Et c’Est
Sur le côté ,
des choses qui bouchent, de vent
ça passera.
Niala-Loisobleu – 6 Septembre 2017

Sur le côté ,
des choses qui bouchent, de vent
ça passera.
Niala-Loisobleu – 6 Septembre 2017

Sous un amas de jours entassés
j’entends-tu
aucune raison valable
à l’immobile
qui écrase le mouvement du son
des demains
Ce qui est tu
parle présence par signes
telle ment vrai
La clef à tenir le tant ouvert
se sait trouver en lovant le jour
de son écho-système obscur.
Niala-Loisobleu – 11 Mai 2017


Publié en 2012 aux éditions Bruno Doucey un texte de Yannis Ritsos dont c’est la première parution en français, en version bilingue avec une traduction du grec de Anne Personnaz.
Cette Symphonie du printemps date de 1938. Dans le Poète d’aujourd’hui consacré au poète en 1973, Chrysa Prokopaki écrit : « La découverte de l’amour, l’euphorie de la vie grâce à l’amour s’expriment dans le livre suivant, Symphonie du printemps. La présence d’une femme qui vient effacer les traces d’un passé morne, apportant la vie et la jeunesse, domine tout ce poème. Les jours anciens reviennent dans la mémoire comme une contrée lointaine, au goût de cendre. Aux yeux éblouis du poète, s’ouvre un monde tout frais, tout neuf. »
Je quitterai
le blanc sommet enneigé
qui réchauffait d’un sourire nu
mon infini isolement.
Je secouerai de mes épaules
la cendre dorée des astres
comme les moineaux
secouent la neige
de leurs ailes.
Ainsi un homme, simple et intègre
ainsi tout joyeux et innocent
je passerai
sous les acacias en fleurs
de tes caresses
et j’irai becqueter
la vitre rayonnante du printemps.
Je serai l’enfant doux
qui sourit aux choses
et à lui-même
sans réticence ni réserve.
Comme si je n’avais pas connu
les fronts mornes
des crépuscules de l’hiver
les ampoules des maisons vides
et les passants solitaires
sous la lune
d’Août.
Un enfant.
In Symphonie du printemps, © Bruno Doucey, 2012, p.19
Dans la préface du recueil Bruno Doucey écrit : « Un hymne à l’amour, à la nature, à la vie. Plus encore, un chant de haut vol, dans la pure tradition des chants que nous offre la littérature grecque depuis Homère. La publication de ce texte, enfin traduit dans notre langue, pourrait paraître commune si elle ne répondait à deux exigences majeures de toute grande littérature : Symphonie du printemps est d’abord un antidote à la crise effroyable que traverse Yannis Ritsos dans les trente premières années de sa vie. Ce texte écrit en 1937-1938 prend aussi, dans le contexte actuel, une autre dimension. Comme si le soleil d’hier s’étirait sans se rompre jusqu’à l’horizon d’aujourd’hui. »
Ritsos allie l’art des mots simples au passage du personnel à l’universel. C’est la marque des plus grands dont la parole grandie dans une histoire individuelle, ancrée dans une culture, porte son écho à tous.
Nous tendons nos bras
au soleil
et nous chantons.
La lumière gazouille
dans les veines de l’herbe
et de la pierre.
Les cris de la vie
ont déployé les branches
arcs puissants.
L’écorce des arbres
verte et luisante
brille
– robe rayée déployée
sur de seins naissants de paysanne.
Comme nous aimons
nos corps sensuels.
Ne nous priez pas de partir.
enfermés dans notre corps
nous sommes partout.
Chaque oiseau
qui plonge dans l’azur
chaque petite herbe
qui pousse au bord du chemin
nous apporte le message de Dieu.
Les êtres
passent près de nous
beaux aimés
revêtus
de notre rêve de notre jeunesse
et de notre amour.
Nous aimons
le ciel et la terre
les hommes et les bêtes
les reptiles et les insectes.
Nous sommes nous aussi
tout à la fois
et le ciel et la terre.
Notre corps orgueilleux
par la beauté de la joie.
Notre main toute puissante
par l’ardeur de l’amour.
L’amour dans son poing
contient l’univers.
Ibid, p.77
Dans un numéro de la revue Europe d’octobre 1993, Charles Dobzynski conclue un Pour saluer Ritsos par ces mots : « La poésie de Ritsos est cette exigence tenace : déclencher entre nous et nos mots, entre nos mots et nos actes, entre nos actes et les choses, entre les choses et leur commune désignation, une sorte de transfert d’énergie, un courant inversé qui aurait le pouvoir d’irriguer et d’iriser notre intelligence du monde. Les données de notre existence appartiennent à l’ordre élémentaire, à l’ordre tellurique, à l’ordre complexe et mutable de l’univers. Mais le donné ne nous est jamais offert, ni acquis. C’est lui qu’il faut intercepter et extraire des ténèbres primitives. Et le langage de Ritsos, dans la mine de notre nuit, me semble à coups de pic, à coups de mots et d’images inouïes, abattre des blocs de songe pareils à l’anthracite, des éclats de diamant pareils à ceux qui nous parviennent des plus lointaines étoiles comme un signe de la naissance de l’univers.
Et le poète grec Yannis Ritsos nous a donné cette joie-là, qui nous demeure comme un legs, d’assister, dans la poésie, à la naissance d’un univers. »
Le jour se lève.
La brume se retire.
Les choses
dures brillantes et non démenties.
Je ne sais combien de mois nous dormîmes.
Oubliés nous fûmes oublieux
dans un éblouissement dense
de nuit et de soleil.
Je ne pleure pas
parce que le sommeil m’a renié.
Derrière notre jardin
existent aussi d’autres jardins.
La mort gravit
échelon après échelon l’échelle
qui mène au ciel.
S’enfuit l’été
mais la chanson demeure.
Pourtant toi qui n’a pas de voix
où te réfugier à l’abri du vent ?
Comment accorderas-tu la lumière à la terre ?
Ouvre les fenêtres
qu’entre la lumière
l’indomptée rafale du vent
l’haleine âcre
des montagnes grandioses.
Regarde l’inépuisable sourit
devant les bras croisés.
Délie les bras.
Ouvre les fenêtres
afin de voir l’univers en fleurs
de tous les coquelicots de notre sang
– que tu apprennes à sourire.
Tu ne vois pas ?
Dès lors que s’éloigne le printemps
derrière lui arrive notre nouveau printemps.
Le voilà le soleil
par-dessus les cités de bronze
par-dessus les vertes terres
en nos coeurs.
Je sens aux épaules
le fourmillement intense
alors que poussent
toujours plus jeunes et plus larges
nos ailes.
Relève tes cils.
Le monde resplendit
hors de ta tristesse
lumière et sang
chant et silence.
Mes chers semblables
comment pouvez-vous
encore vous courber ?
Comment pouvez-vous
ne pas sourire ?
Ouvrez les fenêtres.
Je me lave à la lumière
je sors sur le balcon
nu
pour respirer à fond
l’air éternel
aux fortes senteurs
de la forêt humide
au goût salé
de la mer infinie.
Le monde resplendit
infatigable.
Qu’il soit regardé.
Ibid p. 133
Source La Pierre et le Sel 10 Mai 2012

L’Amitié – Pablo Picasso
JE DE TÊTES
Si ce n’était un vent de tempête levé depuis hier, ce matin il s’aurait pu que je cherche à l’intérieur de ce sentiment éperdu. Tout comme l’érosion journalière, en regardant la mer, est-ce qu’on pense qu’elle se mange les ongles journellement ?
– Bah, me fait le premier croisé d’un air absent. Entre nous me dis-je il aurait pu, des croisés, être le dernier qu’entre les deux y aurait pas eu plus de courant pour allumer le néant.
Tout en la mettant sur cales, et bien qu’elle faisait semblant de pas avoir de peine, je n’étais pas dupe, ma cabane, elle avait le gros coeur que la peine fait à nul autre pareil. Elle aime pas quand je plie les gaules pour l’hiver. Comme si il fallait qu’elle ait plus froid que les autres en étant toute seule.
J’ai vu qu’elle avait à me dire, mais qu’à savait pas trop comment commencer. J’ai regardé les nuages, des tous noirs qui faisaient tâches dans des espaces d’un bleu pur, une incongruité en quelque sorte.
– As-tu vu ces saletés au plafond, lui dis-je en levant la tête ?
A croire que ça a déclenché son envie de dire, en me regardant avec des yeux qui déssalaient en rigoles, la voix tremblante elle a commencé.
– C’est un été égaré, où on a pas réussi à tout retrouver qu’on a connu. Un manque d’essentiel s’est immiscé dans tous les coins. Les bois où on avait semé du gland vers l’abbaye dans les champs, au lieu de leurs sentiers d’aventures, n’étaient plus que bouffés de broussailles qui cachaient tout. Les venelles penchaient le front, les trémières voûtaient et l’herbe a cramé le vert comme un pré de rouille. Le marais couvert de lentilles ne voyait plus rien devant. Les vaches en faisaient la gueule au point que les oiseaux se taisaient, ne sachant que dire. Dans les chenaux la vase craquelée n’a pas arrivé à faire lever les voiles. Les bateaux semblaient fatigués, pourtant les voyages ça leur donne l’énergie.
« Je s’rais là, tout contre, parce que je repartirais avec toi. ! »
Ce grand cri me rebondit si fort au cœur que j’en fis un grand bleu soleil en travers de la pluie.
Niala-Loisobleu – 14/04/16

Je ne cherche pas le bruit d’ailes, mon Arbre vit, sa respiration est audible.
Voici simplement un nouveau chapitre qui s’apprête à cogner
à la Porte de l’Histoire.
« Aux Jardins de mon Amour »
ayant sonné
son 12ème coup
une prochaine série va venir se greffer aux autres.
Greffes
1
Lames grises du réveil
Péninsules éteintes
Quotidiennes et courtes morts
Où se greffe le vide?
Les filaments du monde se défont sous tes doigts
La nasse de tes pensées assourdit chaque source
Les brumeuses cités de toi engloutissent ta face
Plus de fleuves déployés
Plus d’herbes à venir
Plus d’agir plus de fables
Plus de suite plus de surplomb
A l’arraché
comme on extirpe l’ortie
On étripe ce mal
Il tenaille
Il résiste.
2
Sur toutes les terres du monde
L’agneau a greffé
sa face doucement ravagée
Sur toutes les terres du monde
Le bourreau greffe
Son masque impérissable et clos.
3
Où s’assemble notre double
sa voix nommant d’autres voies?
Où se greffe son rameau qui démantèle les ombres qui ronge les murailles?
Surgi des houles de notre soif
Il vient
par triomphe d’images
par vannes par grains par grappes
par ruptures et fusion
Il parle il vient
Ce double
tranchant les ligatures du mot instaurant l’autre connivence.
4
Je descends de tout un peuple de morts des charnières et du plein de ces corps révolus
Nos trames s’entrecroisent leur chair soude la mienne
Leurs rumeurs s’attachent aux lacis de mon sang
Enfant de toutes ces fibres
J’émonde les liens moisis
et me greffe aux vivants
à leur souffle à leurs chutes
à leur risque d’horizons
Visage d’un temps
J’arbitre
Et progresse dans l’onde des jours vers la tenace issue.
5
Marée bue par les sables Éclat retombé en cendres
Gorgée de battements la
Vie s’est défilée escamotant nos soifs
Cette soif
greffe de nos jardins levain de nos éveils amorce du futur
Cri d’alouette
le long des routes exténuées.
6
La ville aux trousses
ne nous exilerait plus
Si greffant l’oiseau
au cœur du cœur des pierres
Le cœur imaginait
La ville aux trousses
ne nous lapiderait plus
Si multipliant ses graines
obstinément tirées vers le jour
Le cœur nous fécondait.
7
Du fond des nuits sans âtre
Ton double assiège encore
Il éclate et questionne
comme pour mieux te greffer
A toutes les pousses de vie!



Cela commence toujours par un mélange de noir et d’odeur.
On ne baisse pas la tête pour franchir le seuil. On appartient au monde de l’enfance. Les adultes, eux, courbent leurs épaules au passage.
D’abord, on est aveugle.
Le soleil tape trop fort dehors, les ouvertures sont minuscules dedans. On tâte du pied les grandes dalles du sol, irrégulières, toujours un peu humides malgré juillet. Ici, tout est mouillé. Les murs suintent, des fleurs d’écume y naissent qui s’effritent entre les doigts. L’odeur elle-même charrie du moite. Choux en fermentation, prunes pourries, pommes blettes. Les vaches, de l’autre côté de la cloison, piétinent la paille souillée d’urine. L’odeur est un couffin , un giron. On peut s’y abandonner, c’est chaud et suffoquant. Peut-être que cela empêche la peur d’entrer ? le temps de fuir ?
Lorsque les yeux s’habituent à la pénombre, on la voit. Proche du fourneau. Ses mains vont et viennent, comme toujours. La laine, entre ses doigts, est noire. La robe, noire. Le tablier, noir. On ne sait pas encore qu’on lui appartient. Que le noir-racine qui la tient debout a lancé des germes au-delà d’elle-même, sautant d’une génération à l’autre. Ceux qui se sont arrachés à l’ici n’y pourront rien. Dès l’origine, on a les pieds soudés à la terre, terre battue et rebattue, comme ceux qui n’ont pas de nom et pas d’histoire.
Avec la première chasse au cétoine, la première pêche au vairon, on est ferré. Le trident s’est planté là où ce n’était pas prévu, dans la chair fraîche, à même la gorge.
Les poissons ne crient pas, juste quelques sursauts sur la berge, quelques torsions dans la poêle. Les insectes, les papillons meurent en silence, leurs ailes déchirées sous les coups maladroits du filet.
La langue du monde n’a pas de bouche.
Les lèvres de celle qui cache ses larmes sont cousues. Son savoir est muré, enfoui sous un amas de « chemises de peau » et jupons superposés.
Dans l’ombre stagnante de la maison, se glissent parfois d’étroites lueurs, des lézardes bleues.
Il faut courir.
Droit vers ce qui brille, écaille ou élytre.
Traverser le silence exorbitant de ce qui ne cesse de bruire, sans énoncer une parole.
Obéir à la voix sans contour, s’éloigner de, s’avancer vers, reculer, approcher, clairière ou grotte, on ne sait.
Courir chaque été, dans la dévorante battue, sans savoir où mène cette errance, sans la moindre assurance de recevoir la manne — quelques secondes d’apesanteur, quelques grains d’extase fissurant la nuit.
Mais l’on revient, chaque soir, vers elle et ses genoux usés. On réintègre le cœur du sombre, le vieux berceau noir qu’une vie entière ne suffira pas à déchiffrer.
Jusqu’au jour où, sans qu’on l’ait vu venir, c’est l’heure. La chute dans le temps. Non pas le temps qui suspendait le souffle dans la course vive, dans l’éperdu vagabondage, mais celui qui fait eau de toutes parts, emportant les choses, les instants, les êtres.
Loin.
Loin de soi, loin de la silencieuse aux mains agiles. Loin des seuils séparant l’ombre de la lumière. Loin de la paix qui peut-être est l’autre nom de la mort.
L’exil a la couleur de l’encre, l’odeur du papier. Bâtons répétés obstinément, lignes de lettres et bientôt de mots, jetés d’une rive à l’autre, par-dessus l’absence .
Tandis que la main s’enhardit, la toute-de-noire-vêtue décline.
On ne saura rien du sang répandu qui a noyé son âme, de la boue des tranchées pétrifiée dans son corps, ensevelissant l’aimé, puis le frère trop jeune, puis les rêves.
Les mots ont des dorures de cétoine, des pigments de truite arc-en–ciel. Sous leurs masses immobiles vibre la vie, il suffit de les soulever, un à un, avec précaution, comme on lève les pierres au fond de la rivière pour voir apparaître ce qu’on ignorait.
Les mots gonflent dans la gorge, là où d’anciennes morsures ont laissé leurs cicatrices.
Les mots roulent comme des larmes sur la page.
Les mots déferlent et courent sur le moindre brin d’herbe.
Le monde est rempli de signes.
Lire, écrire. Même emportement.
Lire, écrire. Contre l’obscur.
Avec l’âpre espoir de passer le seuil sans baisser la tête.
.
FRANCOISE ASCAL

« J’ai ouvert toutes les portes
Toutes les fenêtres
Pour que l’amour prenne ses aises
Comme une brise du soir
Qui ouvre sur ta peau un trop-plein de caresses
J’ai ouvert la porte à grands battants
A grand ballant
Pour accueillir tous les mots bleus
Sur l’aile de ma mémoire
La sève d’un crépuscule
Et l’éclat triomphant du matin
Tous les mots qui saupoudrent le rêve brûlant de l’alphabet
Les mots qui parlent tout bas
Et les mots qui crient la beauté du monde
J’ai ouvert la porte
Pas de barrière
Pas de frontière
Pour faire circuler l’audace de l’orchidée
Le péché des roses
Et le vent fou des amours mémorables
Tout est à portée de main
La corde tressée du temps
La maison sous-marine
Dont j’ai oublié la clef
La pluie sur les tôles du bonheur
J’ai ouvert toutes les portes
Au creux de mon cœur
Afin que je te vois
Comme une beauté nue
L’absolu d’un nuage poreux qui s’abandonne
Car tout entière la vie t’appartient
Elle est à la mesure de mes bras
Tout près de l’invisible
Sans portes ni fenêtres »
ERNEST PEPIN
Texte inédit
Le 06 Novembre 2015

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