COMMUNE PRESENCE


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COMMUNE PRESENCE

Tu es pressé d’écrire
comme si tu étais en retard sur la vie
s’il en est ainsi fais cortège à tes sources
hâte-toi
hâte-toi de transmettre
ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance
effectivement tu es en retard sur la vie
la vie inexprimable
la seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t’unir
celle qui t’es refusée chaque jour par les êtres et par les choses
dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
au bout de combats sans merci
hors d’elle tout n’est qu’agonie soumise fin grossière
si tu rencontres la mort durant ton labeur
reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride
en t’inclinant
si tu veux rire
offre ta soumission
jamais tes armes
tu as été créé pour des moments peu communs
modifie-toi disparais sans regret
au gré de la rigueur suave
quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
sans interruption
sans égarement

essaime la poussière
nul ne décèlera votre union.

René Char

(Commune présence, in Le Marteau sans maître (1934-1935)

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https://www.youtube.com/watch?v=u6bjwZqo8wc

SOUS LES AQUAR’AILES


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SOUS LES AQUAR’AILES

Alors que les portes aux bords des trottoirs continuaient à entrer et sortir en un incessant battement, celui-là qui informe de la marche de la pompe de vie, dans cette salle du Prieuré où j’attendais ta visite, le journal m’a appris que tu ne viendrais plus.

La première fois depuis 35 ans. Pas facile. M’aime impossible à s’y faire.

Alberto Muro te voilà parti.

Je peux dire que t’as été mon photographe officiel durant toutes ces années. Quand parti à Royan pour une retraite méritée, on a fait des photos sur le Bd Garnier, marquant le besoin de suite.. Un lien viscéral que celui-là.

Puis avec Mano, ton épouse, vous êtes revenus à Cognac. A croire que la terrible guerre d’Espagne qui comme beaucoup d’autres vous a conduit à l’exil, vous menant à Cognac, avait décidé que ce serait là que t’aimerais la chaleur de la terre.

Alberto, comme j’aurais voulu qu’on partage cette renaissance extraordinaire de mon expo en cours, l’accueil que le public lui réserve est symbolique..

Mais je te connais assez pour savoir que c’est pas possible que tu y sois pas pour beaucoup.

Alors je te mets des morceaux d’aquarelles dans les ailes, la pureté de notre amitié, ta douceur qui va si bien à ton regard sur la couleur me paraissent bien cadrés pour un sourire à poursuivre….et puis parmi tant d’autres, je choisis deux photos du magnifique reportage que tu avais fait dans mon atelier de Jarnouzeau….attention à ta tête ne te la recasse pas sur la ferme de la charpente….

Bon voyage Albertito…

Niala-Loisobleu

25 Octobre 2015

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.https://www.youtube.com/watch?v=enYGAkX7Mm0

BRUNO ODILE


BRUNO ODILE

Prendre un autre pour l’offrir comme sa propre pensée, c’est plus qu’espérer, c’est voir de ses propres yeux ce que ce monde dissimule sous un aspect autre.

Bruno Odile

je te le donne à Toi comme ce qui me manque de savoir te dire

Niala-Loisobleu

19 Septembre 2015

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19 septembre 2015
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J’écris à présent comme on dépose une seconde de réalité insaisissable sur les fêlures de l’oubli. Clos dans un monde qui s’achève là où il commence, je suis cadenassé de l’intérieur, fermé d’avoir souffert dans un silence avare d’inutiles propos.

Tout est présent dans ma pensée, mais ce qui voit le jour est déformé, dépecé, divisé. L’instant a le délicieux frisson de n’être qu’un infime fragment du grand tout.

Tout s’accole en un éclat. La nature même de mon sentiment est absorbée sans que je ne puisse intercéder.

Et dans ce défilé de mots lumineux, l’éclair est dans mes yeux, faisant flamboyer des images écarlates dans une voix épluchée à vif.

En persévérant à refuser le vide qui l’entoure, ma volonté espère sans doute le moment où tout bascule. Le moment où l’on ne sent plus rien, où l’on touche du doigt les frontières du néant, où la tête puis le corps lâchent prise, où l’on abdique.

Comment parler de concision ? Rien n’est condensé sur une pensée. Rien n’est vraiment concentré comme on le croit ou le souhaite. J’en suis réduit à m’engourdir d’hypothèses par lesquelles je m’éparpille.

Cependant, écrire est essentiel pour délivrer les nœuds de l’obscurité. L’émotion sème en moi la vigueur d’une rose printanière et toute la fermeté de la fragilité et de la défaillance.

L’écriture pourrait être une avalanche d’humeurs, d’émotions, de vestiges inhumés ou même une fresque lumineuse au fond d’une grotte perdue.

Mais, chaque fois, la perception revendicative m’échappe. Elle m’égare, me trompe, me perd. Ecrire me secoue, me ballote, m’empoigne et me jette du haut de la falaise émotionnelle.

J’ai l’impression de me désencombrer de quelque chose de fort, d’insidieux ou d’avarié. En définitive, je ne fais qu’avaler les tourbillons de mes brisures.

Dans mes soupirs, la petite lampe frontale s’éteint, m’obligeant à continuer le chemin à l’aveugle. Mes friches se mélangent alors à l’air que je respire et dans l’immobilité parfaite, je crois détenir la corde qui m’entrave.

L’illusion est si complète qu’il m’arrive de ne plus savoir qui je suis, où je suis, ni ce que je deviens. Mais je persiste, je m’entête et je me révolte.

Tous les chemins qui me permettent de ressentir la brûlure originelle dans la proximité de mon recueillement sont d’une nécessité plus forte que mon entendement. La terre coule dans mes veines comme un long jet où s’étire le temps.

– Bruno Odile –

http://brunoodile.canalblog.com/

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