Étiquette : poésie
Passager de lumière – Lionel Mazari
LA PORTE DE DERRIERE
LA PORTE DE DERRIERE
J’emprunte ce titre à Alain Jouffroy, tant il va définir ce que j’ai besoin d’exposer dans ce moment d’entre deux. Cette partie qui succède l’oeuvre dernière et sera suivie de la prochaine, fantastique moment de dialogue dû au mûrissement. La réaction de ce qui a été lâché après un temps de gestation. Concept post-natal : la porte de derrière dans toute sa signification.

JARDINS SUSPENDUS
La voilà la raison, pas le coupable, puisque je considère cette oeuvre comme un remarquable témoignage d’existence au sens intrinsèque du mot. Ambigu ce vocable, il contient la vie et la mort, mais ce que j’en montre ici transpire la force de la vie par la naissance. La seule gagnante. Et c’est bien là que tout repose, qu’est ce qui n’a pas cessé d’exister tant chez Barbara Auzou que chez moi-même pendant toute l’élaboration de l’oeuvre conjointe. Un besoin de laisser l’espoir prendre la main. Dans l’existence sue de tout ce qui peut lui être opposable, au sens de nos propres personnes comme au sens du quotidien en général. Ce tableau s’inscrit avec une maturité qui s’affirme au sein de L’Epoque 2018. Avènement. Sans aucun doute qui marque le vouloir d’un aboutissement en rompant avec le passé. Il se présente à un moment propice, la vie est à nouveau menacée du chaos. Il faut quoi qu’il se passe dans l’inconsciente escalade du mal, que ce que nous avons voulu à l’écart de l’ordre dicté, se réalise en ce qui nous touche simplement. Hiroschima mon Amour…
La cascade de faits dérangeants forme sa colonne, envoie ses assauts, les agaceries se multiplient, maladie, changement brutaux, accidents de fonctionnement, formes de piratage qui incitent à abattre.Dur dur…
La première fois est sur le seuil
A nouveau, pour de bon le franchir, nous voici Artistes dans notre expression: poésie et peinture. L’Art pour sang, sève, souffle, cri et NAISSANCE !
Niala-Loisobleu – 19 Avril 2018
JARDINS SUSPENDUS
JARDINS SUSPENDUS
Hier encore un peu infirmes
Nous cherchions à tâtons les géographies intimes
Aux veines paresseuses de la route endormie
Et au crime perpétué en silence sur les corps engourdis.
C’est à la fenêtre peinte d’un vert jardin
Que nous nous mîmes en chemin, calmes et fous
Tenant le cadre solidement à deux mains
Comme on épouse comme on rejoint
Et les arbres nous pansaient dans l’idée floue qu’on avait d’eux
Nous bâtissant des jambes pour marcher
Et des lignes à suivre aux fronts qui acquiescent, heureux.
L’époque était à la terre et à l’essaim sensible des feuilles
Aux ventres blancs qui palpitent
Aux chiens qui réclament la balle pour revenir plus vite
Et à la croissance insolente de la clématite.
Illisible dans l’avant
Illisible dans l’après
Elle réclamait l’instant nu
Le seuil
La tendre retraite au pré de l’épousée
La menthe la mousse l’amour des jardins suspendus.
Barbara Auzou

Jardins suspendus – 2018 – Niala – Acrylique s/carton toilé 46×38
Passer par l’absence de portes, Alain Jouffroy
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE
comme une semence qui germe
en soulevant un peu la terre,
je vais vers ton ventre comme vers une ruche endormie.
Plus haut ta peau est si claire
que les jambes en sont nues pour tout le corps
et mon regard s’y use
comme au plus tranchant d’un éclat de soleil.
Au-delà, il y a ta lingerie qui sert à t’offrir
et à colorer mon désir.
Tes cuisses, lisibles de toute leur soie, se desserrent
et je vois la ligne de partage de ta chair.
Géants de la sensation,
mes doigts vont se fermer
sur le seul point du monde
où se carbonisent des hauteurs entières de jour.
Et c’est enfin la pleine rivière que e remonte sans effort, parce que tes seins s y élèvent comme deux cailloux à fleur d’eau.
Dès que tu entres dans ma chambre tu la fais se tourner vers le soleil.
Le front sur toi de la plus faible lueur et c’est tout le ciel qui t’enjambe.
Pour que mes mains puissent te toucher
il faut qu’elles se fraient un passage
à travers les blés dans lesquels tu te tiens,
avec toute une journée de pollen sur la bouche.
Nue, tu te jettes dans ma nudité comme par une fenêtre au-delà de laquelle le monde n’est plus qu’une affiche qui se débat dans le vent.
Tu ne peux pas aller plus loin que mon corps qui est contre toi comme un mur.
Tu fermes les yeux pour mieux suivre les chemins que ma caresse trace sous ta peau.
LE couple que nous formons ne naît bien que dans l’ombre et, nus, nous allons à la conquête des eaux dormantes d’où le désir surgit comme un continent toujours nouveau,
à celle des orages qui tombent en nous, lourds et chauds,
à celle de tous les végétaux dont il nous faut, lèvres à lèvres, briser l’écorce tendue, à celle des fenêtres dans lesquelles ta chair dérive
comme une jetée qui a rompu son point d’attache.
Parce qu’ils sont les yeux de la terre, les carreaux se tournent vers ta gorge qui brille comme un peu de foudre en regagnant les fonds marins de la ville.
Flanc contre flanc, nous descendons tous deux dans les souterrains où l’on perd corps et où les baisers que tu me donnes, que je te donne sont autant de pas que nous faisons l’un dans
l’autre.
Il me faut inventer d’incroyables pièges de chair pour prendre le monde dans un baiser, il me faut abattre les murailles dont tu t’entoures pour que le plaisir puisse te couper en
deux.
C’est alors que l’air est dans ma bouche la racine même de l’espace et des fruits que, pour me laisser passer de ma vie à ta vie, tu te fais arche des épaules aux pieds.
Partout sur les murs, sur les visages
la lumière se dévêt de sa lingerie
et montre son beau ventre de femme
d’où l’ombre tombe comme une fourmilière écrasée.
Car il y a vraiment de quoi vivre sur la terre, mais il faut avoir la force des arbres pour pouvoir repousser le ciel bas que la mort fait peser sur les paupières.
L’espace est pris entre nos regards et nous n’avons que quelques gestes à ébaucher pour qu’il tombe à nos pieds sans faire plus de bruit que la dernière goutte d’eau d’un
orage sur la forêt.
Tu es plus nue sous mes mains que la pluie sur les tuiles, qu’un feuillage dans le matin, que les dents ensoleillant la bouche.
Des insectes s’écrasent en plein vol sous notre peau, mes doigts ne cherchent pas à se protéger de la lumière qui s’élève du fond de tes yeux pour faire se lever
dans les miens un jour insoutenable.
Le reste de notre vie se fige autour de nous en hautes statues qui ne peuvent entrer dans le cercle de silence et de joie qui nous serre aux reins.
Enlacés par l’herbe que l’air fait monter jusqu’à nos lèvres,
nous oublions dans notre chambre les paysages
qui venaient vers nous au pas de la terre,
les beaux paysages qui nous prenaient pour des statues.
Vagues s’en allant à la rencontre l’une de l’autre, nos corps n’ont que la flaque des draps pour apprendre que l’amour est une montagne qui s’élève à chaque coup de
reins.
Nous n’avons que nos bras et nos jambes pour serrer un instant les forêts qu’un éclat de soleil enfonce dans notre chair et fait flamber jusqu’au dernier arbre.
Nos dernières paroles se sont arrêtées loin de nous, enfin coupées de leur tronc de sang.
Nous entrons seuls dans un monde ouvert sur nos visages comme sur son propre noyau.
J e cherche dans ta bouche la source du fleuve souterrain qui te parcourt en rejetant en haut des cuisses son écume de plante fraîchement coupée.
Quand tu écrases ton ventre contre moi,
quand mes doigts aiguisent ta gorge,
tu as des mots doux comme la salive,
des mots qui auraient poussé après un orage.
De ton corps je fais un pont
qui me conduit dans un monde
où nos dents se cognent contre le même verre d’air,
où nos regards à force d’être proches font la nuit entre eux.
Je ne vis plus au jour le jour puisque tes baisers font partie de mon avenir et nous allons jusqu’au bout de la lueur que la foudre trace en remontant nos veines.
Il me suffit de quelques gestes pour retrouver, enfouie sous ta peau, la plante nue que tu es et, vacillant de tout le soleil conquis par les ruisseaux, tu entres dans la nuit avec le jour
devant toi.
Je n’ai qu’à toucher la pointe de tes seins
pour que soient soudain rompues les mille écluses
qui retiennent entre nous un poids d’eau égal à celui de la mer,
pour que toutes les lumières s’allument en nous.
Et quand dans la clarté du drap,
tu n’es plus qu’un éventail de chair,
j’ai hâte de le faire se refermer sur mon corps
par une caresse que je jette en toi comme une pierre.
En te renversant sur le
Ut,
tu donnes à la clarté la forme même de tes seins
et le jour use toute sa lumière
à vouloir ouvrir tes genoux.
Tu prends ta source dans le miroir qui coule du mur, tu as du soleil jusqu’au fond de la gorge, tu es neuve comme une goutte de rosée que personne n’a vue, que personne n’a bue.
Tu as le cou fragile de ces oiseaux
qu’on voit rarement se poser sur la terre
et quand tu es dans la rue le regard des hommes
monte autour de toi comme une marée.
Derrière tes dents, ta chair commence avec ses aubépines de fièvre et de sang.
Tu sais qu’elle est une prison dont mon désir te délivre.
La caresse fait son bruit de poumon en cherchant dans tes cuisses le papillon qui s’y est posé, presque fermé en toi de ses ailes.
Avec l’aveuglement d’une taupe, tu creuses l’air de tes seins.
Autour d’eux mes mains s’élèvent comme une montagne coupée en deux.
Tu m’accueilles dans un pays au centre duquel ton corps se dresse comme un feu de joie, simplement posé sur la fraîcheur de tes lèvres au point où l’espace se jette en
toi.
Tu es l’impasse vers laquelle j’accours
avec la force des marées,
avec la liberté des moissons
qu’un coup de faux sépare du soleil.
Nous ne parlons pas de l’amour qui nous lie
parce qu’il est entre nous comme une bouteille sur une table
et qu’il court de mes doigts à tes doigts
avec la vitesse de l’éclair.
Si je veux t’aimer sans rien perdre de ta clarté,
je suis contraint de m’enfermer avec toi dans les pierres.
Le jour écarte de temps en temps les rideaux,
tache ton épaule et retombe dans la rue.
Le silence même est fait de minéral et prend la forme des chambres qui le contiennent.
Pour qu’il n’y entre point, c’est mille armoires qu’il aurait fallu pousser contre les portes.
Notre nuit est imperméable et nos corps, se suffisant de l’air contenu dans un baiser, descendent jusqu’aux racines de l’arbre qui a nos têtes pour sommet.
En plein front, en plein flanc,
j’entends les pas que mon sang fait
pour s’avancer de sommet en sommet
jusqu’à celui dont il me faut dominer ton corps.
Je lui en veux de me tenir enfermé dans un visage avec lequel je reste si seul lorsque mes épaules n’ont plus le tien à porter et que je te cherche en vain dans les
miroirs.
C’est pourtant par lui que je t’ai reconnue dans la rue
dans un moment qui reste comme une source en pleine mémoire.
C’est lui qui me permet à chaque instant
de reconnaître ma vérité dans tes yeux.
Tu ouvres la nuit la plus pleine
de la pointe de tes seins.
Tu viens vers moi dans le tournoiement d’une ville
qui ne s’éclaire plus qu’à la clarté du désir.
Je ne saurai jamais la distance à parcourir entre la lampe sourde de ton ventre et mon corps.
Je sais que je te rejoins dans un baiser qui ne laisse point passer le jour.
Sous ma main ensablée dans les caresses, il reste les hauteurs de ta gorge, vers lesquelles j’avance, la bouche pleine de soleil.
A force d’avoir mon visage contre ton visage, j’oublie que le monde commence au-delà de ton regard.
A jeter l’un dans l’autre nos plus sûrs filets, nous ramenons tous les poissons de la joie.
.Le soleil se couche dans les flaques pour rester plus longtemps sur la terre.
Tu ne peux plus t’en aller de ma chambre parce que je suis debout sur tes derniers pas.
J’essaie de conquérir
l’insecte que tu respires.
Mais il s’échappe de mes lèvres
pour aller se poser sur mon sang.
Tu ne peux plus sortir du filet que mes mains tendent sur toi, tu es au centre de l’étoile de mes pas, tu es l’unique réponse de ma vie.
A nos regards pris dans la même pierre de présence,
le monde arrive par une fenêtre
où nous nous penchons parfois
de nos corps, hauts comme des promontoires.
La ville est au pied de la chambre où tu te tiens
avec pour horizon celui de tes épaules
et nous touchons jusqu’en son fond
le vivier de feu qui donne sa mesure à l’été.
Tu te refermes sans cesse sur moi
comme deux vagues sur un rocher
et nous n’avons qu’à nous laisser porter par la
qui s’étend très loin autour de nos visages.
Perdus dans un pays de chair et de caresses, nous vivons les quelques miniers d’années dont notre amour a besoin pour que naisse une étreinte de chaque goutte de notre sang.
Je suis prisonnier de ton visage
à la façon dont un mur l’est du miroir.
Pesé par ton regard,
le monde perd son poids de pierres.
Le chant de ton sang sous la peau est aussi doux à entendre que celui des graminées poursuivies par le vent.
Je sais que la mort ne peut rien me faire tant que tu restes entre elle et moi, tant que s’allume dans ta chair le ver luisant du plaisir.
Le couchant tournoie sur chacun de tes ongles
avant d’aller grossir la terre d’une dernière montagne de clarté
….
et je peux voir a ton poignet les pas
que ta vie fait pour venir jusqu’à moi.
Au -delà de mes mains refermées sur toi, au-delà de ce baiser qui nous dénude, au-delà du dernier mot que tu viens de dire, il y a le désir que nous tenons vivant
contre nous.
Il y a la vie des autres qui remonte de la ville sans pouvoir aller plus loin que la porte derrière laquelle les murs écoutent à notre place le bruit que le cœur des hommes
fait dans la rue.
Tu dépasses les herbes
de quelques hauteurs de soleil.
Je te sens à peine bien que je sois sur toi
comme sur la pointe la plus aiguë d’une montagne.
Tu es entière contre chacune de mes mains, tu es entière sous mes paupières,
tu es entière de mes pieds à ma tête, tu es seule entre le monde et moi.
Le soleil reste sur ta bouche à la place où miroite encore un baiser.
Ton visage lui appartient mais il me le rend pour des nuits plus longues que ma vie.
Ton corps pour lequel je m’éveille s’éclaire plus vite que le jour parce que le soleil surgit à toutes les places où il y a des cailloux à pétrir.
Les forêts se dénudent pour lui dans le secret de leurs clairières mais c’est sur ta gorge qu’il fait pousser ses plus beaux fruits.
La terre lui présente une à une
ses vallées les plus riches,
mais c’est sur ton ventre qu’il s’arrête,
simple bouquet de flammes.
Le toit des villages est posé sur la terre et les prés fuient de toutes parts autour des murs blancs qui avancent d’une maison par siècle.
Je pense à l’étonnement de ton ventre qui regarde toujours mon désir pour la première
Je pense aux forêts que nous faisons tomber quand ma chair mûrit dans la tienne.
Je pense à la hauteur de l’été
sur la poussière des routes,
au ruisseau qui s’arrête un instant de couler
pour mieux s’éblouir de la nudité de la lumière.
A rester debout dans ce pays démesuré de clarté, je sens que je n’ai pas asse de poumons pour retenir la vie qui vient vers moi à la façon dont ton corps vient vers le
mien.
Lucien Becker
Illustration: Egon Schiele
Georg TRAKL – Une Vie, une Œuvre : De rêves et de ténèbres étreints (France Culture, 1986)
Troisième Élégie de Duino, Rainer Maria Rilke
CHAGALL ME FAIT MONTER AU PLAFOND, L’Ô PAIERA
CHAGALL ME FAIT MONTER AU PLAFOND, L’Ô PAIERA
Dans le coin sombre du livre entre deux éléphants trompe-livre et une boule de flacons de neige, une fleur séchée tient l’emplacement du chemin par la porte de derrière. Chapitres à la voix enrouée qui montent souvent en chair dessiner un mouton. Les bûchettes du jeu des mille bornes allument un retour sur soi-même avec de la peine à la clef
Voyage dans un bagage accompagné, une liste d’objets inutiles s’en est allée au gré du vent. D’où venaient-ils, bof d’ici et de là, un jour de brosse Adam, des espadrilles aux basques d’une chemisette à carreaux de chapelle romane, trempés dans des couleurs vitrail, un mouchoir et ses noeuds (ne perdons pas la mémoire), un trousseau de jeunes mariés sang clefs.
De la ficelle, un organe sexuel et son couteau pour sortir des aléas survenant à l’improviste, et aussi des boutons sans fils, de Fred Astaire, de Marguerite Monnod, d’Anémone, de lits las point sonneurs, des boîtes de cachous, de vals d’ah, de bons bons en glaise pour ranger l’herbier des chemins et leurs petits cailloux.
Aussi des bornes, des rames à voiles, des mâts de cocagne, du sable émouvant, deux coeurs tracés entre l’écume du tant, un réverbère et son allume-heur. Dans une montée d’arbres, des cris d’oiseaux et des bruits d’elle, quand ouverte au soleil qui se lève, des rosées lui sortent le parfum des champignons de l’humus trempé. Terre ouverte entre deux labours à semer.
Un papier couché sous le crayon, tressaute de griffonnages mystérieux, indéchiffrables par les disciples de Freud, emmêle en boucles touffues des aisselles avec des pubis comme un premier temps pileux où l’Homme et la bête désiraient de concert se manger l’un l’autre.Pour survivre sans panique.
Les étagères misent sur roulettes pourront emmener les bibliothèques en bord de mer, comme sur le dessous des ponts, au faîte de l’arbre. Cette signature de Bon Jour si j’en garde la sérénité, la lune-cigare en rougira d’aise si, en y mettant l’index, je me l’allume joyeux.
Chagall un poisson qui dense carpe diem, yiddish espoir, une petite écuyère rêve d’amour au cirque louche d’un monde raciste, tire la paix à cheval de parade. Marc le peintre humaniste couleur de poète.
Niala-Loisobleu – 9 Avril 2018
LA CHAMBRE DANS L’ESPACE
LA CHAMBRE DANS L’ESPACE
Tel le chant du ramier quand l’averse est prochaine – L’air se poudre de pluie, de soleil revenant –, je m’éveille lavé, je fonds en m’élevant ; je vendange le ciel novice.
Allongé contre toi, je meus ta liberté. Je suis un bloc de terre qui réclame sa fleur.
Est-il gorge menuisée plus radieuse que la tienne ? Demander c’est mourir !
L’aile de ton soupir met un duvet aux feuilles. Le trait de mon amour ferme ton fruit, le boit.
Je suis dans la grâce de ton visage que mes ténèbres couvrent de joie.
Comme il est beau ton cri qui me donne ton silence !
René Char
Les Matinaux, La Parole en archipel, © La Pléiade, p.372
La Peinture m’est , je suis Peinture depuis une naissance que je ne recopie pas mais crée jour après jour.
Foutue présence du son. La tôle frappée des pensées en couleur non retenue entraîne les stimuli sensoriels.
Derrière le papier-peint l’espace a le goût du plâtre. La fissure insinue l’air.
Marches-tu sur un fil ô Peinture funambule, qu’à peine mue, tes pieds me jettent leurs chansons aux paumes.
Bleu
Outremer
Cobalt
Phtallocyanine
Prusse
Coeruléum
Vos pierres aiguisées au fusil, allument un rai sous ma porte.
J’ai pu lire l’arc-en-ciel l’instant de l’éclair.
Mot à mot.
En courant sur la passerelle de ses voyelles.
Cadnium d’un escabeau jaune levé le premier.
Des rouges remuent aux queues des branches, déplaçant le suc sorti de la motte de tes reins adossés à l’espalier. Une nervure prometteuse à la ligne de la feuille.
Je dirais à tout le Monde comme je t’aime. A toi je tairais l’artificiel.
Mes mains iront écoper les sueurs de la canopée, pour ranimer les volcans éteints.
Pas besoin d’un silex. Il suffit que tu dégrafes tes aisselles pour que tes seins glissent.
Vas où la virginité indélébile regarde les viols s’auto-détruire. J’ai ta robe blanche à mes nuits pures.
Les arbres sont en orée des clairières. J’ai peint, je peindrai.
Pour limer la solitude stérile au ras des barreaux du lit des rivières.
Un rose tyrien émergé des fraises de ta poitrine. Pris à pleine bouche.
L’eau pure fait chanter tes battements de pieds.
Ecailles dépeignées tu bruisses aux branchies de mon oui.
Tu as aboli le temps. Empalant la pendule sur les aiguilles d’un maquis corse.
Ils seront aucun. Nous serons deux à comprendre l’auto-da-fé
Ma mer cobalt rejoint les ocres où les coraux se reproduisent. A pas lents d’une course océane.
Je t’aime partout
ma Muse m’y guide dans la transparence de ton rayon.
Je t’aime à la force du souffle qui me donne ton existence !
Niala-Loisobleu – 7 Avril 2018




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