Peter Sloterdijk ou le gai savoir du temps présent


Peter Sloterdijk ou le gai savoir du temps présent

A 70 ans, le « colosse de Karlsruhe » est l’un des penseurs les plus stimulants et érudits de l’Europe des idées.

LE MONDE |  • Mis à jour le  | Par Nicolas Truong

Peter Sloterdijk, à Cologne en  2016. Le philosophe est un de ceux qui ont le mieux analysé le phénomène de la globalisation.
Peter Sloterdijk, à Cologne en  2016. Le philosophe est un de ceux qui ont le mieux analysé le phénomène de la globalisation. Henning Kaiser/dpa/AP

Peter Sloterdijk est un agitateur métaphysique, un romancier du concept, un intellectuel omnivore. Tout, chez lui, est matière à méditation, de la guerre des monothéismes à l’essor de la globalisation, du triomphe de Donald Trump à l’élection d’Emmanuel Macron. Avec sa célèbre trilogie des Sphères (Bulles, 2002, rééd. Fayard/Pluriel 2011 ; Globes, Fayard/Pluriel, 2010 ; Ecumes, Libella-Maren Sell, 2005), œuvre foisonnante de plus de deux mille pages, il a décrit la morphologie générale de l’esprit humain qui se protège de l’insécurité existentielle par de multiples bulles protectrices, religieuses ou métaphysiques, commerciales ou politiques.

Il est de ce fait un de ceux qui ont le mieux analysé le phénomène de la globalisation qui parachève cette « sphérologie » audacieuse (Le Palais de cristal, à l’intérieur du capitalisme planétaire, Libella-Maren Sell, 2006). Le monde des Grecs nous englobait (avec ses corps célestes et la voûte étoilée), celui des grands explorateurs éprouvait la rondeur de la Terre par voie de mer (avec la circumnavigation), celui d’aujourd’hui nous permet de faire venir le monde à nous sur nos écrans miniaturisés : « Nous englobons le monde. »

Renverser les valeurs

A 70 ans, retraité de la fameuse Hochschule für Gestaltung (université des arts et du ­design) de Karlsruhe (Allemagne), dont il fut un temps le recteur, il demeure également un infatigable polémiste. Un trublion qui veut en finirnotamment avec la « fiscocratie » de nos sociétés (Repenser l’impôt, ­Libella-Maren Sell, 2012), au risque de s’attirer les foudres des progressistes allemands, le philosophe Axel Honneth en tête, qui s’insurge contre « la jactance »antisociale de cette « coqueluche des médias » qui laisserait entendre que les pauvres volent les riches (Le Monde, 24 /10/2009).

Mais Sloterdijk ne renonce pas. Aussi éloigné de la « médiocrité postextrémiste »de la gauche radicale que de la « tautologie moralisante » de la nouvelle philosophie, il cherche à renverser les valeurs et, à l’opposition classique entre le bien et le mal, préfère celle « entre le lourd et le léger », entre ce qui alourdit l’existence et ce qui la rend plus légère.

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« La philosophie que l’on choisit dépend de l’homme que l’on est », écrit-il dans Tempéraments philosophiques (2011, rééd. Fayard/Pluriel, 2014). L’homme est un colosse sensible, drôle et mélancolique. Un travailleur acharné qui écrit 20 pages par jour et parcourt 40 kilomètres à vélo, surtout lorsqu’il peut les faire dans le Pays de Grignan (Drôme) qu’il aime tant, et où il réside dès qu’il en a le temps.

Car Peter Sloterdijk considère la France comme une « éternelle fiancée » tout comme « une implosion spirituelle permanente » qu’il dépeint avec amour, acuité et ironie (Ma France, Libella-Maren Sell, 2015). Avec ses allures de géant nordique érudit, ses cheveux et ses idées en bataille, la fausse nonchalance d’un animal aux aguets, il bouscule le petit monde de la philosophie.

Odyssée conceptuelle

Dès son premier livre, que Jürgen Habermas salua comme un « événement »dans l’histoire des idées – avant de s’opposer à lui quelques années plus tard lors de la polémique suscitée par ses Règles pour le parc humain (1999, rééd. Fayard, 2010) –, Peter Sloterdijk rompt avec la posture apocalyptique des maîtres de la théorie critique. Contre « l’agonie » de la philosophie, il ravive l’ironie du cynisme antique ­ (Critique de la raison cynique, 1983, rééd. Christian Bourgois Editeur, 2000). Et réhabilite un gai savoir philosophique.

Pour les uns, ce « nietzschéen de gauche » serait devenu aujourd’hui un « néoréactionnaire », avec sa savante mais virulente charge contre « les enfants terribles de la modernité » sans père ni repère, qui prétendent faire table rase du passé (Après nous, le déluge, Payot, 2017). Pour les autres, il est celui qui a le mieux théorisé le temps présent. Sa méthode ? Le conte philosophique touffu et érudit, l’odyssée conceptuelle. Car « pour éclairer la situation, il faut de grands récits », dit-il.­

A L’OPPOSITION CLASSIQUE ENTRE LE BIEN ET LE MAL, PETER SLOTERDIJK PRÉFÈRE CELLE « ENTRE LE LOURD ET LE LÉGER ».

Artiste de la métaphore et de l’image conceptuelle, son style, à la fois aérien et robuste – français et allemand, aurait dit Nietzsche – est admirablement servi par son traducteur, Olivier Mannoni. « Quand on est son invitée, on le voit devant ses lourdes casseroles en train de préparer avec minutie un mets succulent parsemé de réflexions de haute volée métaphysique », témoigne son amie et éditrice Maren Sell qui publie en France cet « être continuellement inspiré, comme si un petit génie était en permanence accroupi sur son épaule lui chuchotant ses fulgurantes observations ».

Une aventure qui dure depuis son ­Essai d’intoxication volontaire (1997, rééd. Fayard, 2010). Car, oui, il faut être « intoxiqué par son époque » pour mieux la penser, explique Sloterdijk. Vivre des expériences, pratiquer des exercices spirituels. Aller même – comme il le fit dans sa jeunesse – jusqu’à l’ashram de Poona en Inde et suivre le gourou Bhagwan Shree Rajneesh, ce « Wittgenstein des religions », dit-il, qui animait des « séminaires érotiques » aux « règles frivoles ».

Européen convaincu, Peter Sloterdijk a, lors de la campagne présidentielle, « vivement » salué la candidature d’Emmanuel Macron, « parce qu’il est le seul à apporter un concept actif et positif de l’Europe », invitant ses amis français à « ne pas éteindre les Lumières ». Le 23 septembre, il dialoguera avec le médiologue Régis Debray, l’un des intellectuels français qui, avec Bruno Latour ou Daniel Bougnoux, entretiennent un dialogue fécond avec le colosse de Karlsruhe.

Nul doute qu’il ne partage pas l’idée défendue par Regis ­Debray selon laquelle l’américanisation du monde précipite la chute de la civilisation européenne. Ni, peut-être, sa critique du « nouveau pouvoir » de Macron. Mais la capacité partagée par les deux philosophes à saisir l’époque par la pensée est telle qu’il y a fort à parier qu’ils donneront à voir ce que peut être un théâtre des idées.

Skip James – Hard Time Killin’ Floor Blues


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Skip James – Hard Time Killin’ Floor Blues

 

Hard times is here and everywhere you go
Les temps sont durs ici et partout où vous allez
Times are harder than they ever been before
Les temps sont plus durs que jamais auparavant

Um, hm-hm
Hum, hum-hum
Um-hm
Um-hm
Um, hm-hm
Hum, hum-hum
Um, hm-hm-hm
Hum, hum-hum-hum

You know that people they are drifting from door to door
Vous savez que les gens ils sont à la dérive de porte à porte
But they can’t find no heaven I don’t care where they go
Mais ils ne peuvent trouver aucun ciel, je ne se soucient pas où ils vont

Um, hm-hm
Hum, hum-hum
Um-uh-hm
Euh-euh-hum
Mm-hm-hm
Mm-hm-hm
Um, hm-hm-hm
Hum, hum-hum-hum

Hear me tell you people just before I go
Écoutez-moi vous dire que les gens juste avant que je parte
These hard times will kill you just dry long so
Ces moments difficiles vous tuer juste sécher longue pour

Um, hm-hm
Hum, hum-hum
Um-uh-hm
Euh-euh-hum
Mm-hm-hm
Mm-hm-hm
Um, hm-hm-hm
Hum, hum-hum-hum

Well, you hear me singing this old lonesome song
Eh bien, vous m’entendre chanter cette vieille chanson lonesome
People, you know these hard times can last us so very long
Les gens, vous savez ces moments difficiles peuvent nous durer si longtemps

Hm, hm-hm
Hm, hm-hm
Hmm, hmm
Hmm, hmm
Hm, hm-hm
Hm, hm-hm
Hm, hm-hm-hm
Hm, hm-hm-hm

People, if I ever can get up Off of this old hard killing floor
Les gens, si jamais je peux me lever hors de cet étage meurtre vieux dur
Lord, I’ll never get down this low no more
Seigneur, je ne serai jamais descendre si bas au plus

Um, hm-hm-hm
Hum, hum-hum-hum
Hm, um-hm
Hum, hum-hum
Hm, hm-hm
Hm, hm-hm
Hm, hm-hm-hm
Hm, hm-hm-hm

You know, you’ll say you had money you better be sure
Vous savez, vous allez dire que vous aviez de l’argent il vaut mieux être sûr
But these hard times gonna kill you just drive a lonely soul
Mais ces temps durs va vous tuer juste conduire une âme solitaire

Um, hm-hm
Hum, hum-hum
Umm, hmm
Hum, hum
Umm, hm-hm
Umm, hm-hm
Hm, hm-hm-hm
Hm, hm-hm-hm

(guitar)
(Guitare)

Umm-hm
Umm-hm
Hmm-hm-hm
Hmm-hm-hm
Umm-hm
Umm-hm
Hm-hm-hm
Hm-hm-hm
Hmm, hm-hm-hm
Hmm, hm-hm-hm

(guitar to end)
(Guitare à la fin)

 

Au Coeur de l’Âtre


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Au Coeur de l’Âtre

Dans la chambre des enfants tout est simple, et poignant. La fenêtre est ouverte. Elle bat, elle respire. L’eau de la pluie ruisselle sur les marches. Il faudrait d’autres paroles pour éponger une eau-mère si amère. D’autres musiques pour danser. Devant la fenêtre ouverte, transportée.
Jacques Dupin (Ecart)
Nous avons fatigué l’orée des bois au point de tarir le brin de sève,
les cheminées refoulent de ragots et la suie nitre le devant-soi d’efflorescences sépia
Le fruit percé sanguine entre les dents du râteau
pourtant il reste dans les reins des vertèbres qui s’opposent à l’abandon.
L’amour n’apparaît que dans de multiples contrefaçons, coeur étouffé au sein de la prothèse mammaire.
J’ai cru et bien que ne croissant plus à mon âge, je rêve toujours du m’aime bleu apparent. Stupide au milieu des petits-hommes, vaillant chevalier au chemin de la croisade enfantine. Le sac de billes au moyeu du vélo, la craie au bâton de marche, des moulins à la sortie du remous des castors. La vague humaine phosphoriphore en gilets obligatoires sur ses routes pour s’inventer un reste de présence. Pauvreté en tous domaines, le drame du bulbe pour lequel le bio n’a plus de recours.
l’imbécillité avance à grand pas vers un néo-no-bel.
Hourra les réseaux sociaux essaiment la solitude en grand-format.
Mes amours pochés  saignent sous les arcades. Le frisson se cherche au long des rues vides d’un centre-ville désaffecté. Vitrines à vendre, parcomètres volubiles et silence coupe-gorge.Refusant de mourir con, je tiens à le rester de tout mon vivant. Ainsi la bile qui ronge l’estomac ne viendra pas pisser dans mon encre. Le monde est décadent. Pas une raison pour sauter du train dans le précipice
Que la flamme vive !
Niala-Loisobleu – 6 Octobre 2017

Médiocrité


MEDIOCRITE

Dans l’Infini criblé d’éternelles splendeurs,

Perdu comme un atome, inconnu, solitaire,

Pour quelques jours comptés, un bloc appelé Terre

Vole avec sa vermine aux vastes profondeurs.

Ses fils, blêmes, fiévreux, sous le fouet des labeurs,

Marchent, insoucieux de l’immense mystère,

Et quand ils voient passer un des leurs qu’on enterre,

Saluent, et ne sont pas hérissés de stupeurs.

La plupart vit et meurt sans soupçonner l’histoire

Du globe, sa misère en l’éternelle gloire,

Sa future agonie au soleil moribond.

Vertiges d’univers, cieux à jamais en fête!

Rien, ils n’auront rien su. Combien même s’en vont

Sans avoir seulement visité leur planète.

Jules Lafforgue

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Non, je ne venais pas de faire un cauchemar

J’étais bien sur Fesses de Bouc

Triste réalité du temps creux

Résonance de l’absence

Ah mais y a des merveilleux poètes

si simplement beaux

qu’on faillirait ne pas les voir

si on s’attardait qu’à dire « j’aime » sans savoir pourquoi…

Niala-Loisobleu – 21/04/16