourche de ton ventre, un scion échappé d’une genèse de mon esprit chaviré, venu du bois dérivé des deux créoles de l’arbre de nos hé, loctogonevert que je vide comme un poison pour ne plus avoir la moindre idée que je fais mal en étant là.

Niala-Loisobleu – 26 Décembre 2017

 

Calque Erre


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Calque Erre

 

De froid qui transpire

bat la porte

vide-voûte la cour recule

Etoile le passant

rentre dans tes épaules

cet oeil sournois

Les images se taisent sans bon vouloir
on leur dit
soyez sages, en ce moment c’est dur mais
mais quoi

Rien n’est dissemblable quand c’est d’élans spontanés que le jour passe
les crises , les abus, tromperies, fatigues, contraintes, et harcèlements
c’est du n’importe quel quotidien
seulement l’Amour lui, n’a rien d’ordinaire

Il trouve son air dans l’en vie

la fougue

nette et franche

au bout des lèvres

ne rampant pas dans sa boue

 

Niala-Loisobleu – 19 Décembre 2017

 

Illustration :La Vie, l’Amour 2 – 2017 – Niala- Acrylique s/toile 55X46

 

A Pas de Loup ma Muse


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A Pas de Loup ma Muse

J’avance les yeux fermés, dans cette nuit de chien.
J’avance en attendant ma Muse.
Ma muse, qui me dévale, accroché au destin
Pas celui là ! L’autre ! Celui qui marche seul
Celui qu’on ne rencontre pas.

Lui, Mon destin et Ma Muse
Aux olympiades de mon nombril
Avec mes mises à l’heure
Dans la broussaille bi-journalière d’une extraction de verbes, à lui prêter des mots.

Lui, mon destin et ma Muse, d’une autre destinée
Dans la sensualité de gestes imaginaires
L’autre partie de moi, dans les matins d’un autre.
D’autres cotés des mots

Elle et cet autre
Elle et ma triste vie, dans l’invisible monde
Avec la sénescence de ma chienne de peau.

Elle, ma Muse
Elle, des toujours…
Ma Muse démuselée, dans les passages étroits de mes lignes de mire…
A ses seins libérés, son ventre disponible
Dans l’ombre cavalière des draps d’un autre lit.

A sa bouche rassasier; de fleurs, à fleur de peau; Au centre des écumes…
A ses lèvres abusées, à la syntaxe que j’injecte, dans des rêves à distance …
Quand se pointe mon verbe
Quand se pointent ses gorges, au piano de mes doigts.
Ma Muse comme la mer, haute dans ses trafics.
Dans sa petite mort
Ma Muse comme au jusant; Qui me va, qui me vient.
Dans mes mains.
Dans le vide.
Et qui meure d’encore.

Ma Muse quand tout s’en va
Dans un gris cathédral
Aux semblants, sans nos gestes.
Dans nos mises à l’épreuve des hallucinogènes.
De voyages en dedans !

Ma Muse, moi et mon chien et le temps qui m’affale

Avec sa voix dissimulée, derrière mes mains aveugles
Dans nos petits papiers pliés sur l’écriture
Avec… les mots que l’on avale, ruisselant nos murmures
Nos langues diluées des éclats de silence
Nos pouls synchronisés… aux rythmes des horloges

Moi et Ma Muse…
Dans la géométrie des gouffres horizontaux, nos yeux ouverts à l’aventure, d’une insatisfaction.
A peindre l’immobile…
Un rêve
Un sentiment
L’amour invulnérable
Quant tout nous semble encore
Fait d’aurore et de vérités…

Dans nos espaces intimes, humés d’imaginaire, où l’inconscience oblique, du coté d’un Ailleurs…
Cet autr’ coté de nous, de l’autr’ coté des heures, à supporter le temps, d’infiniment sans elle, aveugle et sans sa voix

Des lignes aux écritures… A peine imaginaires, qui nous parlent de nous…

Comme un rêve rêvé…
D’Amour…
A pas de loup..

 Jacques Gourvennec – Extrait de: Poète sale type
Illustration: Codes et constellations dans l’amour d’une femme – Joan Miro