FORÊT SECONDE


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 FORÊT SECONDE

S’il restait un fleuve à franchir, si la solitude du passeur n’était pas tout à fait la folie, si le brusque étranglement de ma voix ne trahissait que le vertige de ma force
à son midi, tu ne m’échapperais plus, sanglier, en te multipliant, beauté, en éclatant de rire, et la forêt qui suffoque à te détenir sans partage,
accueillerait le vent, s’ouvrirait à la rude et radieuse alchimie de la seconde nuit. Car la liente des rossignols ne jalonne encore qu’un layon où l’enfer peut surgir, mais c’est le
bon chemin. Et c’est le seul indice qui fortifie l’attente de nos lèvres. Scintillante invective et dôme de fraîcheur, le feu qui vient à vous n’est plus
désespéré.
Jacques Dupin
Illustration: Niala – Détail d’oeuvre en cours au 14 Février 2018

MES JETS BLEUS 1


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MES JETS BLEUS 1

Par résonance  charnelle de l’espace ramené  sous le pied, le miroir se pave du tain d’un désir à repousser l’angoisse et mord à pleines dents les spectres diurnes et nocturnes des ronciers d’une résignation tarissante qui finit par dévorer le doit faire en bonne conscience

le jour s’arrache

l’arbre a trop d’ombre se nomme

livrant son essence

bouche hurlante

Elle se veut là,  Lumière

tranchée palliant aux peurs incendiaires par l’attraction orbitale de l’offrande, ruisselante de sève, à implorer la tige ligneuse en greffe à son porte-écusson

L’oeil brille déjà des sécrétions arborescentes de jeux d’eaux qui convient à se rendre

Je crache à tomber bleu en ton corps, tes venelles devenues mes villages aux maisons blanches ô perchées

Percée, je t’ensouche de cet arbre hors d’âge, cabane d’un oiseau

N-L – 12 Février 2018

 

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Illustrations de Niala – Détails d’ébauches – 12/02/2018

 

 

 

 

RUMBA DES ÎLES / MARGUERITE DURAS / JEANNE MOREAU


RUMBA DES ÎLES / MARGUERITE DURAS / JEANNE MOREAU

Rumba Des Iles

{Jeanne} Cette lumière ?
{Marguerite} La mousson, dessous : le Bengale
{Jeanne} Cette poussière là-bas ?

{Marguerite} Calcutta Central
{Jeanne} Cette rumeur ?
{Marguerite} Le Gange
{Jeanne} Où est-on ?
{Marguerite} L’Ambassade de France aux Indes
{Jeanne} Il y a comme une odeur de fleurs ?
{Marguerite} La lèpre

{Jeanne} Cette couleur verte, elle grandit

{Marguerite} L’océan Indien
{Jeanne} Ces jonques ?
{Marguerite} Le riz. Elles vont vers le grand Mandel
{Jeanne} Sur les talus, ces taches sombres ?
{Marguerite} Les gens. La densité la plus élevée du monde
{Jeanne} Ces miroirs noirs ?
{Marguerite} La rizière indienne
{Jeanne} Ces lueurs là-bas ? On brûle les morts de la faim ?
{Marguerite} Oui. Le jour vient

{Jeanne} Cet amour ?
{Marguerite} L’amour
{Jeanne} On danse à l’autre bout du hall ?
{Marguerite} Des touristes de Ceylan
{Jeanne} Qu’elle est blanche ! Qu’elles sont blanches les femmes de Calcutta !
{Marguerite} Pendant six mois, elles ne sortent qu’avec le soir, fuient le soleil
{Jeanne} Morte là-bas ?
{Marguerite} Aux îles, trouvée morte, une nuit

{Jeanne} Ce mot ?
{Marguerite} Désir

{Jeanne} Celle qui vient dans cette odeur de fleurs ?
{Marguerite} Une mendiante
{Jeanne} Folle ?
{Marguerite} C’est ça ! Elle vient de Birmanie
{Jeanne} Maigre !
{Marguerite} La faim
{Jeanne} À Calcutta, elles étaient ensemble ?
{Marguerite} Oui, c’était pendant les mêmes années

 

Au soir d’un beau matin par temps sale


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 Au soir d’un beau matin par temps sale

Ce qui a pu être ramassé pour salir au propre le ciel de ce jour , je l’ai laissé aux fâcheux

Tu sais je t’ai montré

peindre d’amour bleu

les deux mains au sang de ta chair donnée ouverte

à l’essuyé pileux roussi par ces braises de glace aux fruits rouges

et bien voilà dans le demi-jour qui avale les couleurs, un détail de ce qui se signera demain

Il n’y a pas un manque de marque du tiède de ton souffle, par la diagonale tu peux le sentir, je baigne en douceur.

Niala-Loisobleu – 09/02/18

Illustration : Détail d’ébauche – Niala- 2018

LE GOÛT DU JOUR


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LE GOÛT DU JOUR

Le premier janvier à treize heures, un pigeon s’est posé sur la tête chauve de
Paul
Verlaine.

Cette année encore, il ne neigera pas.
Arthur continue de raser les murs.
II porte un sac à dos de cuir.

Le ministre du calcul mental a soufflé sous les lambris les trente-sept bougies de son centième anniversaire.

Marie a deux trous rouges au côté droit.
Elle dort.
Le menton contre la poitrine.
D’un si beau sommeil d’image peinte.

Chaque fois, je me répète la même chose : je n’écrirai plus de poèmes.
C’est déjà de l’histoire ancienne.

Pourtant, ça me reprend, cette envie bizarre, ce curieux besoin de paroles hâtives, de discorde et de bruit.

Je n’ai rien à dire, mais j’espère.
Comme si quelque chose allait se passer.
Comme si quelqu’un allait venir.

L’amour est un cargo chinois qui rouille.
Les seins des femmes portent le deuil.
Mais le noir leur va bien.

Beau temps pour se perdre en cette fin de siècle.
Nous n’irons plus au bois.
Les lauriers sont coupés.

Je ne prête cette fois aucune attention aux paroles que vous attendez de moi.
Je ne suis qu’un hoquet d’ivrogne.

La poésie est une vieille chienne qui sait prendre seule son plaisir en arrosant les réverbères.

Je compte les heures qui me séparent de ma mort. Ça me fait rire aux larmes.
Pardonnez-moi, je grince.

Je suis une porte qui bat.
Tout ce qu’il reste des maisons que j’ai pu rêver de construire.

Avec vue sur la mer et balcons de bois peint.
Le dimanche, tous ensemble, on trempait dans le thé de petits gâteaux secs.

Près de la plage, au bord du bleu…
C’est rire pour ne pas en pleurer, bien sûr, vous m’avez compris.

Le poème ?
Une vaisselle brisée.
L’héritage de grand-mère qui m’apprit à écrire, naguère, dans la cuisine.

Je suis si seul depuis sa mort : il m’a fallu noircir quantité de papiers.
Personne n’a noté cette absence.

J’écris pour oublier quelqu’un.
Comme d’autres boivent ou font la fête.
J’écris pour lui être fidèle.
C’est pareil.

La poésie, disais-je, est une vieille chienne qui aboie contre les enfants des autres.
Elle ne mord plus.

Tout cet amour qu’on n’aura pas.
Cet amour qu’on ne fera plus.
L’espérance n’est plus à la mode.

Trop de gens cherchent du travail.
Moi, je cherche mes mots.
Je collectionne les dictionnaires et les anthologies.

La fabrique de silence embauche.
Elle lait un excellent chiffre d’affaires.
On chuchote que le temps s’enfuit.

On n’entend pas crier les morts.
Ni le bruit des obus en fleurs.
La télévision marche toute seule.

Les citernes d’Afrique sont vides.
Nos pleurs de crocodiles ne les ont pas remplies.
La charité a du chagrin.

Le
Dieu s’occupe de ses affaires.
Sa soutane est d’un blanc parfait.
Il porte des chaussures de toile.

L’herbe même se demande à quoi bon reverdir.
Le paysage a pris de l’âge.
C’est curieux, autant de fatigue.

Sale temps pour l’amour en cette fin de siècle.
Nous n’irons plus à la piscine : les bassins sont vidés.

La poésie est une vieille chienne. Ça la fait rire, ces os de lapin dans les poubelles et ces puces qui la grattent.

Ça l’amuse un peu de n’être plus rien, et de jouer à faire rimer ensemble la tristesse d’autrui et la sienne.

Fumeur, ou non fumeur ?
Avec sel ou sans sel ?
Je les préfère d’un blond très doux, ou très brunes aux yeux bleus.

C’est faux, ce que j’affirmais tout à l’heure : pour une fois, je fais attention à ne dire que la vérité.

Les photographies de femmes nues sont des avions de chasse.
En piqué, droit sur le boulevard.
Arrêtées aux feux rouges.

Moi, je traverse dans les clous.
Quand trouverez-vous la cisaille qui nous délivrera de ces barbelés ?

Nous reprendrons goût au lyrisme, je vous le certifie.
L’enthousiasme nous reviendra.
Avec des cris intempestifs.

Pas celui des ânes qui vont brouter derrière l’église et qui écoutent dévotement sonner les cloches.

Celui plutôt de la mitraille et de l’explosif.
Celui qui accompagne au loin de longs convois d’enfants blessés.

Je sais de quoi je parle : je suis né un jour d’armistice.
A portée de fusil des morts.
J’ai le cœur plutôt pacifiste.

Je n’ai pas déposé les armes.
Vous voyez, je cherche mes phrases.
C’est dire que je crois encore à des choses.

Chaque fois que la nuit tombe, j’ai le mal de la lumière.
La nuit, je ne prends plus la mer.
Mon sommeil reste au port.

La poésie, je le répète, est une vieille femme qui soulève le rideau et qui observe les passants par la fenêtre.

Clouée dans son fauteuil par son arthrose et ses varices, elle regarde les jolies filles qui défilent à la télévision.

Depuis longtemps, elle ne jouit plus, et fait collection de timbres, de porte-clefs, de pin’s et de cartes postales.

Des quatre coins du monde, depuis que le monde est carré, brillant et coloré comme un verre de
Venise.

Il y a toujours de vieux fous pour lui expédier des nouvelles et l’assurer qu’ils pensent à elle de tout leur cœur.

Bons baisers de partout !
D’aucuns parlent de la clairière, de la margelle du puits, et de la clameur des grands vents.

Ils affirment qu’un dieu furtif vient parfois loger son immense amour dans une embellie de paroles bien accordées.

Ils abusent cette infirme, rivée à sa chaise de misère, qui a appris à lire dans les livres des autres.

Elle aime croire à ces choses.
Ces mots lui font du bien.
Ils rendent un joli son.
Sa vie n’est plus si grise.

D’aucuns prétendent que le poème fait se lever le jour, ou que la poésie vient à bout de l’obscurité.

C’est redire deux fois la même chose.
Qu’ils aillent donc se faire foutre !
Je n’aime pas la croyance.

Je la veux sans espoir, nue sur une chaise de paille, comme une femme qui se donne pour rien au premier venu.

Je n’ai guère de goût pour les prouesses de cirque et les cartes truquées.
Je ne fais pas commerce.

Je me contente pour mon salut de la dose d’espoir minimum qui permet à un homme de se relever le matin.

Si par surcroît les mots offrent un peu d’amour, je ne le refuserai pas : c’est une denrée rare, il me semble.

Le vrai, celui des autres qui s’en vont deux par deux dans la tiédeur d’un soir, avec des regards et des rires.

Celui-là ne se discute pas.
On voudrait plutôt l’apprendre par cœur, et le réciter à voix haute.

Comme un poème du père
Hugo ou de
Ronsard cueillant des roses dans son jardin à l’heure où la campagne blanchit.

Après tout, c’était pas si mal, ce bruit d’horloge ou de violoncelle du cœur bien accordé.

Dans une poitrine heureuse, la parole naguère rendait de beaux sons.
Parfois, on se prenait à croire.

La poésie me dit : «
Ne touche pas à mes seins. »
Je lui réponds : «
Evitez, je vous prie, de me téléphoner le soir.

Surtout après huit heures.
Je reprise mes chaussettes et repasse mes leçons.
Je voudrais y voir clair.

Je réapprends, seul, à parler.
Je n’aime pas que l’on me dérange.
Ma tristesse est la seule chose qui m’appartienne. »

Inutile de mentir : la poésie, en vérité, ne me demande rien.
C’est moi qui voudrais lui causer.
Elle fait la sourde oreille.

Et ma mémoire est si mauvaise que c’est à peine si je me souviens d’avoir vécu.
Je ne reconnais plus mon ombre.

J’ai dû manquer quelqu’un, ou quelqu’un a dû me manquer, sans même que je m’en aperçoive, à l’arrêt de l’autobus.

Pour trouver si peu de goût aujourd’hui, à ce qui m’entoure, si peu de choses qui vaillent la peine.

A moins que ce ne soit le monde qui ne ressemble pas aux idées que l’enfant que je fus s’en était faites.

J’ai renoncé et j’ai vieilli, ne voyant plus passer les heures, mangeant vite et dormant profond.

Ma vie même ne m’appartient plus.
J’ai oublié d’être quelqu’un.
J’attends celle qui me prouvera le contraire.

Le cœur nu comme un ongle.
Du sparadrap collé aux lèvres, mon amour essaie de chanter.
Sa grimace ne rend aucun son.

Adieu marines et beaux dimanches, le souvenir des cahiers neufs.
Manteau rouge de la petite fille.

Seule à la sortie de l’usine : un oiseau de faïence sur la cheminée, mais pas de quoi en faire un plat !

C’est curieux, ce besoin d’en repasser périodiquement par une sorte de galimatias pour se baigner dans la musique !

De la prose, encore de la prose : la poésie viendra plus tard, avec le petit camion noir, les chrysanthèmes et les couronnes.

Les mots se chargent de la mort, pour la vie on se débrouille seul.
Les oreilles d’autrui sont distraites.

J’ai l’âme un peu humide et le cœur plutôt sec.
Je ne porte pas encore de lunettes.
Mes deux tempes ont blanchi.

Je nage comme un poisson perdu au fond d’un bois, un morceau de pain dans la soupe, un caillot de sang dans un cœur.

Je touche la nuit avec les doigts.
Chaque matin je caresse le ciel quand ses paupières sont encore chaudes.

J’aime les buvards, les bouteilles d’encre, la mémoire qui fait mal et les étoiles filantes.

J’aime l’amour de
Marie : notre vie somme toute n’est pas si monotone.
Nous nous aimons souvent dans des pièces vides.

D’un jour à l’autre, on se répète : «
Je voudrais être une phrase nouvelle, avec des mots pas encore dits ».

Je rouille comme un cargo chinois transportant de la trinitrine sur les eaux vertes du
Pacifique.

Et cent vingt mille tonnes d’apparences paisibles à échanger contre l’uranium enrichi d’un simple cri de joie.

Avec un accent circonflexe, juste au-dessus du
A majuscule du mot amour.
Je suis sûr que mon âme, alors, se sentirait mieux.

Tirer, tirer sur l’élastique de la mélancolie : qu’il claque entre mes doigts.
Que le ciel pousse un cri !

Les oiseaux, pour leurs chants, ne touchent qu’un bien maigre salaire.
Pas de quoi nourrir la nichée.

Avec tous ces impôts en plus, payés cash sur le bleu, pour venir en aide à la solitude nocturne des étoiles.

Les bas noirs ont filé.
La robe de bal se mite.
L’or des vieux bijoux se ternit.
La poésie, pourtant, a de beaux restes.

Devant la glace, elle se maquille et fait semblant : «
Miroir, dis-moi que je suis toujours la plus belle ».

Elle rêvait de changer la vie, elle se contente un soir de déplacer les meubles.
Elle reprend son journal.

C’est fini, calmez-vous.
Vous ne sentirez rien.
Vous allez doucement vous séparer de votre corps.

Encore une tasse de thé ?
Un carré de chocolat ?
Une dernière cigarette ?
Mais quel est donc votre parfum ?

Le temps s’est un peu radouci.
Avez-vous vu ce pigeon blanc qui s’est posé sur la tête chauve de
Paul
Verlaine ?

Jean-Michel Maulpoix

Tes doigts en sont maculés conception


 

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Tes doigts en sont maculés conception

 

L’émotion trop forte

les yeux peuvent dirent dans une langue de bouche

touche

tu ne rêves pas, tu peins clair l’espoir des nuits à chercher

le jour dernier d’un tant manquant dépassé

tu rêves à croire c’est vrai ce que tu vois

Tes doigts en sont maculés conception

Les rizières de Bali, le lac Inlé et la plaine des Temples en Birmanie m’ont ancré cette identique impression d’atteinte, de présence, d’aboutissement, de concrétisation…cet instant de détachement absolu du misérablement laid par le néant..la quête nitzschéenne sans la retraite de montagne

en dehors du détail marchand du politiquement correct mis en appât dans l’objectif numérique

instant où l’élément en vigueur vient s’offrir, se donner à tenir, à embrasser, à vivre l’Acte

parler dans son attente, dire dans le présent j’y suis, je ne sers à rien et je m’y efforce utile, sans la technique de la couche

la peinture m’a privilégié ces moments intenses en me permettant de ne pas désespérer de l’Amour…je suis vivant je peux mourir…

 

Niala-Loisobleu – 5 Février 2018

 

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Ainsi soit-il – Série In Temporalibus –

1983 – Niala

Huile s/toile 195×130 – Musée Ville de Cognac

(Oeuvre causée par la crue de 1982 où Niala perdit sa maison et tout son contenu)

 

 

« JE PEINS LA LUMIERE QUI EMANE DE TOUS LES CORPS »


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« JE PEINS LA LUMIERE QUI EMANE DE TOUS LES CORPS »

1er septembre 1911

Tout ce qui est sorti de ma main ces deux ou trois dernières années, qu’il s’agisse de peinture, de dessin ou d’écriture, est censé « engager l’avenir ». Jusqu’à présent, je n’ai rien fait d’autre que de donner, et m’en trouve si enrichi que je suis obligé de continuer à faire don de moi-même. Si l’artiste aime son art par-dessus tout, il doit être capable de laisser choir son meilleur ami lui-même. Pourquoi suis-je resté loin de vous ? Certains, je le sais, donnent une réponse injuste à cette question, et vous devez croire que je fais la mauvaise tête. En réalité, je tâche de résister à toutes les agressions de la vie. J’aspire à tout connaître par expérience ; pour y parvenir, il faut que je sois seul, je n’ai pas le droit de me laisser amollir, mais je dois être dur, en me laissant guider par la seule pensée. — D’ores et déjà, je suis arrivé à différentes choses ; entre autres, certaines de mes peintures se trouvent à Hagen, en Westphalie, au musée Folkwang, ou chez Cassirer [un propriétaire de galerie] à Berlin, etc., ce qui me laisse froid, du reste. — Je sais que j’ai fait d’énormes progrès sur le plan artistique, je me suis enrichi de mille expériences, ai lutté sans trêve contre l’art « commercial ». […] Le peu que j’ai appris de psychologie au contact des « réalités » me permet d’affirmer ceci : les petits sont vaniteux, et trop petits pour pouvoir connaître la fierté, et les grands sont trop grands pour pouvoir être vaniteux. […] La chose la plus précieuse à mes yeux, c’est ma propre grandeur. — Suivent quelques aphorismes de mon cru :

Aussi longtemps qu’existent les éléments, la mort absolue sera impossible.

Qui n’est pas affamé d’art est proche de la décrépitude.

Seuls les esprits bornés rient de l’effet produit par une œuvre d’art.

Portez votre regard à l’intérieur de l’œuvre d’art, si vous en êtes capable.

Une œuvre d’art n’a pas de prix ; pourtant, elle peut être acquise.

Il est certain qu’au fond, les Grands étaient des hommes bons.

J’ai plaisir à le constater, ils sont rares, ceux-là qui ont le sens de l’art. — Signe constat de la présence du divin dans l’art.

Les artistes vivront éternellement.

Je sais qu’il n’existe pas d’art moderne, mais seulement un art, — qui est éternel.

Si quelqu’un demande qu’on lui explique une œuvre d’art, ce n’est pas la peine de répondre à son vœu : il est trop borné pour comprendre.

Je peins la lumière qui émane de tous les corps.

L’œuvre d’art érotique, elle aussi, a un caractère sacré !

J’irai si loin qu’on sera saisi d’effroi devant chacune de mes œuvres d’art « vivant ».

Le véritable amateur d’art doit avoir l’ambition de pouvoir détenir en sa possession aussi bien l’œuvre d’art la plus ancienne, que la plus moderne.

Une unique œuvre d’art « vivant » suffit à assurer l’immortalité à un artiste.

Les artistes sont si riches, qu’ils doivent se donner sans trêve ni relâche.

L’art ne saurait être utilitaire.

Mes tableaux devront être placés dans des édifices semblables à des temples.

 

 Egon Schiele

 

Aussi longtemps que l’ignorance de l’amour me crucifiera dans son arène, tête basse et cape d’épais coeur, j’irai nu, tel, authentique, lance en érection à la Femme, portant tête hôte, mes couleurs sans non d’emprunt – pantomimes allumeuses – que le lapin se doigte l’amor dans l’âme à l’ombre chinoise d’un théâtre scatophage…

Sans abdiquer

juvénile maturité, élan spontané, flair sauvage planté dans le boisé odoriférant de la yourte que l’homme moitié cheval que je suis chevauche à cru…

Egon se le dise…

 

Niala-Loisobleu – 1er Février 2018

 

Egon-Schiele-Sitzende-Frau-in-violetten-Strümpfen-1917-©Courtesy-Richard-Nagy-Ltd.-London

 

RITE DE PASSAGE


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RITE DE PASSAGE

Mon essence ciel résiste au sommeil d’un artifice qui se complaît à le tromper à pleines lèvres,

planté en taire stérile, sécheresse, comble de la crue simulée au-dessus des berges

Un cycle nocturne à l’estouffade n’empêche la ruade équine interne, refus de l’oiseleur qui glu l’oiseau de son piège, laisse

Entend sourdre le clair de roche dans l’éclair bleu de la truite sauvage filant entre les pierres

La m’aime heur natale ne se reconnaît pas dans l’identique date de naissance. L’état d’Être est l’osmose d’un creux à son noyau

là où le gène de l’Amour perdure les différences sont plus complémentaires qu’un copié-collé de groupe numéroté. Il y a le cru et le cuit dans le langage. Le mien est cru de tout son carré. Carniforme en plaine nudité tout au long de mes terres alluvionnaires, je suis

Il ne faut pas couvrir les toiles d’un buvard mais laisser la peau de lin se fondre à la peau de peinture de l’Autre

Je ne peins pas pour faire joli, j’écris pour dire et de plain-pied vers la manifestation de l’écho

je m’apprête à passer le nouveau seuil d’une autre année….

Niala-Loisobleu – 30/01/18

LA MORT ET LE BAISER


Alain Bosquet

 

LA MORT ET LE BAISER

 

Voulez-vous me prêter un peu de votre vie ?

J’aimerais corriger la mienne qui est vieille et que j’ai mal servie.

Un crâne plus léger

lui donnerait l’espoir; une épaule plus leste,

un sentiment d’amour.
Voulez-vous me prêter, dans un parc, quelques gestes

qui n’ont pas de contours,

mais qui font au soleil peu à peu le langage

des frissons éperdus ?
J’ai trop longtemps ouvert mon cœur à ses chantages

pour avoir attendu

la mesure profonde ou le tourment propice.

Voulez-vous me prêter la main qui est très souple et la mer qui est lisse

dans la sérénité ?

J’ai trop de fois souffert d’être plusieurs et proche

du suicide verbal ; j’ai besoin, je crois bien, d’une fleur qui s’accroche,

d’un caillou dans le val.

d’une aube qui secoue l’horizon et du cygne

qui nargue son miroir.
Voulez-vous me prêter, majestueux et digne

comme vous, ce pouvoir :

confondre enfin la chose et la très simple chose,

l’homme et l’être apaisé, l’herbe avec ses bouvreuils et l’herbe qu’on arrose,

la mort et le baiser ?

Alain Bosquet

 

Mascaret


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Mascaret

Le carton bois étendu de toute ma démangeaison revenue m’appelle à peindre

enjeu d’ô

tu sais comme la ressemblance des paroles de la chanson de geste de tes seins me dit l’envol des oiseaux marins

J’en ai vu tirer à eux la désespérance terrestre à la délivrance des embruns

contre la craie, le granit des falaises où le corail de la barre se fait bruyère au bas de ton ventre

C’est le moment venu de lâcher tout le dire, dis-je en brettant ta langue à la botte de chez-nous. A l’instant où tu t’es dévoilée.

L’estuaire n’a pas eu d’autre mouvement que celui de vouloir remonter son sel à ta source…Dans cette esquisse, j’avancerais La Nature dans tous ses Etats, pour  signer l’oeuvre commune…

Niala-Loisobleu – 28/01/18

Illustration: Ebauche d’aujourd’hui, acrylique s/carton bois 60×80 – Niala 2018