J’ai perdu les zoos


J’ai perdu les zoos

 

J’ai mis ce que la nuit possédait de gourme dans la case de l’ongle t’homme.

Sans un

pèse plus lourd que

cac 40

L’Epoque

accouche

j’ai perdu les zoos

Don Quichotte en m’offrant l’hospitalité

m’a montré comment distinguer la bonne colère du contre tout ce qui est pour

La série peinte est finie

chaque oeuvre avenir sera l’âme-soeur des autres

sans numérotage…

Peins essaime très très fort

Dis-leur !

Niala-Loisobleu – 17/03/1

 

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Nouvelle Epoque, ébauche en cours.

Niala 17/03/18

LA CHAMBRE DE DON QUICHOTTE


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LA CHAMBRE DE DON QUICHOTTE

 

Comme un cheval d’os de poil et de feu sera toujours au cavalier préférable à toute monture fictive

De même à celui qui ne se soucie aucunement de cavalcade et que n’émeut ni la sueur de la robe ni le hennissement

Un cheval de pierre est plus grand là debout sur son socle à tout jamais qui se cabre

Plus enivrant dans cette inutilité de la crinière qui bouge avec la lenteur du soleil

Et cette couleur blafarde aux ombres variables

Que la bête chaude et glacée entre les cuisses de l’homme qui s’envole

La bête à qui le poignet fait mal où la main la retient

Ainsi les mots dans ma bouche sont le cheval de pierre

Et ils sonnent de tous ces grelots mis aux harnais imaginaires

Ils sont le cuir férocement qui arrête l’élan de la pensée

Us entrent dans la chair de ce que je dis

Et c’est moi qui souffre où la raison me blesse déjà dépassant ce qu’elle permet d’entendre

Déjà mis en sang par la bride et chaque parole n’est plus

Ce qu’elle était mise en branle
Elle dit autre chose que ce qu’elle dit

Que ce qu’elle disait
Je m’enivre

De l’emploi que je fais des vocables humains et tremble

Je ne sais trop moi-même de quelle profanation commise de quel forfait

Que je signe de quelle dénonciation du langage

Et pourtant quand le caillou roule et m’échappe et tombe et rebondit

Ce n’est point le sens qui meurt mais autre chose qu’il devient

Qu’un autre que moi ne lui aurait point donné licence d’être

Autre chose que ce galop suivant les règles du pavé que cette course

D’ici à là et pas plus loin

Autre chose qu’une liaison de poste avec son horaire et la ville à chaque bout nommée

Autre chose que le cheminement de la pensée autre chose

Que midi forcément à la fin de la matinée

Autre chose autre chose n’en fût-il point d’autre et je m’entends

Moi-même avec étonnement moi-même dans l’écho redoublé des syllabes

Comme celui dans la montagne qui avance le pied sur l’éboulis

Et sent fuir à peine posé toute la terre sous sa semelle en vain prudente

Les mots l’un l’autre qui s’entraînent dans la chute et on ne peut plus rien arrêter

Ni le bond des blocs et leur presse et le déclenchement du vertige

Ni l’énorme suintement de poussière fuyante fine affolée

Ni l’écho sauvage qui répond de falaise en falaise comme une image de miroir en miroir

Et plus rien ne se borne à soi désormais mais tout vocable porte

Au delà de soi-même une signification de chute une force révélatrice

Où ce que je ne dis pas perce en ce que je dis

Où plus fort est l’entraînement des paroles que le rêve qui les précède

Où je suis emporté comme un fétu de paille sur une mer démontée

Où je suis le jouet qui ne- se peut retenu- d’une nécessité nouvelle

Nouvellement dans sa marche inventée

Et je n’ai plus maîtrise de ma langue à la fois torrent et ce qu’il roule

Je n’ai plus le choix de ne point proférer ces sons chargés d’ivresse comme les grains d’un raisin noir

Je ne puis faire que je ne les ai point prononcés

Avec toute la violence de l’élocution surhumaine qui me roule me tourne me renverse

Et que vous expliquez bien mal avec ce pauvre mot de poésie

Auquel on en fait voir de toutes les couleurs

Le récitant s’arrête et l’on voit que c’est un vieil homme déjà dans une chambre des
Espagnes sans doute où les plafonds cloisonnés d’ors déteints sont hauts et soutenus de milliers de lances ou de piques tandis

que des chauves-souris s’accrochent à des baldaquins des courtines des manches de fantômes

et
L’absence du feu se fait sentir au manque de reflets sur les meubles lourds et sourds alors à quoi bon la parole et cette admonestation grandiloquente des ténèbres mais qu’y
faire

elle reprend la parole elle reprend comme si de rien n’était comme si

rien n’était au monde qu’elle et son déroulement de parole rien à faire pour l’arrêter

Je suis arrivé sans avoir eu le temps de me retourner au bout si proche de ma longue vie

Comme au bout d’une phrase inconsidérément prononcée

C’était hier l’enfance et je n’ai pas eu plus tôt mis les gants de velours de mon printemps

Que déjà me voilà cette loque édentée incapable à présent d’escalader les montagnes

De fendre de mon ventre fléché l’espace marin qui se prostituait à moi pour aucun autre argent que celui de ses vagues

De faire gémir sous moi la beauté

Je suis arrivé sans même le remarquer à cette extrémité de moi-même

À ce point d’où tu ne peux que regarder en arrière parce qu’il n’y a plus rien devant toi
Et qu’y vois-tu bavard qui vraiment te réjouisse
Il faut reconnaître que ce n’était que cela que cela rien d’autre et tu ne pourras rien y changer

Corriger recommencer raturer refaire travailler comme une prose

Rien
Tout ce que tu fus sera tu ne peux plus rien rattraper
La barque est larguée et du reste
Cela fait belle lurette qu’elle se balade hors de ton pouvoir

Tu regardes ton passé de cet air désespéré que je t’ai toujours connu devant les miroirs
Tu ne peux plus rien pour lui tout est irréversible
Et tu n’auras au bout du compte dit que cela
Que cela que cela répète-le car il n’est pas pour ton ombre prochaine
De pire glas que cela pauvre homme que cela
Te voilà sur le môle de ton langage
Phare à jamais éteint dans un ciel sans étoiles
Et rien à ses pieds que le ressac monotone du temps
Te voilà qui comptes les quatre sous de ce que tu te trouveras finalement avoir dit

Et l’abominable de la misère n’est point la faim présente

Mais que ce ne fût que cette misère et la place pour toujours de ce dénuement
Comme une maison où le ménage n’est point fait
Ce sont donc là tous ces miracles dont il me semblait mener grand bruit

Cet assourdissement de mon sillage et ce claquement d’ailes

Des mouettes à l’oreille avec à main gauche pour mieux m’aceompagner

Le plongeon sonore des dauphins
Ah tu peux rire

Regarde combien tout cela semble chauve

Ta poésie ah tu peux rire à perte de vue

Eire et sangloter dans la grande chambre nue et froide

Où personne que toi-même ne t’entend

Eh bien parlons-en de ta poésie

II s’est levé car il y a des mois comme cela qui font qu’il se lève et je l’avais remarqué tout à l’heure quand il a pour la première fois je ne sais plus dans quel
contexte prononcé le mot de poésie il avait eu cette cabrure des reins ce petit sursaut de la fesse sur son siège un rebondissement passager mécanir nique inexplicable par
la phrase qui tenait du réflexe une sorte de
Babinski moral et je me disais que personne et pas moi surtout ne l’avait frappé du plat de la main personne ou du marteau précis qui décèle un invisible cheminement du mal
dans le secret appareil de la pensée ses chaînes à fins rameaux ses moelles les circonvolutions du génie oui du génie car il faut bien c’est au théâtre
affaire de convention que personne dans la salle ne doute un instant qu’il s’agit ici d’un génie ou bien je vous le demande où serait donc le drame
Mais chut écoutez-le

Ta poésie ah ah
Tu me fais mal

Ta poésie entends-toi bien seulement dire ça l’enflure

La bouche ronde et la joue on croirait les
Tritons de la mythologie

Ta poésie il y a dans ta façon de balancer la tête à cette idée

Et de faire l’œil vague et le regard à l’infini quelque chose

Dont tu ne mesureras jamais sans doute la grotesque immensité

Ta poésie ô naïf ce petit bœuf sur ta langue

Ce mot qui fait de toi tout au plus un vague professeur de
Cinquième
A

Ce mot lucarne sur le ciel de ta sottise ce mot clé

De la prodigieuse simplicité de ton âme

Mais ne t’écorche-t-il pas les lèvres en passant quand en éclate le buccin

Ta poésie où donc as-tu la tête
Va

Tu ne seras jamais qu’un peintre du dimanche dans le meilleur des cas

Triste comme un peintre du dimanche

Mal réveillé de sa semaine et qui retrouve sèches les couleur d’il y a huit jours

Égaré comme an peintre du dimanche
Qui ne peut mettre la main ni sur ses pinceaux ni sur sa pensée

Consterné devant la toile ébauchée où il croyait avoir fixé l’invisible

Malheureux comme un peintre du dimanche qui mesure sa journée

Et tu ne peux te débarrasser de ta semaine qui te suit comme une ombre dans le dimanche

Comme une maîtresse exigeante avec laquelle c’est trop long de s’expliquer

C’est toute ta vie à la fin qui n’aura été qu’une longue semaine

Et il n’y a pas de dimanche à vrai dire autre que le dimanche à la fin de ta mort
Tu parles de ta poésie et soudain te redresses devant
Un général passant sur le front des lignes car toi tu veux lui faire bonne impression
Tu parles de ta poésie on dirait vraiment qu’elle existe
Tu parles de ta poésie on jurerait qu’elle est à ton bras et toi tu nous présentes
Madame

Mon cher le temps est passé des réceptions à la sous-préfecture

Personne m’entends-tu personne n’écrit poète après son nom sur l’Annuaire des
Téléphones

Même la malédiction attachée à ce mot ne le sauve pas du ridicule

Comme une casserole d’émail bleu qu’un chien trimbale sur les pavés et elle s’écaille et l’on voit aux cassures le fer noir

Celui qui se présenterait dans une caserne avec cette étiquette tu imagines
La dérision dans les escaliers et les cours ou même avant
Représente-toi ce jeune homme dans un simple appareil

Qui répond ainsi quand on l’interroge au
Conseil de
Révision

Mais que dire alors du vieillard ayant fait l’interminable chemin de sa vie

Quand il n’a plus rien à apprendre et simplement ses vieilles lettres à ficeler

Pour qui se nommer poète est la chose la plus naturelle du monde

Persiste et signe

Tais-toi ne parle pas de ta poésie

Il s’est rassis la tête dans ses mains le malheur dans ses araignées
Les oreilles lui tintent ou peut-être ce ne sont pas des imaginations mais le pas au loin dans la maison d’une servante un enfant qui crie dans la cour
II n’est pas facile à l’homme de distinguer sa mémoire de ce gui se passe en réalité dans ces parties invisibles de sa demeure les corridors ou le grenier
Les sons facilement se confondent se fondent
Pour un rien ils suivent des cadences
C’est alors qu’on dit que les oreilles vous tintent
Cela commence de façon tout à fait insinuante une obsession machinale à peine ou pas remarquée
Une syllabe de plénitude qui revient et se gorge de musique si pas encore de sens une variation d’abord infime dans les lèvres entrebâillées un goût on dirait que
recèle moins qu’un mot une part de ce mot soudain vivante mûre animée une odeur de ce mot un goût profond de fruit dans sa pulpe et la langue avec le noyau joue
Mon
Dieu quel est ce mai des mots ce retour cette reverdie il semble qu’on entend la balle sur un sol d’école qui bondit
Vceil la guette et la main l’attend tout le corps à la relancer s’apprête on dirait on dirait aussi bien le choc des agathes

On dirait à ce jeu retrouvé non point le jeu comme on l’entend mais celte angoisse de gagner cette réévaluation de toute chose par le jeu qui donne à tout son sens
tragique et fait d’un pile ou face toujours question de vie ou de mort

Il s’est rassis la tête dans ses mains il écoute des cloches

je crois au moins que ce sont des cloches

des cloches qui sont désormais toute sa rumeur le dedans de ses prunelles le pouls de son être le pas de sa vie et de sa mort
Attention ne toussez pas il va parler il parle

Je parierai de ma poésie

Aussitôt cette résolution prise il s’établit un grand silence et peu à peu le décor s’efface ou s’estompe au moins les livres sur le coin de la table et l’encrier
renversé les griffonnages de l’usure aux parois les papiers déchirés comme des lys retombant les pivoines de l’humidité la poussière de la nuit tout se remplit d’une
musique à moins que ce ne soit une lumière on dirait l’eau fraîche dans la bouche après une longue marche la jeunesse de la lèvre une fois la fièvre tombée
une guitare qui s’accorde une voix qux s essaye et le genou tremble sous l’instrument le pouce au-dessus de la corde encore étonné du la qu’il éveille du •parfum
révélant quelque part des fleurs dans un vase et qui d’autre les eût jamais apportées si bien qu’on ne peut plus comprendre qui vraiment parle ni d’où vient la
chanson

et
Vunivers est pur comme peut être pur un visage

Louis Aragon

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La chambre de Don Quichotte – 16/03/2018 – Niala

Acrylique s/Canson, encadré s/verre 30×40

FENÊTRE SUR


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FENÊTRE SUR

Me sortant la main du trousseau, je tourne de deux doigts le verrou, libérant l’accès public. Bien sûr à condition que….certain secret ne quitte pas son jardin pour franchir ma frontière. Le verrou tourne dans les deux sens…

Le soleil est là qui lèche le glacial du jour malade. Le crabe, reste à battre, un sourire, épuisé certes, se tient devant. Je repousse un peu le bruit des assiettes dans le bac à douche, la vaisselle s’égoutte parler au milieu de l’allée dans le caddy. J’ai envie de passer une chanson de peinture sur le chevalet. L’atelier que je tiens fermé depuis longtemps, s’anémie. J’irai dehors le temps de cueillir la vue d’un visage, une souffrance qui se partage, tire pas la gueule. Elle se refait les jambes à croire.

Les arbres vont bien dans leur tête, ça se voit en les prenant l’oreille au tronc. Ce qui bat, a la sève dans la veine, c’est pouls-droyant.

Niala-Loisobleu – 13 Mars 2018

Illustration: Peinture, Pierre Bonnard

SEXOPHONE


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SEXOPHONE

 

En râles tuyau à musique sur lequel les doigts vont et viennent

Tu montes et tu descends

Ondulant de la hanche

Lascive et rauque

Qui roule, presse et pice le bouton magique

Musique qui vit le jour en Afrique

J’ai les oreilles dans les cris

De ton ventre qui se tord

Sous mes deux mains

Le long des secousses courbes

Lançant ses ors en éclairs

Sexophone tu me rends fou

Les feulements jazz

De notre étreinte te font

Sexe saxophone

Vaginal instrument

Qui pleure par la corolle

Que je mord

A ras bord

De tribord à bâbord

Jusqu’au port de Don Byas

Où expire en chorus exalté

Le chant qui fleurit le soir monotone

D’une musique sauvage couronnant

Une ardente féminité.

 

Niala-Loisobleu- 10 Mars 2018

Illustration: Etude – Niala

LA BOÎTE A L’ÊTRE 35 – MANIFESTATION DE LA MUSE


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LA BOÎTE A L’ÊTRE 35

Dédicace à Barbara

MANIFESTATION DE LA MUSE

Les lacets de la corniche

ont chaussés les rayons du soleil

de vapeurs qui animent  la vue

le temps de la montée.

Formes dansantes, la nature appelle à la fraîcheur.

Dans l’escalade la végétation méditerranéenne espace les voile en trouées d’apnées.Tandis qu’un oiseau vert la protège de son chapeau à plumes, la Muse a dressé le couvert du paysage. Chaque maison se serrant à l’autre dans l’ordre cellulaire qui donne à la peau tous les évents par lesquels les pores protègent l’ escale.

De la toile au départ muette, bientôt les insectes en se grattant aux guitares, percent des entrées aux fontaines. Au travers des grilles, les façades cerbères libèrent les rouges en coulées sanguines. Cascades d’éphémères hibiscus que leurs roseurs permanentes agrippent à la blancheur des villages

Une boîte de couleurs bâtée sur un âne se balade en noria.Les aloès font la roulante pour que la cantinière pourvoie au besoin de l’équidé aux grandes oreilles.Il y a longtemps dans l’arène passa l’amour fou du peintre pour ce coin de taire. Le dispersant aux passages ibériques laissés aux quatre du monde par une scélérate conquête. Bleu de la maison de Frida laissé aux tripes de son faire rougi. Un héritage inca l’ayant mis au sacrifice par un tramway non nommé désir. Poignardant de ses ferrailles l’enfant toujours porté en elle tout en le coupant du nid.L’amour quand il grave pareille violence marque par le sceau de la douleur son éternelle naissance.

Muse rayonnante de Lumière, moi ton petit-peintre bleu, je ne peux m’amputer de ta main qui m’indique par-dessus sa malformation d’inhumanité la Beauté de la VIe.

Ma Muse, permanent espoir poétique.

Niala-Loisobleu – 7 Décembre 2015

 

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Manifestation de la Muse – 2015 – Niala – Acrylique s/toile 65×50

L’ECOLE BUISSONNIERE


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L’ECOLE BUISSONNIERE

 

Les pensées dromadaires, à plusieurs bosses, tanguant d’avant en arrière et sur les deux côtés, j’avance, stationne, recule. Du béton dans le bulbe et la corne de brume qui l’arme au fur et mesure pour tenir vaille que vaille. Relever sans cesse la hauteur d’eau sous la quille, en jetant de la proue la pige, ça peut expliquer le mal de dos. Quand la partie chiante du colon veut cancériser la navigation, pas facile de tenir la barre en ligne droite. On fait des lofts intestinaux. Il était, non je suis réponds-je. Seulement privé par le momentané d’une circonstance contraire au plein accès à cet absolu qui ne fait pas défaut.

Des maladies il y en a de toutes les formes, leur point commun elles attaquent la forme. Plus tu pompes et moins tu sors, il n’empêche que seul l’esprit shadock aspire au vides. Le filon que l’amour a, enrichit sans rapporter matériellement. Je pense souvent dans les champs de trèfle  à quatre-feuilles du chemin des Dames, a tous les poilus qui ont leurs os à côté du rêve qu’ils faisaient quand la tranchée s’est refermée sur eux. La contradiction étant la base de ce monde, on peut penser que l’orgasme le plus fort se passe dans la mort-subite, qui ne vous reprend pas la jouissance que vous étiez en train de vivre juste avant de mourir. Non pas que j’ai envie de l’essayer. Non sortir tout baveux du ventre, je crois que si j’avais à choisir je prendrai cette formule là. On peut rester collés, ça tente mon côté chien.

  • Un peintre comme Niala ça représente quoi ?
  • Mais tout banane…
  • Si tu me disais la poésie est -ce une utopie, ce serait aussi con que 608 abonnés et pas de commentaires.
  • Regarde dans quelle absence tu vis, et fais plus ton brouillon de thèse sur la construction de la vie

Dans le rapprochement de l’idée d’avoir existé je pense que l’Art est l’exception qui a laissé sa trace.

Raison du plus fou laissant l’adulte aussi spontané que l’enfant.

Elle est mienne c’t’idée là, Maîtresse le sait si bien , qu’elle me gave pas de grammaire mathématique. J’ai ma place dans le tracé de marelle sous le marronnier de la cour, juste devant le petit portail qui ouvre sur l’école buissonnière. Ma chambre d’amour.

Niala-Loisobleu – 08/03/18

POULS


 

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POULS

 

Pourtant

Pourtant

Partout

Des fleurs poussent au filet et au fusain de pièges de papier et les mots peints parcheminent des profils trop épris de pourtours flous

Reprisent

Encore

À la poitrine féroce et lourde la forme et le fond défiant le feu-follet de la peur

Pouvoirs

Pour voir

Aux poumons de peu à la proue poreuse qui répond épouse repousse retient

Respire

Palimpseste de la joue épanchée à l’épaule en aparté pour recoudre le fil fendu des pluies fauves affolées poursuivant promettant persiflant en pure perte et

Permettent

Au pied effaré

la fuite

la refonte

Par la porte

La fenêtre

Ou le ponton

 

Barbara Auzou.

 

Illustration: POULS – 2018 – Niala – Acrylique s/Canson, encadré s/verre 40×50

HYMNE A LA DÉESSE


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HYMNE A LA DÉESSE

A présent seulement, ô Très-Grande!

A présent désespérément oui je vois

Ta distance absolue ta Beauté

A travers celle faussement proche des femmes

Qui est leur manière de se rendre infinies

D’être chacune ta projection singulière

En tes innombrables inconciliables aspects

Comme autant d’images en miroir en vertige

Différentes moins que Toi-même de Toi.

Impossible de déchiffrer ces images.

Les femmes s’en font de nouvelles sans fin

En jouant des cils.

Qu’en chacune Tu en sois aussi la contraire

Est leur profondeur.

Tu es en toute femme ce qui

D’elle-même d’autant plus lui échappe

Qu’elle scrute ses traits de plus près

Pour Py saisir Toi.

Ton éternité qui leur manque est en elles

Ce que l’homme y voit.

Une jeunesse, une genèse qui s’ouvre

Un regard sans fin.

Un masque de soleil dont les trous

Dardent le vent des gouffres

Et cet aigle sans paupière qui plane Sur l’arcane du front.

Les femmes se fardent les prunelles de foudre

Mieux que la Raison.

Nues comme elle, leur nudité a pour voile

Le velours de leur peau.

Qui a jamais perçu la tendresse

De la Raison?

Indistinct de la caresse, intouchable

Son éclat m’électrise les doigts

M’éblouit du poli de l’idole

Que de très longs cils me renvoient.

Science inexhaustible, intarissable nescience

Féminité qui avant les temps

Es l’éternelle latence des mondes

De cercle en cercle T’élargissant n’aspirant

Qu’à leur ouvrir immensément ton Néant !

Vierge féconde

Mère de tout ce qui est et sera

Mère de ce qui jamais ne sera

Qui toujours enfantes et demeures bréhaigne,

Ascétique plus que le sel tanné du désert

Lascive plus que les palmeraies

Forme parfaite que ta plénitude défait

En myriades de formes sans cesse

Changeantes plus que l’iris de mes yeux

Qui Te fixent Toi l’immuable

En flux perpétuel,

Veuille sur moi ton fidèle

Que déferlent lentement tes lointains,

Que ruissellent de la tête des Tes cheveux sur mon front Comme sur un galet. O Très-Grande ! donne-moi à jamais Chaque fois que m’aura submergé Cette lame géante leur
âme Indivise comme la mer ou la nuit D’y voir les yeux clos tout au fond Le croissant de lune

Tu es la porte indistincte du mur Jour après jour de toutes mes forces J’y bute du front dans l’espoir Que résonne le vide derrière Pour être enfin sûr que Tu es La
porte et pas seulement Le mur aussi long que ma vie Parallèle au mur

Tu es la porte close du Non

Toutes celles du Oui sont ouvertes

Inutilement puisque tout

Est de part et d’autre le même

Que le seuil ne peut être franchi

Puisqu’il n’existe pas

Tu es la seule qui aies deux côtés

Porte condamnée

Par les portes béantes du Oui

Les gens vont et viennent sans cesse

Sans bouger d’ici

Je suis le seul dont les pas se piétinent

De partout en tout point

Toujours face à Toi où qu’il soit

C’est moi le seuil et ta porte du Nom

Comme Tu es la mienne

Deux portes closes se dressant sans chambranle

Dans le gris infini

Entre elles immense et nulle grandit

Leur distance la cendre

Aucune ne s’ouvrira que la lune

D’elle d’eux ne filtre à la fois

Alors à leur travers se verra

Comme nous fûmes proches

Alors notre double et même ombre Unira l’effigie De l’est à l’ouest

3

Mère après tant de nuits blanchies à lutter contre l’insomnie A forcer ce néant sans tain et sans revers ma conscience A tenter d’éteindre ces nerfs dédaléens
électrisés Par ma hâte de tous côtés pour les calmer courant la mèche Après tant de sommations enjointes et reçues par moi De ne plus faire obstacle en
moi à mon ordre de passer outre Inquisiteur insomniaque enfin ma question me rompt Je m’arrache au suprême aveu qui m’éveille comme d’un rêve De cette vie dont rien de moi
ne me rappelle qu’elle est moi

Me voici donc le corps vacant au bord du lit réglementaire Sans me lever je puis toucher les quatre murs et le plafond De ma mémoire où mort vivant je ne sais plus loger ensemble
Mes instants qui ne furent pas et se disjoignent avant moi Ma vie usée est mon linceul dont le gris est tout ce qui reste De la cendre de tant de jours que personne n’aura vécus
Mère c’est les deux pieds devant que pour naître je me présente Ayant passé ma longue mort à vouloir Te distendre en vain Même de Toi je n’attends rien et m’en
remets à ma béance

4

Pour atteindre à Toi, passer outre ! Pour m’unir à Toi, lutte à mort corps à corps!

Assez, ô guerrière, de tes lisses blandices! des pudeurs piégées, des

traîtrises de proie! C’est l’homme, dis-Tu, qui Te rêve semblable. Mais Toi, la Tout

Autre, Tu Te fais ce qu’il veut. L’homme Te veut vierge pour Te violer, et mère pour que Tu le

conçoives deux fois. Et Toi, conquérante, Tu Te fais sa conquête. Et Toi, abyssale, Tu es

ronde et emplie. C’est ainsi que ton être alternant vierge et mère est réduit à mimer

leur double image pour lui. C’est ainsi que le juge T’a couchée dans ses codes, dans les siens le

prêtre, dans son lit ton mari. C’est ainsi que Toi-même Tu T’imprimes en tes filles, que tes fils

T’aimeront dans leur femme à leur tour. Moi je hais cette image car elle est la muraille que je longe en aveugle la tâtant des deux mains. Mur sempiternel dont je sais que
Toi-même du côté opposé Tu le

tâtes en vain. Nos doigts en s’ignorant mais presque à se toucher effleurent dans

le vide notre cécité Qui tout en nous soudant l’un l’autre sans visage aux bords de son

désert nous maintient séparés. Ce désert cependant soit l’osmose effaçant tout ce qui nous limite et

qui nous définit

Soit le vent aux yeux creux de notre nuit commune englobant toute borne et crevant l’infini.

Je me trace vers Toi sans guide que l’absence partout et nulle part

emmêlant ses chemins Une route en moi-même à travers les entrailles de ce rêve où sans

forme Tu brasses les destins. Y perdant toute idée de mon être à mesure que je vais plus au fond

de mon être sans moi De mes ombres sans mains j’édifie mon abîme cité ou bien statue

pélagienne de Toi. Ville aux temples touffus dont les marches s’engluent jusqu’à cet

ombilic où tout naît et finit Autel creux où survit ce rite du sépulcre que l’âme immémoriale en

sa nuit accomplit. Pour en finir de se succéder éternelle qu’elle ait comme en deçà le

ventre du chaos Qu’elle entre sans frémir dans la ville abyssale où ne subsiste rien

ni du bas ni du haut. Dans la ville inversant sous terre ses étoiles une foule giclant de mes

plaies se répand Comme le sang jaillit du taureau qu’on égorge sur moi qui sous

l’autel suis ce taureau mourant.

La cité écartant écarlate les cuisses est la fille fardée au néon étagée

Tel un mal aux couleurs monstrueuses en grappes entonne sa cuvée aux couloirs des meublés.

L’odeur de mâle sort par bouffées des boutiques peintes en rose obscène et dont le seuil offert

Est un rideau fendu comme de grandes lèvres sur les dévotions de chapelains d’enfer.

Leur hantise de Toi est l’anneau labyrinthe encerclant l’origine avant l’aube des temps.

Tu n’es que l’oeil dément qu’entoure la spirale du délire lové qui sommeille, serpent.

Dérouler son horreur c’est dégager la source non point de tes menstrues mais d’un sang baptismal

Où naissant l’un de l’autre immolés l’un à l’autre nous ne formons qu’un seul sacrifice final.

Quelle compassion pour ces hommes que mène un désir croirait-on si tristement banal

Et qui pourtant leur vient de la mère sans borne où spores ils flottaient dans l’amour prénatal !

Peu parviendront hélas à traverser sans ombre ce lieu d’ombre obsédant à la plupart fatal

Dédale dont tout point est le centre et digère le vertige annelé sur son œil abyssal

Sur l’affreux leurre informe aux formes innombrables qui les livre aux abois de l’antre primordial.

Noire noire Tu es et mille fois mortelle tant que l’homme s’acharne à Te multiplier

Noire et mortelle tant que fut-ce en une seule en dehors de lui seul il vit de Te chercher.

Le voyage infernal la descente nuptiale ô Très-Grande consens que je les fasse en moi

Qu’en toute autre que Toi renonçant à Toi-même en moi je touche à Toi comme à mon au-delà.

Au-delà tout au fond que je touche à mon centre où la source jaillit d’un cœur dont je ne sais

Qu’à l’instant d’y capter l’aube de ma naissance qu’il fut le mien du temps où sans lui je n’étais.

5

La Mort est de toujours la mère aux yeux d’argile Tournés vers le dedans de l’extrême lointain Son regard me poursuit par les rues de la ville Où tant d’autres pour moi
s’allument mais en vain

Me poursuit et me guide au cœur du labyrinthe Dont le centre et l’issue coïncident en moi Ce moi-même absolu dont mon âme est enceinte Cest quand je la rendrai qu’elle
l’enfantera

J’avance entre deux rangs de femmes qui se figent Aussitôt que mon ombre arrive à leur hauteur Saisie dans toutes les postures du vertige C’est la même vivant chaque instant des
douleurs

Se relayant dans ton effort pour que je naisse Aucune jusqu’ici ne m’a donné le jour Aucune cependant qui ne soit ô Déesse Un reflet différent de ton unique amour

Celle qui me prendra la main dans le passage C’est elle par-delà les mers qui me conçut Pour retourner en elle à ce premier rivage Dois-je redevenir le germe que je fus

N’ai-je cherché à travers toutes que le ventre Dont bien avant qu’elles ne fussent j’étais né Hanté de ce besoin d’engendrer où que j’entre L’enfant-moi qui mourut
sitôt abandonné

Mère, pitié! délivre-moi de tes figures Accepte que je sois ton aveugle miroir Laisse-moi me semer néant dans ta nature Pour que tu veuilles de ce rien me concevoir

L’homme qui contemple Le plaisir de la femme Sous lui

Est comme une barque Ancrée au port Quand le temps grossit Aspiré arraché Labouré par l’écume Embarquant à se rompre Les coups de mer Mais sûr de son ancre
Tout au fond

Tellement qu’il l’oublie Jusqu’à ne plus être Que Cela

Ce Jeu dont la règle Se passe de lui Cet abîme à l’assaut De soi-même à la crête Où ses cris de mouette . Becquettent l’infini

Pourtant dans l’œil à pic II règne une paix glauque Elle fixe l’homme

Depuis le Fond Parfois à cet instant L’homme T’invoque Mais c’est en vain Le Fond est au-delà Même de Toi De Toi l’Être sans fond A perte d’être

Le vert la transparence Adviennent sans que rien Eût-ce été homme ou femme En soit distinct Tant qu’il y a quelqu’un là Ce n’est personne

7

Mourir et naître étant l’avers et le revers d’un Acte unique Ce monde-ci est-il l’avers ou bien quelque autre nul ne sait Étant mort à ce côté-ci vit-on en
même temps de l’autre Ou bien l’autre ne serait-il que le dedans de cet ici L’un et l’autre ne forment-ils qu’un seul et même paysage Que grand soleil et noire nuit tous deux
emplissent sans partage Pour qui vaque les yeux ouverts comme obturés de leur éclat Pour qui voit tout sans le savoir par le regard sans fond de l’Être Lequel rend neuve toute
chose en faisant d’elle ce qu’elle est

Tu n’es Toi-même rien de plus que cette simple transparence Ni rien de moins que l’absolu de part et d’autre qui S’y voit Lorsque le cerisier en fleur trace des signes dans la brise
L’âme derrière la croisée est cette brise qui écrit Bien qu’en deux mondes séparés l’âme et l’arbre se correspondent Entre eux la vitre qu’est la Mort
n’existe pas pour le regard O Vacuité que l’âme un jour en ta membrane sans limite Soit pure osmose et n’ait désir d’entrer en Toi ni d’en sortir Pure Présence n’ayant lieu
ni de naître ni de mourir

Que le sage en chemin vers Toi gravisse abrupte la montagne Ou qu’il T’oublie en s’oubliant dans ce qu’il fait au jour le jour Rien ne compte de ses journées que la poussière à
ses semelles Il est cette poussière usée que soulève le vent vers Toi Qui fus pour lui voilà longtemps ce sourire de la mémoire Poignant le cœur lorsque les traits
de l’amante se sont brouillés

Toi qui en lui es maintenant l’arrière-bleu du ciel qui s’ouvre Par tous les temps bien qu’il l’ignore au chœur des mondes agités Auquel son sein d’un rythme égal s’accorde
avec humilité

8

Toute-lointaine ! sanctifie du don des larmes Ceux que la grâce du visage féminin Emplit de telle nostalgie que le trop-plein En est l’abîme désirant qui les sépare De
la Beauté passant en elle tout désir Nostalgie par les yeux dans les leurs d’une femme Dont ceux qu’elle éblouit perdent incontinent Leur âme dans l’excès de ce
ravissement Mais dont ceux qu’elle point savent que c’est leur âme Qui d’aussi loin que Toi leur intime un Amour Tel un gouffre à l’emporte-cœur trouant les jours.

Cet Amour à l’étroit dans le vide des sphères

La face humaine est l’infini qui lui convient

En miroir double des principes qu’il conjoint

L’homme s’y éprenant de son ombre lunaire

La femme y pressentant sous ses traits le rocher

Chacun devine là qu’il est l’autre en abîme

Et que l’autre est le gouffre en lui de l’unité

Le gouffre et tout au fond la source enfin captée

L’inaccessible devenant la tout intime

Où les regards ne font qu’une âme aux yeux fermés

Dans l’extase du don des larmes partagées.

Quand le désir n’est plus de rien que de ces larmes La face de la terre en est renouvelée

Tout semble contempler son essence voilée

Les yeux s’illuminant de pleurs voient l’innombrable

Dans l’Un comme scintille au soleil leur rosée

Sagesse! rien n’est plus qui ne soit tout l’ensemble

Tout et l’Autre du Tout le rose du couchant

Sur l’abrupt et la rose assoupie d’un sourire

Sur le visage clos de l’homme méditant

Et ce regard qui pèse aussi peu sur les choses

Que la caresse de la paume d’un enfant.

9

Méditer sur cette chose neuve que nulle main n’a façonnée. Contempler, intacte, l’Idée qui prit chair au sein d’une femme Puis naquit pour que cette chair devienne
Idée. La voici : parfaite est sa forme. Et son souffle si doucement régulier Que même une aigrette de dent-de-lion ne bougerait sous sa narine. Tel aussi est le rythme du
cœur. Méditer sur cette haleine, ce rythme. Que s’y accordent le cœur,

les poumons. Que les yeux se ferment sans battre des cils pour imiter ce lisse visage Souriant à l’inconnaissable Dedans.

Méditer, contempler la distance. Vitre d’éther, transparence scellée. Méditer, dans l’aube gélive, la respiration sans buée De la pure beauté qui s’ignore.
Qui ne se fait nulle image de soi, ni en miroir, ni. dans les

yeux d’autrui. Qui, simplement, est. Et son âme comme la lune bleue sans pensée Immobile, invisiblement se déplace.

La virginité, qu’est-ce là pour un homme? Ce vocable femelle, cette peau à crever.

Fille sans hymen serait fille sans preuve, comme l’est aussi de lui-même l’époux

Que n’atteste le descellement de la source.

Vierge doit s’entendre : rompre, passer outre. Ce dont l’homme s’assure par le viol nuptial

Est qu’il soit à jamais le Premier à forcer cette entrée d’un secret qui en soi ne subsiste

Que le temps qu’il faut pour le violer.

La virginité de la fille déclose est à l’homme pennon de virilité. S’il ne peut lever telle marque de gloire, il répudiera à la face des siens La femme dans la
honte de l’aube.

Sa virilité, qu’est-ce là pour un homme? Ce dont le symbole est le

sang de l’hymen. Sa réponse au défi primordial par lequel l’origine scellée dont le Rien

est le sceau Somme d’être pour qu’elle soit l’orgueil mâle. Cet orgueil qui se rue de plus loin que la Vie est semblable à l’ivresse

s’emparant d’une armée Au moment qu’elle éventre les grandes portes du temple plein

d’enfants et de femmes faits pour être égorgés Au cœur de la Cité haute interdite. Car l’autel et la vierge sont voués de toujours à ce sacrilège que
leur

mystère suscite Et dont les fureurs faussement aveugles sont le culte vrai que

l’homme lui rend Ne pouvant que le transgresser pour l’atteindre.

Méditer, méditer sur l’absence de vitre. Sur le fait que de vitre il n’y

a point là. Et pourtant l’esprit qui ne voit que lumière croit que c’est une vitre

entre lui et sa vue Qu’en lui devant lui rien n’arrête. Tel est bien le visage auquel n’adhère aucun mot. Ni plein, ni vide,

ni clos, ni ouvert. Ni lointain, ni proche, ni secret, ni visible, ni rond, ni sans bords,

ni regard, ni miroir, Bien qu’en chaque mot il ait forme.

Et, là-devant, l’homme. Interdit. En arrêt. Lui qui n’est de sa masse entière que sexe

Tellement pesant à cet instant même que son poids se porte vers sa

corne, taureau Bandé, bloqué par le Rien qui fait face. Qu’ainsi se conçoive la naissance des mondes. Provocation par le

Néant pur

D’une force qui fonce et qui freine aussitôt de sentir son absence

bâiller là sans mesure La piégeant à s’y mesurer.

Contempler sans ciller l’absolu cercle blanc qui obture l’issue et

pourtant est l’issue A l’extrême horizon de ce cône vivant qui sur lui se resserre en des

spasmes de sang Vagues membraneuses, montagnes. Ce côté du disque est le monde peut-être et peut-être le monde n’a

que ce côté

Quand bien même le temps et l’espace sans fin sembleraient d’ici-bas converger en abîme

Par une contraction sans répit.

Or plus l’oeil de l’esprit sur le cercle se fixe, et plus celui-ci lui paraît à la fois

Ou sa propre cornée ou la nuit sans pupille, vide opacité d’un atone au-delà

Ou paroi d’un en deçà qui le mure.

Tel à l’homme aveuglé apparaît le visage qu’une pure absence de traits rend parfait.

Homme à Rien affronté et obscur d’autant plus qu’il ne sait si l’obstacle est en lui ou bien hors

Qui le scelle autant que la vierge.

Car la vierge témoigne de la part virginale qu’est l’âme de cet homme d’elle-même ignorée.

Jamais homme s’est-il avoué qu’il fût vierge tant ce mot fait vergogne fût-il dit en secret

L’ignorance de l’avoir été semble intacte.

Et vierge faite femme qu’apprend-elle en dedans dont jamais aucun

mâle n’a saigné la science N’a vécu la rupture extatique le don qui de haut en bas déchire

ouvre conçoit L’autre monde dont cette femme est la brèche?

Méditer, méditer sur l’essence, ineffable état virginal

Non point tant d’une femme ou d’un homme distincts que de l’Être indivis de Soi-même

Sans besoin d’être le Même ou l’Autre étant l’Un.

Le visage de la jeune fille, c’est l’Un d’autant mieux caché qu’il est vu.

Et lui aussi, ce jeune homme vierge, il a le visage d’une jeune fille :

Innombrable est le seuil unique de l’Un.

Ainsi donc émanant de la face limpide la clarté sans limite ne se porte vers rien

Cest plutôt qu’un regard une lune impalpable un éther antérieur de toujours à ce jour

Que l’appel à y retourner en fit naître.

L’Etre avant la pensée y jouit de son aube que ne verra nul œil prédateur de pensées

De son aube non née cette opale miellée substance en qui est tout et dont rien n’est formé

Dorant de son Néant ces yeux vierges.

Voici l’homme et la femme en regard l’un de l’autre dès l’aube originelle en tous les univers.

Dans l’orbe de l’atome et l’ellipse de l’astre, dans le noir immuable ému de sa buée

Dans l’acier de l’épée flamboyante.

Avant l’homme premier et la première femme il y a de toujours ce chiffre Deux en Un

Il y a ce frisson résonnant à soi-même tel un soleil rasant fait

vibrer l’océan Il y a l’Être qui soudain rêve d’être. Conscience sans bords identique à son Ombre comme la vue peut

l’être à l’éblouissement Comme un homme ébloui d’une femme est pour elle seulement cet

éclat que projette sur lui Sa beauté dont lui-même il s’aveugle.

Ce que la femme voit dans le regard de l’homme c’est qu’elle est le

foyer en lui de sa clarté Ce que la femme voit d’elle au regard de l’homme est ce reflet de

l’Un qui la fait exister Absolue entre l’absolu et cet homme. C’est lorsque leurs regards l’un en l’autre s’effacent que la distance

entre eux s’éveille firmament. Le clivage de l’Un en miroir recommence dans l’hésitation de

l’émerveillement : Que faire? et les années-lumière s’éloignent.

Que faire ? la plus haute amplitude est atteinte. Le regard désormais

va refluer, laisser Un monde à découvert de choses désirables comme autant de jalons

de cet éloignement Mutuel des amants l’un vers l’autre. Jamais ils ne mettront entre eux assez de champ pour l’étroit corps

à corps qui les fend en avant Chacun s’ouvrant à l’autre ensemble et le forçant jusqu’à ne plus

savoir lequel est homme ou femme Soudés en Un ! mais l’univers est leur mêlée. Car partout furieusement l’un contre l’autre se compénètrent les

principes séparés Multipliant amplifiant éternisant jusqu’à l’épuisement de l’Un dans

son Néant Le déchirant duel des créatures.

Méditer, Déesse! méditer l’extinction de tout désir par un plus

haut désir Et du plus haut désir qui est de Rien par le Rien même sans désir Par l’effacement graduel du sourire. Les yeux fermés rendent l’espace virginal à ce
regard qui n’est posé

sur rien Mais trace sur les eaux d’En Haut l’envergure la signature du Vide Aigle immuable dont la pupille est en tout point.

Contempler, vénérer, Déesse! le fond de l’être où l’âme doucement s’éteint

Contre la rive comme un pli de l’eau quand elle oublie même le vide

Laissé par la face effacée.

Révérence, Révérence, Déesse! à la virginité non pour l’idée qu’en ont les hommes

Mais pour l’instant au bord de l’âme où ne font qu’un le regard et le courant

Et tout au fond ce galet bleu jaune, la lune.

Ma maison est plongée dans la nuit Ma raison est plongée dans la nuit Mais au seuil je veille. Fascinante, ô nourrice d’effroi Ta douceur laiteuse menteuse Carnassier ton silence
aux dents blanches Mortelles tes gelées.

Adossé à mon ombre je veille L’oreille à tes lointains. L’oreille tendue vers mon âme Dont le nom n’est plus l’âme Depuis que nul n’y croit. Tu es la frontière
intérieure Entre cette âme et moi.

Tu règnes sur trois royaumes :

Le jour, la nuit, le dedans.

Tu estompes le bleu des montagnes

Tu luis sous les traits lisses des femmes

Comme au fond d’un lac.

L’homme qui dort nu à ta face

Peut en perdre le sens.

Je ne vois de toi que le voile Que te fait ta clarté

Dont la transparence me cache

Son opacité.

Ta procession dans la nuit

Hiératiquement lente

Est révérée des loups.

Les pupilles des loups sont des astres

Qui rouges ne se lèvent jamais

Du bas de l’horizon.

Astres d’un envers de ce monde

Qui est ce monde point par point vu d’en bas

Où ta danse férocement écarlate

Laisse blanc ton œil blanc.

Très blanche de peau et très noire

Vierge à faire trembler

Je respire par-dessus ton épaule

Cette autre qui est toi.

L’odeur fauve touffue, tiède et moite

Qu’un parfum nacré alanguit

Me dilate les pores.

Lune n’exhalant sans haleine Qu’immuable froidure à minuit Sous la bure nocturne tu es Plus lascive qu’une oasis de l’Egypte Qu’épice le vent des palmiers. Dans tes cheveux et ton cou
Des chaleurs s’évaporent

Qui te fixe les yeux en dehors Ce regard est son suaire de pierre Lui-même il est sa borne partout En vue s’interdisant son entrée Avoir du flair le rendrait si honteux Que sa raison
a les narines pincées Une équerre inodore.

Qui te contemple l’oeil clos en dedans

Hume de tout son corps l’invisible.

Le couvert de tes fortes aisselles

A l’odeur de rousse étoilée.

Là-haut quant tu lèves les bras

Elle m’instruit des constellations qui gouvernent

Ton jumeau ton envers.

C’est lui que je veux atteindre !

Les hommes sans flair, les fauteurs de droites

Le nomment enfer.

Ceux dont tu es la taie, les aveugles,

Soleil, pour s’y brûler.

Pour qu’ils sentent par leurs brûlures

Ce qu’ils ne peuvent voir.

Depuis qu’elle sait le nommer

Je sais que j’ai une âme.

Elle est, il est le Feu.

Toi plus en moi que moi-même

Vierge mère du Feu

Mets-le bas au plus bas au plus froid

De la folie calculatrice le monde.

De tous les calculs possibles de l’homme

La somme est le chaos.

Tout savoir en cette cendre s’achève.

Le zéro enfin absolu

Est l’Œuf de l’éternelle Naissance

Où toute chose advient de toujours

Avant qu’aucune ait encore commencé.

Contraire de l’ordre, ô Sagesse!

Feu au plus noir de l’hiver

Quand le cœur est un cristal de ténèbre,

Désir concentré en néant

A ton point de rupture

Sois enfin, propage tout être

En un seul incendie!

Quand l’homme allume la femme

Tel un soleil la mer

Que jusqu’à l’incandescence

Jouisse en eux l’univers.

Que l’égarement soit leur guide

Et les flammes qu’ils propagent la Voie

Les menant à Toi.

 

Pierre Emmanuel

A TRAVERS CHAMPS


A TRAVERS CHAMPS

Qu’est cet horizon dont la branche serait séparée de sa racine ?

Un sein qu’on refuse au baiser

un ventre tondu du frisson de l’approche ?

Oh non le chant des oiseaux ne se tient pas en cage

il harmonise ses couleurs

aux rencontres de plumes aux habits dégrafés dans le vers libre d’un envol spirituel…

 

N-L – 25/02/18